‹ L'Église romaine et le premier empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inéditesChapitre 99 sur 111 · LE CARDINAL CAPRARA^A M. PORTALIS · texte numérisé non relu

LE CARDINAL CAPRARA^A M. PORTALIS

Paris, 27 mars 1802.

Les évoques et ^çêtres constitutionnels sont certainement prêtres et évêques à ne pas avoir besoin de recevoir de nouveau les ordres. Je conviens de ce principe avec M. le conseiller d'État.

Je conviens encore avec lui que le premier consul pourra nommer parmi les évêques constitutionnels ceux que dans sa sagesse il en jugera dignes.

Je conviens encore avec M. le conseiller d'Élat qu'il faut réunir tous les partis. Ainsi après l'institution canonique

PIÈCES jcstificauves ixr>

doiftaée aax évèqnes qa*il plaira aa premier cooral de Dominer, je procéderai à lear réunion, de manière qu'il ne puisse rester ancan germe de troable, on occasion d'humiliation.

Mais je prie M. le conseiller d'État d'observer qu'avant Tinstitution canonique donnée aux é\èques constitutionnels, et par eux demandée dans la forme d'usage, ils ne communiquent point avec Sa Sainteté par qui ils n'ont pas été institués. Il faut donc que cette communication soit éta't>lie après la publication du Concordat, par les institutions canoniques données et demandées en exécution de ce Concordat, avant que moi légat puisse reconnaître ceux qui ont ou n'ont point eu, ou ont cessé toutes les relations usitées avec le Saint-Siège.

J'observe à M. le conseiller d'État qu'il a raison de dire qu'il faut finir le schisme. Mais j'ajoute que l'on n'a demandé la démission aux anciens évéques, et l'abandon aux constitutionnels que pour pouvoir, en exécution du Concordat, et par l'institution canonique donnée à tous ceux qui seront nommés par le premier consul, faire cesser les différends qui ont produit le schisme.

Je conviens avec M. le conseiller d'État que l'église métropole de Notre-Dame de Paris continue d'être église : que les actes religieux par lesquels on imprime le caractère qui y ont été célébrés, n'ont pas besoin d'être réitérés, et c'est en conséquence de cela que je ne me fais aucune peine d'aller à Notre-Dame.

Je ne demande point à être assisté d'anciens évêques, ni d'autres prêtres tenant à eux ; car venant pour la paix, et pour finir le schisme, je veux éviter tout ce qui pourrait occasionner des troubles.

Mais j'observe à M. le conseiller d'État que je ne puis non plus avouer, avant la publication du 'Concordat et avant les

institutions canoniques demandées, et données en conséquence, les évoques et prêtres avec lesquels je ne puis entrer en communication, que par ces deux choses.

J'ouvre mon cœur à M^. le conseiller d^État, et je le prie de juger combien mes intentions sont droites et pures. Je ferai tout pour entrer dans les vues du premier consul qui ne veut que le bien. II peut nommer tel ecclésiastique qu'il jugera convenable pour me recevoir à Notre-Dame, et y faire la paix glorieuse quMl vient de procurer au monde.

LE CARDINAL GAPRARA AU CARDINAL GONSALVI

Paris, le li avril 1802.

La paix définitive d'Amiens ayant été publiée ici, j'ai fait connaître mon désir de pouvoir en présenter personnellement mes félicitations au premier consul. Celui-ci était depuis dimanche dernier à la Malmaison. Informé de mon désir, il me fit savoir qu'il l'agréait avec satisfaction et qu'il me recevrait dans la soirée du mardi 30 mars. Cet avis me fut donné par un billet officiel du môme jour du conseiller Portalis, qui me pria en même temps de vouloir bien lui accorder une place dans ma voiture, parce qu'il devait se trouver à la Malmaison avec moi,, et que ses propres chevaux lui faisaient défaut pour ce soir-là.

A l'heure indiquée je me rendis donc chez le premier consul en compagnie du susdit conseiller. Le consul m'accueillit avec une entière bonne grâce; il m'exprima sa gratitude de ce que j'avais manifesté le désir de lui présenter mes

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félicitations au sujet de la coiiclosion de la paix, et il ajouta qu'il avait donné directement connaissance d'une nouvelle aussi heureuse au Saint-Père, comme il Tavait fait et le ferait pour tout autre objet méritant de lui être commu* nique.

Il me dit aussitôt après que parmi les sujets destinés aux nouveaux évécbés il n'y aurait qu'un petit nombre de constitutionnels. A cette proposition j'osai rappeler à sa mémoire et les espérances qu'il m'avait toujours données et fait donner à ce sujet, et le bien qui résulterait de l'exclusion des consHlutionnels, et le mal que produirait leur admission, mal qu'il connaissait bien, puisqu'il ne se passait pas de jour qu'on ne lui adressât des protestations contre cette mesure, soit de vive voix, soit par écrit; mal qui devait arriver' absolument et infailliblement. J'ajoutai qu'on manquerait de la sorte le but que le pape ainsi que lui s'étaient proposé d'atteindre en faisant le Concordat; que le Saint-Père ne demandait pas d'autre grâce, ses lettres au premier consul en faisaient foi, que d'obtenir qu'il n'y eût point de constitutionnel parmi les nouveaux évéques; car, indépendamment des autres raison^, il était facile d'apercevoir que ce serait fournir aux évêques non démissionnaires des armes irrésistibles à l'aide desquelles ils exciteraient non-seulement la France , mais le monde catholique tout entier. Je terminai par une considération personnelle, et je dis qu'une pareille mesure me couvrirait aux yeux du public d'une tache d'incapacité, puisqu'elle constaterait mon impuissance à persuader le consul dans une affaire qui regardait sa propre gloire et qui était la seule qui pût procurer à la France une solide tranquillité, et la paix politique et religieuse.

