‹ L'Église romaine et le premier empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inéditesChapitre 104 sur 111 · LE CARDINAL CONSALVI AU CARDINAL CAPRARA · texte numérisé non relu

LE CARDINAL CONSALVI AU CARDINAL CAPRARA

Rome, 14 juillet 1802.

Oa s^occupe de l'examen de la formule qui a servi à réconcilier les constitutionnels du second ordre. On aurait grandement désiré ici que, dans la nécessité où Votre Éminence s'est vue de retirer le décret du 40 mai et la formule qui avait été déjà concertée et publiée d'accord avec M. Portalis, l'affaire eût été remise aux évoques, sans que Votre Éminence ellemême eût déclaré que cette formule : J'adhère au concordat, était suffisante, attendu qu'une pareille déclaration faite par un cardinal-légat émane toujours du saint-siége apostolique, si elle n'est désavouée. Cette formule, la nouvelle circulaire de M. Portalis sur le divorce et beaucoup d'autres sujets, les déclarations publiques des évêques ci-devant constitutionnels qui prétendent n'avoir fait aucune démarche pour se réconcilier, qui persistent à soutenir et à aimer les principes de la constitution civile du clergé, qui ne reconnaissent point les jugements du saint-siége qui l'ont condamnée, et qui persévèrent ainsi dans Terreur, ce sont là autant d'épines qui déchirent le cœur de* Sa Sainteté, et la conduite à tenir au milieu de ces circonstances offre de telles difficultés qu'il me serait impossible de les expliquer à Votre Éminence ; tout ce que je puis dire est que la situation du pape est on ne peut

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plus critique. Dieu sait la peine qu'on prend ici pour tout concilier au mieux, et combien Ton y tient compte des circonstances; mais comment foire pour trouver bien ce qui blesse les principes ? ou qui nous aidera de ses lumières et de ses avis dans des conjonctures aussi délicates?

LVIÏI.

LE CARDINAL CAPRABA AU CARDINAL CONSALVI

17 jainet 1801.

... C'est une vraie fatalité que les lettres que Sa Sainteté écrit au premier consul ne puissent pas, vu la multiplicité des objets dont elles doivent traitée, être proportionnées au temps qui manque, pour ainsi dire, pour lire au premier consul, que ses occupations absorbent sans relâche...

LE CARDINAL CAPRABA AU CARDINAL CONSALVI

23 juillet 1802.

.*. Je ne chercherai pas à me disculper sur ce qu'on peut avoir rapporté à Rome comme ayant été dit par moi relativement aux lois organiques, parce que je suis sûr de n'avoir pas dit autre chose sur cette matière que ce que j'ai mandé dans le temps à Votre Ëminence. II est très-vrai t[ue j'ai prié le premier consul de me permettre de lui présenter un mémoire à ce sujets Ce mémoire est prêt; et il a été composé à l'aide des matériaux mêmes que Votre Éminence daigna me fournir. Mais, profitant

PIECES JUSTUflCATlVES 543

de la bienveillante latitude que me laisse Votre Éminence d'agir en général suivant les circonstances, et de tenir compte des lumières que me procure la connaissance des lieux et des choses, je diffère à le présenter. Lorsque je dois faire une démarche, je regarde comme un devoir de la rendre aussi utile que possible. Mais si le malheur des temps *veut qu'une pareille démarche ne puisse pas réussir, je dois me préoccuper d'empêcher tout au moins qu'elle ne soit rendue nuisible. Autrement je croirais mal servir Sa Sainteté. Cette maxime et ces principes ont toujours réglé ma conduite jusqu'ici, et c'est pour y rester fidèle que je ne puis faire ce que Votre Éminence aurait désiré que je fisse par rapport à la formule de réconciliation des ecclésiastiques de second ordre. J'attendrai sur ce point les décisions souveraines que Votre Ëminence se flattait de me faire connaître par le courrier suivant.

LE CARDINAL GAPRARA AU CARDINAL COWSALVI.

Paris, 15 août 1802.

... Je passe maintenant à un autre objet, qui est des plus graves pour moi, et qui forme la plus grande angoisse de mon âme combattue entre un sentiment de conscience et d'honneur qui me porte à ne pas abandonner ici la chose publique et par conséquent la cause de la religion, et l'impossibilité de supporter l'orage qui va éclater immanquablement contre moi

à Rome.

Je ne suis pas surpris que Votre Éminence ne soit point entrée en matière avec moi sur ce que j'ai fait relativement

514 PIECtS JCSimCATIVES

aax é% èqoes constitutionnels, sar le décrel relatif aox prêtres instrof, el enfin sur le décret des biens dits nationaux, puisque je me suis fait une loi d^assomer sor moi tonte la responsabilité à ce sujet afin de mettre cdie de la coor de Rome complètement bors de cause. Mais le silence que Votre Éminence observe concernant les nombreuses questions que f ai dû porteîr à sa connaissance, par suite de la volonté da premier consul, m'embarrasse extrêmement. Jusqu'à présent, j'ai répondu de façon à faire retomber une partie de l'odieux sur moi ; mais je suis à bout de ressources. Votre Émi nence, en refusant, produira des raisons. Je cbercherai à leur donner tout le poids- qu'il me sera possible, mais le silence, qu'on prend ici pour du dédain, fournit une nouvelle matière de plaintes. Seigneur cardinal, nous avons ici des choses bien importantes à traiter et à ménager. Outre les affaiîres de France, il y a aussi celles de la république italienne ; il y a aussi celles des prétentions de certains particuliers contre Rome, lesquels ont des protecteurs bien puissants. Tout ceci nous oblige à une conduite des plus prudentes. Je déclare bien positivement à Votre Éminence que si les fils de cette toile me sortent des maîns^ il me sera impossible de les rattraper. Je sais que je n'ai pas le droit de demander à Votre Éminence qu'elle me réponde, mais j'ai le droit de la prier de m 'obtenir mon rappel de Sa Sainteté.

