‹ L'Église romaine et le premier empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inéditesChapitre 32 sur 111 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

liuiractioiis emportées par le cardiDal Giprart. — Il est particulièrement chargé d'insister pour qu'il n*y ait pas de constitntionnels parmi les nouveaux évéques, et pour qu'on rende les Légations au saint-siége.— Dispositions du premier consul sur ces deux points. — Il est résolu à ne point donner satisfaction an légat , mais à le bercer diespérances. — Facilité du légat à se laisser tromper par le premier consul. — Tentative faite pour le faire se rencontrer à Notre-Dame avec les constitutionnels. — Refus péremptoire du cardinal Gaprara. — Nomination de dix évëques constitutionnels. — ^Désespoir de Gaprara. — Il refuse de les installer canoniquement s'ils ne rétractent pas leurs erreurs. — Les évèques s*y refusent par invitation du premier consul. — Menace d*une mptnre. — Démarches de M. l'abbé Bemier, de M. de Pancemont, de M. Portails auprès du légat.— Transaction.— L'évèque d'Orléans et l'évèque de Vannes apurent par écrit avoir reçu l'abjuration des évéques constitutionnels. —Ils sont démentis par les constitutionnels. — Argent donné sur les fonds secrets à l'abbé Bemier et à M. de Pancemont.

Les instructions que le cardinal Gaprara avait emportées de Rome roulaient sur deux points principaux* Le premier, dont nous avons déjà dit un mot, regardait exclusivement la religion et touchait à la conscience même de Sa Sainteté par ses fibres les plus délicates : c'était la nomination des évoques constitu-^ tionnelSi Le pape ne prétendait pas avoir le droit

d'empêcher le premier consul d'en nommer aucun. Il soutenait seulement que de pareils choix, extrêmement fâcheux en eux-mêmes, loin d'être un gage de paix, sèmeraient le trouble et la discorde parmi le clergé français. Son représentant était donc chargé d'insister avec la plus vive sollicitude auprès du premier consul pour qu'il s'abstînt de choisir des sujets dont la nomination serait un grand scandale pour l'Église et causerait au saint-père une indicible douleur. Si l'on devait passer outre, le légat avait mission expresse de déclarer que le pape se montrerait très- , scrupuleux dans l'examen canonique des sujets proposés, et qu'aucun d'eux ne pourrait être institué avant d'avoir publiquement confessé ses erreurs et accepté les jugements de l'Église catholique sur la constitution civile du clergé.

Le second point était d'une autre nature et d'un intérêt purement temporel. Il avait trait à la restitution des domaines enlevés au saint-siége par les derniers événements de la guerre. Ainsi que nous l'avons dit au commencement de cette étude, Consalvi, lors des négociations du concordat, avait intentionnellement laissé de côté la question des réclamations territoriales de la cour de Rome. Ce n'est pas qu'elles ne fussent à ses yeux et à ceux du saint-père d'une très-

RETARD DE LA PUBLICATrON DU CONCORDAT 161)

grave importance ; mais^ par prudence et par crainte des interprétations malveillantes, tous deux avaient été d'avis de ne pas les mêler aux affaires purement religieuses qu'allait régler le concordat. Le concordat une fois signé, les raisons de s'abstenir ne subsistaient plus. Rien n'avait donc été négligé pour stimuler à cet égard le zèle du cardinal Caprara au moment de son départ de Rome, et lui-même comprenait bien qu'il ne pouvait donner une preuve plus marquante de son habileté et de son crédit qu'en obtenant de la générosité du gouvernement français une si précieuse restitution.

Les intentions du premier consul à l'égard de ces deux objets des vœux ardents de la cour de Rome étaient d'avance parfaitement arrêtées. Il était décidé à ne tenir. nul compte des objections du saint-père contre la nomination des constitutionnels. Il trouvait excessive et mal calculée cette sévérité envers des ecclésiastiques qui peut-être s'étaient trompés en matière de doctrine, mais qui du moins étaient restés courageusement à leur poste, tandis que la plupart de leurs collègues avaient fui le péril à l'étranger. Les dissidences entre les anciens évêques et ceux que, dans le langage du temps, on nommait les intrus lui paraissaient de pures querelles de sacristie, dans

lesquelles un gouvernemerrt sensé ne devait pas . entrer. D'ailleurs il se croyait de force à mettre la paix là comme ailleurs. 11 nommerait donc des constitutionnels en petit nombre, choisis parmi les plus modérés et les plus inffuents. Il serait même tout à fait imprudent à lui d'agir autrement, car, après tout, les évêques qui s'intitulaient légitimes avaient été et restaient certainement au fond du cœur les partisans de l'ancienne dynastie. Les constitutionnels seuls avaient toujours été pour la révolution ; c'étaient des gens sur lesquels il pouvait compter et qui seraient entièrement à lui *.

