‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 4)Chapitre 66 sur 83 · II. il · texte numérisé non relu

II. il

deux pouvoirs confondus entre ses mains. Le prince temporel indignement traité, ouvertement menacé dans son existence de souverain, avait autant à se plaindre de Napoléon que le chef de l'Église, envers lequel l'empereur se refusait à tenir des engagements solennels publiquement contractés. A coup sûr, soit comme souverain, soit comme chef de l'Église, Pie VU avait qualité pour défendre ses droits méconnus ; mais, quand le pontife saisissait ses armes spirituelles pour porter à son adversaire des coups dangereux que celui-ci ne pouvait point ne pas ressentir profondément, comment prouver à Napoléon, et comment établir nettement devant l'opinion publique qu'il ne s'agissait pas, avant tout, de venger le tort causé aux intérêts du prince temporel? Le pape, en refusant les bulles aux évèques d'Italie nommés par l'empereur, avait cru se donner quelque force; il n'avait fait, au contraire,, qu'ajouter à sa faiblesse. Il semble qu'en apprenant la décision prise par le saint-père. Napoléon en ait tout aussitôt éprouvé une sorte de mauvaise joie, découvrant bien vite avec sa sagacité ordinaire quel parti il en pourrait tirer contre lui. Son premier mouvement fut d'écrire directement au saint-père à Rome pour jeter feu et (lamme. « Je vous envoie, écrit-il le 3 avril 1807 au prince Eugène, une lettre pour le saint-père, que vous ferez passer à Rome. Après cela, s'il ne revient pas, il n'en faut plus

parler. En temps et lieu, je femi repentir la cour de Rome de sa mauvaise conduite; mais ce n'est pas le moment. » Puis tout à coup il se ravise. Il garde sa lettre, n'ayant pas encore, à ce qu'il parait, suffisamment battu les Russes, et il met un post-scriptum à sa lettre : « Toute réflexion faite, je n'écrirai pas au pape. Je ne veux pas me jeter dans les tracasseries avec ces nigauds. Le plus sûr est de s'en passer*. »

Quelques jours plus tard, il re\ient de nouveau dans sa correspondance avec le prince Eugène sur cette affiiire des évêques d'Italie. Il ne veut point encore écrire à Sa Sainteté, mais il est bien aise que le prince Eugène lui écrive. « Vous direz qu'il m'a été rendu compte de ce qui s'est passé, et que vous savez que j'ai dit : Le pape ne veut donc plus que j'aie d'évêques en Italie ? A la bonne heure! Si c'est là sennr la religion, comment doivent donc faire ceux qui veulent la détruire? Vous ajouterez que l'intérêt particulier que vous portez au pape vous fait désirer qu'il ne me donne point ce sujet de mécontentement ; que, par l'insinuation secrète de quelques malveillants, on n'oublie aucune occasion de me mécontenter; que j'avais de l'estime pour le pape ; que tout cela me change.

1 . Lettre de l'empereur Napoléon hr au prince Eugi-ne, Finkenstein, 3 avril 1807. — Correspondance île yapoléon !••• t. XV, p. 17.

et que cela est non-seulement maladroit, mais aussi contraire au bien de la religion... Laissez à Ancône le général *** (un général français dont le pape s'était plaint comme lui ayant manqué d'égards); les prêtres ne sont jamais contents de personne'. »

Conformément aux ordres expédiés d'Allemagne, le prince Eugène écrivit au saint-père une longue lettre où il eut soin de reproduire textuellement les paroles de Napoléon ; nous avons lieu de supposer que le surplus du contenu de cette dépêche était emprunté à la missive que Napoléon avait d'abord eu l'idée d'adresser à Rome, puis à laquelle il avait ensuite renoncé 2. Quoi qu'il en soit, la communication du vice-roi d'Italie, empreinte de douceui', de gravité et de mesure, parut faire. une certaine impression sur Pie VU, car il y répondit lui-même avec abondance et détails, donnant les raisons très-rédéchies du i)arii auquel il s'était arrêté, expliquant qu'il y avait été contraint bien malgré lui pir le mépris qu'on avait fait depuis si longtemps de ses incessautes réclamations, rappelant qu'il avait averti à l'avance l'empereur que sa conscience

i. LeUre de l'empereur au piiuce Eugène, l"! avril 1807. — Correspondance de Napoléon le"", t. XV, p. 63.

