III
collège. Ils furent, en outre, privés de leurs biens tant ecclésiastiques que patrimoniaux , qui furent mis sous le séquestre. On ne saisit pas seulement leurs revenus, on les versa au Trésor, en même temps qu'on faisait mettre le scellé sur leurs meubles ; de façon que , pour vivre , la plupart se virent réduits à puiser dans la bourse de leurs amis> ou bien à recourir aux subsides charitables de quelques personnes pieuses dont Fassistance ne leur fit jamais défaut, mais ne manqua point, comme nous le verrons plus tard, d'exciter derechef contre eux la colère de l'empereur. Quant à ce qui regardait leurs personnes , le traitement ne fut pas moins sévère. L'empereur les exila deux par deux à Reims, à Rethel, à Mézières, à Saint-Quentin, à Sedan, à Charle ville ; trois d'entre eux furent internés à Semur. Partout ils furent placés sous la surveillance de la ^ police. Pour ajouter au désagrément de celte dispersion, on avait pris soin de mettre ensemble ceux des cardinaux qui se convenaient le moins; chacun d'eux dut rester dans la résidence qui lui avait été assignée jusqu'au moment de la signature du concordat de Fontainebleau.
Les réflexions se pressent dans l'esprit , et l'on se sent péniblement affecté quand on voit, dans toutes les affaires où la religion se trouve incidemment mêlée, l'empereur en venir si vite aux mesures de rigueur, et recourir si résolument à la persécution comme à son arme naturelle.
DâQtt son différeiid avec les cardinaux italiens à propos d« i*aDfiulatioD de son premier mariage religieux, il n*y avait pas, comme dans sa querelle avec le pape, de question de jsouveraioeté territoriale engagée. €e n'était point là affaire de prince à prince ; mais il s'agissait d*un intérêt politique très-considérable et de l'avenir même de sa dynastie. Dès lors , toute autre considération mise de côté , les séviccjs commencent de sa part, et rien ne Tarrêtera plus. Comme naguère il faisait un pape prisonnier, il donne maintenant leur démission à des évêques et dépouille des cardinaux de leur pourpre ; il fera plus : il frappera également les simples prêtres, et, parmi eux , dans son œuvre la plus chère, le plus vénérable d'eux tous, celui-là même que tout à l'heure il exaltait si fort , l'abbé Émery, à qui, suivant ses confidences au comte Mole, il aurait été, peu de temps auparavant, si heureux de confier le sort des générations à venir.
Qu'avait donc fait Tabbé Émery, et quel était son crime? Il n'en avait commis aucun ; mais son malheur avait voulu que le cardinal délia Somaglia l'eût consulté pour savoir s'il devait assister au mariage religieux de l'empereur. « Je n'aurais point d'objection à m'y rendre, si mon rang m'y appelait, avait répondu le sage et consciencieux théologien , puisque je crois valable l'annulation du pren^ier mariage; mais, si dans le for de votre conscience vous
avez une opinion contraire, peut-être ferez-vous mieux de n*y aller pas , car la conscience oblige. » Voilà dans toute sa noirceur la faute de l^abbé Ëmery, et le cardinal délia Somaglia , sommé paf lui , attesta par écrit qu*il ne lui avait pas donné un autre conseil , ni prononcé une parole de plus; mais cela était trop encore. Il fallait punir Tabbé Émery. Après avoir détruit toutes les congrégations d'oratoriens, de lazaristes, de pères de la doctrine, l'empereur était maintenant résolu à dissoudre les sulpiciens ^ c Ce sont des gens qui s'attachent à des minuties, » s'était écrié Tempereur*, et l'ordre fut donné à M. l'abbé Emery de quitter son séminaire , de n'avoir plus de rapports avec les membres de son ordre. Défense même lui fut faite de paraître désormais au milieu de ses anciens élèves^; c'était blesser au plus profond de son cœur, c'était presque tuer de sa main le malheureux vieillard, déjà presque octogénaire.
1. oc 11 convient que le séminaire de Saint-Sulpice change tout à fait de main et de nature à dater d'après-demain... Le ministre des cultes fera connaître dans la journée de demain les intentions de l'empereur aux grands vicaires de Paris et à M. Émery. (Palais de Saint-Cloud, 13 juin 1810.) » Cette note, dont copie est déposée au secrétariat de l'archevêché de Paris, n'est pas insérée dans la Correspondance de Napoléon /er.