LE CARDINAL CONSALVI AU CARDINAL GAPRARA
Rome , 12 mai 1802.
Ce que Votre Ëminence me mande dans sa dépèche du 28, touchant le projet d'envoyer M. Cacauît à Florence et de faire venir à Rome un autre personnage (Votre Éminence ignore encore lequel ), a causé la plus vive peine au saint-père. Le désir très-sincère qu'éprouve Sa Sainteté de conserver et d'auT gmenter toujours le plus possible ses liens d'union et d'étroite amitié avec la France, lui fait considérer la perle de M. Cacault comme très-préjudiciable à la réalisation de ce vœu. On ne saurait remplacer avantageusement la sagesse invariable, le
jugement, la profonde raison et les bonnes manières que possède ce diplomate. L'expérience de près de deux années de séjour ici, et de tout ce qu'il a fait, le point auquel il a mené les choses, en sont la preuve évidente. On peut affirmer, en toute vérité, que, sans lui, nous n'en serions pas où nous en sommes, et peut-être la France elle-même n'en serait-elle pas où elle en est. De grâce, que Votre Éminence fasse tous ses efforts auprès du premier consul, et qu'elle lui demande au nom du pape de ne pas faire ce changement. Le pape ne voit aucune difûculté à ce que Votre Éminence agisse franchement et directement en son nom avec le premier consul, dans cette affaire. La fin que nous nous proppsons est tout à la fois trop légitime et trop obligeante pour le gouvernement français pour qu'il y ait aucune difficulté à agir franchement, ni aucune crainle de déplaire. Le pape voit avec beaucoup de peine qu'on n'envoie point encore ses lettres de créance à M. Cacault, et il n'en augure rien de bon. Votre Éminence nous dit qu'au lieu de traitera Paris avec le cardinal légat, peut-être songet-on à envoyer quelqu'un pour traiter à Rome. Ceci aussi a grandement surpris et affligé le pape, qui, ayant donné àVotre Éminence la mission dont elle est chargée, sur le désir manifesté par le gouvernement français, avait lieu de croire que ce gouvernement serait ainsi pleinement satisfait. Aussi quand Voire Éminence parle du don qui lui a été fait de l'anneau, don qui se fait ordinairement à l'occasion du départ, le saintpère, qui est certain de ne retirer que des avantages de la présence de Votre Éminence à Paris, en éprouve-t-il le plus vif chagrin. £n résun^ié, je puis dire à Votre Éminence que les nouvelles reçues ces jours derniers ont tellement abattu le pape que, sans exagération, il est méconnaissable. Je tremble pour sa santé et même pour sa vie. Il est on ne peut plus sensible
à tous ces mouvements, et si déjà le général Murât Ta trouvé digne de pitié, que Votre Ëminçnce juge combien les événements subséquents ont augmenté ce qu'il y a de triste et de pénible dans sa situation.
Quant à la grande affaire, j'informerai Votre Êminence que le pape donne en ce moment la matière à examiner, avec ce désir ardent dont Votre Êminence le sait capable, d'en pouvoir sortir le mieux possible. On examine donc si ce qu^ont fait les intrus nommés peut, de quelque façon, suffire à ce que Sa Sainteté avait prescrit', comparativement à ce qu'ils n'ont pas fait. La douleur du saint-père a nécessairement été accrue par ce manquement joint à la qualité de quelques-uns de ces évoques intrus, indépendamment de ce qu'ils sont constitutionnels, qualité dont parleront et dont parlent déjà toutes les feuilles publiques. On examine pareillement le nouvel établissement du catholicisme en France sous les lois organiques. Il est reconnu que ces lois n'ont point été faites d'accord et avec la coopération du saint-siége; reste maintenant à voir si elles sont dans une opposition telle avec les lois essentielles de l'Église, qu'il en résulte un empêchement insurmontable.
Enfin, en ce qui concerne le serment de Votre Êminence, que le Moniteur ne rapporte pas tel que Votre Êminence Ta prêté réellement. Sa Sainteté se livre à l'examen indispensable pour éviter les écueils qui,. dès le principe, ont fait désirer de le voir modifié conformément à la teneur du compliment, lequel avait été arrêté d'un commun accord.
Votre Êminence peut se figurer si Sa Sainteté cherche le moyen de concilier le tout au mieux, sachant et l'intérêt qu'elle y met, et son attachement pour le premier consul, et toute âa sollicitude pour la France. Votre Êminence croira sans peine aussi que de mon côté j'y mets tous mes soins et tout mon
518 PIÈCES JUSTIFiCATIVKS
savoir faife, car je suis intéressé personnellement à ce que cela finisse bien.
Nous entendons grandir tous les jours la rumeur et Fopposition qui s'élève des diverses parties de F Allemagne pour la concomitance du concordat. Plaise à Dieu que ces rumeurs 8*ar retint et cessent ! Le pape pour sa part y mettra toujours tout le soin possible.
