‹ L'Église romaine et le premier empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inéditesChapitre 10 sur 111 · I. li · texte numérisé non relu

I. li

3vt L KGUSE ROSUINE £T LE PREMIER EMPIRE

imrtogê a\oc la maison dWutricIie Thonneur d'être cou^ilèivs de nos jours, par un public mal informé, comme les défenseurs attitrés et constants du pouvoir temiH^relv Au moment où l'Autriche s'en tenait encore ^ de siiuplos pnojets, les commandants des troupes du rvi des Deux-Siciles arboraient ao château S<jiiut-An^e et dans toute la Tille de Rome le drapeau u>i(s\,.v\::k Us aifvvsakiit le sceau de sa majesté âcil:.r;u* s;;r ;^^ i\*rtes f^nakiTes ca C'^ii^'^n^! et du Yali- <^:t. LvS vkvrvts du ^^n^r^ en cbef* le prince d'Araf.^.. i,jtv ::: r>f':c;i< j^i; îvcu i~^ r:i if Nazies. Le nom

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point d'en fatiguer le saint-père. Pie VII refusa avec douceur, mais sans hésitation. Ses devoirs de pasteur et de souverain ne lui permettaient pas, disait-il, d'ajourner plus longtemps son départ pour Rome. Quant au choix d'un secrétaire d'état^ pourquoi le tant presser? Il n'avait pas encore d'états. Provisoirement, il se servirait, pour ses communications avec les cours étrangères, du prélat secrétaire du conclave. L'Autriche était déjouée dans toutes ses prétentions. Alors arriva de Vienne à Venise, en qualité d'envoyé de Tempereur près de sa sainteté, un homme tout fraîchement imbu des conversations de M. de Thugut, et qui avait mission de laisser voir à découvert la vérible pensée du cabinet autrichien. C'était un Bolonais, simple employé de la chancellerie impériale, nommé Ghislieri. Le marquis Ghislieri s'ouvrit d'abord au prélat secrétaire de Pie VII, et lui dit que l'empereur était très-disposé à rendre au saint-père les provinces occupées récemment par ses armes, à l'exception toutefois des légations de Ferrare, de Bologne et de Ravenne. Ces trois provinces cédées aux Français n'appartenaient plus au saint-siège, et la chancellerie impériale demandait une nouvelle cession conOrmative de celle de Tolentino. Consalvi, qui n'avait plus rien à appreiidre sur les desseins de l'Autriche, fut toutefois

étonné de Taudace qu'on mettait à les lui déclarer en face. II répondit qu'il prendrait les ordres de sa sainteté, tout en prévenant l'envoyé autrichien qu'il n'eût pas à se créer des chimères, et que jamais Pie YII ne prêterait la main à une semblable transaction.

Grande fut la colère de Ghislieri quand le prélat, ancien secrétaire du conclave, lui rapporta peu de jours après la réponse la plus négative. II fit alors connaître ce que, dans la prévision d'un semblable refus, on lui avait enjoint de proposer comme le dernier arrangement auquel le gouvernement impérial pourrait consentir. Sa majesté impériale voulait bien ne réclamer au pape que les deux légations de Bologne et de Ferrare, elle lui abandonnerait la troisième, c'est-à-dire les Romagnes. Tel était le dernier mot de la cour de Vienne. Pour le mieux appuyer, le marquis Ghislieri se remit à prodiguer les menaces. Pie VII n'en prit aucun souci. II adressa directement à l'empereur et à son premier ministre deux lettres dans lesquelles il revendiquait énergiquement tous ses droits sur les provinces envahies. La lettre de Pie YII au souverain de TAutriche fut-elle interceptée par le ministre impérial, M. deThugul? Cela ne nous parait guère probable, quoi que ConsaIvi en ait pensé dans ses mémoires. Toujours est-il qu'aucune réponse

n'arriva jamais de Vienne. Cependant Je marquis Ghislieri redoublait d'importunilés ; il en vint même jusqu'à irriter la patience du placide pontife. «. Votre maître a tort, lui dit un jour Pie VII, de se refuser à une restitution que la religion et la justice lui commandent; qu'il prenne garde toutefois! En plaçant dans son vestiaire ces habits qui ne sont pas.lcs siens, mais ceux de l'église, est-il sûr de ne pas communiquer la vermine à ses propres vêtements, je veux dire à ses états héréditaires? » En entendant ces paroles, l'envoyé autrichien eut peine à se contenir : «Le nouveau pontife est jeune dans le métier, dit-il tout en colère au prosecrélaire d'état; il prouve qu'il ne connaît guère la puissance de l'Autriche. Il faudrait de bien grands événements pour entamer les états héréditaires. » Ces événements étaient cependant plus proches que ne l'imaginait le marquis Ghislieri, car déjà l'on touchait aux derniers jours de mai, les troupes françaises se massaient en Suisse derrière le rideau des Alpes, et le premier consul était arrivé à Lausanne, laissant le gouvernement autrichien incertain jusqu'au dernier moment s'il allait fondre sur les étals héréditaires par le lac de Constance, ou remonter la vallée du mont Cenis pour marcher sur Turin. Au plus fort de ces discussions, Pie VII avait notifié