Je ne dissimulai pas, en parlant ainsi, les angoisses qui

m'agitaient. Le premier consul me répondit : <r Je veux deux choses, et je dois vous dire à ce sujet que ce sont les évoques démissionnaires eux-mêmes qui disent qu'il ne peut y avoir de mal, ni rien qui blesse la religion (propositions que je connaissais déjà) à nommer des évoques constitutionnels, pourvu qu'ils fassent ce que leur prescrira le pape pour se réconcilier. Le pape lui-même m'a écrit, dans la noie par laquelle il a été répondu à Cacault, qu'il recevait les constitutionnels dans son sein, et qu'il leur ferait donner l'institution canonique. Il est donc tout à fait inutile de parler de cela à l'avenir. Mon parli est pris, ma résolution bien assurée, ou ceci^ ou rien. II y aura dix constitutionnels, dont deux seront archevêques, les huit autres évêques. »

Cette déclaration était bien faite pour m'atterrer. Néanmoins je lui présentai aussitôt les conséquences d'une semblable détermination ; je cherchai à l'attendrir, à l'intéresser en lui parlant des égards que méritait Sa Sainteté; je lui fls entendre comment et dans quel sens devaient se prendre les réponses données dans la note adressée à M. Cacault, ce qu'il devait d'ailleurs avoir constaté lui-même par la lettre confidentielle écrite à la même date par le Saint-Père; mais tout ce que je pus dire n'y fit rien, on se borna à me répéter les mêmes paroles que j'ai rapportées plus haut. Et pour mettre le comble à ma douleur et à mon embarras, le conseiller Portalis qui jusqu'alors s'était montré on ne peut plus opposé aux constitutionnels, à ce point qu'il n'en avait pas compris un seul dans les trois listes qu'il avait remises au premier consul (comme j'en prévins Votre Éminence en son temps), le conseiller Portalis se constitua le défenseur acharné des constitutionnels, et enchérit encore sur la marchandise, pour me servir de l'expression vulgaire accoutumée. J'eus donc alors, non

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plus seulement un, mais deux adversaires à combattre sur ce même objet. Je dis tout ce qu'il était humainement possible de dire, je montrai F inconséquence et les dangers manifestes pour la tranquillité de la France qu'il y avait à soutenir un pareil principe; et le conseiller Portails m'ayant reproché de soutenir les principes romains, je répondis avec la plus grande franchise que je me faisais un devoir de suivre et de propager les principes romains, parce qu'ils étaient sains et catholiques, mais que je ne suivrais pas les siens qui étaient des principes philosophiques; et à ce moment nous échangeâmes quelques paroles sur cette différence de nos principes sans que je cédasse un pouce de terrain. Je fis remarquer aussi au premier consul à cette occasion que, si j'avais assisté au Te Deum et communiqué, comme il te voulait, avec les constitutionnels, je serais devenu suspect, et je ne pourrais en conséquence plus exercer les pouvoirs de légat avant d'avoir reçu une nouvelle autorisation.

Mais au bout de tous ces discours ce fut toujours le même refrain : a Ou ceci , ou rien. Le pape l'a promis , le pape tiendra parole s'il veut que le Concordat soit publié, s'il Veut que la France ne continue pas à demeurer séparée de l'unit^. »

A ceci je répliquai qu'on devait s'attendre à voir les ecclésiastiques et les laïques des diocèses respectifs refuser de reconnaître les constitutionnels pour évêques et de leur prêter obéissance. Le premier consul reprit alors : «Les ecclésiastiques qui se permettront d'agir. ainsi, je ne les déporterai point à Cayenne, non, mais je les enverrai tous sans exception dans la Romagne , en les disséminant entre les diverses villes de cette province. »

Les choses en étant à ce point, je me fis intérieurement ce

la main, la chose ne pouvant se faire ouvertement à cause de la nation qui lui reprocherait d'épuiser le Trésor national pour soutenir les ministres du culte. Quant à ce qui est alloué pour les curés, pour leurs aides, pour les vicaires généraux des évoques, pour les chapitres des cathédrales et des sièges métropolitains, et pour les séminaires, toutes les dépenses portées à la charge du gouvernement et auxquelles le preniîer consul me fit remarquer qu'il ne s'était pas obligé, noii plus qu'aux maisons d'habitation qui seront également fournies par le gouvernement, la chose m'a paru faite asseï largement. Pendant la lecture je me promis de faire diverses observations sur certains objets : lepreVnier consul ne fit pas difficulté de supprimer les uns et de corriger les autres.

Cette lecture achevée , il me dit : «c Comme premier consul de France, j'ai droit à la nomination de trois cardinaux, et j'ai droit à en nommer un en ma qualité de président de la république Italienne. »

LE CARniNAL CAPRARA AU CARDINAL GONSALVI.

(Confidentielle.)

Paris, le 4 avril 1802.