LE CARDINAL CAPRARA AU G A RDINAL C ONS AL VI
Paris, 15 mai 1802. «
J'ai mainte et mainte fois exprimé mes craintes au sujet des constitutionnels dans mes dépèches adressées à VotreÉminence : cependant, je dois avouer' que je ne me serais jamais imaginé que le gouvernement dût les soutenir aussi ouvertement, après lui avoir, pour ainsi dire, fait toucher au doigt, dans les écrits que je lui ai présentés, qu'il ne lui convenait pas de s'en servir et qu'il ne pourrait pas être blâmé s'il les laissait de côté.
Le parti antireligieux à jugtdé le premier consul , et s'est obstiné à ne pas vouloir le concordat. Le premier consul, de son côté, le voulait absolument, et le voulait comme loi de la nation, sans quoi il n'y aurait eu de sécurité pour personne dans l'exercice du culte. Mais quoi qu'il ait tenté, quoi qu'il ait promis et fait, — et il en est venu jusqu'à faire expulser du Corps législatif, qu'il jugeait opposé à son dessein, plus de cinquante membres, — il n'a pu réussir à faire ce qu'il s'était proposé et ce qui, je le crois, lui était dicté par son propre cœur ; car, à plusieurs reprises, dans des entretiens confidentiels au sujet des constitutionnels, il a déclaré qu'il ne les croyait pas évoques,
et a dit que pour devenir évéques, il fallait qu'ils fussent ordonnés de nouveau.
Le parti des antireligieux et des indifférents , composé dMndividus très-puissants et tous protecteurs déclarés des constitutionnels, qu'ils regardent comme contraires au gouvernement actuel et au rétablissement sérieux de la religion, a pris du cœur de plus en plus, et, profitant de la maxime même émise par le premier consul qu'il fallait que le concordat devint une loi nationale, il s'est présenté visière baissée et a dit que si le premier consul le voulait ainsi, cela ^ait comme il le voulait, mais à la condition que tels et tels constitutionnels figureraient au nombre des nouveaux évèques ; ce qui signifiait sous une autre forme que le concordat ne serait pas publié et que les choses de resteraient pas dans l'état où elles sont.
Cette déclaration fit changer d'avis au premier consul, qui promit qu'aussitôt que le concordat aurait été converti en loi de la nation, il se chargeait de nommer aux nouveaux sièges ceux des constitutionnels qui lui étaient désignés, et de leur faire donner l'institution canonique, ajoutant que si cette institution leur était refusée il n'y aurait plus à penser au concordat et que les choses en reviendraient in pristinum. Malheureusement je savais tout cela ; mais bien loin de m'en montrer informé, je fis d'abord tous les efforts imaginables pour ne point avoir de constitutionnels. Mais voyant que je perdais mon temps et mes peines, je me bornai à dire que je les admettrais, et que je leur donnerais môme l'institution, pourvu qu'ils remplissent les conditions qui m'avaient été prescrites pour leur réconciliation, ou sinon qu'on me promît de remettre l'affaire à la décision du saint-père.
On accepta la première partie de ma proposition, mais comme mes précédentes dépêches en ont déjà instruit Votre
Éminence, c'a été sans résultat. On est parvenii à décider le consul à ne permettre aucune rétractation, comme chose trop humiliante pour la nation. Il est résulté de là que c'est devenu une affaire d'État;* et les constitutionnels, soutenus par le gouvernement {sic), n'ont voulu donner d'autre déclaration écrite que celle que Votre Éminence a vue; c'était devenu d'ailleurs la volonté expresse du premier consul qui, jugeant que la constitution civile du clergé avait été la source de tous les maux religieux, se persuada que l'abandon de cette constitution seraU un acte suffisant, et qus ce serait de la chicane de la part de Rome que d'eadger davantage. En effet, le premier consul disait que Votre Éminence elle-même avait demandé à son frère Joseph l'abandon de la constitution civile du clergé comme condition de la réconciliation des intrus, et qu'il n'avait pas voulu accorder cette condition, et qu'il ne pouvait pas se figurer qu'on eût changé de langage ni qu'on prétendit à rien de plus, ajoutant que, si cela était, ce changement ne pouvait être survenu que sur une insinuation partant de moi, et par un de ces procédés particuliers à la cour de Rome, dont il ne craignait toujours que trop les fraudes et les chicanes.