au marquis Ghislieri son invariable résolution de se rendre h Rome. La route naturelle que le pape avait à prendre pour rentrer dans sa capitale lui faisait traverser deux au moins des trois légations, en supposant qu'arrivé à Bologne, il se décidât à suivre la route de Florence au lieu du chemin à travers les Romagnes. L'embarras de la cour impériale était à son comble : elle appréhendait avec raison les effets d'un semblable voyage. Ces contrées aimaient mieux encore se replacer sous la domination pontiflcale que subir Iç joug toujours pesant des soldats croates et hongrois. Nul doute que les populations ne se précipitassent partout sur le passage du saint-père afin de le saluer de leurs acclamations. La décence et les égards dus au chef de l'église ne permettraient pas de sévir contre de pareilles manifestations. Comment faire? Un seul parti restait à prendre, dont Tétrangeté même décelait aux moins clairvoyants les secrets calculs de la cour autrichienne. N'importe, elle n'hésita point, et déclara au souverain pontife qu'il devrait faire le voyage par mer, de Venise à Pesaro. Pesaro est une petite ville dénuée de port, mais où les Autrichiens ne voyaient pas d'inconvénient à débarquer le saint-père, parce qu'elle n'était point comprise dans les trois légations, et faisait par conséquent partie du territoire qu'ils

consentaient à lui restituer. Pie YII se soumit afin de ne pas retarder son départ. Le 6 juin, il monta sur la Bellonej frégate autrichienne mal organisée, dépourvue de toutes les commodités de la vie el manœuvrée par un équipage aussi malhabile qu'insuffisant. Quatre cardinaux et le prosecrétaire d'état l'accompagnaient avec quelques autres prélats nécessaires à son service personnel. Le marquis Ghislieri se joignit à la petite cour du saint-père, soi-disant pour lui faire les honneurs de la BellonCy en réalité pour lui servir de geôlier. La Bellone était en si mauvais état qu'elle ne put tenir la mer. Il lui fallut, sans avoir subi aucune violente tempête, aller chercher un refuge à Porto-Fino, sur la plage opposée. Au lieu de vingt-quatre heures, temps ordinaire de la traversée de Venise à Pesaro, ce fut douze jours que le saint-père eut à passer en tète-à-tête avec l'envoyé de la cour impériale, devenu pendant le voyage plus exigeant que famais. Débarqué à Pesaro, Pie VII se rendit à petites journées à Sinigaglia, puis à Ancône, toujours sous l'escorte du marquis Ghislieri. Là, une surprenante nouvelle les attendait tous deux : les Autrichiens avaient été battus à Marengo, un armistice était signé. Le Piémont, la Ligurie, la Lombardie, tout le pays jusqu à TAdige^ étaient de nouveau cédés à la

France. En une seule journée, la cour impériale avait perdu non-seulement tous les territoires enlevés par elle à d'autres princes pendant les revers des Français, mais une notable partie de ses propres états. La leçon était rude ; elle dut être vivement sentie par le marquis Ghislieri. D'autres que l'envoyé autrichien avaient également occasion de s'étonner. Jamais bataille, si grande fut-elle, n'avait encore produit de pareilles conséquences, et l'Italie entière n'en pouvait revenir. Celui qui écrit ces lignes se souvient parfaitement d'avoir à Turin, en 1833, entendu le premier ministre du roi Charles-Albert, le vieux comte de La Tour, ancien aide de camp de Mêlas, raconter qu'une chose l'avait beaucoup plus frappé, s'il était possible, que le gain de la bataille de Marengo par les Français, c'était le parti prodigieux qu'en avait aussitôt tiré le premier consul.

On devine qu'apprenant la défaite de ses compatriotes, le marquis; Ghislieri n'avait plus d'objection à rendre au pape ses états. Il commença par lui notifier à Lorette la restitution du territoire qui s'étendait de Pesaro jusqu'à Rome. A Foligno, il lui fit remise entière du domaine temporel. Déjà le cabinet napolitain avait, avant l'Autriche, manifesté une semblable résolution. Ce n'est pas qu'il eût été pris d'aucun

scrupule ; mais depuis que, par son ambassadeur au conclave, le cardinal Ruffo, il avait eu connaissance des projets de TÂutriche sur les trois légations, il s'était décidé à faire par prudence ce que auparavant il n'avait pas voulu faire par désintéressement. Le vqisinage immédiat des Autrichiens sur toute la ligne des états napolitains était trop dangereux. 11 était préférable d'avoir les étals du pape pour intermédiaires entre les armées impériales et les soldats de sa majesté sicilienne. Cette considération fut si bien la seule qui décida la cour des Deux-Siciles, qu'après la bataille de Marengo et l'évacuation des légations par les Autrichiens elle parut hésiter de nouveau. Ses troupes continuèrent 5 occuper Rome et Terracine, comme postes militaires, jusqu'à la paix de Florence, conclue plusieurs mois après le retour de sa sainteté dans sa capitale. Quant au duché de Bénévenl, enclavé dans le royaume de Naples, eHe ne cessa pas d'y maintenir ses garnisons; elle y fit, comme par le passé, acte de juridiction civile, indiquant ainsi par tous ses procédés* que les hasards de la guerre l'empêchèrent seuls de réaliser jusqu'au bout ses desseins sur le patrimoine de saint Pierre.

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