Votre Ëminence se souvient-elle de ce que je lui disais il y a quelques mois? Il est généralement utile, lui disais-je, d'apporter delà lenteur dans les négociations; mais dans les circonstances actuelles tout délai est funeste; et plus on tardera, plus fort sera le coup dont nous serons frappés. Votre Éminence doit me rendre cette justice, que toutes les fois que j'ai eu à lui rendre compte des espérances qui m'étaient données

qu'il n'y aurait point de constitutionnels de nommés, je terminais toujours par faire observer que tant qu'on n'aurait pas les nominations formelles des évêques en main, il ne faudrait pas se tenir tranquille. Mes pressentiments ne se sont malheureusement que trop vérifiés, et Votre Éminence en trouvera la douloureuse histoire daas ma dépêche d'aujourd'hui. Je ne saurais dire la semaine que je viens de passer. J'ai pleuré, j'ai prié, j'ai remué ciel et terre; mais ciel et terre sont demeurés sourds à ma voix. Enfin placé dans la dure alternalive ou de ne pas voir publier le Concordat, et c'est là ce qu'ont souhaité et ce que souhaitent encore les ennemis de la bonne cause, ou de voir Sa Sainteté elle-même, à qui l'afTaire aurait été renvoyée, obligée de ratifier directement de sa sanction une décision qui nous répugne tant, je me suis dit que s'il fallait absolument que quelqu'un fit une triste figure il valait mieux que ce fût moi et non le pape.

Voici la lamentable histoire de cette affaire si intéressante aux yeux de toute la terre : je dois en accompagner le récit détaillé^ do diverses demandes du premier consul qui m'a expressément chargé de les faire toutes connaître au Saint-Père par le canal de Votre Éminence. Je prie Dieu qu'il lui plaise de nous soutenir tous contre un coup aussi cruel, et de faire que même par de semblables voies sa miséricorde divine rende fructueux les vœux du Saint-Père et les éminents efforts de son premier ministre, quand ils ont conclu le Concordat et rétabli ainsi la religion catholique dans cet immense État; je le supplie de parler à la conscience des habitants de ces vastes provinces et de les retirer de la triste situation dans laquelle ils ont vécu pendant tant d'années.

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29 mars, je suis plus qae convaincu que le premier consul ne trouvera point à redire à ce que dans la bulle on emploie les mêmes expressions dont on se servit en 4784 iors des nominations faites par Joseph II, c'est-à-dire, vigore amicabilis convenlionis. Les raisons pour agir ainsi sont évidentes. II me semble donc que Ton peut laisser là toute crainte et toute hésitation à ce sujet.

Hier matin je fus admis à l'audience publique du premier consul, à qui j'adressai le compliment transmis déjà à Votre Ëminence avec une autre de mes dépèches, et que je lut envoie de nouveau avec celle-ci en y joignant une autre pièce en langue latine. Cet écrit me fut présenté une heure seulement avant que je me rendisse chez le premier consul avec le cérémonial à observer. On voulait que je signasse cette pièce, ce que j'ai refusé d'une manière absolue, bien qu'en substance elle ne fût que la confirmation des paroles employées dans mon compliment. Pour obtenir la tranquillité et ne faire naître aucun embarras, aucun usage, j'ai consenti à la lire, en gardant par-devers moi l'écrit dont j'ai donné lecture. Je dois croire que cette lecture a en pour motif un décret émis par les consuls ces jours derniers, décret que j'i^orais et que le conseiller Portalis me communiqua au motneoi seulement de quitter l'audience. Votre ÉmineiKce tramera la copie de ce décret transcrite sur le feuillet cî-^/at,

La publication solennelle de la b*4> do Concordat, que j'ai fait imprimer et traduire en françaif , et que je me proposais de faire afficher dans les églises de Paris le jour mèrne de rna réception officielle, n'aura pas lien avant le jour de FâA|ue«, dans la matinée.

Malgré cet ajournement le contenu du Coiy/ffd^t fut (/mtiu de toute la ville dès mardi matin, parce qu'il avait ét^pr^î«^r*t^

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la veille, le lundi .5, au Gorp3 législatif pour y être adoplé el converti en loi. Le Corps législatif, conformément à Tusage, le renvoya avec un message au Tribunat qui, dans la journée de mercredi, l'approuva à la majorité de soixante-dix-huit voix contre sept. La résolution du Tribunat ayant été communiquée par un autre message au Corps législatif, celui-ci décida le lendemain matin, jeudi 8, que le Concordat serait reconnu comme loi de la nation : deux. cent vingt votes se prononcèrent dans ce sens, et vingt-sept seulement dans le sens contraire.

Il eût été bien à désirer qu'on convertit aussi en loi de la nation le système organique sur l'exercice du culte et ses ministres, que ce système fût différent de ce qu'il est, et bien plus encore que l'orateur, qui en a conçu le projet et qui en accompagna la communication d'un rapport verbal prononcé en présence du Corps législatif et d'un grand nombre d'assistants, l'eût conçu en termes analogues à l'objet même et qui n'indiquassent point pour le moins un homme parfaitement indifférent. Mais Votre Éminence verra tout en détail dans l'imprimé dont je lui envoie deux exemplaires ci-joints, et qui a pour titre : Organisation des cultes. Je m'abstiens donc de toute autre observation à ce sujet, je n'ajoute ptis une remarque , bien convaincu que rien n'échappera à Yotre Éminence. On attribue aux articles organiques la date ' du jour où fut signé le Concordat à Paris.