Au fait, comme je l'étais, des tentatives et des efforts mis en œuvre pour induire le premier consul à se séparer de Rome, j'allai aussi loin que je pus avant de céder; mais ne voulant pas causer un mal irrémédiable à la religion dans la France entière et dans tous les pays qui lui sont soumis, réfléchissant en outre à rimpossibilité de voir le premier consul revenir en arrière après s'être avancé comme il l'avait fait, je crus devoir m'arréter au parti le moins dangereux. Je me contentai donc, comme ma dépêche du 4 8 avril en a informé Votre Éminence, de la part des constitutionnels, de la lettre adoptée par le
conseil lui-même , de TabjuratioD du schisme qu'ils devaient faire en présence des personnages les plus éminents sous tous les rapports, de la profession de foi, du serment de fidélité, et enfin 'de l'acceptation qu'ils devaient faire du décret d'absolution des censures, et de dispense des irrégularités, décret où se trouve entre autres choses l'adhésion aux jugements du saint-siége sur les affaires de France. Il est constaté que ce décret a'été accepté avec soumission ptir les constitutionnels, ainsi que cela résulte de l'attestation authentique de Mk** Bernier qui le leur a remis, et de la signature même du dernier de ces évoques qui l'a reçu des mains de Ms' l'évèque de Vannes.
Mais comme un mal en amène ordinairement un autre, forcés à arranger de la sorte l'affaire des évèques constitutionnels, qui, s'ils ne nient pas la rétractation et l'abjuration du schisme qu'ils ont faites, parce que c'est impossible, ^u moins ne l'avouent pas non plus, nous nous voyons exposés à un mal qui n'est guère moins grave que le premier.
En effet, il y a à réconcilier les ecclésiastiques du second ordre, dont quelques-uns, malgré leurs bonnes dispositions, sonf empêchés de faire leur devoir, soit à cause de l'exemple que leur donne la lettre écrite par les évèques , lesquels se taisent sur les actes qui l'ont accompagnée, soit par le parti antireligieux, et par le conseiller d'État Portalis lui-même, lequel dit à tout venant qu'il n'est besoin ni de rétractation ni d'aucune déclaration de la part des prêtres, et que le serment, suivant le concordat, suffit. Je ne sache pas' qu'on puisse faire un raisonnement moins fondé que celui-là.
522 PIÈCES JUSTIFJCATARS
LE CARDINAL GAPRARA AU CARDINAL CONSALVl.
Paris, 13 juin 1802.
Mes précédentes dépèches, à partir de celle du 15 mai, ont mis Votre Éminence au courant de tout ce qui a rapport à la question de réconciliation des ecclésiastiques du second ordre. Vous avez su comment j'ai procédé dans cette aflFaire, par quels motifs j'ai été guidé, et où j'en étais arrivé ; mes deux dernières dépèches du 30 mai et du 5 du mois courant vous l'ont appris.
Les choses étaient dans l'état où je vous les ai représentées, lundi matin,* 7 de ce mois. L'après-midi du môme jour, à quatre heures, vint se présenter à moi un offioier expédié tout exprès par le premier consul, qui se trouve à la Malmaison ; il me dit que le premier consul me recevrait le soir même à nouf heures précises, et qu'il avait déjà donné l'ordre qu'une de ses voitures à quatre chevaux vînt me prendre chez moi avant huit heures. Malgré l'état de faiblesse absolue où je me trouvais, et quoique je me sentisse par conséquent bien peu propre à soutenir de longues et importantes conversations, je n'hésitai pas un moment à dire qu'à, l'heure qui m'était indiquée je serais rendu auprès du premier consul.
L'officier se relira avec ma réponse que je lui avais donnée de vive voix; deux heures après environ, il revint pour me dire que le premier consul voulait que j'amenasse avec moi Monsignor Sala, à quoi je répondis que le premier consul serait servi selon son désir. Je pense que la raison pour laquelle on m'a fait amener avec moi Monsignor Sala, c'est que le premier
consul, me sachant mal portant, aura craint de me trouver incapable de soutenir un long entretien, si l'occasion s'en offrait.
Quelques minutes avant neuf heures, j'arrivai avec Monsîgnor Sala à la Malmaison. Je fus d'abord introduit seul auprès du premier consul, qui mQ dit qu'il était indispensable de faciliter le mode de la réconciliation des prêtres ; qu'il suffisait pour cela quMIs abandonnassent la constitution civile du clergé, et qu'ils promissent obéissance {sic) à leur légitime évoque; qu'exiger davantage était superflu, inutile, et,'ajouta-t-il, un trait d'orgueil de la part de Rome. II dit enfin que par suite des difficultés ridicules que je suscitais dans cette afiaire, les évèques pusillanimes et les peuples étaient jetés dans les angoisses, et que ce motif portait des milliers de catholiques à demander de passer au protestantisme.
