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passionnés et sans connaissance des alfaires qui jouissent à Rome d'un grand crédit, qui conseillent et qui dirigent tout. Auprès d'eux, l'ignorance et l'exaltation semblent être des titres de faveur... C'est malgré eux que le bien de la religion s'est fait en Italie. Ils ont laissé perdre la religion en Allemagne, où l'on a mieux aimé la livrer aux protestants que de s'adresser aux évèques. Ils tourmentent par une funeste administration les peuples infortunés des États romains... La tausse politique du saint-siége lui a déjà fait perdre trois provinces. Sa Majesté est loin de vouloir lui en enlever encore trois autres ; mais la sûreté de ses États l'exigerait, si le saint-siége persistait dans cet étal d'irritation et d'animosité '. »
A ce reproche (Virritation et d'animosité, — quelle allait être la réponse du saint-père? Il écrivait directement à l'empereur, qui le faisait injurier par le vice-roi d'Italie et par son ministre, mais qui gardait avec lui depuis deux ans un silence obstiné, la lettre qu'on va lire :
« Quoique Votre Majesté ait laissé sans réponse quelques-unes de nos lettres, néanmoins nous entreprenons de lui écrire encore une fois. Nous n'avons pu apprendre sans peine par notre cardinal-légat que Votre Majesté croit
l.Note de M. de Cliampagny, adressée le ^1 août 1807 an cardinal Caprara.
que notre cœur lui est aliéné, et que nous nous opposons par la seule envie de la contrarier à ce qu'elle désire de nous. Majesté, Dieu nous est témoin, il sait que nous ne mentons pas. Ce n'est pas l'envie de la contredire, c'est le sentiment de nos devoirs qui nous a forcé de nous refuser à quelques-unes de ses demandes; rien ne nous serait plus agréable que de seconder ses vœux de tout notre pouvoir... Le bruit s'est répandu que Votre Majesté pensait venir dans ce pays. Ainsi à la satisfaction que nous éprouvons par l'arrangement tant désiré se joindrait encore celle de revoir Votre Majesté. Dans ce cas, nous ne céderons à personne l'honneur de recevoir un hôte aussi illuslre; notre droit à cette préférence ne saurait être contesté. Le palais du Vatican, que nous ferons arranger pour le mieux, sera destiné à recevoir Sa Majesté et sa suite. Toutes les affaires ayant été conciliées à l*aris, nous pourrons, ;\ Rome, travailler à faire jouir la religion catholique, dont Votre Majesté doit être le défenseur, de tous les biens qu'elle lui a promis. Qu'en attendant. Votre Majesté soit persuadée de notre affection constante, en gage de laquelle nous lui donnons, avec toute l'effusion de notre cœur, la bénédiction apostolique •. »
I. Lettre du pape, adressée le 11 septeml)re à l'empereur des Français, Napoléon \".
Qui ne croirait , en lisant cette lettre du saint-père, toute pleine d'espoir, empreinte de ce ton d'affectueuse tendresse envers Napoléon, qui était presque celui de jours heureux du concordai et du sacre, que la querelle allait enfin s'apaiser, et que les choses étaient à la veille de s'arranger à la satisfaction des deux parties? Pie Vil ne s'était point borné d'ailleurs à m mifester les pltrs conciliantes intentions, il avait joint les actes aux paroles. Napoléon ayant élevé des objections contre le choix du cardinal Litta pour négociiiteur, le pape y avait renoncé. Napoléon ayant témoigné la volonté de n'accepter que le cardinal deBayanne, le pape avait désigné le cardinal de Bayanne, sujet français, "le seul parmi les membres du sacré collège qui avait toujours été d'avis de donner complète satisfaction à l'empereur. Certes, la prétention était inouïe de la part de Napoléon de vouloir imposer à un souverain étranger la personne à laquelle il devait, à l'exclusion de toute autre, confier le soin de traiter de ses intérêts; c'était mettre le comble à cette exij^ence de vouloir que le négociateur romain fût Français, et par conséquent dépendant de lui, comme l'était déjà le légat Caprara en sa qualité d'évêque de Milan. N'importe ; le pape avait, somme toute, confiance d ms l'honnêteté bien connue du respectable cardinal de Bayanne, fort dévoué à l'empereur, très-porté à toute espèce de condescendance envers
lui, mais incapable d'enfreindre les instructions qui lui seraient données. Aucune concession à laquelle sa conscience pût consentir ne coûtait maintenant à Pie VII, si elle lui semblait propre à conduire à une heureuse entente. Non-seulement il céda sur le choix du négociateur, mais il se hâta de faire partir le cardinal de Bayanne de Rome avec les pouvoirs les plus étendus.