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LE CARDINAL CAPRARA AU CARDINAL CONSALVI

4 «Tril 1802.

Le premier consul a commencé par lire avec un vif in-

érêt la lettre de notre Saint-Père, mais accablé comme il est d'occupations, il a demandé qu'on lui en dit le contenu. En {général, il en a été satisfait. Mais la personne qui Jui en a rendu compte s'alarme de la note demandée sachant que la' chose peut avoir lieu (sic). La question a fait souffrir le consul dans sa candeur, et l'on regarde ici la chose comme décidée dans son esprit. Il faut que Sa Sainteté et Son Éminence aient confiance en lui pour cette affaire , et le laissent juge des circonstances qu'il estimera favorables. Votre Éminence ne peut douter que les raisons qu'elle donne ne lui aient été données plus d'une fois. Il ne faut pas, parce que Votre Éminence a reconnu la grande peine qui en a été ressentie, croire pour cela que le moment désiré puisse être bien éloigné; mais il y aurait de la témérité à moi de prétendre connaître les secrets de ce grand homme. Quant au résultat, que Votre Éminence ne s'en inquiète point. Le temps et l'homme mettront toute chose en place, naturellement je ne connais pas d'homme qui mieux que Votre Éminence puisse dire : Zelus domus Dei comedit me.

ti8.

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LE CARDINAL CAPRARA AU CARDINAL GONSALVI

18 avril 1802, le dimanche des Rameaux.

Envoi de la copie du cérémonial. — Consécration de

monseigneur de Belloy, ancien évêque de Marseille, nommé à Farchevèché de Paris. Gambacérès à l'arche vêché de Rouen, Bernîer à Orléans, Pancemont à Vannes. Grand concours de monde à la cérémonie. Installation de monseigneur de Belloy à Tarchevèché de Paris. Le légat conduit et reconduit avec grande pompe...

Dès la veille, sur l'ordre du premier consul et sans en avertir l'arche vèq lie intrus de Paris, on prit par voie de fait les clefs de l'église qui me furent remises dans la personne de mon maître des cérémonies, monseigneur Mario. Celui-ci de concert avec les deux évêques nommés Bernier et dé Pancemont donna les ordres nécessaires pour qu'à partir de ce moment aucun constitutionnel ne mit plus les pieds dans Téglise.

A mon entrée dans Notre-Dame , où je me présentai précédé de la livrée de légat, je fus reçu par un clergé très-nombreux qui m'y attendait et qui avait à sa léte l'ancien évoque de Saint-Papoul. Ce prélat Gten cette circonstance un discours peu développé mais sage, sur l'ouverture qui se faisait légitimement alors de celte église, et sur le rétablissement de la religion en France, grâce au Concordat dont la bulle ainsi que celle de la circonscription des nouveaux diocèses étaient affichées en quatre endroits différents de l'église. Elle l'était de même par les ordres du département ecclésiastique dans toutes les autres églises de Paris.

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Les quatre prélats nommés que j'ai institués, et auxquels il eût élé bien à désirer que Dieu voulût faire ressembler les six autres qui restaient à nommer et dont je parlerai plus tard eurent chacun 45,000 fr., et l'arche vêque de Paris 20,000 fr., pareille somme aux autres évêques.

... Par ma lettre du 40 de ce mois à Votre Émioence, je fis connaître ce que j'avais dit sous forme de compliment en présence du premier consul et de toute la réunion qui se trouvait a^'ec lui, et ce que j'avais lu en latin, document dont je transmis à Votre Éminence la copie fidèle et exacte et) tout et pour tout. Le Moniteur de samedi dernier 40 avril a reproduit tant le compliment en français dont la communication me fut demandée officiellement à moi -même par le conseiller Portiilis, que la pièce en latin que j'avais lue, mais que je n'ai donnée à personne puisqu'on ne me l'a pas demandée. Mais si la rédaction du Moniteur a été sincère dans la reproduction de la première pièce, il n'en a été nullement de môme pour la seconde. Votre Éminence, qui aie Moniteur^ verra qu'on m'y a mis dans la bouche des choses auxquelles je n'ai certes jamais songé, et qu'on ajoute que j'ai signé cette pièce et revêtue de mon sceau. Cette assertion est absolument fausse. Il n'y a eu dans toute l'affaire rien de plus ni rien de moins que ce que j'en ai rapporté à Votre Éminence dans une dépèche du 4 0. Je n'ai point eu de difficulté à me plaindre de ce procédé auprès d'un personnage qui directement ou indirectement pouvait tout au moins savoir comment cette insertion s'était faite au Moniteur. Il m'a été répondu qu'il ne fallait pas s'arrêter à de pareilles choses, qui n'ont aucune valeur par elles-mêmes; que cette rédaction avait toujours été employée lorsqu'il y avait eu des légats (les livres et les 'auteurs qui rapportent l'histoire des légats a latere en font foi), et que comme dans le passé

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cela se faisait à Tinstigalion des parlements, cela s'était fait de même celle fois parce qu'on avait pris copie des pièces analogues sur les propres registres de ces parlements. J^ai répliqué qu*il n'y avait pas lieu d*ètre surpris si on avait fait naître des disputes hinc et inde^ et que ces disputes on les rendrait interminables si, sans s'occuper jamais de la réalité des faits, on publie ce que dicte la fantaisie, ou bien Ton copie ces relations dans un ouvrage quelconque sans s'inquiéter si ce que rapporte ce livre est ou non fondé en vérité. •

