‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 4)Chapitre 63 sur 83 · Lellre de Pie VII an cardinal Caprara, 31 juiUol · texte numérisé non relu

Lellre de Pie VII an cardinal Caprara, 31 juiUol

ne voulussent plus entendre parler des affaires de Rome ni de son représentant à Paris. Enfin un jour, à Saint-Cloud, saisissant un instant propice, Gaprara essaya de s'approcher de l'empereur; mais Napoléon lui tourna le dos. Peu de jours après, le cardinal hasardait une seconde tentative ; cette fois, Napoléon se laissa joindre. Gaprara allait parler: « Mon Dieu, cardinal, que vous sentez les clubs de Rome! » Et, cela dit, derechef il lui tourna le dos.

On aurait peine à comprendre cette indifférence soudaine de l'empereur et la mauvaise humeur dont elle était accompagnée, si Tonne savait à quel point sa pensée était alors distraite de sa querelle avec le pape et tournée vers d'autres sujets. La France était maintenant à la veille d'entrer en guerre avec la Prusse. C'était môme, à vrai dire, en prévision de la lutte redoutable qui allait éclater dans le nord de l'Europe que Napoléon avait mis tant d'ardeur à vouloir fortifier sa situation en Italie et la rendre à peu près inexpugnable. Pour se garantir autant que possible des diversions que la Russie et l'Angleterre pouvaient tenter d'opérer sur ses derrières pendant qu'il manœuvrerait au centre de l'Allemagne, il lui fallait être maître du centre ainsi que du nord et du midi de la péninsule italienne. Celte préoccupation toute stratégique avait été la raison déterminante de son redoublement de menaces à l'égard du souverain pontife, car d'animosité contre

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Pie VII, il n'en avait aucune. Il ne trouvait nul plaisir à le persécuter. En cette occasion comme en tant d'antres, quoique les moyens employés fussent singulièrement déplaisants, presque odieux, il n'entrait pas de noirceur préméditée dans la conduite de l'empereur. Ce n'était point par méchanceté personnelle ou par suite lie mesquines considérations qu'il avait recours à des procédés aussi violents. La politique, une politique d'ambition gigantesque, fougueuse et déréglée, lui imposait des actes dont l'injustice lui paraissait parfaitement légitimée par la seule nécessité. En agissant ainsi, il avait espéré fiùre céder Pie VII assez à temps pour jouir, à l'ouverture des prochaines hostihtés, du bénéfice de son alliance. Les menaces n'ayant pas suffi, l'empereur s'en trouvait un peu mortifié et profondément aigri; mais il était encore U'op maître de lui-même à cette époque de sa carrière et resté trop judicieux pour se mettre sur les bras tant de besognes à la fois, quoiqu'elles fussent, il faut le reconnaître, d'une difficulté d'exécution bien inégale. Tout prêt à conduire en personne une expédition contre la Prusse, assistée probablement de la Russie, certainement de TAnglelerre, toutes trois puissances schismaliques ou protestantes, il ne lui convenait pas d'aller risquer une aventure à la fois compromettante et peu glorieuse contre un souverain irès-faible assurément, mais qu'entouraient les sympa-

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thios secrètes de toutes les puissances catholiques. Il valait mieux patienter. Aussi bien cette fois encore le sort du pipe et de ses États se déciderait comme l'année précédente dans les plaines de l'Allemagne. Austerlitz lui avait coûté Ancône ot Civita-Vecchia. Qui sait? un peu de bonheur seulement; après un second Austerlitz, peut-être pourrait-on prendre aisément au s:iint-pèrc les restes de sa souveraineté.

Telle était en eftet l'étrange condition de Pie VII, que tous les triomphes du grand homme sacré de ses mains, et que, malgré ses injustices, il continuait à préférer à tous les autres souverains de l'Europe, étaient destinés à lui devenir constamment funestes. Chaque victoire éclatante remportée par Napoléon sur ses ennemis du continent se trouvait par la force des choses à l'instant même retournée contre le pieux pontife, toujours réduit à se plaindre de son héros, mais ne pouvant en même temps prendre son parti de ne le point admirer.