û. Lettre du ])rince Eugène, vice-roi d'Italie, au papa (citée dans les Méinoires et Correspondance du prince lùujéne, publiés par M. L)u Casse, t. III, p. 34*).

l'obligerait un jour, si l'on dédaignait toutes ses instances, à recourir à une si pénible extrémité, qui lui avait beaucoup coûté. Il était loin d'avoir pour le bien des âmes cette indifférence qu'on lui reprochait d'une façon aussi cruelle qu'imméritée. « D'ailleurs, ajoutait-il, comme s'il sentait lui-même qu'il avait mis un peu de précipitation dans la résolution annoncée au ministre du culte en Italie, si nos devoirs ne nous permettent p;is de pourvoir les églises vacantes en exécution de l'article i du concordat, pendant que les autres articles ne sont pas exécutés et sont même violés, ils ne nous empêchent pourtant pas d'assigner à ces églises les mêmes pasteurs que Sa Majesté a choisis. Nous nous sommes, en conséquence, déterminé à conférer l'institution canonique aussitôt que, par le moyen delà procédure accoutumée, nous nous serons assuré qu'ils sont munis des qualités requises parles règlesde l'Église ^.» Ainsi, grâce à la concession du saint-père, toutes les difficultés relatives à l'institution canonique des évêques italiens étaient, sinon théoriquement résolues, du moins pratiquement arrangées, et Pie VU avait tout lieu de se llatter que cette retraite, doucement ménagée, lui procitn rait au moins quelques instants de ré(»it. Il n'en obUnl aucun. Ce n'est pas que rien fût survenu soit en France.

1. I.etirp do Piu Vil an \ici'-roi fl'llalir. :, juilli-l IPOT.

soit en Italie, ce n'est pas que l'empereur eût quelque grief nouveau à faire valoir contre le saint-siége, non ; mais la guerre était finie et glorieusement finie en Allemagne. 11 avait battu tous ses ennemis, il n'y avait plus une seule puissance qui lui résistât sur tout le continent; excepté le roi constitutionnel de la Grande-Bretagne, pas un souverain grand ou petit qui ne fut à ses pieds. Schiçmatiques, protestants ou catholiques, tous se disputaient l'honneur de ses bonnes grâces. Aucun d'eux n'était à craindre, il n'avait plus personne à ménager. Le moment était donc venu, comme il le mandait tout à l'heure au prince Eugène, de faire repentir Home de sa mauvaise conduite. Des écrivains ecclésiastiques ont raconté que, dans les entrevues intimes qui suivirent la paix de Tilsitt, l'empereur Alexandre aurait dit une fois à Napoléon : « Vous avez des difficultés en France avec le saint-siége à cause des choses de la religion; chez moi, en Russie, je suis à la fois empereur et pape, c'est bien plus commode; » ces paroles, ajoutent-ils, auraient vivement frappé l'empereur. L'anecdote est-elle très-authentique ? Nous ne savons ; il est certain toutefois qu'à partir de cette époque, les idées de Napoléon sur les rapports de l'Église et de l'État revêtirent une forme encore plus tranchée et plus impérieuse. Au milieu du petit cercle de personnes admises à l'honneur de son intimité, et comme pour essayer l'effet qu'elles produiraient au dehors.