Comment l'empereur allait-il reconnaître tous les conciliants procédés du saint-père ? Si l'on ne savait à quel point son parti était arrêté, et qu'à tout prix il voulait rompre afin de s'emparer des États du saint-siége, la surprise serait vraiment extrême en voyant l'attitude prise en ce moment par le chef dn gouvernement français. Évidemment, Napoléon avait espéré que le pape refuserait de négocier par l'intermédiaire du cardinal Caprara. Il avait écrit le 7 septembre au prince Eugène : « Vous savez que je n'ai pas admis le cardinal Litta ; nous verrons le parti que prendront actuellement ces prétirs «. > Le pape avait tout simplement pris le parti d'envoyer le cardinal de Bayanne, et d'écrire la lettre pjrfaiiement modérée, amicale et même lendre que nous venons de citer. Par sa douceur naturelle, par sa bonne foi, par une sim-
1. Lettre de l'empereur au vice-roi d'Italie. 7 sept<imbre 1807. — Correspondance de Mapvléon l'^, t. XVI, i». Iti.
plicité de cœur que Napoléon n'avait pas fait entrer dans ses calculs, le saint-père se trouvait avoir déjoué, sans le savoir, tous les plans de son adversaire beaucoup mieux que n'aurait pu faire le plus consommé politique. Que résoudre? quelle réponse faire à la lettre affectueuse de Pie VII, à cette aimable invitation de venir à Rome et de s'établir au Vatican? Cela était assez embarrassant ; Napoléon prit le parti de ne pas répondre. Nous nous trompons, il répondit en envoyant ordre au vice-roi de faire prendre possession par le général Lemarrois d'Ancône, du duché d'Urbin, de la province de Macerata, de Fermo, de Spolette. « Mon intention est que toutes les troupes françaises qui se trouvent dans les États du pape doivent être habillées, nourries et soldées par le pape. Cela ne laissera pas que de faire une assez grande économie ' . » Tl y répondit aussi en écrivant qu'on eût soin à Milan d'empêcher le cardinal de Bayanne « de passer outre ». — « Vous lui demanderez, écrivait-il au prince Eugène, si dans son âme et conscience de cardinal il croit ses pouvoirs et ses instructions suffisants pour arranger tous les points de discussion qui existent avec la courdeRome. S'ilnesecroit pas assez autorisé, il doit écrire à Rome qu'il a été retenu à