On se souvient du violent orage tombé à l'improviste sur la tête de Pie VII dans les premiers jours de 1806. A peine Napoléon avait-il réussi à battre et les Russes et les Autrichiens, qu'il avait adressé à Rome celte impérieuse leitre datée de Munich, cause première de la querelle maintenant pendante avec le saint-siége. La ruine de la monarchie prussienne, suivie de la seconde défaite des Russes, ne devait pas être moins fatale ini saint-pèro. et,

plus encore que la paix de Presbourg, la paix de Tilsilt allait avoir pour lui un terrible lendemain ; mais, on le sait, la campagne de 1806-1807 fut longue et assez pénible. Après avoir brillamment débuté, au mois d'octobre 1806, par l'étourdissant triomphe d'Iéna, elle s'était prolongée sans beaucoup de succès durant les mois de novembre et de décembre dans les plaines embourbées de la Pologne. Après la bataille douteuse d'Eylau, l'empereur avait dû prendre son parti de faire hiverner son armée au milieu même de nos ennemis, plus étonnés qu'abattus par la hardiesse de nos manœuvres et la bravoure de nos soldats. Il s'était même décidé à ne pas retourner dans sa capitale, attendant patiemment à Finkenstein et à Dresde l'occasion de prendre sa revanche contre les Russes et de faire sentir au trop confiant Alexandre la lourdeur du bras qui venait de s'appesantir sur son malheureux allié le roi de Prusse.

Est-il besoin de dire que, pendant toute cette période d'activité militaire, Napoléon sembla oublier un peu, au milieu des camps, les aiïaires de Rome? Cependant, sa pensée n'en fut jamais tout à fait" distraite. Ainsi que nous venons de l'expliquer, sa résolution était arrêtée de tout suspendre en Italie pendant qu'il était si fortement occupé en Allemagne, et de ne reprendre sa querelle avec le pape quaprès qu'il aurait terminé celle qu'il s'étiiit ftite avec

la Prusse et la Russie. Depuis le jour oîi, à Saint-Cloud, il avait si brusquement tourné le dos au pauvre Caprara, on eût dit qu'il avait du même coup, avec le même ennui et la même impatience, détourné son esprit des projets naguère formés à l'égard du Vatican. L'empereur, qui avait à un si rare degré le don de concentrer les forces multiples de sa prodigieuse intelligence sur toute affaire oîi sa passion était engagée, avait aussi l'heureuse faculté de s'en désintéresser pour ainsi dire à volonté quand cela était nécessaire. Rien ne lui coûtait moins que de laisser dormir pour un temps, sauf à les reprendre plus tard avec une nouvelle ardeur, les questions auxquelles il ne pouvait plus mettre utilement la main. Il ne lui déplaisait même pas qu'on le soupçonnât de les avoir entièrement oubliées. On chercherait en vain dans la correspondance si fréquente et si détaillée que d'Allemagne Napoléon entretenait avec ses ministres à Paris, ses généraux, ses agents de toute sorte, une seule instruction donnée, le moindre mot ayant trait à ses récents démêlés avec le saint-siége. 11 semble qu'il n'y ait plus de pape à Rome, de légat à Paris, de ministre de France auprès du saint-siége, de cardinaux ni d'évêques nulle part. On trouve seulement un petit billet laconique, en date du 9 octobre 1806, adressé par l'empereur à M. de Thiard, son ministre en Saxe, pour | qu'il ait à dire à Mgr Arezzo, évoque de Séleucie, de se

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rendre immédiatement à Berlin. Qu'avait à faire l'empereur d'un évêque de Séleucie ? Il y a là tout un petit épisode de la vie de l'empereur assez curieux et assez ignoré pour que nous ne craignions pas d'entrer à ce sujet dans quelques détails.

Les journées d'Iéna et celle d'Auerstadt avaient décidé pour toujours, on le croyait alors, du sort de la monarchie prussienne. Pas un bataillon ne restait sur pied de ces troupes fameuses jadis formées par le grand Frédéric, qui avaient excité depuis soixante ans la terreur de la vieille Europe, dont tous les hommes du métier ne parlaient qu'avec une sorte de superstition, et sur lesquelles s'étaient modelées toutes les armées du continent. L'effet produit tant eu France qu'au dehors par la victoire si soudaine, si incontestée, si complète, que les généraux français et leur glorieux chef venaient de remporter sur les descendants des vainqueurs de Prague et de Rosbach. serait aujourd'hui impossible à décrire. A Paris, les militaires de l'ancien régime, qui depuis longtemps déjà suivaient d'un œil étonné les succès continus du nouveau chef de la nation française, n'en pouvaient revenir. Tant que l'empereur n'avait pas battu les Prussiens, il n'avait lien fait. Cette fois, une certaine joie patriotique se mêlait à leur surprise, et, dans les salons les plus hostiles du faubourg Saint-Gennain, on les avait entendus se répéter

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