‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 4)Chapitre 7 sur 83 · Correspondance de Napoléon I"', t II, p · texte numérisé non relu

Correspondance de Napoléon I"', t II, p

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saint-père de joie. Il était charmé de voir l'empereur discuter ainsi avec lui dans sa correspondance personnelle le détail même des affaires et lui parler un langage si plein à la fois de tendresse et de piété. « Les démonstrations que Votre Majesté nous donne de son attachement à la religion et de son opposition au faux esprit philosophique du siècle nous ont rempli de consolation. Tout ce qui émane directement de Votre Majesté se ressent toujours de la grandeur et de la rectitude de son caractère... Nous vous remercions avec la plus grande effusion du cœur de ces sentiments auxquels vous pouvez être bien assuré que les nôtres correspondent avec la plus parfaite et la plus sincère réciprocité... Soyez égalemedi convaincu que, pour ce qui nous concerne, nous ne suivons aucune politique ; les maximes de l'Évangile et les lois de l'Église sont nos uniques guides. Vous pouvez donc être assuré d'avance que nous procédons toujours en parfaiti^ simplicité de cœur, avec tout l'esprit de conciliation et de modération possible. »

Profitant de l'occasion que l'empereur lui en avait luimême fournie, le pape ne craint pas d'entrer dans l'énumération des changements qu'il désire voir s'accomplir de l'autre côté des Alpes, « car il ne croit pas que personne ait trouvé, comme l'aflirme Napoléon, qu'on ait trop fait p;)ur le clergé en Italie. Soyez an contraire persuadé que

la grande majorité des peuples bénira toujours d'autant plus Votre Majesté et sera d'autant plus pénétrée pour elle de fidélité qu'elle aura favorisé davantage la cause de la religion et de l'Église. » — « ...Quelle satisfaction pour moi, s'écrie avec un redoublement d'enthonsiasme le saintpère en terminant sa lettre, et pour Votre Majesté quelle gloire d'avoir démontré devant le monde et pour la postérité que le désir de rétablir la religion, dont dépend la vraie félicité des États, a étroitement uni nos cœurs, et que vers ce but si généreux tous nos soins ont toujours été uniquement dirigés ! Cette pensée me remplit de joie'. » Cette joyeuse coniiance de Pie V(I était certainement très-sincère, comme l'était, à plus forte raison, son immense envie de complaire à l'homme tout-puissant sur la bonne volonté duquel il avait placé tant d'espérances. Peut-être à son insu le saint-père avait-il pourtant renchéri dans cette occasion sur les témoignages accoutumés de son affectueuse admiration. Peut-être aussi Napoléon avait-il mis quelque étude à surexciter cette fois les généreuses illusions de son trop facile correspondant. Il y avait des deux côtés un motif particulier à ce redoublement réciproque de cordiales manifestations. En effet, pendant que s'échangeaient, à propos des affaires d'Italie,

i Lettre de Pie VU n Napoléon I^'. 6 septembre 1805.

ces lettres dont nous avons cru devoir citer les propres termes, une autre question avait surgi, d'une nature plus intime et toute personnelle, ,qui en France intéressait au plus haut degré le pouvoir du souverain, et a Rome la conscience même du pontife. Il s'agissait de la rupture du mariage religieux du prince Jérôme Bonaparte. A Rome, Pie VIJ entrevoyait avec effroi la nécessité d'un refus; c'est pourquoi il se plaisait à multiplier les expressions d'un dévouement qui n'avait d'ailleurs rien de simulé envers celui qu'il avait si grand' peur d'être obligé de mécontenter prochainement. A Paris, Napoléon ne désespérait point de réussir. H témoignait même une confiance peutêtre exagérée dans le succès définitif, et croyait en tout cas utile de ne montrer d'abord que ses côtés les plus aimables, sauf à se faire voir ensuite sous un plus redoutable aspect. L'affaire de la dissolution religieuse du mariage contracté en Amérique par le prince Jérôme Bonaparte a été le premier épisode de la lutte engagée entre l'empereur et le saint-père. Jamais depuis ils ne se sont complètement réconciliés. C'est pourquoi il devient nécessaire d'en raconter l'origine et les principaux détails. Depuis que Napoléon s'était fait proclamer souverain héréditaire, tout ce qui concernait les membres de la nouvelle famille impériale avait pris aux yeux de son chef comme à ceux du public français une considérable impor-

tance. La cérémonie du sacre, en soulevant une foule de questions d'étiquette sur le rang que devaient occuper et les fonctions que devaient remplir, à l'église Notre- Dame, les frères et les sœurs, les beaux-frères et les belles-sœurs de l'empereur, lui avait fourni l'occasion d'expliquer à Joseph quel rôle il destinait à ses parents dans le nouvel ordre de choses, et à quelles conditions ils pouvaient à leur tour compter sur sa bonne volonté. Cette conversation si étrange, et d'une si intime rudesse, avait lieu à Fontainebl&iu quelques jours avant l'entrevue avec le pape. Immédiatement rapportée par Joseph à son confident le comte Miot de Melito, elle projette le jour le pins vif sur la résolution où l'empereur était alors soit de rompre entièrement avec ses frères, soit de les tenir sous la plus absolue dépendance. Ses paroles, en levant tous les voiles, révèlent exactement les sentiments qu'il entretenait h l'égard de chacun d'eux.

Napoléon était bien décidé à ne jamais rappeler Lucien, qu'il aimait mieux savoir mécontent à Rome qu'à Paris, trop près de sa personne • . Il avait meilleure opinion de

1. « Je sais qae vous êtes incapable d'an crime, et que jamais, qnels que soient les avantages que vous pourriez trouver à ma mort, vous ne les achèteriez par un attentat. Je ne pense pas ainsi de Lucien, et voilà pourquoi je l'ai écarté, pourquoi je ne le rappellerai jamais. » (Mémoires du comte Miot de Melito, t. 1'% p. 238.)

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Joseph, mais il ne lui convenait pas davantage que celui-ci gardât l'attilude indécise dans laquelle il s'était maintenu jusqu'alors. C'est pourquoi il le sommait d'avoir à prendre une résolution définitive. Il lui fallait ou se retirer de bonne foi des aiîaires et alors renoncer à tout, ou bien s'unir franchement à lui et devenir en réalité son premier sujet. « Si vous prenez le premier parti, celui de la retraite, donnez votre démission sans esclandre, disait Napoléon à son frère; retirez-vous à Morfontaine, je vous donnerai un million, deux millions, s'il est nécessaire. Vous n'avez rien à craindre de moi. Je ne suis pas le tyran de ma famille, jamais je ne commettrai de crime, puisque je n'en ai pas commis pour me séparer de ma femme, pour faire un divorce qui avait été résolu dans ma tête jusqu'à mon voyage en Normandie et en Belgique, où j'ai pu connaître la bassesse des Français et m'assurer qu'il n'était pas nécessaire d'en venir là pour obtenir de leur servilité tout ce que je voulais en exiger '. »

Dans cette hypothèse, l'empereur songeait à déclarer pour son héritier le fils de Louis; ce système, quoiqu'il pût s'en arranger, ne lui convenait pas entièrement. Il n'ignorait pas qu'en écartant Joseph, il se livrait complètement à la famille de Joséphine. « Cette famille n'aurait

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