1. Lellre de l'omiioreiir au prince Imi,wiii', 'io seplciubre ISD". — Correspo)idaiicc de Aapulroti loi-, i. \VI, p. 4y.
Milan, vu les explications qu'on lui a demandées *... » A la même époque (21 septembre 1807), comme s'il craignait que les mesures que nous venons d'énumérer ne fussent pas encore assez blessantes, l'empereur donna ordre à M. de Champagnyde passer au cardinal Gaprara une note dont le ton semblait calculé de façon à amener décidément cette rupture qu'il souhaitait avec tant d'impatience. « Il n'importe pas beaucoup à lempereur que Rome ait sept ou huit Anglais de moins; mais ce qui lui importe, c'est que le souverain temporel de Rome marche dans le système de la France, que, placé au milieu du grand empire, environné de ses. armées, il ne soit pas étranger à ses intérêts, à sa politique. — Rome ne s'est jamais séparée de la politique de l'Europe ; souvent elle y a joué un rôle trop actif, et ses princes ont été plus d'une fois les moteurs des guerres qui ont désolé cette partie du monde. On a blâmé dans les papes cette politique, quand elle a été mauvaise, tondée sur l'injustice ou la mauvaise foi; mais on n'a jamais prétendu qu'en agissant comme souverams temporels ils violassent les devoirs imposés au chef de l'Église. Mettre en avant un tel argument, c'est s'accuser soi-même d'ignorance ou de mauvaise foi. L'empereur ne demande au pape de se liguer avec lui que
1. Lellri' lie Temperenr au vice-roi d'Italie, 28 septembre 1807. Correspondance de Sapoléou \" i. WI, p. 54.
34i L'ÉGLISE ROMAINE ET LE PREMIER EMPIRE
contre les infidèles, ce que le saint-siége a toujours regardé comme un devoir, et contre les Anglais, nation hérétique qui traite même chez elle les catholiques en ennemis. L'empereur demande cela au pape, et il peut le demander comme un droit de sa couronne. Souverain de l'empire de Gharlemagne et héritier de ses droits, il doit se souvenir que la donation faite par ce prince au saint-siége renfermait la condition tacite de ne point agir contre les intérêts de son empire et de faire cause commune avec lui et avec ses successeurs, car sans doute Gharlemagne n'aurait pas voulu donner des armes contre sa propre puissance. La cause que l'on propose au pape d'embrasser est bien la cause de l'empire de Gharlemagne; c'est celle de la France, de l'Allemagne, de l'Italie et celle de tout le continent... » L'empereur laissera volontiers Rome sous la puissance du pape, parce que Rome ainsi isolée ne pourra plus nuire aux intérêts de l'empire. Tel est, monsieur le cardinal, l'alternative offerte à Sa Sainteté. 11 ne sera pas tenu un autre langage à son négociateur. De vains partages ne feront jamais sortn* de ce cercle : c'est au pape à choisir... Je n'entretiendrai que brièvement Votre Kminence des affaires ecclésiastiques. Il n'y en a point en France dont le pape ait à se mêler, l'Église gallicane a ses privilèges et jouit de la paix 1 1 plus profonde. Ses membres bénissent l'empereur, (jui honore la religion
et protège ses inioistres... Les affaires ecclésiastiques d'Italie ont trois objets : les moines d'abord; l'empereur n'en veut point, il n'y en avait point du temps des apôtres, il n'y en a point en France, l'Italie n'en a pas besoin; m lis, dans ce temps de crise, il lui faut des soldats pour la défendre contre les infidèles et les hérétiques... Tels sont, monsieur le cardinal, les vœux de l'empereur, fondés sur l'intérêt des peuples et sur l'intérêt de la religion. Si le pape refuse de s'y rendre, si son négociateur n'est pas revêtu des pouvoirs nécessaires i)our arriver au but indiqué, l'empereur, pour les affaires temporelles, en appellera k la suprématie de sa couronne; il agira comme aurait agi Charlemagne, des droits duquel il est l'héritier, comme a agi Charles-Quini, qui était loin d'avoir les mêmes droits. Pour les affaires ecclésiastiques, il en appellera à un concile général de la chrétienté, seul organe de l'Église infaillible et arbitre souverain de toutes les contestations religieuses. Encore une fois, je dois le répéter, disait M. de Champagny en terminant sa note, il ne faut pas que le cardinal ait des pouvoirs limités, ou il doit rester à Rotnc '. » Pour qui siit comprendre, le but de la note que Tempereur avait dictée à M. de Champagny saute de lui-même