1. Nous n'inventons rien, nous ne faisons que résumer ici ce qui résulte clairement de la correspondance de Napoléon I*'. En effet , tandis que, dans ses conversations avec le cardinal Gaprara et sans doute pour entretenir les illusions du légat ^ il témoignait de sa prédilection pour les ecclésiastiques restés en communion avec le saintsiège , le premier consul manifestait dans ses lettres aux préfets des départements des dispositions tout opposées. Traçant^ à peu près à cette époque , à son oncle le cardinal Fesch la manière dont il devait pratiquer ses devoirs ôpiscopaux à Lyon, il ne regardait pas à lui écrii^ : « Vous devei agir avec dextérité, mais réellement placer le plus de constitutionnels possible et bien vous assurer ce parti. Vous ne devei point vous dissimuler que cette question de constitution^ nels et de nonnsonstitutiounels/qui est parmi le grand nombre des prêtres une question religieuse, n'est pour les chefs qu'une question jK^Utique... Enfin vous me déplairiei infiniment et feriez grand mal à rÈtat si tous cboquiex les constiUiUonnels. » Voir aussi les

Au sujet des réclamations territoriales que lui adressait le saînt-siëge, ses desseins n*élaient pas moins précis. Il élail disposé, s'il avait à se louer de la complaisance du pape, à lui donner une sorte de satisfaelioD partielle par la rétroce>sion de quelques portions de ses anciens domaines ; déjà il lui en avait fait parvenir Tassurance. Quanl aux trois b'sations, c'est-à-dire aux provinces les plus con>iilérables et les plus riches de Tapanage du saint-siéze, ell».-* étaient, dans sa pensée, destinées à doter la nou\»rlle république italienne. A aucun prix, il b*eiit^fi«Ir'ii( sVn dessaisir ; mais, si fn-u *V\^[j^ qu'il fût à ré jli*^r l^rs désirs do saint-p^rre. il lui contenait encore moins d»? le décourager cocr; l-rt-m-at.

Dans une leftre é«:rr^ l-.»il enti-re •!♦• ra uiain ^i'i plus fort des •Ii:Vy:-,/-r-î 'h*n/- ^ ï -"^ T'* ^'^'^^ \^M'*i.^^ de raconter. Pie \A iV^î ^i:-^rr^ 3i f r-rrrii-r C'^:.-.J BTec une ab^*»-!** o'."*^'.-:* ri '-r-* l.:\. hi^'è os^'^rturede cctar. Il I *: i-n,'. -^x'*:^ ^'«-rc •l-!'^..,i it^tA^ détresse où la c..- ;r ir: Kc;-^ •^ciit r-nl - k -Ui ..*. U-^ derniers chanj-^rr.-L'* t.r^-rr. .- -^fi I/i] T, « T.:' ,r.*noas craindre. V«^,r:.i/. -i. ■.**: .*r:v.'^'/, U ^^î.r,?-

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j)ère, que vous ne vouliez nous traiter moins bien que les autres princes auxquels vous accordez des indemnités? Devons-nous craindre que le résultat de cetle guerre, qui n'aura pas fait perdre, une palme de terrain à la majesté ^u roi de Naples, notre voisin, sera tellement désastreux pour le sainl-siége qu'il aura à perdre la moitié de ses États et ses domaines les plus riches?.... Nous vous prions de penser à l'absolue impossibilité de subsister où se trouve la souveraineté de notre principal temporel, oppressée comme elle l'est par des charges immenses^ privée presque entièrement des subsides avec Tesquels l'étranger contribuait autrefois au maintien et à l'honneur du chef de la religion.... Les subventions à donner à soixantedix cardinaux, aux nonces accrédités à l'étranger, aux nombreux prélats qui sont nécessaires à l'expédition des affaires ecclésiastiques, nous mettent dans la plus

grande pénurie C'est pourquoi nous implorons de

votre cœur magnanime, sage et juste la restitution de trois Légations et une compensation pour la perte d'Avignon et de Carpentras, et nous ne doutons pas, suivant les flatteuses expressions dont vous avez frappé nos oreilles, que vous rivaliserez dans la gloire de bienfaiteur du saint-siége avec les anciens chefs [reggilori) de la France, auxquels, comme nous nous

faisons un devoir de le rappeler, nous devons tant de reconnaissance ^. »