LE CARDINAL CAPRARA AU CARDINAL CONSALVI

Paris, 30 octobre 1802.

... Il y a environ cinq oa six mois que le premier consul, dans un entretien que j'eus avec lui sur les nombreuses questions difficiles que j'ai eu à traiter,' me parla de son désir absolu de se mettre d'accord avec le saintr-père sur le nombre des maisons religieuses à supprimer en Piémont, et s'exprima sur ce sujet en des termes que je rapportai dans son temps. Je ne réussis pas à m'entendre avec lui sur la maxime qui m'avait été énoncée que c'était le pape qui devait en faire la proposition. Il me dit plusieurs fois : « Si le pape se prête à ma demande, je serai te protecteur de ces maisons religieuses, et je ferai en sorte que celles qui seront conservées ne perdent point leurs revenus. Mais s'il me refuse, je laisserai les lois françaises sur la suppression avoir leur plein effet, » ce qui malheureusement est arrivé. J'avoue à Votre Éminence que j'éprouve un vrai regret de n'avoir point offert alors au premier consul de me prêter, moi, à cette œuvre, faisant abstraction de notre seigneur. J'aurais préservé de la misère une foule d'individus qui maintenant pleurent, et j'aurais conservé plusieurs pépinières de maisons religieuses, comme il les appelait, lesquelles n'existent plus. L'opinion que les hommes ont aujourd'hui du christianisme ne s'était jamais vue jusqu'ici. L'Église a passé par des tempêtes effrayantes ; mais parmi les personnes qui avaient l'autorité dans leurs mains, il y en avait qui étaient portées en sa faveur et qui connaissaient ses maximes. Le premier consul veut la

religion ; mais il vit au milieu de gens qui sous des dehors plausibles en détruisent les moyens, et ceux-là précisément ont le maniement de l'autorité. Quand le premier consul est indisposé contre nous, les choses marchent avec une rapidité à faire peur. Abstraction faite de la question des constitutionnels, dans les diocèses desquels le mal s'empêche, lorsqu'il n'y règne pas trop de mauvaise humeur contre nous, la religion fait des progrès sur les individus ; les lois organiques au contraire perdent du terrain.

Je sais que de divers points on écrit à Rome pour que notre seigneur parle. On affirme que si le légat avait tenu fermé, la religion se serait néanmoins rétablie en France, et cela sans plaies. Les auteurs de ces lettres ou ne connaissent pas le véritable état des choses, ou ne sont pas de bonne foi. Â moi aussi l'on a écrit et parlé dans le sens que j'indique; mais j'ai convaincu tous ceux avec qui j'ai cru pouvoir m' ouvrir de vive voix.

résumé de la correspondance des cardinaux caprâra et consalvi, relative au voyage du pape a pa3is, au sacre et couronnement de l'empereur.

Paris, le 6 mai 4804.

Le cardinal Caprara , prévoyant le prochain avènement de l'empereur, exprime l'espoir qu'aussitôt le changement de gouvernement opéré, il recevra de nouvelles lettres de créance. 11 sollicite l'envoi immédiat d'un courrier extraordinaire pour porter au premier consul les félicitations du pape. Il dicte les

PIÈCES JUSTinCATIVES 547

termes dans lesquels la lettre pourrait être rédigée et insiste surtout sur ce qu*il faut être les premiers à reconnaître le nouvel empereur. Le saint-siége y a tout intérêt pour les rapports présents [et futurs. « Ce quMl y a de singulier dans cet événement, dit-il, c^est le calme parfait avec lequel cette affaire marche à son accomplissement. »

Paris, 9 mai.

Le cardinal Caprara pense que le couronnement de Tempereur aura lieu à Paris et que le pape sera invité à venir le faire. Il supplie en cas le saint-père de condescendre au désir qui luf sera exprimé, un grand bien devant en résulter pour la religion, et aucune puissance étrangère no pouvant y trouver à redire. Ceux qui souhaitent la venue du pape citent l'exemple de « Pépin, ce premier roi d'une race nouvelle que la nation française substitua à son roi légitime Childéric, et que le pape vint sacrer. »

Le nouvel empereur regarderait toute hésitation comme injurieuse pour lui. Le cardinal recommande avec instance qu'on n'apporte donc ni difficulté, ni temporisation à faire ce qu'il ne suppose pas qu'on puisse songer à refuser. Le temporel aussi des États du saini-siége pourra se bien trouver du voyage du pape à Paris. Le moment est on ne peut plus propice. La question d'argent ne doit pas arrêter, l'empereur défraiera le pape ou lui donnera une compensation satisfaisante. Le caractère du nouveau monarque donne la certitude que tout sera fait convenablement : il y aurait donc des inconvénients graves à afficher des prétentions etagérées ; une fois sur les lieux on obtiendra ce qu'on risquerait de se faire refuser, si on l'invoquait comme un droit.

54» PIECES iCSTIFKATITES

Le oràinal Capnra reoomiBaiide de ne pas tniTerser les Légations en venant de Rome à Paris.

... Le monarqae qo'il s*a^t de coaronner tronTeraît trèsmauTais, eC regarderait même comme une injure que Sa Sainteté élevât des difficultés, cherchât à temporiser, on se refusât à son dê$:r. Le ressentiment qu'il éproQTerait serait d'autant plus fort qu'en sa qualité de chef de TÉglise le saintpère par son intervention personnelie assurera mieux la succession héréditaire dans la &mil!e de l'homme qui vient de rétablir et de cons<ri:der l'exercice du culte et de la religiou catholique...

... Si du spirituel je passe au temporel, il me paraît évident que c'est maîntenaot le m3ment &vorable où il sera possible au nouA-ri empereur d'étendre les limites trop resserrées des États du pape. La république italienne va cfêser d'exister; avec son existence cessent les ménagements dont ce monarque dans sa sagesse a cru devoir oser jusqu'à présenL..