I. Note de M. de r.hamp::gny à M. le cardinal Caprara, Pari*. -2\ siptembrc 180".
aux yeux. En présentantsouscetteformeimpérieuscses prétentions plutôt grossies qu'allénuées, en exigeant en même temps que le saiut-siége donnât des pleins pouvoirs illimités à un négociateur dont les opinions sur les questions en litige étaient connues et qui était sous son entière dépendance, l'empereur ne se proposait qu'une chose : il espérait qu'effrayé d'entamer une négociation sous de tels auspices et dans de telles conditions, le pape préférerait ne pas envoyer le cardinal de Bayanne à Paris. C'était de beaucoup ce qui convenait le mieux aux desseins de l'empereur. Il aurait alors constaté que, le pape ayant refusé d'entendre à aucun arrangement, il avait été obligé de se faire justice lui-même en prenant possession de ses États. Pendant quelque temps, les choses parurent en effet tourner ainsi. Ce fut avec une satisfaction assez mal déguisée qu'à Fontainebleau, le dernier jour du mois de septembre, en présence de beaucoup de personnes de la cour présentes à l'audience qu'il donnait au cardinal Caprara, Napoléon s'écria très-haut : « Eh bien , le pape refuse de donner des pleins pouvoirs pour la négociation ; » puis, après s'être exprimé sur le compte de la cour de Rome dans les termes les plus amers, s'adressanl tout à coupa l'assistance étonnée, il continua : « J'avais demandé au pape qu'il accordât des pleins pouvoirs. . . H y avait consenti en termes généraux. On insiste, et, (jui le croirait?
juaintenant il refuse. Gela vent dire que le consentement donné par écrit renterniait quelque subterfuge romain; cela est évident, puisqu'il refuse les pleins pouvoirs. »
L'empereur, sans laisser rien répondre au légat, se tourna alors subitement vers d'autres personnes, et Caprara resta en tète-à-tète avec M. de Champagny; mais bientôt Napoléon revint de nouveau de son côté. « Eh bien, que dites-vous? — Il ne me reste qu'un espoir, ({uoiqu'un peu trop éloigné, dit doucement le légat, celui ([ue la sagesse de Votre Majesté saura trouver un moyen de sortir d'embarras dans une chose qui, j'en suis sûr, intéresse son honneur. » L'empereur se promena quelque temps en silence, puis il reprit : « Voyez, dit-il, si Rome •^e refuse absolument à donner les pleins pouvoirs, je me tairai ; je la laisserai se rendre responsable envers toute h terre des conséquences de ce fait... Si l'on persiste dans ce refus, je ne me mêlerai plus des affaires ecclésiastiques, soit de l'empire français, soit du royaume d'Italie. Quant aux affaires politiques, du moment que je ne vois dans le pape qu'un simple souverain temporel, j'entends qu'il fasse cause commune avec moi imlre tous mes ennemis^ et qu'il entre dans ma fédéition... Autrement, les troupes d'Ancône prendront possession des provinces de l'État ecclésiastique que j'ai nommées (Ancône, Urbin, 3Iacerata, Fermo et Spo-
lette).» Gela dit, l'empereur quitta immédiatement la salle*. Peu de temps après cette scène faite au légat, l'empereur put se llatter pendant quelques jours qu'il en était venu à ses fins et que le signal de la rupture serait, en effet, donné par le saint-père lui-même. Pie Vil avait été saisi dun véritable accès d'indignation lorsqu'il avait appris qu'en vertu d'un ordre signé de l'empereur, le général Lemarrois s'était déclaré gouverneur général d'Ancône, de Macerata, de Fermo, de Spolelte et d'Urbin. Quoi ! on saisissait d'un trait de plume ses plus belles provinces. Non content de l'obliger à traiter sous le coup des plus terribles menaces, on les exécutait quand son négociateur touchait déjà aux portes de Paris. Quoi ! les mesures qui devaient être la punition de son refus de traiter se trouvaient prises à l'avance au moment oii, faisant les plus grands elorts sur lui-même, allant peut-être au delà de ce qu'il lui était permis de faire, il en était venu à concéder à peu près tout ce qui lui avait été demandé. Le courroux du saintpère était d'autant plus vif, que la prise de possession d'Ancône \r\v le général Lemarrois avait été accompagnée de circonstances aussi pénibles pour l'honneur du sainlsiége que douloureuses pour le cœur de Pie VIL Le cardinal Rivarola, gouverneur de Macerata, un des membres
1 . Ltllrc du caidii al Caiiraia au cardinal Casoiii, l*-""" oclobreISO".
