III
S58 L'ÉGLISE ROMAINE ET LE .lAHUEft EMPIRE
ses colièpes à signer cette répaoLse, qui déjouiôi tout le plan de Tempereur. « Il était ivre de colère en sentooi ses volontés ainsi dédaignées, raconte Cosfealvi, et, décjbijr^t la lettre des cardinaux en mille morceaux, il tes j^eta. au feu pendant que son oncle le mettait verbalement au fait de ce qui s'était passé. »
Telle était, aux approches de son union avec Par/^hir ^uchesse Marie-Louise, la disposition déjà passablemeM irritée où se trouvait Ifapoléon tant à Tégard du csyndioal Consalvi que d^s membres italiens du sacré collège. Cefmdant, il s'en fallait de beaucoup, ainsi quB nous l'avonâ déjà indiqué, qu'il régnât parmi ces cardinaux un accord parfait, et les cérémonies du prochain mariage allaient,, en les divisant en deux qamps opposés,, donner à Napoléon l'occasion de reconnaître quels étaient ceux sur lesquels il pouvait absolument compter et de faire sentir aux autres tout le poids de son redoutable ressentiment. Quatorze des cardinaux italiens avaient trouvé régulière et suffisanté la sentence de Tofficialité de Paris sur la noo-v^ dite du mariage religieux de Napoléon avec Joséphifie^ Trdze autres pensaient au contraire, et Consalvi était du nombre, qu'il n'appartenait qu'au pape de prenoncer étm une si grave affaire. Jamais les deux partis (qpposés, malgré les pourparlers qu'ils avaient eus entre eux, n'avaient pu se mettre d'accord pour tenir une conduite commune.
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Les oj^sant^ par ^intermédiaire de leur dayeo, ie cardinal Mattei, avaient tâché d'expliqwer leur façon de pcn-^ ser au cardinal Fesch. Ils lut firent savoir qn*a;ant» es leur qualité de cardinaux, juré de maintenir daas leur ifiiégrité les droits du saint-siége, et les jugeant lésés par l'annulation du mariage de l'empereur prononcée sans la partidpation de Pie VII, ils ne croyaient pomt pouvoir assister à la bénédiction nuptiale qui serait donfiée'aox époux. S'ils avertissaient l'oncle ie Tempereur de leur détermination, c'était surtout pour qu'il fit en sorte que la chose ne devînt pas publique.
Le cardinal Consalvi eut soin de faire remarquer que, leurs objections n'ayant trait qu*à la cérémonie religieuse, rien ne les empêcherait de se foire présenter à la future impératrice, ni de paraître après le mariage à la réception dé^ grands corps de l'État. Il suffirait donc de ne pas les inviter tous en corps, d'inviter une portion d'entre eux seulement, sous pi*étexte de l'insuffisance de la salle, conime on faisait d'ailleurs pourie Sénat et pour le Corps l^tslatif ; de cette façon l'absence des opposants passerait iAaperçue du publie, et Ton éviterait toute fâcheuse interj^atîon. Il était difficile de montrer plus de franchise, tiÊais aussi plus de mesure et de tact dans une affaire dont la grai4té apparaissait tout entière à la clairvoyance habituelle de Consalvi, car il s agissait, ce sont ses exprès-
sions, « de blesser l'empereur à la prunelle même des yeux » . Le moyen terme proposé par le conciliant cardinal était d'ailleurs parfaitement acceptable; mais il y avait longtemps que Napoléon ne voulait plus transiger sur rien. La simple annonce d'une pareille proposition le fit bondir de fureur. « Bah! s'écria-t-il, ils n'oseront jamais. »
Telle fut la seule réponseà Touverture de Gonsalvi. L'ancien ministre d'État et ses collègues étaient cependant résolus à remplir à tout prix ce qu'ils considéraient comme leur devoir. Plusieurs moyens furent, avant le jour de la cérémonie, inutilement employés pour tâcher de les intimider. L'empereur lui-même ne s'y épargna point. II lui était impossible d'imaginer qu'au degré de fortune et de grandeur où il était maintenant arrivé, personne se risquât désormais à lui résister, fût-ce pour des motifs de conscience. Jadis il s'était donné parfois un peu de peine afin de convaincre les dissidents et les amener à ses desseins ; combien avait été persuasive alors la séduction de sa brillante parole ! mais ces temps étaient passés i Maintenant, il ne songeait plus qu'à effrayer. Pour cela, il n'avait même plus besoin de parler, un regard devait suffire. A la réception du dimanche qui précéda de huit jours la célébration du mariage impérial, Gonsalvi était'aux Tuileries aux côtés du cardinal Doria, évêque de Gênes, l'un des partisans les plus dévoués du gouvernement français.
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L'empereur, à peine entré dans la salle, vint à dessein entretenir le cordinal Doria, et, sans dire un mot à Consalvi, il lui lança un regard terrible avec des yeux vraiment foudroyants. Deux fois de suite il recommença cette scène, tantôt adressant à Doria des paroles pleines d'amabilité et de gaieté, tantôt plaisantant gracieusement avec les cardinaux qui étaient présents, puis retournant se planter devant Consalvi et le regardant, dit ce dernier, de la façon la plus féroce (ferocissimamente) * .
Cela n'ayant pas réussi^ ce fut le tour du ministre de la police de tâcher d'agir sur Consalvi; mais il s'y prit d'une manière toute différente. Avant la fin de la réception, Touché s'approcha du cardinal Consalvi, « Serait-il vrai, lui dit-il avec un intérêt qui n'avait probablement rien de simulé, strait-il vrai que plusieurs cardinaux pensent à faire la folie ou plutôt à commettre l'énorme attentat de ne point paraître au mariage de l'empereur? » Après quelque hésitation, Consalvi répondit qu'il ne pouvait lui dire ni le nombre ni les noms de ces cardinaux, mais qu'il parlait à l'un d'eux. Fouché se récria. L'empereur le lui avait bien dit, mais il l'avait nié, et uaême en ce moment il ne pouvait le croire encore. — « Quoi ! un homme doué de son intelligence et qui li'était pas imbu des pré-