... Un refus de la part de Sa Sainteté lui serait infiniment pénîb!e; il en éprouverait le p!ns vif déplaiâr. On n*accepterait aucunes raisons pour valables, fussent-elles même confirmées par le cardinal Fesdi : on ne les regarderait que comme des prétextes...

...Je me bornerai à prier TotreÉminence d'éviter de présenter dans sa réponse aucune idée même la plus âoignée d'une difficulté quelconque, soit d'âge, soit de santé, ou de tout autre chose sembîaMe. Totre Emînence devra se borner à me dire tout simplement que le sa:nt-père se rend volontiers aux de^rs du premi«> consul, et que la tendresse qu'U a pour sa personne est telle qu'i! saisît avec empressement une occasion de la lui témoigner..... Je prie Totre Éminenoe de m'e&voyer ta r^poos)^ sur une fira^île séparée, afin q«e j'en poisse faire

usage directement avec le premier consul ; et pour que tout ce qu'il y aura d'obligeant et de tendre ne puisse être attribué . qu'au pape lui-même.

Paris, 10 mai.

Le 9 au soir, le cardinal Caprara étant à Saint-Cloud chez H™* Bonaparte, où il y avait réception, le premier consul lui dit:

a Toutes les autorités constituées me font sentir combien il serait glorieux que mon sacre et mon couronnement fussent faits par les mains du pape, et quel bien il en résulterait en même temps pour la religion. !1 n'est pas vraisemblable qu'aucune puissance y trouve à redire, ni en droit, ni en fait. Je n'adresse pas dès à présent une prière formelle au pape parce que je ne veux pas m' exposer à un refus. Faites donc l'ouverture, et lorsque vous m'aurez transmis la réponse, je ferai directement auprès du^pe, comme je le dois, les démarches nécessaires. »

L'empereur aussi cite l'exemple de Pépin sacré par Zacbarie. Il parle au cardinal Caprara avec un sérieux qu'il n'a pas habituellement avec lui. Le légat insiste dé nouveau, dans sa conviction que le pape condescendra au désir de l'empereur, pour qu'on n'élève aucune difficulté ni d'âge, ni de santé, ni autre. Il recommande, au contraire, qu'on fasse la chose de la meilleure grâce, pour que le saint-père ait tout le mérite de cet acte de condescendance qui devra, d'ailleurs, tourner grandement à l'avantage de la religion, en France et à Paris même.

Paris, J3 mai.

Le cardinal Caprara dit qu'il est nécessaire que le cardinal Consalvi accompagne le pape à Paris, où tout ce qui a quel-

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que influence se réjouit à la seule pensée de ce voyage. Chacun s'en informe avec anxiété, un refus serait attribué non au pape, mais au cardinal seul.

Parts, 16 mai.

Le cardinal Gaprara demande qu'on lui envoie le cérémonial suivi lors du voyage de Pie VI à Vienne , pour répondre aux questions qui lui seront adressées sur ce qu'il y aura à faire pour le voyage et le séjour de Pie VII à Paris.

Il envoie le décret du Sénat conférant la qualité d'empereur à celui qui avait été jusque-là premier consul.

Paris, 20 mai.

... Tout le corps diplomatique reste dans l'inaction jusqu'à ce que chacun de ses membres reçoive de sa cour les lettres de créance pour le nouvel empereur. Aucun ne doute qu'il ne les reçoive immédiatement, et ce sera ainsi que les puissances (sauf l'Angleterre et la Russie qui n'ont point de représentant à Paris), reconnaîtront le nouveau monarque... Le cardinal Caprara demande de nouveau les brefs destinés à l'accréditer auprès de Sa Majesté Impériale, et en même temps un bref de courtoisie pour Sa Majesté l'Impératrice.

Rome, 23 mai.

Le cardinal Consalvi écrit que le pape, pour féliciter l'empereur, attend que toutes les formalités de l'heureux changement de la république en monarchie aient été remplies, et que l'on connaisse le résultat des votes que le premier consul, dans sa sagesse et sa modération, a voulu obtenir, avant d'accepter la couronne.

PIÈCES JDSTIFICATI\'ES 551

Rome, 30 mai.

Le cardinal Consalvi enverra sous cinq ou six jours, délai nécessaire pour leur confection, les lettres de créance et le bref de courtoisie sollicités par le légat. On espère être les premiers, ou au moins des premiers, à reconnaître le nouvel

empereur.

Le pape est fortement frappé de la gravité de la demande qui lui est adressée d'aller sacrer l'empereur à Paris. Tl n'y a pas en dix-huit siècles exemple d'un aussi long voyage entrepris par un pape pour un motif purement humain. Il faut absolument un motif religieux sérieux pour justifier l'abandon de sa résidence, et la stagnation des importantes affaires ecclésiastiques de presque toutes les parties de l'Europe qui se traitent en ce moment à Rome.

Paris, 3 juin.

Le cardinal Caprara écrit :

« ...Plusieurs des ministres antérieurement accrédités auprès de ce gouvernement ont reçu par courriers extraordinaires leurs nouvelles lettres de créance, et quelques princes, parmi lesquels le roi de Prusse, eurent à peine reçu l'avis du changement qui se faisait dans le gouvernement qu'ils ont fait l'envoi de courriers extraordinaires pour applaudir au sage parti pris par la nation française de se donner un empereur, avec la succession héréditaire, et offrir leurs félicitations à l'empereur à l'occasion de l'important événement qui devait avoir lieu au premier jour... »

Rome, 5 juin.

