‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 4)Chapitre 69 sur 83 · I. Mémoire-^ du c irdinal l'accn. t. I'', p · texte numérisé non relu

I. Mémoire-^ du c irdinal l'accn. t. I'', p

grand chagrin, par votre lettre du 10 du mois passé, avec laquelle vous nous avez transmis l'ébauche de votre projet de traité, qu'aux demandes contenues dans la note de l'ambassadeur de France on en a ajouté plusieurs autres auxquelles nous ne nous attendions pas, tandis que ce projet n'exprime aucune des deux conditions auxquelles seules, ainsi que notre secrétaire d'État vous l'a mandé, nous avions consenti à la prolongation de vos pouvoirs, qui avaient été annulés par la lettre de notre main du 9. En effet, rien n'a été fait pour la révocation des mesures prises à l'égard de nos quatre provinces, et l'on se refuse à admettre le contenu des dépêches qui vous ont été adressées les 12 et 14 octobre.

» En conséquence, et comme le projet de traité ne se borne pas à exiger la fermeture des ports, mais qu'on persiste dans le dessein de nous faire entrer dans une fédération qui nous obligerait à reconnaître pour nos amis et ennemis ceux de la France, et à nous mettre dans un état de guerre perpétuelle qui répugnerait absolument à notre caractère et à notre ministère de paix, nous nous voyons dans l'impossibilité d'y adhérer.

» Par quelles raisons devrions-nous nous exposer au danger ou plutôt à la certitude de voir défendues en Angleterre les communications spirituelles que nous entretenons maintenant librement avec les catholiques de ce pays

défense qui aurait lieu aussitôt que nous entrerions dans un système permanent d'inimitié contre cette puissance pour une cause qui nous est entièrement étraugère ? Par quelle raison le projet veut-il nous obliger à renoncer sans aucun dédommagement aux droits du saint-siége à l'égard de l'investiture du royaume de Naples et à la souveraineté sur 'Bénévent et Ponte-Corvo, pour laquelle le décret même qui nous la ravit nous avait promis une indemnité ? Par quelle raison devons-nous nous engager à porter le nombre des cardinaux français au tiers du nombre total du collège, en renversant ainsi les constitutions fondamentales du saintsiége, et ouvrant la voie à d'autres demandes semblables et proportionnelles de la part d'autres cours catholiques, et aux conséquences qui en résulteraient nécessairement, d'après ce que l'histoire de l'Église nous apprend ? Par quelle raison devons-nous nous charger de tant de dépenses, et nommément de celle de 400,000 francs par an, pour le curage du port et pour l'augmentation des fortifications d'Ancône, opérations qui, au lieu de nous être utiles, ne pourraient que nous causer un sensible dommage?... Enfin nous voyons avec infiniment de chagrin que le projet ne fait pas seulement la moindre mention des affaires ecclésiastiques qui sont l'objet de nos réclamations et de votre envoi à Paris ; nous voyons, eu un mot, que nous sommes traité en ennemi. Voilà le fruit de notre voyage à Paris, de

notre patience, de la longanimité qui nous a porté à faire tant de sacrifices, à souffrir tant d'humiliations. Dans cet état de choses, comme les deux conditions que nous avons prescrites dnns la dépêche du 11 novembre n'ont pas été adoptées, et qu'au contraire on exige de nous différentes choses nouvelles et inadmissibles, nous ne pouvons en aucune manière adhérer à un traité qui serait attentatoire à la liberté et à l'indépendance de notre souveraineté.,

p Si donc on persiste dans de pareilles prétentions, vous pourrez immédiatement demander votre passe-port et partir ; nous avertissons aussi notre cardinal-légat, à qui nous entendons que cette lettre soit communiquée, de se tenir prêt pour partir au premier ordre qu'il pourra recevoir de nous. La conduite qu'on observera envers nous après la réception de cette réponse de notre part nous fera juger si son rappel est nécessaire. »

