‹ L'Église romaine et le premier Empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inédits (volume 4)Chapitre 76 sur 83 · LE CARDINAL CONSALVI AU CARDINAL CAPRARA · texte numérisé non relu

LE CARDINAL CONSALVI AU CARDINAL CAPRARA

24 mai i806.

Sa Saintcld a lu dans les journaux un article relatif à la promulgation d'un ddcrct du 4 avril sur le catéchisme général pour tout l'empire français, et un décret de Votre Éminence qui approuve ce catéchisme et règle l'usago que tous les évoques de France doivent en faire.

Votre Éminence n'a rien écrit ù ce sujet à Sa Sainteté, qui est autorisée à douter ainsi de l'existence de ce décret. Le saint-père se flalle que Voire Éminence n'aura pas perdu de vue tout ce que je lui ai signifié par son ordre, dans ma dépèche du 18 septembre 1805, au sujet du catéchisme, lorsque, pour satisfaire à son trcs-vif désir, je lui renvoyais celui qu'elle m'avait transmis sans qu'on eût pu en achever l'cxamenj Sa Sainteté, dans l'hypotlièse que la nouvelle donnée par les journaux serait vraie, ignore si le catéchisme publié est le même que celui qui lui avait été soumis.

... Sa Sainteté m'ordonne de dire à Votre Éminence que, dans des objets aussi imporlanls, elle désire que vous preniez avant tout l'avis du saint-siége, puisqu'il vous sera toujours facile de répondre, sans blesser qui que ce soit et avec raison, que Votre Éminence a besoin do consulter d'abord Sa Sainteté, cl l'on évitera ainsi tout ce qui pourrait causer le moindre déplaisir.

Voire Éminence doit se souvenir qu'outre plusieurs observations substantielles et générales sur la promulgation et l'usage d'un seul catéchisme, on avait trouvé dans la partie qui en

avait été lue et examinée des incxaclitudes, des défauts, et beaucoup de clioses qui auraient eu besoin d'être corrigées ; que de plus le saint-père, quand môme il aurait eu la commodité et le temps de le lire et do l'examiner en entier, aurait éprouvé une grande répugnance à taire ce que n'avait fait aucun de ses prédécesseurs, c'est-à-dire à prescrire aux évoques de toute une nation un même catéchisme poor les enfants dont il n'aurait pas été permis à ces évoques de s'écarter, suivant les besoins de leurs diocèses respeclifs.

M. DE TALLEYRAND, MINISTRE DES RELATIONS EXTE- RIEURES, A M. ALQUIER, MINISTRE DE FRANCE A ROME.

20 tuai 1806.

J'ai l'honneur de vous envoyer, monsieur, la copie d'une note que je viens d'adresser à M. le cardinal Caprara. Elle vous fera connaître tout le mécontentement qu'inspirent à Sa Majesté les fausses démarches où l'on entraîne la cour de Rome. Sa Majesté a vu des lettres du cardinal Consalvi, où il annonce qu'on ne veut pas reconnaître le roi de Naples, refus d'autant plus étrange que Sa Majesté n'avait pas demandé cette reconnaissance, qu'clio pouvait s'en passer et qu'elle ne l'exige, dans la note que j'ai remise à M. le cardinal Caprara, que parce qu'on l'oblige par ces tergiversations à expliquer clairement e sans détour tous ses droits.

Les relations du saint-siége avec Sa Majesté doivent être colles qu'il a eues avec les empereurs français qui fondôrent autrefois l'empire d'Occident. Sa Majesté doit aux intérêts de

ses peuples et à sa propre dignité de soutenir les droits de sa couronne impériale, et aucun des empereurs de qui elle tient ces droits n'eut plus qu'elle la puissance et la volonté de les défendre.

Sa Majesté n'attribue pas à Sa Sainteté, qu'elle respectera toujours comme chef de l'Église, et pour qui elle aime à avoir des égards personnels, toutes les imprudentes déterminations dont elle a si vivement à se plaindre. Elle voit avec peine tous les comités du saint-siége présidés par un homme dontlesvues particulières se lient tellement à celles de l'Angleterre, qu'il serait impossible de ne pas les attribuer à la môme cause. M. le cardinal Consalvi peut se croire à Rome sans responsabilité à l'égard du gouvernement qu'il conduit; mais Sa Majesté, par intérêt même pour la cour de Rome, peut le rendre responsable des dangers où il l'entraîne.

Ces observations et la note adressée à M. le cardinal Caprara vous indiqueront, monsieur, la direction à donner à toutes vos démarches. Les prétentions de la cour de Rome sur Naples sont celles du xi» siècle, mais les temps sont changés et les opinions doivent" suivre la marche de la raison et des événements.

Agréez, etc.

EXTRAITS DE LA LETTRE DU PAPE PIE VII A SA MAJESTK l'eMPEREUR DES FRANÇAIS.

15 juin 1806.

... Quoique Votre Majesté, en nous faisant, par le canal de son ministre, le reproche d'avoir communiqué sa lettre, re-

proche dont nous nous juslifions pleinement dans la réponse que nous lui faisons donner par le cardinal-légat, nous ait retiré sa chère correspondance, à laquelle l'estime non moins que l'affection que nous portons à sa personne nous font mettre le plus grand prix, cependant, quant à nous, nous ne pouvons nous empêcher de la coniinuer,et, dans les larmes de la douleur qui sont devenues notre pain quotidien, nous lui écrivons cette lettre.

... On nmis répète dans chaque note que les sentiments exprimés dans nos réponses ne sont pas les nôtres, et que les mauvais conseils des autres sont notre guide. Comment Votre Majesté peut-elle croire que, dans des affaires qui intéressent tant la religion et le saint-siége et qui regardent nos relations avec Votre Majesté, nous nous en rapportions à d'autres ? Votre Majesté, trompée par des calomniateurs, a conçu encore une telle méfiance de notre premier ministre, le cardinal Consalvi, et l'a fait signifier d'une manière si absolue et dans de tels termes, qu'assuré comme nous le sommes de son innocence, nous n'avons pu qu'en être vivement affecté...

Cependant, nous mettons trop de prix à conserver une intime union avec Votre Majesté pour ne pas éloigner autant qu'il dépend de nous tout obstacle qui pourrait la compromettre , et nous nous sommes enfin résolu, quoique avec douleur, à céder enfin aux supplications réitérées que n'a cessé de nous faire le cardinal Consalvi, du moment qu'il a connu qu'il avait encouru la disgrâce de Votre Majesté, pour obtenir de nous de se retirer d'un poste dans lequel il voyait qu'il ne pouvait plus nous être utile, et qu'il pouvait être la cause, quoique innocente, que le saint-siége subit la plus grande des disgrâces, c'est-à-dire la perte de la bienveillance de Votre Majesté...

Si, contre notre attente et par les secrets desseins de la Providence, nos vœux sont déçus et que les maux dont nous sommes menacé se réalisent, résigné à la volonté divine, ,nous encourrons avec une âme ferme et une constance sacerdotale

tous les désastres, nous consolant de no pas le mériter, et nous consolant beaucoup plus par l'idée d'être fidèle à l'accomplisscmcnt des obligations que Dieu nous a imposées, et de tout ce qui intéresse le bien de la religion et de l'Église, même au prix de noire sang. Mais nous ne pouvons abandonner la contiancc que nous avons mise dans le cœur de Votre Majesté et dans laquelle nous restons, lui donnant affectueusement notre bénédiction paternelle apostolique...

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