Je m'appliquai de mon mieux à lui persuader que les rapports qui lui avaient été faits ne concordaient, ni avec la conduite que j'avais tenue, ni avec les principes que j'avais exposés aux évoques et à chacun des ecclésiastiques qui s'étaient adressés à moi pour leur réconciliation, comme cela s'était fait pour beaucoup d'entre eux, à notre satisfaction réciproque. J'ajoutai que je désirais autant que qui que ce fût, sinon davantage, que cette affaire de la réconciliation des prêtres, si importante pour tout le monde, s'arrangeât ; mais que pour arriver à ce résultat je ne pouvais, en conscience, me départir de ce qu'exigeaient indispensablement dans une circonstance pareille, non-seulement les prescriptions des sacrés canons, mais encore l'intérêt môme de l'Église de France. Le premier consul m'interrompit ici pour parler longuement suivant ses propres principes et me faire voir les dangers pour le repos public, qui détruisaient, disait-il, l'œuvre du rétablissement de la religion qui lui avait tant coûté. Je repris le fil de mon
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discours et je dis tout ce que je pouvais humaiDement dire, mais il ne se rendit point à mes raisonnements et ne se montra pas persuadé le moins du monde que je ne pusse pas me départir des principes et des maximes que j'avais exposés. Il dit : ff Je le sais, c'est le sentiment de vos prêtres, qui, à force de sophistiqueries théologiques , gâtent les affaires au lieu de les arranger. » Je répondis encore à cela, que les maximes des ecclésiastiques que j'avais auprès de moi étaient entièrement conformes aux miennes; mais que cette uniformité, si malheureusement elle était contraire à ce qui pouvait lui avoir élé exposé, naissait uniquement de ce que chacun de nous était convaincu, en conscience, de ne pouvoir tenir un langage différent, ni d^adopter des maximes ou des principes contraires aux maximes et aux principes catholiques, que ces derniers seuls, et nulle autre vue, avaient réglé comme ils régleraient ma conduite et la conduite de tous les ecclésiastiques qui m'entouraient.
C'est là -dessus que le premier consul fit venir en tiers Monsignor Sala, à qui il répéta à peu près ce qu'il m'avait dit sur l'affaire en question. Ce Monsignor y répondit d'une façon convenable, il mit. sous les yeux du premier consul tout ce qui pouvait contribuer à le persuader et à lui faire connaître que, bien loin d'imaginer rien qui dût éloigner l'acheminement à la réconciliation des ecclésiastiques du second ordre, on s'était appliqué au contraire à chercher le moyen et la voie la plus douce pour enlever tout obstacle, et conduire au résultat souhaité. Puis il montra au premier consul la copie de la formule que j'avais fait voir à quelques évoques comme pouvant leur servir pour la réconciliation des prêtres ; il lui fit remarquer en même temps qu'il était impossible d'employer des expressions plus adoucies que celles de cette formule, mais
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aussi qu'on ne pouvait absolument pas s'en départir. La conversation dura longtemps et le premier consul s'entretint avec nous pendant plus de deux heures, sans que ni lui, ni nous, nous abandonnassions notre sentiment. Il en fut vivement impatienté, et nous dit : « Si décidément vous soutenez ne pouvoir faire ce que je tiens pour indispensable, nécessaire et utile au bien de la religion et du peuple français, dont une grande partie est dans l'alarme et presque sens dessus dessous, rien ne vous retient plus en France. II reste encore onze évèques à nommer, et grâce aux sophistiqueries romaines et théologiques, ce seront autant de constitutionnels. » Ceci dit, le premier consul nous congédia.
Je me prive de parler ici d'une autre question, qui fut traitée avec chaleur aussi en présence du conseiller Portalis appelé par le premier consul, parce que j'aurai à en donner le détail à Votre Éminence, dans les termes précis employés dans la note ministérielle qui m'a été présentée sur cette affaire mardi matin. Je dirai seulement quQ le premier consul ayant parlé incidemment, durant la conversation, de la lettre reçue du saint-père, et comme en passant de l'allocution prononcée en consistoire , il s'exprima avec humeur : « Eh bien , me demanda-t-il, qu'a donc le pape contre les lois organiques dont il me dit dans sa réponse que vous me parlerez? » Je lui répondis qu'en effet Sa Sainteté avait cru de son strict devoir de me charger de soumettre au premier consul diverses observations relativement aux lois organiques, mais que je me réservais de les lui exposer dans une autre occasion, ma santé me m'ayant pas permis jusqu'alors d'étudier suffisamment la matière pour me mettre en mesure de lui en rendre compte verbalement. Mais le premier consul insistant pour savoir de moi ce que vous en pensiez, je lui répondis en peu de mots :
