‹ L'Église romaine et le premier empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inéditesChapitre 25 sur 111 · Mémoires de Consalvi, 1. 1, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Consalvi, 1. 1, p

du premier consul. Elle était en particulier celle du ministre de la cour de Vienne, puissance catholique dont les dispositions pèsent forcément d'un si grand poids sur les conseils du Vatican. Porté par les traditions de sa cour et par les antécédents de sa carrière diplomatique à régler son attitude sur celle qu'avait prise à Paris le comte de Gobentzel , Caprara allait , malheureusement pour lui , suivre les errements d'un diplomate , qui , sous le rapport du sérieux et de la dignité, laissait beaucoup à désirer. Grand seigneur autrichien , fils et neveu de personnages qui avaient joué un rôle considérable dans les affaires de son pays, le comte de Gobentzel, ce guide naturel des débuts de son collègue de Rome, était encore sous le coup des revers subis en Italie par les armées impériales. Sa principale étude consistait à devancer en toute occasion les membres du corps diplomatique les plus empressés à prodiguer au premier consul les témoignages d'une admiration qui n'avait certainement alors rien de trop affecté.

Parmi ceux qui faisaient assaut pour plaire , le comte de Gobentzel était peut-être celui qui y réussissait le mieux. Dans ce rôle facile, les grands talents ne sont point nécessaires , la volonté suffit ; car les attentions et la bonne grâce des gens d^an-

cienne race , quand ils représentent eux-mêmes les vieilles monarchies de l'Europe , manquent rarement leur effet sur les dépositaires d'un pouvoir récemment acquis. Visiblement sensible à ces recherches délicates et à ces marques de déférence, Napoléon était surtout habile à les tourner au profit de sa politique. II a toujours été d'usage en France de se prévaloir de la prédilection naturelle que les ambassadeurs étrangers éprouvent d'ordinaire pour une résidence à laquelle ils reconnaissent un charme qu'ils passent ensuite toute leur vie à regretter ailleurs. La crainte d'être éloignés de Paris, le désir de s'y rendre agréables aux détenteurs de l'autorité, n'a presque jamais cessé d'exercer une certaine influence avantageuse aux intérêts français sur leur façon de voir, sur leur attitude et sur leur correspondance. Les diplomates les plus aimables et par conséquent les plus recherchés de la société parisienne ont toujours, plus que d'autres , cédé 5 ce désir naturel de préférer à toute autre l'alliance française. Cette inclination, si flatteuse pour nous , a pour eux l'inconvénient de les rendre moins propres à bien renseigner leur cour et de les exposer à se tromper parfois sur les dispositions véritables de ceux dont ils se portent les garants. Pareil danger était

grand avec un Bonaparte. Si mérilés que fussent les éloges dont ils accablaient le premier consul, si justifiées que fussent à leurs yeux, par leur propre faiblesse et par sa prodigieuse puissance, les flatteuses coipplaisances dont ils usaient envers le jeune général qui se préparait à monter sur le trône des. anciens rois de France, peut-être les ministres accrédités à Paris se sont-ils reproché plus tard d'avoir, par leurs adulations excessives, surexcité hors de toute mesure une ambition qui devait devenir si funeste au repos de l'Europe et à leur propre patrie. A coup sûr, et c*est là leur excuse, leur bonne foi était complète. Si l'avenir leur eût été révélé, combien le comte de Cobentzel eût été stupéfait d'apprendre que cette bienveillance assidûment cultivée allait prochainement conduire la maison d'Autriche jusqu'aux terribles désastres d'Austerlitz , et pour le cardinal Caprara quelle surprise de voir la protection de celui qu'il se plaisait à nommer xm nouveau Char-- Icmagne aboutir en si peu d'années, pour le souverain pontife, à la captivité de Savone !

Cet avenir, qu'il est plus facile d'évoquer après coup que de pressentir à l'avance, était alors profondément voilé à presque tous les yeux, particulièrement à ceux du nouveau légat. Le cardinal Caprara

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n'avait pas franchi sans émotion la frontière de ce pays de France où tant de choses s'étaient passées depuis la révolution qui pouvaient sembler étranges à d'autres qu'au paisible envoyé du saint-siége. Mais il avait été vite rassuré par l'attitude des autorités^ civiles et militaires, qui partout avaient reçu du pre* mier consul l'ordre de lui rendre les plus grands honneurs ^. Dans les villes de guerre, le canon annonçait son arrivée et son départ. Une troupe de cavaliers escortait toujours sa voiture. II fut haranguer sur toute la route par les préfets des départements qu'il traversait. A Fontainebleau, il reçut la visite du conseil municipal tout entier; une double escorte de gendarmes et de chasseurs fut commandée pour l'accompagner jusqu'à Paris ; mais aux portes de la capitale ces honneurs cessèrent. Soit qu'il redoutât l'humeur habituellement frondeuse de cette capitale, soit qu'il craignit l'effet qu'une trop cordiale réception de la part de ses habitants aurait pu avoir sur le représentant du saint-père en lui révélant les véritables dispositions des esprits. Napoléon s'arrangea pour que l'entrée de Caprara eût lieu incognito, une heure après la tombée de la nuit. Le légat descendit

1. Lettre de Napoléon au citoyen Chaptal^ 12 fructidor an ix (30 août 1801). Correspondance de Napoléon /«'*, t. VU, p. 242.

rue Saint-Dominique dans un ancien hôtel du faubourg Saint-Germain transformé en auberge, et qu'avait précédemment habitée Consalvi *.

Le premier consul, en envoyant l'abbé Bernierchez .le cardinal Caprara dès le soir même de son arrivée, avait eu l'obligeante attention de lui faire savoir qiie le grand hôtel de Montmorency, déjà loué pour le loger avec toute sa légation, serait dans quelques jours entièrement meublé et prêt à le recevoir. Des voitures et des chevaux étaient également mis à sa disposition. Le surlendemain, le légat à latere voyait le premier consul aux Tuileries, mais en audience particulière, car sa présentation officielle ne pouvait avoir lieu qu'au moment même de la publication du concordat. Dès l'abord, Napoléon affecta de se montrer gracieux envers le cardinal. « Il lui parla dans les termes les plus respectueux, les plus flatteurs et les plus tendres de la personne de Sa Sainteté ^. » -

Les compliments terminés et tous deux assis, de ce ton simple, familier, mais plein d'autorité, qui lui était naturel quand il traitait les affaires, le premier consul,

1. Cet hôtel, qui portait alors l'enseigne di' Auberge de Rome, est celui qui porte actuellement le n°115, et sert d'habitation à la famille de Périgord.

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