M. Cacault,' conseiller très-écouté du saint-père dans ses communications personnelles avec le premier consul, n'avait trouvé à redire qu'au passage relatif au roi de Naples. II avait traité de petite jalousie de voisin Tallusion faite à la situation comparativement meilleure du royaume des Deux-Siciles. Peut-être aurait-il bien fait d»engager le saint-père à ne parler ni d'Avignon ni de Carpentras, qui avaient jadis été réunis à la France par un décret de l'Assemblée constituante. Quoi qu'il en soit, le ton modeste et presque humble de cette missive, Tappel intime et confidentiel que le vénérable pontife, dépouillé du patrimoine de ses prédécesseurs, lui adressait avec tant de candeur, n'étaient pas de nature à déplaire à l'orgueil du futur dominateur de l'Europe. Ne voulant cependant ni rien accorder ni rien refuser absolument, le premier consul prit le parti de laisser la porte ouverte à toutes les espérances et de dissimuler ses véritables intentions jusqu'au jour où il deviendrait nécessaire de les déclarer et de les imposer à la fois par quelque coup d'autorité.

i. Lettres de Pie VII au premier consul, 24 octobr I80l.

Telle fut la tâche qu'il s'imposa et qu'il poursuivit avec une invariable habileté jusqu'à la veille de la publication du concordat. On voit par les dépêches de Consalvi que le perspicace secrétaire d'État, quoique résolu à n'en rien témoigner, avait deviné de loin ce jeu du premier consul ; Pie VII lui-même, si peu porté à la méfiance, n'était pas sans ombrage. Le légat seul, placé sur les lieux, mais en butte aux fascinations qu'exerçaient sur ki les façons tour à tour pleines d'autorité ou de bonne grâce de l'homme prodigieusement habile avec lequel il avait à traiter, se laissait aller à d'étranges illusions.

Depuis que la colère dont il avait essuyé à la Malmaison les premiers et rudes assauts avait derechef fait place, de la part de Napoléon, à de meilleurs procédés envers le saint-siége et à des attentions particulièrement aimables pour sa personne, Caprara avait repris peu à peu sa confiance despremiers jours. Elle semblait motivée par quelques-uns des actes récents du premier consul. C'est ainsi qu'il avait der-r nièrement fait rapporter à Rome (10 janvier 1802) le corps de Pie VI, mort à Valence en 1799 après deux années de captivité. L'île de Malte devant, d'après les préliminaires de paix récemment signés à Londres, faire retour à l'ordre des anciens chevaliers, il était

entré en pourparlers ayec le pape afin de choisir d'un commun accord un nouveau grand maître. Ces marques de ]a bonne volonté 4u gouvernement français avaient été fort sensibles au légat. Depuis le départ pour Rome de M^' Spina et du père Caselli, envers lesquels Napoléon n'avait jamais été bien disposé, parce qu'il les croyait contraires à ses desseins, Capraro était resté seul à s'occuper des affaires de la légation. Il inclinait de plus en plus à se montrer complaisant envers le premier consul, qui, dès cette époque, lui destinait le siège archiépiscopal de Milan, riche apanage dont il allait avoir à disposer bientôt comme protecteur de la nouvelle république italienne.

Les dépèches du cardinal légat nous le montrent, à ce moment de notre récit, visiblement embarrassé. D'un côté les instructions réitérées qu'il reçoit de sa cour, tant au sujet des constitutionnels qu'à propos des Légations, l'engagent à pousser vivement le gouvernement français ; de l'autre il est retenu par la crainte trop fondée de mécontenter le premier consul, s'il ose l'entretenir trop souvent et surtout lui adresser par écrit des notes officielles sur des questions aussi délicates *. Il remet donc de jour en jour et prend

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