« Je pleure quand je songe à ces lois , elles foulent complètement aux pieds les principes et les maximes canoniques, et elles tendent à réduire l'Église et ces ministres à un véritable esclavage. » Il reprit alors : « La base de ces lois est tirée des anciennes lois de l'Église de France, et je ne m'explique pas d'où viendrait le blâme. Ensuite, quant au reste, et le pape, et tout autre doit me savoir bon gré d'avoir fait infiniment plus que ce à quoi je m'étais obligé. »
Dans la matinée du mardi suivant, Me' de Vannes vint m'apporter la lettre dont je joins la copie à cette dépêchfi; il me dit de vive voix que tout était en combustion, que le premier consul était extrêmement irrité, à ce point que personne n'avait le courage de lui rien proposer d'autre que ce qu'il avait adopté, et il termina ainsi : « Tous les évoques deviendront victimes de la volonté du gouvernement, et quelque bonnes et droites que puissent être leurs intentions, il ne pourra jamais être fait aucun bien parce qu'ils seront contrecarrés dans toutes leurs actions par le gouvernement lui-même. Je ne répéterai pas, ajouta-t-il, ce qui se dit du légat, de la légation et de Rome en général, parce que je frémis, seulement en y pensant. »
Je répondis à tout cela de la manière que Votre Éminence peut supposer; mais il s'agissait en ce moment de m'occuper de la réponse à faire à la lettre, et de chercher, sans se compromettre, à éteindre et non à allumer le Jeu que je savais déjà arrivé d'ailleurs à un degré assez sérieux, et assez funeste sous tous les rapports. Ayant donc fait toutes les réflexions que l'agitation de mon âme et le peu de temps qui m'avait été donné pour répondre , pouvaient permettre, je rédigeai la réponse à la lettre que j'avais reçue, et que le même évéque de Vannes porta au conseiller Portalis. Votre Éminence en
trouvera ci-joint la copie. Elle remarquera que la lettre qui m'avait été adressée, reproduisant les reproches que j avais subis tant de la part du premier consul que de celle du conseiller Portalis, même à la Malmaison, ne pouvait être que l'avant-coureur de quelque chose de plus fort, qui ou compromettrait la légation ou obligerait le légat à des condescendances pouri le moins aussi dangereuses. Ce que je prévoyais ne s'est que trop réalisé, comme Votre Éminence va le voir.
Mais avant de passer au récit du fait, je dois dire que, dans la journée même du mardi, vers le soir, je reçus la visite de M. de Talleyrand, ministre des relations extérieures, qui du ton le plus pathétique me dit : « Je viens vers vous pour vous déclarer que nous sommes au moment de voir perdus tous les soins employés au rétablissement de la religion. Ni le consul ni aucun .membre du gouvernement ne veulent admettre qu'on exige des prêtres constitutionnels ce que Votre Éminence en a exigé jusqu'à présent, et qu'elle a suggéré aux évêques d'en exiger. Si les évêques le tentent, il en résultera des malheurs sans fin. Les populations. sont soulevées à ce sujet; lés catholiques, dégoûtés de la dureté avec laquelle la cour de Rome veut traiter les prêtres, demandent à passer au protestantisme, où ils trouvent, disent-ils, la charité qu'ils ne trouvent point dans le catholicisme. En un mot, finit par dire M. de Talleyrand, tout sera mis à feu et à flamme, et ce sera Rome, ce sera Votre Éminence qui sera cause de la ruine de la religion, parce que dans des circonstances aussi douloureuses vous n'au- , rez pas voulu condescendre à des conditions de conciliation. »
Tous les raisonnements que j'employai ne servant ni à convaincre le ministre, ni à lui (aire abandonner aucun des principes qu'il avait exposés, je lui dis : « Monsieur, le bienfait de l'unité et de la paix me tient au cœur autant qu'à qui que ce
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soit, mais je ne puis le procurer que par les voies qui ne blessent pas ma conscience et qui ne me rendent pas prévaricateur. » Le ministre termina l'entretien par ces mots : a Vous connaissez maintenant les dispositions du premier consul et du gouvernement. Vous savez ce qui doit advenir, selon les maximes que vous suivrez. Réfléchissez à la situation dans laquelle sont les choses, et calculez d'avance les conséquences qui découleront de la ruine totale de la religion en France , et de la ruine qui pourra s'ensuivre pour tout État voisin ou en relations avec ce pays. Tâchez donc de concilier la chose de façon à faire ce^r la tempête qui s'élève, et songez bien que de là uniquement dépend ou la conservation ou la ruine de la religion et de l'Église. »
Votre Éminence concevra sans peine quelles nouvelles angoisses vinrent encore ainsi troubler mon cœur qui était loin d'être remis, et de ce qu'il avait souffert dans l'enlrelien avec le premier consul, et de ce qui s'était passé le matin même à la suite de la lettre du conseiller Portalis.