on renteodil développer pour la première fois, h Dresde même, les ihèses étranges qui se sont depuis étalées avec tant de complaisance dans les pages dictées k M. de Las- Cases pendant la captivité de Sainte-Hélène. Elles fermentaient tellement dans la tète de l'empereur, qu'il ne put attendre d'être arrivé à Paris pour leur donner cours. Ce fut pendant son séjour à la petite cour du roi de Saxe que firent pour la première fois explosion sur ce sujet les vapeurs de son incommensurable orgueil. La prospérité excessive est d'ordinaire une assez mauvaise conseillère des princes ; plus fatale à Napoléon qu'à personne, elle lui dicta à Dresde une très-singulière démarche, et la moins propre, nous le croyons, à lui faire honneur auprès de la postérité. Il avait résolu d'agir fortement sur l'esprit du saint-père, toujours considéré par lui, malgré l'échec des épreuves tentées jusqu'alors, comme un fiiible vieillard capable de se laisser intimider ; mais, pour y réussir, il follait qu'il s'y employât lui-même directement. Or, il avait maintes fois répété qu'il ne lui écrirait plus. Renouer le premier la correspondance, c'était (îiire acte de condescendance quand il importait de se montrer plus irrité que jamais. Voici le biais que Napoléon imagina. Il écrivit de Dresde, '22 juillet, au prince Eugène une lettre de quelques lignes seulement qui en contenait deux autres : 1° une lettre que le prince Eugène devait adresser comme de lui-

même, en son propre et privé nom, au saint-père ; 2" une lettre que l'empereur était censé avoir écrite au prince Eugène, et que celui-ci à son tour serait censé avoir, sans ordre et spontanément, communiquée à Pie VII. Dans les mesures les plus violentes de l'empereur, il était toujours entré à toutes les époques de sa vie un certain mélange de ruse. La ruse ici surabondait ; voici d'ailleurs les principaux passages des deux lettres :

« Très-saint-père, j'ai mis la lettre de Votre Sainteté sous les yeux de mon très-honoré père et souverain, qui m'a répondu de Dresde une longue lettre dont je communiquerai à Votre Sainteté un extrait... Que Votre Sainteté me permette de le lui dire, toutes les discussions que soulève la cour de Rome ont pour but de piquer un grand souverain qui, pénétré de sentiments religieux, sent les immenses services qu'il a rendus à la religion, soit en France, soit en Italie, soit en Allemagne, soit en Pologne, soit en Saxe. Il sait que le monde le regarde comme la colonne de la foi chrétienne, et les ennemis de la religion comme un prince qui a rendu à la religion catholique en Europe la suprématie qu'elle avait perdue. La cour de Kome est-elle nuie par l'amour de la religion, lorsque, sous de vains prétextes, dans des choses oii un peu de modération peut tdut ari'.inger, elle prend le ton de la menace et oH'us([ue les droits du trône, non moins sacrés que

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ceux (le la tiare? Si Votre Sainteté est vraiment mue par le sentiment de ses devoirs et du bien de la religion, qu'elle envoie des pleins pouvoirs au cardinal-légat à Paris, et en huit jours tout cela Unira. Si elle ne veut point prendre ce parti, son pontificat aura été plus funeste pour la cour de Rome que celui pendant loquel le nord de l'Allemagne et l'Angleterre se séparaient d'elle. »

Ici, l'empereur, après avoir parlé pour son fils, commençait à prendre la parole pour son propre compte :

« Mon fils, j'ai vu dans la lettre de Sa Sainteté, que certainement elle n'a pas écrite, qu'elle me menace. Croiraitelle donc que les droits du trône soient moins sacrés que ceux de la tiare? Il y avait des rois avant qu'il y eût des papes. Ils veulent, disent-ils, publier tout le mal que je fais à la religion . Les insensés ! ils ne savent point qu'il n'y a pas un coin du monde en Italie, en Allemagne, en Pologne, oîi je n'aie fait encore plus de bien à la religion que le pape n'y a fait de mal, non par mauvaise intention, mais par les conseils irascibles de quelques hommes bornés qui l'entourent. Ils veulent me dénoncer à la chrétienté ! Cette ridicule pensée ne peut appartenir qu'à une profonde ignorance du siècle où nous sommes. Il y a là une erreur de mille ans de date. Le pape qui se porterait à une telle démarche cesserait d'être pape à mes yeux. Je ne le ("onsidiTcrais que comme l'Aulechrist. envoyé pour hou

leverserle monde et faire du mal aux hommes, et je remercierais Dieu de son impuissance. Si cela était ainsi, je séparerais mes peuples de toute communication avec Rome, et j'y établirais une police...