Au milieu de tout cela on pourra peut-être dire : mais le légat par une semblable lettre en vient à approuver au moins indirectement les lois organiques rédigées par le conseiller Portalis et mises à la suite du Concordat. Et je réponds qu'outre que la pièce lue par moi n'a aucun caractère d'authenticité, car je ne Tai ni signée ni revêtue de mon cachet, comme l'a faussement rapporté le Moniteur ^ elle ne peut en tous cas s'appliquer à des lois postérieures à l'époque où j'en ai donné lecture. Le projet de loi fut fait dans la journée du jeudi 8 du courant, et la loi n'a pas encore été promulguée à l'heure où j'écris; et la promulgation seule donne force et autorité à la loi; et oblige ceux qui y sont soumis à l'observer; la lecture dont il s'agit a eu lieu, le 9. Donc la loi alors en projet ne pouvait s'appeler une loi, ce n'était qu'un simple projet de loi, toujours susceptible de modification tant que la publication en forme n'en a pas été faite.

Lundi \% dans la journée. Ton me communiqua une liste de vingt-deux nominations, parmi lesquelles s'en trouvent sept d'évêques constitutionnels ; quelques-uns de ces derniers, au jugement de bien des gens, ne possèdent pas les qualités qu'on exige des évêques, et sur lesquelles Votre Éminence elle-même, par la dépêche du 2 décembre 4801, m'a prescrit au nom de

Sa Sainteté d'avoir FœH exactement ouvert. Cette communication m'ayant été faite, j'ai écrit au premier consul, j'ai parlé à tout ce qui l'approche, à tout ce qui a voix au chapitre, ou peut exercer quelque influence en pareille matière, j'ai tenté tout ce qu'il était possible de tenter pour faire renoncer à la résolution prise, m'appuyant même sur ce que Votre Éminence m'avait prescrit par la susdite dépèche dont j'ai communiqué le contenu en son entier au département des affaires ecclésiastiques.

Mes observations, mes prières, mes larmes, les prescriptions et les ordres que j'ai reçus de Sa Sainteté, en un mot tout ce que j'ai pu tenter a été infructueux. Le premier consul dit qu'il ne doit pas revenir sur la détermination qu'il a prise; il répète que les évèques démissionnaires eux-mêmes déclarent qu'il n'y a pas de mal à cela, que cela peut se faire sans blesser la conscience. Il ajoute qu'il croit que le bien public l'exige ainsi , et il termine en exprimant la volonté que les évèques nommés par lui reçoivent du légat leur institution canonique.

Dans une affaire aussi épineuse à quel parti s'arrêter? Pour moi, le moyen de me tirer d'embarras ce serait de ne vouloir pas prendre de décision et de renvoyer le tout à la décision de notre Saint-Père. Mais outre que je suis fondé à croire que Ton ne voudrait pas attendre le temps nécessaire pour avoirla réponse, et à craindre qu'on ne prît un parti des plus regrettables, je ne saurais dire si dans la dure nécessité d'accéder aux nominations faites il ne convient pas mieux que cela se fesse par le légat plutôt que par le souverain pontife lui-même, qui en résolvant la question affirmativement donnerait plus de prise aux censures des fidèles, en la résolvant négativement, ferait retourner la France au schisme dans lequel elle n'a été que trop plongée jusqu'à ce jour.

Après avoir épuisé tous les moyens possibles pour décider à renoncer aux nominations faites, j'ai pensé qu'il était et plus prudent et plus conforme à l'économie ecclésiastique de prendre ce qui se ferait sous ma propre responsabilité. Protestant donc que j'agissais sous la pression des circonstances des temps, et en vue uniquement du bien si précieux de l'unité, j'ai déclaré que, plutôt que de voir ou le schisme se perpétuer en France, ou s'y introduire un schisme nouveau, je dispenserais quoiqu'en pleurant ceux qui auraient ét^ nommés des conditions constamment exigées à bien juste titre par l'Église, à savoir : de jouir d'une bonne renommée universelle et de ne point être entaché du schisme (aucun des nouveaux nommés n'a été auteur ou chef du schisme) et que me contentant de l'acte de soumission au pontife romain et dans les termes qu'il m'a impérieusement prescrits, je donnerais après l'accomplissement des formalités préalables l'institution canonique aux sujets dont il s'agissait.

J'ai déclaré que quoiqu'en pleurant je me contenterais de la profession de foi, du serment de fidélité et de l'acte de soumission au pontife romain de la manière et dans les termes qui m'ont été impérieusement prescrits par lui dans la dépèche déjà citée du 2 décembre, m'en remettant pour le reste à la divine providence; et après l'accomplissement de toutes ces conditions, précédé de la lettre de soumission à Sa ^intelé, la déposition des témoins examinés dans le procès ne faisant naître aucune impossibilité d'aller en avant, j'ai annoncé queje donnerais l'institution canonique.