A partir du jour on cette réponse du pape fut parvenue à Paris, Napoléon avait pris, lui aussi, sa résolution définitive. Un semblant de négociation continua encore entre M. de Champagny et le cardinal Caprara, ayant surtout pour but de détourner l'attention de la cour de Rome des mesures qui se préparaient contre elle. Tout avait été d'ailleurs combiné à l'avance pour cette h;g?othèse de la résistance du saint-père. Les forces françaises que l'empereur destinait h l'expédition contre Rome étaient depuis un cer-

lain teuips groupées à dessein près des limites du domaine de saint Pierre, tant du côté du nord que du midi. Un militaire distingué, le général Mioilis, était l'homme que l'empereur avait, par anticipation, décidé de mettre à leur tête comme étant dans sa pensée l'homme le plus capable par ses antécédents, par ses opinions, son énergie et aussi par sa modération et par sa présence d'esprit, de mener à bien une opération si délicate. Pour en régler le détail, l'empereur toutefois ne s'en i apportait, comme à son ordinaire, qu'à lui-même. On va le voir, dans les deux lettres suivantes au prince Eugène et au roi de Naples, arranger tout le plan de cette campagne contre Rome et contre Pie Vil avec le même soin que s'il avait été question d'agir contre la place la mieux, fortifiée et contre le prince le plus puissant de la terre.

< Mon fils, immédiatement après la réception de la présente lettre, expédiez l'ordre au général îliollis de diriger sur Pérouse toute son artillerie, sa cavalerie et son infanterie hormis un bataillon qu'il laissera pour la police de Florence et un pour la police de Livourne. Donnez l'ordre au général Lemarrois de mettre en marche sur Foligno toutes ses troupes, infanterie et artillerie, hormis un bataillon qu'il lais^^ra pour la garde d'Ancône. Je compte que le général MioUis pourra réunir 2,o00 hommes et le général Lemarrois autant, ce qui fera 3,000 hounnes. Les

troupes du général Leniarrois seront sous le comniandement d'un général de brigade ; arrivées à Foligno, elles seront sous les ordres du général Miollis. Les marches seront calculées pour que les troupes du général Lemarrois arrivent à Foligno le même jour que les troupes du général Miollis arriveront à Pérouse. Je donne ordre au roi de Naples de réunir à Terracine une colonne de 3,000 hommes. Le général Miollis se rendra h Pérouse, en partira avec la colonne qui y sera réunie, prendra sous son commandement la colonne de Foligno, et continuera sa route sur Rome sous prétexte de traverser cette ville pour se rendre à Naples. Les ordres seront donnes de manière que la colonne de 3,000 hommes de Terracine soit en mesure de se diriger en grande marche, et sans perdre de temps, sur Rome du moment que le général Miollis y sera entré. Le général Miollis, à son arrivée, prendra possession du château Saint- Ange, rendra au pape tous les honneurs possibles, et déclarera qu'il a mission d'occuper Rome et le château Saint- Ange pour arrêter les brigands du royaume de Naples qui y cherchent refuge. Il fera arrêter le consul et les agents du roi Ferdinand, le consul anglais et les individus Anglais qui sont à Rome. 11 tiendra ses troupes en bon ordre, restera tranquille, ne se mêlera en rien du gouvernement, et fera seulement fournir à ses troupes les vivres et la solde. Il e&t bien important que le plus grand secret soit gardé

sur cette expédition. Le cjénéralMiolUs marchera sur Rome comme s'il allait rejoindre Varmée de Naples ; il ne se mettra en marche que lorsque ses troupes seront à Pérouse et que celles du général Lemarrois seront à Foligno, et alors il se dirigera à grandes journées sur Rome. Il enverra des ordres à la colonne de Terracine pour qu'elle parte au moment de son arrivée à Rome. Sa principale mission est de protéger mes malades et de rechercher les brigands ; il recevra du reste des ordres ultérieurs, il avouera qu'il n'a à se mêler que de la partie militaire. J'exige secret et promptitude dans cette opération.