les plus distingués du sacré collège, ayant protesté contre l'occupation de la ville oh il commandai! au nom de Sa Sainteté, avait été arrêté et conduit dans la forteresse de Pesaro. Le sous-gouverneur de Macerata, ayant à son tour protesté contre l'arrestation de son chef, avait également été jeté en prison. A cette nouvelle, le pape n'avait pu se contenir. « Comme une telle conduite excite en nous le plus juste ressentiment et nous fait voir ce que nous devons attendre de l'empereur, nous suspendons ipso facto tous les pouvoirs que nous vous avons donnés, ainsi qu'au cardinal-légat, pour négocier, et nous vous défendons d'en l'aire le moindre usage, si le traité n'est pas conclu à Tarnvée des présentes ; s'il est conclu, nous le déclarons nul et cDinme non avenu. Préparez-vous à vous en retourner à Kome. Dieu et le monde nous feront justice contre les procédés de l'empereur, quels qu'ils puissent être '. »
A.U moment où cette lettre du pape partait de Rome, le cardinal de Bayanne h qui elle était adressée était arrivé à Fontainebleau, où résidait alors Napoléon ; mais l'empereur, d'ordinaire si pressé de terminer les affaires qu'il avait à cœur, n'avait témoigné aucun empressement à le recevoir. Les dépêches que le négociateur du saint-siége faisait parvenir au Vatican laissaient toutes choses dans un assez
1. Lpltre de Pie VII au cardinal de Bayanne, 9 novembre 1807.
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grand vague. « Il n'avait encore, vu que M. de Charnpagriy, écrivait-il à la date du 31 octobre ; mais il avait rapporté de cette première conversation l'impression qu'il serait sous main autorisé à envoyer à Rome une copie du projet de traité avant de le signer, ce qui permettrait au pape de l'examiner. » Cet espoir le sonlageait beaucoup; mais il était, par contre, obligé d'ajouter qu'il désespérait d'obtenir que les puissances catholiques fussent nommément exceptées dans le traité, comme ne devant jamais être au nombre de celles avec lesquelles Sa Sainteté pût être en aucun cas contrainte à se mettre en hostilité. « Il pensait qu'on voulait à ce sujet se borner à une déclaration verbale^» Le lendemain, 1" novembre, le cardinal deBayanne n'avait pas encore été admis à voir l'empereur ;' mais il assurait le pape qu'il s'était strictement attaché aux ordres renfermés dans sesinstructioiis, lesquelles excluaient toute espèce d'alliance, et consentaient seulement à la fermeture des ports et à quelques mesures semblables qui ne tendaient point à faire prendre au saint-père une part active à la guerre ni à blesser son indépendance ^. Tâchons de bien expliquer quelle était au juste la situa-