Je ne dissimulerai pas qu'une pareille détermination est pour moi tout ce quMl y a de plus douloureux au monde. Mais après avoir bien pesé s'il fallait faire rester toute a France sans religion, ou faire nîiître un nouveau schisme avec

toutes les conséquences, ou obliger notre Saint-Père à déclarer lui-même que, vu les circonstances, il croyait devoir accéder à la nomination des constitutionnels, j'ai préféré que la faute retombât sur moi. Quand viendront les attaques, ou je me tairai, ou je répondrai que j'ai agi comme j'ai cru le devoir faire en conscience, et j'ajouterai peut-ôtre encore que je me flatte d'avoir de la sorte, sinon fait un bien positif, du moins empêché un plus grand mal, comme les pontifes eux-mêmes ont agi dans les ca? de cette nature, ainsi que nous l'apprend l'histoire des schismes. Nous espérions en outre que les constitutionnels une fois canoniquement institués, et ayant fait un acte intérieur de repentir, au moyen de l'acte de soumission au pontife romain, 3e repentiraient aussi solidement dans leur for intérieur. Mais admettant même le cas contraire, ce qu'à Dieu ne plaise, les actes exercés par eux seront valables et par conséquent le troupeau qui leur sera confié vivra avec une conscience tranquille, car il sera placé sous des pasteurs unis à celui qui constitue le chef et le centre de l'unité.

Mais dans le cas où il y aurait eu dans la conduite que j'ai tenue quelque chose qui blessât ma conscience, non par un effet de ma volonté, mais par défaut d'intelligence, je supplie notre Saint-Père de daigner me rendre la tranquillité intérieure.

Les choses se trouvaient en cet état lorsque le jeudi 15 courant, à dix heures du matin, les constitutionnels nommés vinrent chez moi. Après leur avoir parlé, d'abord comme il convenait charitablement, et les avoir exhortés à donner à l'avenir des sujets d'édification au monde en général, et particulièrement au troupeau qui pourrait leur être confié, j'ajoutai encore d'autres discours que Votre Éminence peut aisément imaginer. Puis, je leur soumis la lettre qu'ils devaient

adresser au Saint-Père^ conçue dans les termes mêmes que par ordre du Saint-Père Votre Ëminence m'avait prescrits dans sa dépêche du 2 décembre 4 804 . Pour tout dire en un peu de mots, ils refusèrent de signer une lettre de cette nature, et ils se bornèrent à dire que : Sincero animo, constitutionem, ut aiuntj civilem, cleri Gallici abjiceinteSj declaturos se articulas et dispositiones novœ constitutionis intcr sanctam sedem et gubemum initœ admissuros professuros et docjuros.

Je cherchai, comme Votre Ëminence peut bien se le figurer, à leur faire comprendre que le point le plus essentiel manquait dans celte déclaration, c'est-à-dire Taveu des erreurs qui étaient énoncées tout au long dans la lettre, aveu dont ils ne pouvaient se dispenser, s'ils voulaient se réunir au centre de Tunité, dont ils étaient séparés par suite du schisme, de l'intrusion et de l'admission aux soit-disant conciles. Malgré tout ce que je pus leur dire; malgré tous les raisonnements que je pus leur dire, je ne parvins point à les convaincre, et en conséquence, ils se retirèrent sans avoir rien conclu.

À peine furent-ils partis, j'informai M. Bernier ainsi que le conseiller Portalis que l'entrevue des constitutionnels avec nui était demeurée sans résultat, et que nous n'avions pu tomber d'accord.

Le même soir, vers 8 heures, M. Bernier me fit tenir par rintermédiaire de monseigneur de Pancemont, évêque de Vannes un billet que Votre Éminence trouvera ci-joint. Elle trouvera, également le billet du conseiller Portalis, ainsi que le modèle de la lettre à transmettre au Saint-Père , en place de celle que j'avais proposée...

L'affaire en était amenée à ce point, et comme il s'agissait non de minuties, mais de la chose substantielle, c'est-à-dire de la

promotion et de Tinstitution canonique de personnages de cette trempe, je me bornai, sans entrer en discussion, à répondre au billet de monseigneur Bemier dans les termes que Votre Éminence trouvera consignés dans le feuillet ci-joint.

Deux heures après j*eus occasion de voir tant monseigneur Bernier que le conseiller Portalis. Chacun d'eux m'entreprit séparément à ce sujet; prétendant me persuader que, pour ne pas ruiner le tout, je devais me contenter de la lettre souscrite par Delmas dans laquelle étaient contenues, affirmaient-ils, dos déclarations beaucoup plus fortes que dans celle proposée par moi. Je répondis à tous, et sans insister sur la profonde affliction que me causait la menace proférée d'une ruine totale, après surtout que j'avais déclaré prendre sous ma responsabilité toutes les résolutions possibles, je dis que si les constitutionnels n'hésitaient pas à signer une lettre contenant les expressions les plus fortes, ils ne devaient éprouver aucune difficulté à en signer une qui contenait des expressions moins fortes. Ne voulant, ou ne pouvant répliquer à cet argument, on ne 6t que répéter le même langage, consistant à dire que de ne pas adopter le parti de la lettre qu'ils avaient proposée, cela revenait au même que de vouloir tout détruire; qu'il était impossible d'obtenir ce que j'exigeais, et que d'ailleurs cela ne ser- \ irait qu'à fermenter la vanité, l'orgueil et les prétentions de Rome. Le conseiller Portalis se servit pour dire ces choses d'expressions encore beaucoup plus dures.