» Vous ferez connaître au général Miollis qu'il prendra à Rome le titre de commandant en chef des troupes qui sont dans les Éîatsde l'Église ; il ne prendra d'ordre que de nous. Vous ferez connaître le jour où le général Miollis arrivera à Pérouse et à Rome au roi de Naples, afin qu'il règle son mouvement en conséquence. Vous aurez soin également de m'instruiredujouroùilentreradans Rome, afin que jepuisse lui donner des instructions sur ce qu'il aura à faire*... »

En même temps. Napoléon adressait au roi de Naples la lettre qu'on va lire :

« Mon frère, les impertinences de la cour de Rome

1. Lettre de l'empereur au prince Eugène, 10 janvier 1808. — Correspondance de Napoléon !«% t. XVI, p. 23j.

n'ont pas de bornes ; je suis impatient d'en finir. J'ai renvoyé ses négociateurs. Mon intention est que vous l'éunissiez àTerracine une colonne de 2,000 liommesde troupes napolitaines d'infanterie et de cavalerie, d'un bataillon français do 8 à 900 hommes, d'un régiment de cavalerie de 400 hommes, de quatre pièces de canon napolitaines et six pièces françaises attelées, ce qui fera 3,000 hommes et dix pièces de canon. Vous ferez tout cela sans bruit. Vous mettrez cette colonne sous les ordres d'un général de brigade, et elle attendra à Terracine les ordres du général Miollis, sous le commandement duquel elle sera. Ce général réunira 3,000 hommes à Perugia, le général Lemarrois autant à Foligno. \vec ces 6,000 hommes, il se mettra en marche sur Rome, comme s'il allait rejoindre l'armée de Naples. Arrivé à Rome, il prendra possession du château Saint-Ange et le titre de commandant en chef des troupes qui sont dans les États du pape, et il enverra de.î ordres à votre division à Terracine pour qu'elle vienne le joindre en toute hâte à Rome. Vous sentez que cette expédition doit être tenue sécrète. Votre colonne de Terracine ne doit se mettre en mouvement que pour arriver au moment de l'entrée du général MiolUs à Rome. Peutêtre sera-t-il inutile qu'elle entre dans la ville, mais il est nécessaire qu'elle en approche h quatre ou cinq lieues. Je charge le vice-roi de vous faire connaître le jour oii le gé-

néral Miollis arrivera à Rome, afin de ne marcher qu'au dernier moment. Je me réserve de donner des ordres ultérieurs lorsque Miollis sera arrivé à Rome *. »

La ne s'était point bornée l'attention donnée par l'empereur à cette grande affaire de la prise de Rome. Les soins apportés à la direction de cette opération militaire, le secret rigoureux imposé aux agents 'chargés de la préparer et de la conduire, toutes ces précautions prises pour mieux surprendre le pape dans Rome, n'avaient pas suffi à Napoléon, Il lui fallait aussi songer aux instructions à faire parvenir à M. Alquier. L'empereur y avait également pourvu.

« Le 25 janvier, l'armée française sera à Perugia, écrivait-i! à M. de Champagny; le 3 février, elle sera à Rome. L'estafette, partant le 23, arrivera à Rome le i" février, et portera ainsi vos ordres au sieur Alquier deux jours^ avant que les troupes arrivent. Vous devez faire connaître au sieur Alquier que le général Miollis, qui commande mes troupes, et quia F air de se diriger sur Naples, s'arrêtera à Rome et prendra possession du château Saint-Ange... Lorsque le sieur Alquier saura que les troupes sont à la porte de Rome, il présentera au cardinal secrétaire d'État une note conçue en ces termes... (Dans la note jointe à la

1. Lettre de l'emperear an roi de Naples, 10 janvier 1808. — Correspondance de ^fapoléon hr, t. XVI, p. 236.

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