Le cardinal Consalvi commence par avertir le légat que tout ce qu'il lui écrit (ce même jour et le lendemain % juin) a été

concerté avec le cardinalFesch. II annonce l'envoi des conditions auxquelles' le pape pourrait consentir à se rendre à Paris, en supposant d'abord écarté l'obstacle que présente le serment à prêter par Tempereur. Le seul bruit vague de la possibilité du voyage du pape a provoqué un déluge de critiques, à commencer par les ministres étrangers qui donnent au saint-père le titre de Chapelain de l'empereur, parce que celui-ci, ne voulant pas se déplacer, mande le pape en sa demeure. On envoie la note de ces conditions bien que la difficulté du serment rende la réponse actuellement négative.

Le pape craint toutes les demandes qui pourront lui être faites une fois qu'il sera à Paris, et si déjà il lui en coûte tant, à Rome, de dire non à ce qu'on lui demande de Paris, que sera-ce quand il sera sur les lieux? Il est bien décidé, en tout cas, à ne point s'y occuper des affaires d'Allemagne que Sa Sainteté ne veut traiter qu'à Ratisbonne.

Le saint-père n'ira donc à Paris que si l'empereur admet les

conditions que le légat devra lui faire soumettre. On ne s'est

pas servi du mot conditions dans la lettre en clair (datée du 6),

. mais c'est bien là ce qu'on entend sous les mots temperamenti

e modi.

On envoie en outre, toujours de concert avec le cardinal Fescb, une note contenant les objections et les difficultés.

Le> cardinal Consalvi informe le légat que Sa Sainteté ne voulant pas décider seule l'importante question qu'il avait à résoudre, il a consulté dix cardinaux des plus éminents. S'ils avaient été unanimes à approuver que le pape fit le couronnement et se rendît à Paris, la question aurait été portée au sacré collège, réuni immédiatement après qu'on aurait reçu à Rome la demande formelle de l'empereur annoncée par le légat. Ces dix premières voix prépondérantes en auraient entraîné

d autres ea nombre suffisant pour former une majorité significative. Mais les voix se sont partagées, il a fallu consulter dix autr^ cardinaux, Ton a réuni ainsi une majorité favorable, sous la réserve toutefois des conditions qu'on fait connaître.

•..Cette réponse affirmative allait donc partir, quand est arrivé à Rome le sénatus-consulte qui a soulevé la difficulté du erment. On ne peut admettre le serment de respecter et de faire respecter les lois du concordait ce qui n*est autre chose que de dire observer et faire observer les lois organiques, ni de respecter et faire respecter la liberté des cultes^ ce qui suppose rengagement non de tolérer et de permettre, mais de soutenir et de protéger, et s'étend non-seulement aux personnes, mais à la chose, c'est-à-dire à tous les cultes. Or un catholique ne peut protéger l'erreur des faux cultes...

Une autre note (jointe à la dépèche datée du 6) énonce les difficultés et les objections et est destinée à faire comprendre le danger qu'il y aurait à présenter la question dans cot étal au sacré collège réuni, et par suite la nécessité d'adhérer aux conditions après avoir trouvé le moyen d'écarter Pobstacle du serment.

« ... Le cardinal Fesch, continue le cardinal Gonsalvi, est d'avis que cette pièce soit mise sous les yeux de l'empereur, bien qu'elle contienne la difficulté relative à rillégimité. Le cardinal dit qu'il est bon que l'empereur en ait connaissance, parce que ce sera peut-être la seule qui parviendra à le piquer légèrement et à l'émouvoir. J'étais, moi, d'un avis différent, dans la crainte d'exciter de l'irritation en une matière aussi délicate; mais le cardinal Fesch dit qu'il y a là juste de quoi faire impression sur l'empereur et non de quoi l'irriter. D'ailleurs, il en rend directement compte à son souverain... »

En conséquence, le légat est invité à mettre cette note sous les yeux de Tempereur, mais confidentiellement, en lui disant qu'on n'a point de secret pour lui, qu'on lui ouvre son cœur tout entier, mais à lui seul.

Le cardinal Consalvi a hésité à faire connaître au cardinal Fesch et à lempereur combien il y avait eu de voix pour et contre parmi les vingt cardinaux consultés, mais le cardinal Fesch a insisté pour le savoir, et le saint-père a été d'avis de le lui dire.

... La première objection dirigée contre le serment, le cardinal Fesch trouve un moyen de bien l'affaiblir : c'est que le cardinal Consalvi lui écrive que par les mots lois du concordat le pape a entendu uniquement les dix-sept articles du concordat dont il se réjouit de voir l'observation insérée dans le serment de l'empereur. Le cardinal Re fera autoriser à répondre que le pape a bien compris. Pour ce qui est de respecter et faire respecter la liberté des cultes^ le cardinal affirme qu'on n'obtiendra pas de changement à Paris, mais qu'on pourra nou^ envoyer de là des écrits qui feront mieux comprendre le sens de ces paroles et pourront les rendre admissibles : a J'en doute, mais qui sait si l'empereur, dans son désir dVriver à ses fins, ne trouvera pas quelque tempérament?... »

Du reste, le cardinal Fesch, pour ne pas irriter l'empereur, « à qui il écrit directement et non à Talleyrand, » lui donne tout espoir de vaincre ces difficultés, ce qui, dit-il, si l'on doit finir par une réponse négative, amortira peu à peu le choc que donnerait ce non»

... Il ne faut pas surtout qu'on se berce de l'espoir de tourner la difficulté du serment en présence du pape. Le saint-père a déclaré au cardinal Fesch que, si on l'essayait, il n'hésiterait pas à se lever de son siège et à sortir de l'église à l'instant

même, quoi qu^il en pût advenir. C'est le serment du pontifical qui doit être prêté, point d'autre. Le pape ne peut pas couronner Tempereur s'il doit en être différemment, a Si je conserve l'espoir que Ton pourra arranger la difficulté des lois du concordat, je ne me flatte pas de môme à Tégard de la liberté des cultes..* y>

Rome, 6 juin.

Le cardinal Consaivi, en accusant réception de la dépèche renfermant l'ouverture pour le sacre à faire par le pape à Paris, dit que le saint-père, poussé par son estime, sa tendresse, son attachement pour Sa Majesté Impériale, s'est montré tout d'abord prêt à faire ce qui lui était demandé.

