‹ L'Église romaine et le premier empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inéditesChapitre 100 sur 111 · LE CARDINAL GONSALVI AU CARDINAL CAPRARA · texte numérisé non relu

LE CARDINAL GONSALVI AU CARDINAL CAPRARA

Rome, 5 mai 1802.

Nous sommes sans dépèches de Votre Éminence depuis celle du 40 avril, et nous ignorons complètement ce qui s'est passé le 18 avril , c'est-à-dire le jour de Pâques. Aussi le Saint-Père continue-t-il à éprouver la plus vive impatience de savoir ce qu'est devenue l'affaire des dix évoques intrus, et s'ils ont exécuté les conditions auxquelles le pape consentait qu'on leur donnât l'institution canonique. Sa Sainteté voudrait savoir également ce qui s'est passé dans l'affaire du Te Deum^ quant au clergé constitutionnel ; Votre Éminence s'était fermement opposée tout d'abord à ce que le clergé intrus y assistât, mais cette opposition aura-t-elle suffi, et la question n'aura-t-elle pas été de nouveau soulevée? Ces deux articles sont un sujet continuel d'angoisses pour l'âme du Saint-Père. Nous espérons que la poste ordinaire de France, qui est attendue à chaque instant, nous portera des lettres de Votre Éminence qui nous apprendront tout ce que nous souhaitons de savoir à cet égard ; car jusqu'ici nous savons seulement que la cérémonie du 48 a eu lieu, mais nous en ignorons absolument tous les détails.

Le pape éprouve encore une autre douleur des plus graves. Tous les journaux de France, et par conséquent tous ceux de l'Italie et des autres pays, publient le décret des consuls qui prescrit de jurer l'observation des lois de la république et des libertés de l'église gallicane, et ils renferment le serment de Votre Éminence qui comprend les deux choses, bien que Votre Éminence ait juré seulement l'observation des lois. Le pape veut

PIÈCES JUSTinCATIVES 5i3

voir d*abord ce que Votre Éminence aura fait à ce sujet, car la cbose n'étant pas tout à fait vraie, en ce qui concerne Tobser* vation des libertés, Votre Éminence avait le droit de réclamer; et quant à ce qui est vrai dans raffairO) c*est-à-dire quant à l'observation des lois, j'ai déjà écrit à Votre Éminence que Sa Sainteté s'en était plainte, par les raisons exposées dans les notes qui furent adressées à Votre Éminence lors de la négociation. Tous les journaux, particulièrement ceux d'Allemagne, renferment tous les articles organiques comme s'ils faisaient partie du concordat. Ce qui, outre la réunion des deux pièces et diverses autres choses, a le plus contribué à cela, c'est le discours du conseiller d'État Portails , qui dit dans un passage que les articles de la convention et les articles organiques étant un contrat, ils tombent sous les dispositions de la constitution et ont besoin de l'approbation du corps législatif. Il est tout naturel que de cette dénomination de contrat donnée aux deux actes on déduise qu'ils ont été tous deux convenus avec le pape. Le saint-père trouve encore une autre cause d'inquiétude dans cette circonstance, que les articles organiques ayant été compris dans le projet de loi qui a été sanctionné plus tard, et que le rétablissement du culte ayant été publié, le tout maintenant a été fait par une seule loi. Votre Éminence doit ' comprendre les préoccupations du saint-père sur ces divers points et son anxieuse impatience de recevoir de vos lettres.

M. CACAULT A tf. PORTALIS.

It mai 1802.

Le pape a vu avec douleur la nomination de différents constitutionnels auxquels la voix publique n'accorde pas toutes les

514 PIÈCKS JUSTIFICATIVES

qualités que Ton recherche dans un pasleur Ce qui Tii cons-' terne davantage dans la nomination de ces constitutionnels, c'est qu'ils n'ont pas fait pour leur réconciliation avec le chef de l'Église ce que ce dernier avait exigé d'eux dans des termes de modération très-convenables, et du consentement même du gouvernement français.

Le pape m^a dit qu'il y avait des règles dont on ne pouvait pas absolument s'écarter ; qu'il avait donné mille preuves de son attachement à la France, et que pour satisfaire à ce que les lois de PÉglise imposaient, il avait dû demander aux constitutionnels ce qui leur était prescrit.

Il prend maintenant en examen ce que les constitutionnels ont cru devoir faire, désirant avec ardeur, m'a-t-il dit, de le trouver équivalent.

Il m'a parlé des articles organiques; il est très-affecté de voir que leur publication coïncidant avec celle du concordat, elle a fait croire au public que Rome avait concouru à cet autre travail.

Il les examine sn ce moment. Il désire encore avec ardeur, comme il me l'a répété, que ces articles ne soient pas en opposition avec les lois de l'Église catholique.

Il a vu avec peine qu'après avoir décidé que la réception du légat aurait lieu, sans qu'il prêtât de serment, et qu'on renfermerait ce serment dans un discours au premier consul, il a fallu que le légat prêtât un serment séparé. Ensuite ce même serment a été rapporté par \e Moniteur d'une manière inexacte. J'ai trouvé toujours chez le pape les mêmes dispositions pour la France et la personne du premier consul, qu'il chérit et estime infiniment. J'ai trouvé aussi dans le cardinal Consalvi les mêmes sentiments, et le plus grand empressement à accroître l'harmonie entre le gouvernement et le saint-siége. On voit en

effet dans la ville combien on s'empresse de seconder lès intentions du pape et de son ministre. Les Français ne sauraient être mieux vus, ni accueillis avec plus de grâce.

Ce qui a contrarié le pape, ainsi que je viens de vous Tannoncer, n*a pas permis de se livrer ici à la joie qu'on doit partout ressentir de l'accomplissement heureux du concordat.

Le pape n'a pas fait chanter à cette occasion le^ Te Deum à Saint-Pierre. Il faut qu'il soit parvenu auparavant à régulariser, suivant les formes de ce pays, ce que vous avez fait. C'est vers ce terme que tous mes efforts tendent à amener Sa Sainteté. Je me flatte quMl n'arrivera rien qui puisse déplaire au preiitier consul : il faut laisser achever l'examen dont on s'occupe. Je ne prévois aucun fâcheux résultat, et pourvu qu'on trouve, comme je n'en doute pas, la manière d'approuver tout, ainsi que je vois qu'on le cherche dans de bons sentiments, tout sera fini...

Page 1