1. Dépêclip du cardinal de Bayanne au cardinal Casoni, 31 octobre 1807.
2. Dépèches du cardinal de Bayanne, 3! octobre et l»"^ no\, mbn'
tion faite à Paris au cardinal de Bayanne par les inslruclions quil avait reçues du saint-père avant de quitter Ronae. Cette position était extrêmement délicate. Il ne faut pas en effet le dissimuler, le sainl-siége avait abandonné quelque cliose de la thèse qu'il avait d'abord dognritiquèment soutenue. Une fois de plus, comme cela lui était déjà arrivé à propos des évêques constitutionnels, comme cela di'vait lui arriver encore pendant le cours de ses démêlés avec le gouvernement français, le souverain pontife avait fini par c('der sur une question qu'il avait commencé par représenter comme étant d'une nature essentiellement religieuse, et compromettant au premier chef la conscience sacerdotale du père commun des fidèles. Rien de plus naturel et de plus légitime en soi-même que ces transactions par lesquelles, afin de se mettre d'accord, deux gouvernements ^e font mutuellement certains sacrifices auxquels ils s'étaient d'abord péremptoirement refusés. Les discussions diplomatiques ne se terminent guère autrement dans ce bas monde. Si le prestige extérieur du gouvernement qui a fait les premiers pas, ou qui a consenti les plus larges concessions, peut en être légèrement diminué au dehors, il s'en faut de beaucoup toutefois que sa considéraiion en .soit foncièrement atteinte ; s'il est le plus faible, s'il n'a aucun moyen de se défendre, on trouvera au contraire qu'il a sagement et prudemment agi, ce qui dans l'opinion
publique n'a jamais fait de tort à quelque gouvernement que ce soit. Il n'en est pas tout à fait ainsi dans les affaires qui regardent la cour de Rome. Du moins il y a lieu de faire une très-importante distinction : quand le pape, le plus pgtit des soiiver.iiiis, celui de tous les chefs d'État qui a le plus de motifs de se montrer eu politique facile et conciliant, est amené par le trop juste sentiment de son impuissance matérielle à se soumettre temporellementaux exigences abusives d'un adversaire mille fois plus fort que lai, qui oserait l'en blâmer-? Non-seulement il est assuré de n'encourir aucun reproche, mais il sera plaint de tout le monde, et les cœurs généreux ressentiront pour lui cette sympathie qui toujours et partout s'attache immanquablement à la cause du plus faible opprimé par le plus fort ; mais si, dans la querelle engagée, le souverain temporel a fait intempestivement intervenir à sa place le chef spirituel, si le pontife, prenant pour son compte la parole, a hautement et itéraiivement déclaré que la question pendante est une de ces questions de conscience et de foi oii la religion elle-même est directement intéressée, et sur laquelle il ne lui est point permis de transiger, puis s'il arrive que tout à coup il se ravise et découvre à l'improviste des tempéraments qui ne lui étaient pas d'abord apparus, il en résulte un trouble profond qui jette les esprits et les choses dans la plus inextricable confusion.
Dans les premiers jours d'octobre 1807, le pape avait f;iit une immense concession. Assuré nombre de fols par M. Âlquier « qu'il ne fallait pas attacher une importance exagérée aux paroles que l'empereur avait, dans un mouvement d'impatience, adressées au légat, et que, dans les instructions officielles qu'il avait reçues de sa cour, il n'ét;ùt nullement question d'obliger Sa Sainteté à se liguer contre tous les ennemis de l'empereur, mais seulement contre les hérétiques et les Anglais, » Pie VII s'était décidé « à faire un pas de plus et à aller, disait-il, aussi loin que possible. » Il avait donc autorisé le cardinal de Bayanne à se concerter et à stipuler à Paris sur des articles conçus dans le sens qu'avait indiqué M. Alquier. Plus tard, par une dépèche en date du 14 octobre ^807, le cardinal Casoni avait pris grand soin d'expliquer au cardinal de Bayanne ce que signifiait au juste l'autorisation de se coticerter. « Le sainl-père m'a ordonné de vous faire savoir (si par hasard je ne m'étais pas bien expliqué dans la lettre du 4â) que le moi concerter veut dire que Votre Éminence doit bien connaître et bien expliquer les termes et l'étendue des obligations dont on doit se charger. Il dépend par conséquent de la dextérité, du zèle et de l'activité de Votre Éminence et du légat de faire en sorte que les engagements pris ne soient pas en opposition avec les intentions de Sa Sainteté. Les dernières demandes de Sa Majesté Impé-