Le lendemain mercredi, dans la matinée, l'ancien archevêque de Bordeaux, aujourd'hui archevêque d'Aix, vint me trouver, et tout tremblant, tout affligé : « Nous voici, meditil, réduits à un état si déplorable que je frémis moi-même en y pensant. » Puis il me répéta ce que je savais, et ce que j'avais entendu de la bouche du ministre des relations extérieures. « Il faut, continua le prélat, que vous écriviez une circulaire aux évêques, dans laquelle vous direz qu'il suffit aux prêtres constitutionnels, pour leur réconciliation, de déclarer qu'ils adhèrent au concordat et quMls obéissent à l'évéque canoniquement- institué par le pape, et cela jusqu'à-ce que le saint-siége se soit prononcé et ait décidé si cette déclaration suffit ou non. Tout sera en feu si vous ne
suivez ce conseil. » Il est facile de croire qu'il ne me convenait en aucune façon d'adhérer à ce projet. Je manifestai mes sentiments au prélat, et quelque insistance, quelques efforts qu'il fit, je ne pus tomber d'accord avec lui, non que je ne visse la nécessité inévitable de trouver un accommodement, mais parce qu'une réconciliation attachée à une condition future est contraire aux règles, parce qu'une semblable condition allait à engager positivement le saint-siége, ce que j'ai pour maxime d'éviter, et enfin parce qu'elle n'aurait pas été permise par le gouvernement.
A peine l'archevêque d'Aix parti, que revint monseigneur l'évoque de Vannes avec la lettre dont j'envoie ci -joint la copie, et il me dit :
« Ëminence, à la décision que vou? allez prendre est atta*chée ou l'existence ou la perte totale de la religion catholique et de l'Église tant en France qu'ailleurs, en même temps que la paix politique et civile des peuples. Je ne vous parle pas de nous autres évèques, bien qu'à mon avis nous ne nous soyons jamais trouvés dans une situation plus critique. Il m'est recommandé de ne retourner vers, le conseiller Portalis qu'avec la réponse. » Qui pourrait jamais s'imaginer des moments plus pénibles? Je devais donner une réponse, et on ne voulait pas de retard.
Je me mis donc à réfléchir que si je répondais négativement, je compromettrais le saint-siége, les évèques de France et tout le catholicisme.
Je me représentai que les mesures sévères que prend l'Église au début et pendant les progrès du schisme, doivent devenir modérées au moment où il est question d'y mettre fin ; que pour la réconciliation d'un grand nombre on ne peut pas exiger les conditions rigoureuses et légales qu'on exige quand
il s'agit de réconcilier quelques-uns seulement; que pour éviter un scandale public, pour obtenir la paix générale, et pour obvier au danger de voir augnoenter le mal chez ceux qui sont l'objet des censures, on^peut absoudre ces derniers même contre leur volonté. Réfléchissant enfin que ma résolution allait décider ou de la conservation ou de la ruine totale de la religion et de l'Église, et par suite produire ou le calme ou la tempête publique, je résolus de ne point m'opposer à la volonté inébranlable du gouvernement, et d'adopter la formule contenue dans la lettre du conseiller Portails. Cette formule devra être exhibée par les prêtres constitutionnels pour leur réconcialition avec leur propre évoque légitime, qui dira ensuite à chacun de ceux qui se réconcilieront, de pourvoir à •leur propre conscience, ainsi qne Votre Éminence le verra dans ma réponse audit conseiller Portalis.
Je m'abstiens de tout raisonnement au sujet de la mesure que j'ai prise pour le bien de l'unité et de la paix, me bornant à avertir qu'elle doit être pesée avec la plus grande sagesse. Je ne veux pas non plus entrer dans l'examen des maux sans nombre qui seraient résultés de mon refus. Cependant je ne puis dissimuler qu'en cette occasion encore j'ai tout pris sous ma responsabilité personnelle, non-seulement pour en épargner l'embarras au saint-père, mais bien plus par suite de cette réflexion, que mon jugement et l'acte émané de moi étant réformables, le sairrt-siége, s'il le croit nécessaire, pourra le réformer, ou s'il ne peut pas le réformer, il restera dans un état de tolérance qui ne compromettra point sa dignité et dont il ne sera point responsable*
ftfonsignor Sala, monsignor Mario et l'abbé Rubbi ne partagèrent pas mon avis; ils n'approuvèrent ni la maxime ni l'arrangement. Malgré cette opposition, je ne crus pas devoir
changer de sentiment, et en présence des circonstances impérieuses où nous nous trouvons, j'envoyai ma lettre au conseiller Portalis par monseigneur l'évèque de Vannes. Ce prélat, dont la piété est fort renommée, est tout à fait d'accord avec moi, et ayant débattu la matière ensemble, il m'assure même que c'était l'unique moyen d'éviter la ruine de la religion, de délivrer les évoques des vexations.