Quelques difficultés se sont présentées à son esprit; elles ne l'ont pas arrêté, mais elles sont consignées dans une note jointe à cette dépèche.

L'expédition des lettres de créance et du bref de courtoisie pour l'impératrice a seule retardé l'expédition du courrier extraordinaire qui devait porter cette réponse affirmative, et il allait partir avec le tout, quand est arrivé à la connaissance de Sa Sainteté le sénatus^-consulte, contenant le serment à prêter par l'empereur.

a ... Ce serment a profondément affligé le cœur de Sa Sainteté. Elle voit là un obstacle qui, si on nejréussit à l'écarter, l'empêchera de mettre à exécution la disposition où elle était d'aller faire elle-même le sacre et le couronnement de Sa Majesté Impériale...»

Les raisons qui empêchent le saint-père de suivre son penchant sont exposées dans une autre note également jointe, et que le légat est autorisé à communiquer à l'empereur pour qui l'on n'a rien de caché.

.W, PIÈCES JCSrmCATIVES

Rome, 6 jain.

.«. Voici les objections qui se sont présentées à l'esprit du )4alni-père et des cardinaux qu'il a consultés sous le sceau de la confession : elles sont dirigées les unes contre Tacte même du couronnement par les mains du pape; les autres contre son voyage à Paris.

4" On distingue entre la reconnaissance et le couronnement. La reconnaissance ne concerne que le fait; le couronnement consacre le droit, la légitimité; toutes ses formules et ses prières ne peuvent s'appliquer à qui n'a pas un droit légitime, ni quelques cardinaux ont élevé des doutes sur la légitimité (lu droit du monarque qu'il s'agit de couronner.

V Le sacre et le couronnement faits par les mains du pape sombleraient une ratification des lois et ordonnances rendues m France contrairement au bien et aux maximes de PÉglise. Lo nouveau monarque de la France, s'il a bien mérité de la r(^igiji)n pour avoir contribué à son rétablissement en France, A néanmoins introduit dans ce pa\*5 et répandu même ailleurs un s>!il^me qui tend k Tavilissement de la religion et de ses n\ini$lr^$«

cl* l.i^ UiHnvl eaip^ftrar a privé le saint-siège de la moitié «;^ $^ fiui$ ^ let» lfvki$ bt^^t)on$. ks États d^ÀTignoD et Car- |vn)rA$\ Si' na l^^t^ qi»^ Texecut^Nir de la ixiloiité d'autmi |\Mir <>^,U^\t^>^u ;' n^ «e$ a pat$ restimès ni na donné de

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5" Jalousie des cours de l'Europe et plus spécialemenl des cours où régnent des Bourbons, et de l'empereur d'Allemagne qui ne peut voir avec une entière indifférence le nouvel empire naissant.

(Les objections 6, 7, 8, 9, 4 0 et 4 4 sont exposées dans la lettre française du cardinal Caprara à M. de Talleyrand , du 25 juin.)

iSI^ Le danger pour le saint-père de ne pas obtenir un bon résultat pour les affaires ecclésiastiques pendantes, ce qui, s'il faisait exprès le voyage de Rome à Paris pour aller sacrer l'empereur, porterait une trop rude atteinte à son honneur et à sa dignité^

13* La crainte de nouvelles demandes que le pape ne pourrait accorder, ce qui troublerait l'harmonie et ferait perdre au saint-père le mérite de son déplacement, v

44** La crainte de voir les autres souverains, à leur avènement, adresser au pape la même prière, en se fondant sur ce premier exemple.

45<* La crainte qu'on ne rende pas au pape, en France, tout ce qui est dû au chef de la religion.

46<^ Enfin les craintes pour la santé du pape, qui serait bien rudement éprouvée par un aussi long voyage.

NOTE N° 1. jointe à la dépêche du 6 juin.

La demande adressée au saint-père lui a inspiré les réflexions suivantes :

... Il ne parlera pas de sa santé , le plaisir de faire la connaissance personnelle de l'empereur le portant à passer pardessus tout ce qui ne concerne que son individu.

Mais rien de pareil ne s'est vu en dix-huit siècles; Pépin n'a

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point été sacré par Zacbarie : il l'avait été déjà par Tévêque de Mayence, quand le successeur de Zacbarie, Etienne II, venu en France pour implorer* dès secours en faveur de rÉglise romaine, le couronna sur sa demande.

La grande distance et le caractère auguste de la cérémonie exigeront certainement une absence de plusieurs mois, ce qui ne pourra se faire qu'^u détriment de tant d'affaires religieuses très-graves actuellement en train avec diverses puissances de l'Europe. Ce préjudice ne pourrait être justifié par des motifs purement bumains, il faut un motif religieux pour colorer le voyage.

Cet objet devra être explicitement indiqué dans Tinvitation qui sera adressée au pape. Et ceci est si important, que le cardinal Consalvi , pour se mettre à Fabri des critiques, croit devoir dire presque les termes dans lesquels devra être conçue la lettre d'invitation. Puis cette lettre devra être portée à Rome, non par un courrier, mais par deux évêques.

En outre le pape veut que son voyage apporte un bien réel dans les affaires pendantes en France, et Dieu sait s'il y en a de nombreuses et de graves ; à commencer par les lois organiques contre lesquelles on insiste dans les réclamations; puis les prêtres constitutionnels, évêques et autres, qui, oubliant leurs engagements, reviennent à la constitution civile du clergé et retournent à Thérésie. Il y a encore la violation du concordat italien commise par un décret du vice-président Melzi, au grand scandale de toute l'Europe.

Sur tous ces points, le voyage doit procurer une solution telle que le sainUsiége a le droit, de l'attendre.