» ... Que veut faire Pie VII en me dénonçant à la chrétienté ? Mettre mes trônes en interdit, m'excommunier ? Pense-t-il que les armes tomberont de la main de mes soldats, et mettre le poignard aux mains de mes peuples pour m'égorger ? Cette infâme doctrine, des papes furibonds l'ont prêchée. Il ne resterait plus au saint-père qu'à me faire couper les cheveux et à m'enfermer dans un monastère ! Me prend-il pour Louis le Débonnaire ?... Le pape actuel est trop puissant ; les prêtres ne sont pas faits pour gouverner. Qu'ils imitent saint Pierre, saint Paul et les saints apôtres, qui valent bien les Jules, les Boniface, les Grégoire, les Léon... C'est le désordre de l'ÉgUse que veut la cour de Rome, et non le bien de la religîon. Elle veut le désordre pour s'arroger un pouvoir arbitraire et bouleverser les idées de temporel et de spirituel. Certes, je commence à rougir et à me sentir humilié de toutes les folies que m'a fait endurer la cour de Kome, et peut-être le temps n'est-il p:is éloigné, si l'on veut continuer à troubler les alfaires de mes États, oii je ne reconnaîtrai le pape que comme évêque de Rome, comme égal cl au même rang ([ue les évêiiues de ine^

Kiats. Je ne craindrai pas de réunir les Églises gallicane, italienne, allemande, polonaise dans un concile pour faire mes affaires sans pape, et mettre mes peuples à l'abri des prétentions des prêtres de Rome... En deux mots, c'est pour la dernière fois que j'entre en discussion avec cette prêtraille romaine. On peut la mépriser et la méconnaître et être constamment dans la voie du salut, et, dans le fait, ce qui peut sauver dans un pays peut sauver dans un autre... Je tiens ma couronne de Dieu et de la volonté de mes peuples; je n'en suis responsable qu'à Dieu et à mes peuples. Je serai toujours Charlemagne pour la cour de Home et jamais Louis le Débonnaire... Je n'ai jamais demandé autre chose qu'un accommodement. Si Rome n'en veut point, qu'elle ne nomme point d'évêques; mes peuples vivront sans évêques, mes églises sans direction, jusqu'à ce qu'enfin l'intérêt de la religion, dont mes peuples ont besoin, me fera prendre un parti que commandent leur bien-être et la grandeur de ma couronne ! »

A ce passage finissait la lettre de l'empereur, et le prince Eugène devait reprendre en ces termes :

« Très-saint-père , cette lettre iVétait^ pas faite pour être mise sous les yeux de Votre Sainteté. Je la conjure de finir toutes ces discussions, d'éloigner d'elle les conseils perfides d'hommes irascibles qui, s'aveuglanl sur les circonstances et sur les vrais intérêts de la reliuiun, ne

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sont animés que p:ir de petites passions... On veut lutter de puissance, et j'ose dire d'orgueil avec un souverain que nous ne pouvons comparer qu'à Cyrus et h Charlemagne. Est-ce ainsi qu'en agissaient avec Cyrus le patriarche de Jérusalem, et envers Charlemagne les pontifes qui régnaient de son temps h Rome ?... Il n'est pas juste que les mouches s'attachent au lion et le piquent à petits coups d'aiguillon. Elles percent h peine sa peau; mais enfin elles l'irritent... Les peuples de Home sont malheureux ; c'est l'ouvrage des conseillers de Votre Sainteté. L'Église soutire; c'est la faute du souverain pontife, qui ne veut point nommer d'évôques sous de vains prétextes de prérogative... Au reste, c'est la dernière fois que j'ai i'autoris:!tion d'écrire à Votre Sainteté. Elle n'entendra plus parler de mon souverain ni de moi. Qu'elle nomme ou non des évoques, elle en est la maîtresse ; si ensuite quelqu'un se permet de prêcher le trouble et l'insurrection, il en sera puni par la justice des lois, dont le pouvoir émane aussi de la Divinité. »