Votre Éminence croira sans peine que ma résolution a été guidée par les intentions les plus droites, et par la croyance que je ne blessais pas ma conscience. Mais si par malheur je m'étais trompé, je supplierais le pontife de vouloir bien, dans sa bonté, tranquilliser mon âme, et se persuader que nul autre mobile ne m'a induit à une pareille démarche que la perspective du bienfait de l'unité et de la paix publique.
Ma réponse ayant été portée par monseigneur de Vannes au conseiller Portalis , celui'-ci me fit écrire dans les termes que Votre Éminence pourra lire dans la pièce ci -jointe, et qui, dans la matinée du jeudi suivant, alors que l'affaire avait déjà été portée à la connaissance du premier consul, me furent conGrmés de vive voix par ce conseiller; il me suggéra en même temps de donner sans délai cours aux lettres pour les évoques.
Mais avant la visite du sieur Portalis, j'avais reçu déjà celle de monseigneur l'évèque de Vannes qui était venu me dire qu'il s'était présenté une équivoque dans la circulaire combinée la veille (pièce cotée F ], et par son billet ci-joint coté G, il me demanda que la lettre aux évêques fût modifiée, ce qui se trouva fait dans la nouvelle rédaction de la pièce (cotée H) que j'envoyai immédiatement à chaque évêque avec une annexe (cotée J), qui n'est guèr^ autre chose en substance que la copie
de ce que j*avais écrit au conseiller Portalis dans ma première réponse cotée D.
Dans la journée de vendredi dernier, le conseiller Portalis était allé exprès à la Malmaison pour s'entendre avec le premier consul sur le choix des évèques qu'il restait à nommer. Mais, en même temps que lui, arriva un courrier expédié par le général Leclerc, et porteur de la nouvelle de Tenlière conquête de nie de Saint-Domingue et de la prise de Toussaint- Louverture lu^mème ; le travail des nominations fut différé, et je ne sais pas encore aujourd'hui quand il sera repris.
Lî.
LE CARDINAL CAPRARA AU CARDINAL CONSALVI
Paris, 27 jain 1802.
Dimanche dernier, 20 courant, dans la matinée, je prêtai, en qualité d'archevêque de Milan, le serment accoutumé entre les msrins du premier consul. La cérémonie eut lieu dans la chapelle des Tuileries, après l'évangile de la messe que célébra monseigneur l'archevêque de Paris. Huit autres évêques français qui n'avaient pas encore prêté serment intervinrent dans la cérémonie à laquelle assistèrent également les deux autres consuls, plusieurs conseillers d'État et le citoyen Marescalchi, ministre de la république italienne. Le consul Cambacérès recevant ce même jour le premier consul à sa table, il m'invita aussi à dîner, et je crus devoir m'y rendre, quoique, par raison de santé, j'eusse depuis plusieurs mois refusé toute espèce d' invita tion.^
Le repas G ni, le premier consul me conduisit dans un appartement où il s'entretint longuement avec moi. Il me parla avec
bonté, mais en même temps avec une sensibilité, une fermeté, une vivacité extrême, des peines qu'il s'était données pour établir la religion et pour faire approuver son rétablissement. Il se plaignit de l'opposition des catholiques, des ecclésiastiques en particulier ; et cette inculpation m'atteignait en même temps que les évêques. Aux réponses que je lui donnai, il riposta : « Pourquoi ne m'avez-vous pas dit cela en son temps ? » A quoi je répondis que • c'était parce que je n'avais pas pu avoir l'honneur de lui parler. La question signifiait naturellement que j'aurais dûlui parler avant de laisser naître dans son esprit des impressions différentes. Enfin ( et je suppose qu'il ne me parla ainsi que parce que nous étions seuls) il me dit : ff Nous ne sommes plus aux temps où les prêtres faisaient des miracles. Faites revenir ce temps, et je vous laisserai tout faire. Mais dans les circonstances actuelles, c'est moi que vous devez laisser agir en me prêtant une assistance poussée aussi loin que la religion peut le permettre. Les différends entre les catholiques et les constitutionnels ont fait naître aux incrédules, aux athées et aux hommes qui ne s'occupent pas de religion, l'idée de se jeter dans le protestantisme, religion, disent-ils, où il n'y a point de dissensions, et dont les chefs et les directeurs font tout ce qu'ils peuvent pour induire le inonde à suivre celte idée. »
Le consul ne veut absolument point entendre parler de cela, mais il en coûte des efforts très-énergiques pour l'empêcher.