Vient ensuite la question relative à la manière dont Sa Sainteté sera reçue en France. L'humilité du saint-père souffre à l'idée de réclamer des honneurs pour lui, mais c'est le vicaire

PIECES JUSTinCATIVES 559

de Jésus-Christ, le chef delà religion qui y a droit. Ceci s'applique plus particulièrement à la cérémonie même du sacre du couronnement. Il faudra qu'elle ne diffère en rien de ce qui s'est pratiqué dans d'autres occasions. On ne pourra pas faire usage du cérémonial pro imperatore, parce que celui-là s'applique uniquement à l'empereur des Romains couronné à Rome,

On se servira de celui qui est inséré dans le pontifical romain pro rege coronando en substituant le mot empereur à celui de roi. Ou bien encore pourrait-on se servir du cérémonial suivi dans le couronnement des rois de France. Le serment que devra prêter l'empereur, si c'est le pape qui fait la cérémonie, ne pourra être autre que celui inséré dans le pontifical romain ou le serment des rois de France.

En promettant un accueil semblable à tous les membres du clergé soumis, le pape prévient qu'il ne pourra ni recevoir, ni conununiquer avec les ecclésiastiques qui persévèrent dans l'erreur et le schisme constitutionnel. Et ces scandales, si le pape les avait sous les yeux, il ne pourrait s'empêcher de les flétrir hautement.

Enfin le pape désire que la cérémonie se &6se après que les chaleurs de l'été seront passées, car il ne pourrait supporter les fatigues d'un long voyage dans cette saison* Puis il devra voyager à petites journées pour se rendre au vœu des fidèles sur son passage. Si le saint-père arrivait à Paris en novembre, le sacre pourrait avoir lieu le jour de la nativité de Notrp- Seigneur, ce jour où eut lieu aussi le couronnement de Cliarlemagne, dont le nouvel empereur égale la gloire.

Sa Sainteté demande enfin que son absence dure le moins possible , pour ne pas faire t^rop souffrir toutes le^ autn>i$ affaires de TÉgUse.

560 PIÈCES JDSTinCATIVES

Rome^ 6 juin 1801.

... Il n'y a pas d'objet purement humain, tel grand qu'il soit, qui pût justifier cette interruption et cette stagnation de nombreuses et graves affaires de, religion. Elles ne pourraient Atre justifiées que par un motif religieux hautement annoncé et réellement atteint. Le saint-père veut dire en substance que Tutilité positive de la religion présentée en termes exprès dans rinvitation qu'il doit recevoir, et réellement atteinte en résultat , peut seule mettre l'abandon de son siège dans les circonstances actuelles à l'abri de tout blâme vis-à-vis du catholicisme. La dignité et l'honneur du chef de la religion l'exigent d'ailleurs également.

Si donc le saint-père doit quitter son siège pour aller de Rome à Paris, il est d'une indispensable nécessité que la lettre d'invitation que lui écrira l'empereur ne se borne pas à dire que dans le désir d'être sacré et couronné par le saint-père, et dans l'impossibilité, vu les circonstances présentes, de se rendre à Rome, Sa Majesté prie le saint-père de venir pour la cérémonie à Paris. Il sera absolument nécessaire d'ajouter à cette raison un motif religieux, et que ce motif figure en belle place dans la lettre, soit exprimé bien clairement, et paraisse au moins aussi essentiel que l'autre. L'important de la chose m'enhardit à tracer pour ainsi dire le plan de la lettre. Le monarque, après avoir exprimé le désir d'être couronné par Sa Sainteté, et fait connaître les circonstances qui s'opposent à ce qu'il vienne à Rome, devrait donc dire, en invitant le saintpère à se rendre à Paris, que si vivement qu'il désirât l'honneur de voir la cérémonie faite par les mains du saint-père, cependant plutôt que de vouloir l'exposer aux inconvénients d'un aussi long voyage, il différerait la solennité jusqu'à

PIECES JUSTIFICATIVES JOi

l'époque où ses affaires lui permettraient d'aller à Kome, s'il ne réfléchissait que pour les nombreuses et graves affaires de religion pendantes en France, au sujet desquelles Sa Sainteté lui a fait des représentations, nulle occasion plus opportune et plus favorable à Theureuse issue de ces affaires ne saurait se présenter que celle de la réunion du pape et de Fempereur dans le pays même. Sa Majesté ajouterait qu'elle est persuadée que par ce moyen les choses pourront s'arranger au véritable avantage de la religion et de l'Église; qu'il se flatte donc de l'espoir que le saint-père jugera digne de son zèle pour la

religion , et croira utile pour les intérêts religieux de saisir cette occasion et de se rendre en France dans une circonstance si favorable, heureux de procurer ainsi plus promptement la conclusion désirée de ces importantes affaires... Deux évéques devraient porter l'invitation.

Mais outre la nécessité d'une invitation conçue dans de tels termes... le saint-père trouve qu'il est d'une nécessité également indispensable qu'un pareil voyage produise pour les affaires religieuses un avantage réel^ une utilité certaine en France. Votre Éminence sait quelles et combien sont graves les affaires dont je parle... Lois organiques, — évêques constitutionnels, — violation flagrante du concordat avec la république italienne commise par le décret du vice-pi^sident Melzi.

Votre Ëminence sent quelles seraient les critiques, quel scandale ce serait pour le catholicisme, quels reproches il y aurait à attendre des contemporains et de la postérité, si, par un semblable déplacemjBnt et dans une pareille occasion, Sa Sainteté n'obtenait pas un avantage réel pour l'Église. Le bien de la religion, la tranquillité durable de la France, l'honneur même des deux personnages, l'exigent. 11 est donc d'une nécessité absolue que Votre Éminence fasse connaître, en

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PlECEiS JUSTIFlCATn tS 5«i3

Cest Ja ce qui doit justifier ia réponse négative, ou plutôt non affiimatire qu'on est obligé de faire jusqu'à ce que la difficullé du sennent soit écartée...

Rome, 7 juhi.

