‹ L'Église romaine et le premier empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inéditesChapitre 29 sur 111 · Correspondance du cardinal Caprara, 1" novembre · texte numérisé non relu

Correspondance du cardinal Caprara, 1" novembre

KETARD DE LA PCBUC.«>N DC CONœ«D.T 15.

M. Portails, con»0»c presque tous les membres Jes anciennes familles pariemenlaires, éUnt fort attache aux maximes gaUicanes. et cette circonstance le rendait un intermédiaire d'autant plus précieux pour traiter avec la cour de Rome.

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l'abbé B^rnier et M. Porlalis, l'un prêtre, l'autre profondément attaché à la foi catholique, n'osaient prendre contre un maftre impatient la défense du saint-siége, c'était l'ancien agent du directoire qui se chargeait d'expliquer dans ses dépêches comment les plaintes du premier consul contre les lenteurs de la cour de Rome n'étaient pas plus fondées que les reproches qu'il lui adressait sur sa mauvaise foi. M. Cacault, présent sur les lieux, savait mieux que personne combien le saint-père et son secrétaire d'État souhailaient

tous deux sincèrement la publication prochaine du concordat. Les retards mis à l'expédition de la bulle de circonscription tenaient à des circonstances tout à fait indépendantes de leur volonté, et qui les avaient autant affligé^ qu'ils avaient contrarié le premier consul .

D'après la teneur du concordat, il avait été convenu que le pape demanderait leur démission à tous les titulaires des anciens évêchés, tant aux évêques légitimes qu'aux constitutionnels, à ceux qui résidaient en France comme à ceux qui, à diverses époques, s'étaient réfugiés à l'étranger. En cas de refus, le saintpère devait passer outre et considérer les récalcitrants comme démissionnaires. Il avait écrit, comme il s'y était engagé, à tous les anciens évêques* Les

lettres adressées aux évéquesqaî habitaient la France,

celles qui étaient destinées aux évèques réfugiés en

Angleterre, étaient, en passant par Paris, arrivées

assez vite à destination. Hais il y avait quelques

évèques français en Espagne, d*autres disséminés sur

tout le territoire de l'Allemagne; leur domicile n'était

pas même connu de la chancellerie romaine. Ceux-là

n'avaient pas encore reçu la lettre par laquelle la

démission leur avait été demandée, ou, s'ils l'avaient

reçue , n'avaient pas encore eu le temps d'envoyer

leur réponse à Rome.

Il aurait beaucoup coûté au saint-père, et personne

n'était fondé à lui demander de déposer violemment

de vieux et dignes évèques à qui le temps seul avait

peut-être manqué pour lui donner d'eux-mêmes la

* marque la plus touchante de leur filiale obéissance.

11 y a plus : les changements successifs que le premier consul avait fait introduire dans la bulle de circonscription des diocèses avaient nécessité de nouvelles délibérations de la part du sacré-coUége. Il était donc lui-même une des causes de ce retard qui avait si fort excité sa mauvaise humeur. On avait fait à Rome tout ce qui était possible pour entrer dans ses vues. Hormis sur cette question délicate de la nomination

des évèques constitutionnels, à laquelle répugnait si

i62 L'ÉGLISE ROUÂINE ET LE PREMIRR EMPIRE

vivement la conscience du pape, la chancellerie romaine, loin de susciter des difficultés, s^éiait prêtée d'elle-même et par avance à tous les désirs du premier consul. Pour preuve de sa bonne volonté, elle consentait aujourd'hui , — ce qu'elle avait refusé d'abord, — à donner au cardinal légat le bref nécessaire pour qu'il pût, au nom de Sa Sainteté, donner l'institution canonique aux nouveaux titulaires ^.

En transmettant à M. Portalis les communications du secrétaire d'État de Sa Sainteté, M. Gacault les accompagnait de réQexions que le directeur des affaires ecclésiastiques, s'il en avait eu le courage, eût été plus qu'un autre en état de soumettre au premier consul, et qui, présentées en temps utile, auraient peut-être arrêté les éclats de sa colère feinte ou réelle, mais qui en tout cas se trouvait être aussi injuste qu'inutile. «... Je dois à la justice et à la vérité, disait M. Gacault, de vous certifier que le saint-père et le secrétaire d'État agissent de la meilleure foi et avec le plus sincère désir de contenter le premier consul ; ils ont le même intérêt que nous à Taccomplissement de la pacification et de la réconciliation. Le pape a déclaré constamment au sacré collège qu'il était

1. Le cardinal Consalvi au citoyen ministre Gacault, 30 novembre

RETARD DE LA PCRUCITIO^ DC OO.\C0fvD\T 1*3

résolu d^accorder au gouTemement français tout ce qu'il demanderait, pounru que la demande ne bles^^^t ni les principes ni le dogme ; mais le saint-père a été nourri et élevé dans on cloitre, et s*es4 uniquement appliqué toute sa rie à Tétude de la thcolozie en ecclésiastique dont la foi est sincère et la vie Ujute chrétienne. Il desc^idrait du trône pontifical p*jur aller au martyre plutôt que de ratifier une doctrine erronée auT yeux de TÉglise *• b

« Le pape me parait croire, continuait M. Cacault, quMl vaudrait mieux que le premier consul, dans ses premières nominations, ne cboi^it aucun des anciens évéques ni aucun des constitutionnels plut^jt qued*en placer de Ton et de Fautre parti. On pense à Rome que ce qui a été fait en France par rapjKirt aux préfets ne peut pas directement s'appliquer aux évéques. Le premier consul a réuni tous les partis et choi«î dans toutes les opinions; il a placé à la tête des départements beaucoup de personnes qui n'avaient pas marqué dans la révolution aux mêmes époques, et qui peut-être s'étoient réciproquement persécuténs. On soutient ici que la même chose ne pourrait réussir à l'égard des évéques, parce qu en matière de religion

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