Un pareil langage, je l'avoue, me fit une vive peine, mais, grâce à Dieu, je ne perdisr point mon calme. Je me mis donc tout posément à lui faire voir combien étaient mal fondées et déraison- • nables tant ses expressions que ses propositions; que quant à celle-ci, môme en faisant abstraction de mes instructions, je ne pouvais nullement y adhérer, etj'ajoutai que le pape lui-môme

DO pouvait s'y prêter parce que Taflaire en était réduite au point de ne plus concerner la discipline mais le dogme luimême. II était impossible, en effet, répélai-je, de pouvoir instituer canoniquement celui qui est séparé du centre de Tunité, en vertu du schisme, s'il ne le confesse et l'abjure.

... La conclusion fut que nous nous séparâmes sans qu'aucun de nous se fût départi de ses propres sentiments.

Votre Éminence conçoit aisément comment je passai la nuit du jeudi au vendredi, jour où, d'après les insinuations qui m'avaient été faites, je pouvais m'attendre à recevoir un ordre de départ, et j'avouerai même que, dès le matin, j'avais comrïlencé à prendre quelques dispositions dans cette prévision, d'autant plus qu'ayant proposé avec le vif désir, il est vrai, de voir ma proposition non accueillie, défaire dans une affaire de si grande importance un envoi de courrier à Rome, afin qu'il en rapportât la décision du Saint-Père, on n'avait prôté aiTcune attention à mon ouverture.

Nous étions donc au vendredi saint, quand vers onze heures du matin je reçus la visite de monseigneur Bernier qui commença par me dire : « Mon Éminence, il dépend de vous que la France reste schismatique ou athée ou qu'elle devienne catholique. Les préparatifs de la cérémonie du dimanche de Pâques, où vous deviez chanter solennellement la messe, puis célébfcr le Te Deum^ en action de grâces pour le rétablissement de la religion en France et la conclusion de la paix sont suspendus. Votre Éminence peut et, je le crois, elle doit, malgré ses instructions, remédier aux maux religieux et temporels qui nous menacent inmanquablement en consentant, à la place de la lettre reçue de Rome, à accepter des évêqùes constitutionnels, celle préparée par M. Delmàs ; cette lettre, si vous en pesez bien tous les termes, contient implicitement l'abjuration

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des erreurs professées par les constitutionnels, la soumission et la vraie obéissance due au pontife romain. Il est absolument impossible aux constitutionnels de se prêter à plus que cela, parce que le gouvernement qui les soutient ne veut pas leur permettre de faire davantage, et le premier consul dit «qu'il n'est pas juste et qu'on n'a pas le droit d'exiger d'eux un autre acte que celui qu'on exige des non-constitutionnels.» Il m'était facile de convaincre le prélat de l'inanité de sem- J;)lables principes, il s'en montrait en effet convaincu; mais la conclusion était toujours celle-ci : a il s'agit ou de rendre de nouveau la France incrédule , et avec elle l'Italie, pour ne pas dire TËurope entière, chose que le pape lui-même, s'il se trouvait ici, et après avoir considéré les circonstances malheureuses des temps actuels, ne voudrait pas permettre hic et nunCy ou de renoncer aux expressions contenues dans la lettre préparée par Votre Émineoce, en y substituant l'autre. Le Concordat n'a pas été publié. Si Votre Ëminence ne se contente pas de ce qui est offert, le Concordat ne se publiera point, et vous pouvez juger des conséquences. Vous connaissez les sujets qui sont en cause, vous n'ignorez pas leur puissance et leur influence : que Votre Ëminence envisage donc bien jusqu'où l'on pourra aller. »

Je sentais bien la force et la vérité de ces raisonnements, parce que le premier consul, quelle que soit sa force de pensée dans le fond de son cœnr, s'est cru obligé d'user d'une certaine réciprocité envers quelques chefs du parti antireligieux, qui, malgré leurs opinions se sont prêtés à ce que le Cottcordat fût converti en loi de la nation, mais qui ont voulu qu'il y eût des constitutionnels nommés. Le temps pressait, et le gouvernement exigeait que la chose fût décidément résolue pour pouvoir ou tout culbuter de fond en comble, ou donner

suite à ridée mise en avant de faire intervenir les constitutionnels dans la cérémonie de Notre-Dame. Voyant que tous mes raisonnements et toutes mes peines n'aboutissaient à rien qu'à faire perdre du temps et, selon le dire de monseigneur Bernier, à irriter le gouvernement, je pris le parti d'appeler en sa présence toutes les personnes de ma suite...

Nous nous en réduisîmes à nous dire qu'il fallait décider si en conscience le Légat, à la vue des maux incalculables qui menaçaient la religion, pouvait prendre la résolution de no pas insister davantage sur la lettre prescrite par le Saint-Père, accepter celle qu'on proposait d'y substituer, ne pas rejeter les constitutionnels et leur donner l'institution canonique...

