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qu'il développa successivement à Consalvi et à Pie VII dans un langage plein de bon sens, d^esprit et de verve oridnale. « Ses ordres étaienl formels ; il lui fallait donc quitter Rome. Nul doute que son départ ne fournit aux malintentionnés un prétexte de troubles et peut-être de révolution. Là était le danger. Il y avait pourtant un moyen de le conjurer. Il fallait que le cariHnal Consalvi, parlant pour Paris, montât dans la même voiture qui allait le conduire lui-même à Florence. A voir ainsi vovager ensemble le secrétaire d'état de sa sainteté et le ministre de France, les gens des clubs comprendraient que les deux gouvernements n'étaient pas, après tout, si fort brouillés ensemble. L'action personnelle et directe de Consalvi sur le premier consul était chose indispensable, car rien ne répouvantait autant, disait M. Cacault au. cardinal secrétaire d'état," que le caractère de cet homme qui ^ne se laissait jamais persuader. Pour son compte, il avait déjà fait tous les efforts possibles, mais en pure perte. L'aimable et persuasif ami de Pie YII pourrait seul opérer un pareil miracle. La résolution que venait de prendre récemment Tempereur d'Autriche devait d'ailleurs éclairer la cour de Rome. Il n'avait pas hésité à envoyer son premier ministre, le comte de Cobenizel, conférer directement avec le premier
OUVERTURE DES iNÉGOaATIONS AVEC ROME XV
consul. Quant à lui Cacault, il connaissait assez Bonaparte pour répondre que rien ne devait tant chatouiller son orgueil que de montrer aux Parisiens un cardinal et le premier ministre de sa sainteté. « Après tout, ne craignez rien, continuait-il en insistant plus vivement auprès du saint-père ; n^est-ce pas Tbomme qui m'a dit de vous traiter comme si vous commandiez à deux cent mille soldats? Apparemment il s^en voit le double autour de lui, car il ne parle plus, j'en conviens, sur le pied de Tégalité ; mais, s^il se donne cet avantage, une noble confiance vous le rendra. Priyez-von- de Consalvi quelques mois, il vous reviendra plus habile^» Et comme Pie VII hésitait encore : «. Très->ainlpère, reprenait M. Cacault, il faut que Consalvi parte à rinstant, et qu'il porte votre réponse. .11 manœuvrera à Paris avec la puissance que vous lui donnerez d'ici. J'ai cinquante-neuf ans, j'ai vu bien des affaires» depuis les états de Bretagne, qui étaient bien les étals les plus difficiles à gouverner. Croyez-^inoi, quelque chose de plus fort que la froide raison, on în-.lifict me conseille, un de ces insHncts de bêle, si Ion veut, man qui ne trompent jamais. Et puis qoel inconv«^nkot? On vous accuse. Tous paraissez en quelque s^^rte vou<^
t. GorrespondaïKe d« 11. Caeamlt.
même. Qu'esl-ce? qu'a-l-on dit? On veut un concordat religieux; nous venons au-devant, nous l'apportons : le voilà * ï »
Attendri jusqu'à verser des larmes, Pie VII se décida en effet à laisser son secrétaire d'état partir pour Paris. Ce ne fut pas sans trouble que Consaivi quitta Rome. Monté, comme il était convenu, dans la voiture de M. Cacaulf, le ministre du saint-siége prenait plaisir à nommer lui-même M. Cacault aux populations étonnées. <( Tenez, disait-il le plqs souvent aux groupes qui se formaient sur la route autour de^ maisons de poste, tenez, voici M. le ministre de France qui voyage avec moi. » A Florence, il voulut s'arrêter pour voir Murât. Cette redoutable armée d'Italie, aperçue à l'horizon comme un nuage menaçant, empêchait à Rome tous les cardinaux de dormir. Consalvi, reçu avec toute sorte d'affection empressée par le commandant en chef, eut la satisfaction de pouvoir assurer sa cour que le général Murât n'avait pour le moment reçu de Paris aucun ordre. C'était un premier soulagement. Il ne pouvait toutefois songer encore sans une grande émotion à la prochaine entrevue qu'il allait avoir avec celui que, dans ses conver-