... Grâce à ces indications et à ces aperçus. Votre Éminence pourra mieux conduire Taffaire. Elle insistera surtout sur ce qii% celte difficulté est toute spirituelle, et qu'elle a surgi alors qu'on avait santé par-dessus toutes les autres. On ne peut donc FaUribuer à aucune mauvaise volonté. Votre Éminenoo fera sentir encore que, si on ne parvient pas à amener ici les esprits à donner une réponse favorable, il importe de ne pas compromettre TafiFaire. En effet, conformément à Tusage existant du saint-siége à consulter le sacré collège, il e^t impossible que le pape fasse sans le consulter une démarche aussi importante, ou qu'il la fasse contrôle sentiment exprimé par ses conseils, car cela finirait par décrier Tacte même dans le monde entier, et ne produirait pas le bon effet qu'on s'en promet. Ce point de vue doit justifier viclorieusement la réponse négative qui est adressée à Votre Éminence, ou pour mieux dire la réponse non afifirmative aussi longtemps quo Tobstacle n'aura point été écarté.

% Paris, 0 juiu.

Le cardinal Caprara^ après avoir lu rapidement les dépêches chijQTrées du cardinal Consalvi, ne veut pas cependant mettre en doute la venue du pape à Paris. « Ce voyage est souhaité par le souverain, qui est le seul homme de poids, on peut le dire, qui veuille vraiment l'établissement de la religion chez la nation française. » Le pape ne restera à Paris que le temps qu'il voudra. L'empereur est loin de vouloir demander au pape

amp mieux foire la cérémonie à Rome, et pour y inviter le nouvel empereur, il y a à lui citer l'exemple de.Cbariemagne. Il en a été touché un mot d^icatement au cardinal FeschrLe cardinal Caprara est invité à agir d'après ses propres lumières, mais s*il parle de cette préférence du pape, il pourra insister sur l'inconvénient qu'il y aurait à ce que le saint-père fût éloigné de son siège et se trouvât en France, si la guerre venait à éclater.

Pans, 19 juin.

Le cardinal Caprara se désole et fait de vives plaintes de n'avoir point reçu encore le 4 9 juin les lettres de recréance annoncées dès le 23 mai comme devant lui être expédiées sous cinq ou six jours... Ce retard cause le plus grand préjudice à la religion, dont les ennemis chercheront à lui aliéner le cœur de celui-là qui seul, contre tous, a voulu la soutenir et la protéger, et à qui l'on pourra réussir ainsi à inspirer du mauvais vouloir et de l'éloignement pour Rome...

Paris, 23 juin.

Le cardinal Caprara a enfin reçu ses lettres de créance avec les vingt-trois feuillets en chiffres.

« ... Le même jour, %0 juin^ écrit- il, je passai la soirée à Saint^^loud, dans l'appartement de Sa Majesté l'impératrice^ qui, longtemps après mon arrivée et après les compliments obligés, daigna s'approcher de moi et me dit de la façon la plus gracieuse : £h bien donc, nous aurons le saint-père à Paris pour sacrer l'empereur mon mari. A cette assertion , fondée naturellement sur la connaissance de la dépêche du cardinal Fesch, je ne saurais dire si je pâlis ou si je rougis. A la vue de mon embarras, elle reprit : Nous savons que les choses sont

PIÈCES JUSUnCATIVES 567

arrangées ; du reste, votre discrétion mérite l'estime et je ne puis désapprouver Votre Éminence de garder le silence. Je dis alors en peu de mots : Votre Majesté peut être persuadée que je n'aurai jamais de secret pour elle ; mais je la prie de me permettre de dire, en toute sincérité, que la certitude qu'on lui a donnée de la venue du saint-père ne me parait pas aussi démontrée.

ff Je ne pus parler à l'empereur. Malgré Theure avancée et le mauvais état de ma santé, en revenant de Saint-Gloud, je me rendis encore chez M. de Talleyrand , qui dit aussitôt qu'il me vit : Âh! enfin, les choses sont arrangées ! Le pape viendra couronner l'empereur. Je répondis, mais un peu plus longuement, comme à l'impératrice, et à demi-mots je lui fis conconnaître qu'il y avait pour le moins plusieurs points encore à concilier avant de pouvoir rien affirmer. Le ministre m'interronapit et se mit à parler de tout autre chose. »

Paris, 1er juillet.

Le cardinal légat est allé à Saint-GIoud le dimanche 24, mais l'empereur a manifestement marqué ne pas vouloir parler d'affaires.

Paru, 8 juillat.

Le sacré collège presque tout entier ayant été consulté, le cardinal Caprara, lui aussi , veut donner, son avis, et dire ce qu'il sait, ce qu'il voit et ce qu'il croit.

Il envisage la question sous deux aspects : faire changer le gouvernement français d'idée, ou écarter les obstacles qui empêchent le saint-père de se décider affirmativement.

«... Quant au premier point, je laisse à Votre Éminence à juger si l'on peut humainement espérer de réussir, après que Leurs

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Majestés ont déjà considéré la venue de Sa Sainteté comme certaine, qift cette conviction a été partagée par le ministère, par le public, et propagée par les journaux...

« Le couronnement du nouvel empereur à faire à Paris par les mains du pape est une idée appartenant uniquement à Tempereur même, qui, par un sentiment, je dirai presque de gratitude envers la majorité de la nation, et particulièrement envers les ecclésiastiques, lesquels ont manifesté le plus grand intérêt et la joie la plus vive, tant de ce qu'il a échappé à l'attentat dirigé contre sa personne que de ce qu'il a été élevé au rang impérial, a déclaré vouloir être sacré de la manière la plus éclatante, et par conséquent par les mains mêmes du chef visible de T Église et de cette religion qu'il a rétablie dans toute l'étendue de Tempire français... »

Sensation produite par celte déclaration chez les protestants et les philosophes qui traitent la cérémonie d'illégale et d'arriérée, et aboient à l'envi contre l'idée de l'empereur qu'ils ont fini cependant par adopter dans les conseils où ils ont voix.