« Vous enverrez cette lettre au pape, disait Napoléon en terminant, et vous me préviendrez quand M. Alquier l'aur.i remise. Je pars pour Paris; envoyez-y vos lettres '. «

Qu.md l'empereur écrivait et faisait écrire de pareilles

^ I. t.i'tde 'le l'iMiipLM'riir an piiiire Eugène, DreMlf.-ii jiiillcl ISO". — Cotreis;:uiid(Uice de Aapuléun V'^, t. \V. y. 4il.

choses, évidemment le temps des violences était proche. Il n'est point douteux qu'il ne brûlât d'impatience de s'emparer du restant des États du saint-père. Cela résulte d'un passage d'une autre lettre, écrite à la même date, qui n'était certainement point destinée à être mise sous les yeux de Pie VU. « Je ne sais quel coup de tète vous voulez que fasse le pape. Vous avez dû mettre des troupes du côté de Bologne, et, s'il faisait quelque imprudence, ce sérail une belle occasion de lui ôter ses États de Rome '. » Pie VII ne méditait aucun coup de tète, et l'embarras était précisément qu'il n'en voulait point faire et qu'il redoublait de douceur. A la lettre injurieuse du prince Eugène qui renfermait la lettre plus injurieuse encore de l'empereur, le s.»int-père avait répondu avec une fermeté tranquille, pleine de tristesse, mais surtout exempte de-colère. « Nous ne devions certainement pas nous attendre à ce qu'un souverain catholique attaquerait en notre personne le chef de la religion par des expressions dont aucun de nos prédécesseurs n'a jamais été exposé à souffrir l'humiliation... Dans l'exécution de nos devoirs, nous sommes dirigé par la modération et par la mansuétude, et non par le ressentiment cl par l'orgueil. Notre dignité, aussi bien que la

1. Lellre de liirapereur an prince Eogène, Sainl-Cloud, 4 atiùt 1807. — t'orrupondance île Napoléon !•'. l. XV. p. 46'i.

:}3i L'F'GLISR ROMAINK f:T LE PREMIER EMPIRE

défense faite à Voire Altesse impériale de continuer celte correspondance avec nous, nous interdisent de discuter dans celte réponse des propositions qui nous font horreur, mais qui n'ont pas besoin d'être réfutées, puisqu'elles l'ont été tant de fois victorieusement... Votre Altesse Impériale et l'ambassadeur de France nous proposent une négociation qui doit avoir lieu à Paris, et dont l'objet serait d'arranger tous les différends qui existent entre Sa Majesté el le saint-siége. Nous nous prêtons volontiers à une chose que nous avons toujours désirée *... »

Cependant, l'empereur était arrivé à Paris, et, peu de jours après, il avait fait donner ordre à M. Alquier de presser le saint-père d'envoyer un négociateur à Paris. Le saint-père désigna à cet effet le cardinal Lilta. M. Alquier parut d'abord satisfait de ce choix; mais, bientôt, il déclara au cardinal Gasoni que l'empereur n'en voulait pas. En même temps arrivaient de Paris des dépêches du cardinal Caprara. Le cardinal-légat informait sa cour de ce qui s'était passé dans une audience que Napoléon venait de lui accorder. L'empereur s'y était plaint de la façon la plus aiière de la conduite du pape et de la résistance qu'il opposait à ses volontés suprêmes. 11 voyait bien que le cœur de Pie VU lui était entièrement aliéné.