Parmi les nombreuses questions qu'il agita avec moi , se présenta celle des vœux solennels : « Vous ne voulez donc pas comprendre que tous ceux qui ont fait des vœux solennels et à qui vous refusez les dispenses, dans leur désespoir, se livrent aux constitutionnels : il y en a des milliers des deux sexes. » Je répondis que Rome examinait cette affaire.
vu PfECES JUSTIFICATIVES
II eo Tint an articles organiques de France. Je Ini fis voir qa'ootre qn^en plasieiirs points ils n'étaient point d'accord arec le dogme, ils dépooi liaient même F Église des droits essentiels qne Jésns-Cbrât a donnés an chef de cette Église et à ses éTèqoes. Il m'éoonta assez longtemps sar ce point avec patience; enfin il me dit: «Si les articles organiques n'avaient pas été ce qu'ils sont, je n'aurais jamais pu faiire consentir au rétablissement de la religion. » Puis il ajouta: a: Donnez-moi un mémoire là-dessus, » ce que je ferai. Le difficile ne sera pas d'obtenir que les articles, spécialement en ce qui est des liens et de la servitude qu'ils font peser sur l'Église, ne soient point observés, mais ce sera de trouver le moyen de substituer quelque chose à la révocation de la loi, ce qu'il est impossible d'obtenir, au moins quant à présent.
Cet homme veut, comme il le dit lui-même, par suite de sa propre conviction, que la religion se soutienne, mais il le veut aussi en sa qualité de gouvernement, et de responsable envers toute la terre; il le veut enfin par l'amour-propre qu'il met à réussir dans tout ce qu'il entreprend. Et je le dis avec une entière franchise, il n'a pas, quant à présent, une affaire qui occupe davantage les heures de sa vie.
Le premier consul m'a parlé des objets traités dans la lettre amicale qu'il a écrite dernièrement à notre saint-père, entre autres de la faculté de nommer sept cardinaux.
Je n'entrerai pas en matière avecVotre Éminence sur ce que le premier consul a écrit à Sa Sainteté, soit touchant les constitutionnels, soit sur les articles organiques, soit encore sur plusieurs des expressions dont s'est servie Sa Sainteté dans son allocution, mais je vous dirai qu'il m'a informé de la demande qu'il a faite de pouvoir nommer sept cardinaux. Il m'a fait connaître tout ce qu'il a écrit, jusqu'à ce qu'il a dit
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sur les temps de Léon X iiicla$i\ecDeiil. \olre Ëminence cmra facilement, sans que je l*eiiiiiiie des détailss que j'ai répondu complètement à toat. 1fai> je n'ai pa obtenir de lui ta promesse absolue qu'il en ferait faire Tou vertu re aux antres cours. Quel que poisse être le nombre de cardinaux que Sa Sainteté jugera devoir loi accorder si elle croit devoir salîsfaire an désir do premier consul, il fondra qu'elle s'arrange pour adopter le moyen terme, et quelle en fasse elle-même une oo^-erture, aussi légère que possible, par riotermédiaire de ses propres nonces.
n m'a rendu compte, avec la plos grande clarté, de Tinstance qo'il a faite pour te mariage de M. de Talleyrand. Le premier consol, se basant sur les documents qui lui ont été fournis, croit la chose faisable ; il y prend un intérêt extrême : et il lui semble d'ailleurs faire aussi une bonne chose en imposant silence aux caquets par une pareille amitié.
Outre que le premier consul passa rapidement à un autre sujet, je gardai le silence aussi, parce que je savais par Talleyrand que la réponse était déjà en route.
Celui qui est destiné à traiter ici des affaires graves auxquelles le premier consul prend la principale part, celui-là doit avoir toujours présent à la mémoire qu'il traite avec un homme qui est l'arbitre de l'état des choses de la terre, qu'il a paralysé, on peut dire, toutes les puissances, qui a conçu des projets dont l'exécution dans le moment ne paraissait possible à personne, et qu'il a menés à fin avec un bonheur qui étonne tout le monde ; celui, dis-je, qui traite avec ce grand homme, lorsqu'il voit que cet homme veut décidément une chose, celui-là doit chercher à conclure l'afTaire, en cédant, et ici je parle de moi, tant que V accord proposé n'est pas en contradiction avec les principes de la religion. 11 doit avoir
présent à Tesprit quMI n'est point accrédité anprès d'une nation où la religion catholique soit dominante, et où notre religion soit en paix. £n un mot, tous les personnages puissants ici, on peut le dire, sont contre elle, et ils luttent sur ce point contre le premier consul qui eât le seul qui la veuille ; elle sera malheureusement comme il l'entend, mais il la veut efficacement.
Quand je suis obligé de dire au premier consul qu'une chose ne peut décidément pas se faire, il se dépite, s'afflige, je le dis avec vérité, se tourmente, et trouve aussitôt qui cherche à le pousser aux extrémités. On a cru ici qu'il avait fait, dans sa lettre, qu'on a appelée amicale, à notre saintpère, une prière de la plus grande importance pour nous. Je crois m'ètre assuré du contraire. Cependant, que Votre Ëminence veuille bien peser dans sa sagesse l'avantage qu'il pour* rait y avoir à ce que je susse par Rome ce que Ton écrit d'ici.