Quant aux difficultés qu'il s'agirait d'écarter, le gouvernement français les nie. L'expression lois du concordat ne désigne que le concordat môme, et quant à respecter et à faire respecter la liberté des ctUtes, cela ne s'entend que d'un respect civil et politique, et d'ailleurs c'est une expression consacrée en France, qui ne signifie autre chose que garanti.

N'ayant pu entretenir l'empereur, qui évite décidément de parler d'affaires avec le légat, celui-ci annonce avoir remis une note à M. de Talleyrand, dans laquelle il a mis presque tout ce que désirait le cardinal Gonsalvi, sauf ce qui aurait inutilement irrité ou indisposé l'empereur.

Paris, 8 juillet.

Le cardinal Caprara énumère les points qu'il a laissés en dehors de sa note.

Déclarer que « reconnaître Tempereur concerne seulement le fait, tandis que de le couronner consacre le droit, » aurait inspiré au nouvel empereur un ressentiment extrême.

Parler de Tenlèvement et de la non-restitution d'une grande partie des États pontificaux serait aller contre l'intention de Tempereur, qui veut que tout ce qu'il donnera au pape soit regardé comme un effet de sa générosité.

Nommer les Bourbons et l'empereur d'Allemagne aurait pu grandement irriter Sa Majesté. Nommer les premiers, c'eût été rappeler indirectement la proposition de fait et de droit, et c'eût été donner du corps aux ombres que de mettre en avant la crainte de déplaire à Tempereur d'Allemagne.

Tous les obstacles apportés à la venue du pape paraissent donc des prétextes mensonger^.

a ... Les esprits sont prévenus très-désavantageusement ici; il n'en est heureusement pas de même de l'empereur dans la plupart des cas; mais il connaît sa grandeur et ^ force. Il convient donc, autant qu'on le pourra sans blesser la conscience, de lui témoigner de là déférence, de ne jamais le heurter de front, et de ne pas presser les choses avec trop de précipitation, car une fois. qu'il sera mal disposé, la mauvaise humeur, fomentée par nos ennemis qui sont nombreux et puissants, lui fera prendre des résolution que rien au monde ensuite ne pourra lui faire abandonner... »

Le cardinal Caprara termine par exprimer la pensée que la présence du pape aplanira toutes les difficultés, et que la lettre

d'invitation sera conçue dans des termes qui justifieront le saint-père aux yeux du public.

Paris, 9 juillet.

... Pour arrêter les intrigues des divers partis, tout le monde sent qu'il faudrait quelque grand événement proportionné à l'agitation des esprits, la guerre continentale ou la descente en Angleterre, ^'empereur et tous les hommes sages qui lui sont attachés comptent, pour arriver au résultat souhaité, sur la venue de Sa Sainteté à Paris, étant assuré de l'immense effet que cela produira sur la nation. Une fois à Paris, le pape verra combien ce voyage était utile»

Paris, 16 juillet.

Pendant la cérémonie de la distribution des croix de la Légion d'honneur dans l'église des Invalides, Sa Majesté a fait prévenir le cardinal Caprara qu'elle désirait qu'il acceptât la grand'croix dont elle était décorée elle-même. En la lui remettant, l'empereur a dit au cardinal : «r Je me flatte que vous voudrez bien l'accepter; et j'ai le plaisir de vous la donner en vous assurant que vous êtes le premier étranger à qui je confère une pareille distinction. »

Paris, 20 juillet.

Le légat pense que le cardinal Fesch demeurera l'intermédiaire direct de la négociation relative au voyage du saintpère à Paris, voyage qui aura uniquement pour but le sacre de l'empereur, parce que le couronnement, considéré comme un objet purement civil, se fera séparément dans l'église des Invalides, d'où l'on passera au Champ de Mars.

Le cardinal Fesch aura communiqué à la cour de Rome la réponse faite par M. de Talleyrand à la note du légat. Malgré

ia mission donnée au cardinal Fesch, l'empereur enverra la lettre d'invitation convenable. Mais celte lettre ne pourra être expédiée qu'après» que le pape aura dit oui, et le cardinal Caprara conseille de se hâter. Le voyage du pape tournera au plus grand avantage du spirituel et du temporel, par suite des entretiens que le saint-père pourra avoir avec Sa Majesté.

« Je n'entre dans aucun détail sur le contenu de la réponse faite à ma note, et je dis seulement que quelques expressions, entre autres la confusion du sacre avec le couronnement, sont échappées par inadvertance de la plume. »

Pour pouvoir conférer fréquemment et sans appareil avec le saint-père. Sa Majesté a décidé qu'il habiterait une partie du palais des Tuileries oii elle habite elle-même.

Rome, l" août.

Le cardinal Consaivi informe le cardinal Caprara que le pape a remarqué dans sa note à M. de Talleyrand une différence capitale d'avec ce qu'il avait été chargé de dire.

Le légat a annoncé que, malgré toutes les difficulté»^ le pape irait à Paris : la lettre du 5 juin ne disait pas cela, et la promesse £dte ainsi pourra fort embarrasser le saint-père ^i en définitive le voyage ne se doit pas faire.

Le soupçon de mauvaise foi manifesté par le gouTeroement français vis-à-vis de la cour de Rome blesse profondément le saint-père, et la supposition qu'il a écrit à Vienne pour savoir s'il devait aller à Paris est démontrée absurde, rien que par le trop court intervalle écoulé entre la demande de l'empereur et la réponse du saînt-pèr(>.

576 PIECES JCSnnCATlVES

NOTE N- 7 et 8.

Quirinal, 30 août.

Cette note da cardinal Gonsalvi soulevant encore une difficulté pour le cas où il y aurait deux couronnements est analysée dans la note du cardinal Fesch datée du ^" septembre.

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