1. Lellrp de Pie VII adressée au vice-roi d'Italie, 11 août 1807.

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C'étaient les ennemis les plus dangereux de Sa Sainteté qui en étaient cause. Napoléon avait accompagné toutes ces doléances de menaces, et terminé en disant que, si la négociation n'avait pas l'issue qu'il en attendait, il s'emparerait des provinces de l'Adriatique. Caprara faisait également savoir que l'empereur récusait tous les cardinaux, excepté le cardinal deBayanne, et qu'il exigeait que la négociation pour le concordat germanique eût lieu à Paris sous les yeux du chef de la confédération. Enfin le légat envoyait copie d'une note qu'il venait de recevoir de M. de Champagny, successeur de M. de Talleyrand au ministère des relations extérieures.

Le remplacement de M. de Talleyrand devait avoir de fâcheuses conséquences pour la conduite des affaires pendantes avec la cour de Rome. Il avait été amené par une suite de, circonstances singulières et qui étaient elles-mêmes un signe des temps. Jamais M. de Talleyrand n'avait paru plus en faveur auprès de l'empereur ; jamais il ne lui avait rendu de plus utiles services que pendant la dernière campagne d'Allemagne, et surtout durant les négociations qui en furent la suite. A plus d'une reprise, le Moniteur avait informé le public de la satisfaction que lempereur éprouvait du zèle et des efforts de son ministre des relations extérieures. Personne ne fut donc étonné que M. de Talleyrand aspirât à monter alors au premier

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rang. 11 n'était que simple ministre et devait, en cette qualité, suivant la hiérarchie du régime impérial, céder le pas aux grands dignataires. Celte infériorité lui déplaisait h juste titre. Or, il se trouvait que les fondions de grand électeur et celles d'archichancelier d'État n'étaient pas remplies en ce moment. Les titres de cette dignité appartenaient, le premier au frère aine de Napoléon, devenu roi de Naples, le second au prince Eugène, vice-roi d'Italie. M. de Talleyrand n'eut pas beaucoup de peine k se faire nommer grand électeur, exerçant en même temps les fonctions d'archichancelier. La conséqueuce de cette élévation était de lui ôter le portefeuille des affaires étrangères, nécessité qui ne lui paraissait pas très-ftîcheuse, parce qu'elle le débarrassait d'une foule de détails qui commençaient à lui peser. 11 se considérait comme indispensable à l'empereur; il ne doutait pas que la supériorité de ses talents', soutenue de son titre de grand électeur, ne lui assurât toujours uneiniluence considérable dans les affaires. 11 en était d'autant plus persuadé qu'il croyait avoir puissamment contribué au choix de sou successeur, M. de Champagny. M. de Ghampagny, ministre de l'intérieur, était un homme laborieux, doué de capacité, mais tnnide, assez faible de caractère, qui ne pouvait trouver sa véritable place qu'au second rang. Ainsi le succès et l'honneur des grandes affaires lui reviendraient toujours, pen-

sait M. de Talleyrand ; mais en cela précisément M. de Talleyrand s'était étrangement trompé. C'était bien cette infériorité relative qui avait déterminé la préférence de l'empereur en faveur de M. de Ghampagny. Depuis que toutes choses lui avaient si bien réussi, Napoléon en était venu à n'aimer plus employer les hommes trop considérables par leur mérite, gens avec lesquels il faut toujours compter quelque peu. Il était en particulier fatigué d'un ministre sur l'habileté duquel le public était naturellement disposé à reporter le succès de ses négociations. Du jour oîi le portefeuille des relations extérieures fut remis aux miins de M. de Ghampagny, l'empereur affecta ostensiblement de ne travailler qu'avec lui; il n'eut plus avec M. de Talleyrand que les rapports indispensables, et l'ancien ministre fut de toutes les manières averti de n'avoir à intervenir que dans les affaires pour lesquelles il serait spécialement consulté.

A coup sûr, iM. de Talleyrand n'avait pas été consulté par M. de Ghampagny sur la note adressée, le 21 août 1807, au cardinal Gaprara et que ce dernier venait de transmettre à Rome. Il y régnait une amertume de ton, une crudité d'expressions empruntées aux conversations de l'empereur, mais qui étaient bien éloignées des habitudes épistolaires du prince de Bénévent.« Par une fatalité inexplicable, disait M. de Ghampagny, ce sont [des hommes

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