On conclut que, pour voir la religion rétablie, le cardinal légat, quoique bien à regret, devait condescendre à recevoir la lettre qu'on lui avait communiquée en place de celle qu'il avait proposée, en y mettant toutefois deux conditions suivantes : on rendrait public par la voie de la presse que les constitutionnels nommés avaient satisfait à ce qui était nécessaire et s'étaient réconciliés avec le chef de l'Église universelle, au lieu de publier tout simplement, comme on en avait le projet, la lettre même adressée au souverain pontife,... de pluâ en présence des deux évoques Bernier et de Pancemont , les constitutionnels confesseraient explicitement le schisme qu'ils avaient professé et l'abjureraient afin qu'on pût dire avec vérité dans le procès informatif qu'ils avaient confessé et abjuré lour erreur. Monseigneur Bernier promit que ces deux conditions seraient remplies, et il me donna en même temps l'assurance que, pour obvier à l'avenir à tout danger pouvant provenir des évoques constitutionnels, on leur assignerait pour vicaires des ecclésiastiques qui n'avaient jamais prêté serment. Je ne puis penser sans trembler à ce qui s'est passé. Je suis

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persuadé que Sa Sainteté en sera affligée et que Votre Éminence ne sera point satisfaite de ma conduite. Mais, je Tavoue ingénument, plutôt que de voir se renouveler les malheurs des peuples et des provinces, j'ai cru en conscience ne pas devoir suivre une conduite différente de celle que j'ai tenue.

Monseigneur Dernier, venu hier en qualité de témoin, en compagnie de monseigneur de Pancemout, pour le procès des constitutionnels, a déposé qu'ils ont été réellement touchés de rindulgence dont on a usé envers eux; qu'ils ont avoué avoir erré; qu'ils ont détesté leur erreur; et il a dit qu'ils avaient promis, les larmes aux yeux et en l'embrassant, de se conduire comme il convenait à des évoques catholiques, le remerciant de s'être employé à leur réconciliation...

L'heure de la cérémonie de Notre-Dame presse... trente-deux évèques nommés, neuf constitutionnels.

LE CARDINAL CAPRARA AU CARDINAL CONSALVI

18 aTTil 1802.

... Votre lettre du 5 avril me touche l'âme...

Mes dépèches de ce jour mettent Votre Éminence au courant de la déplorable situation où je me suis trouvé et où je me trouve encore, et j'espère qu'en présence de la dure alternative ou de laisser le France sans religion, ou démettre le Saint- Père dans l'obligation de faire, lui, si toutefois cela lui eût été permis, ce que j'ai cru pour le bien de Tunitédevoir faire moi, j'espère que Votre Éminence voudra bien pardonner la résolution que j'ai prise. L'objet que j'ai eu en vue de ne pas manquer me parait trop essentiel, les conséquences que je pré-

voyais trop funestes à tous égards pour qné je ne me berce pas de la pensée que Votre Éminence ne me désapprouvera pas.

LE CARDINAL CAPRARA AU CARDINAL CONSALVI

24 ayril 1802.

... Détails de la cérémonie dans les feuilles publiques... Grand dîner chez M. de Talleyrand... Le légal dîne chez le premier consul qui s'entretient avec lui , parle de Rome avec tendresse : ce On commence à pouvoir s*y tenir sur ses jambes... » Insinuation du légat sur la pénurie du gouvernement romain. Bonaparte lui parle des religieuses françaises en meilleurs termes que des religieux, pour lesquels il est loin de montrer le même intérêt. — Il dit enfin : « Vous avez vu avec quelle solennité a été faite la publication dii Concordat, soit à Féglise de Notre-Dame, soit hors de Féglise. U aurait été impossible de faire rien de plus pour qualifier une religion de dominante, hormis de lui donner ce nom. » — Il m'a semblé qu*en s'entretenant si longuement avec moi^ le premier consul ait voulu compenser à force de bontés les coups si cruels que j'ai eu à supporter ces jours passés...

LE CARDINAL CAPRARA AU CARDINAL CONSALVI

2 mai 1802.

...On dit ici publiquement et tout haut que toutes les diffîcullés qui ont été faiMs et qui se font encore pour la réconci-

lialion des intrus, soit du premier soit du deuxième ordre, sont mon ouvrage, et Ton me prèle ainsi un caractère des plus noirs, ou bien me sont prescrites et émanent de Rome qui manque à sa parole, qui jamais n'est contente, et qui viole les conventions qu'elle a proposées elle-même... On dit sans aucune retenue, en citant le lieu de l'abouchement et le nombre de personnes qui y furent présentées, que Votre Éminence, soulevant elle-même la question des constitutionnels, 6t la proposition de leur réconciliation... ^ .

Je crains, si les choses ne s'arrangent pas de la manière que je me suis borné à le proposer dans les circonstances où je me suis trouvé, que le feu ne s'y mette. Tout alors sera publié, et Dieu sait sous quel aspect. — Pour moi, je le répète, si j'ai cru devoir prendre une résolution, je l'ai fait dans la pensée de ne pas laisser la France dans l'athéisme et l'incrédu-*» lité... Je demande en grâce à Votre Éminence de réfléchir aux difficultés de ma position, et profitant du moment le plus opportun de vouloir bien exposer le tout à Sa Sainteté afin qu'elle sache tout, connaisse tout, et que, de son autorité pontificale, elle lave de toutes fautes chacune de mes démarches et rende le repos à mon pauvre esprit qui se trouve naturellement dans un martyre continuel. En effet, je ne puis sans crainte de me tromper ou d'encourir sa désapprobation satisfaire aux demandes absolues qui me sont adressées par le gouvernement français, parce qu'elles s'éloignent trop des instruction» que j'ai reçues.

( Il paraîtrait qae cette dtpUiui n'a pa» été eoToyée à Hfm*:.)

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