Correspoudance da cardinal Gaprara^ 4 avril
Peu d'instants après, l'abbé Dernier faisait savoir au légat que le premier consul, ne voulant pas que la cérémonie se fit avec un nombre d'ecclésiastiques trop restreint, avait décidé de la remettre Jusqu'au moment de la ratification de la paix.
À la fin de cette journée, la plus orageuse, dit le malheureux légat, qu'il eût encore passée depuis son séjour en France, le cardinal Caprara était encore en mesure de mander à sa cour que, sur les trente-deux évêques désignés pour les nouveaux sièges épiscopaux, il n'y en avait, à sa connaissance, aucun de pris parmi les constitutionnels. N'y en aurait-il point parmi les vingt-huit qui restaient à choisir ? H n'en savait encore rien, mais il commençait à l'appréhender beaucoup. S'il avait mieux pénétré le caractère de celui à qui il avait affaire, le ministre du saint-siége j»u vait dès lors tenir pour assuré que ces choix étaient décidés. C'était pour se mettre en règle vis-à-vis du saint-siége que le premier consul, aussi prudent que tenace en ses desseins, avait voulu faire signer au légat la pièce dont il avait muni d'avance l'abbé Bernier. A défaut de sa présence à la cérémonie de Notre-Dame qui aurait définitivement compromis le cardinal Caprara avec le parti des constitutionnels, le premier consul avait du moins en ses mains Pattes-
tation officielle que la cour de Rome ne niait pas leur aptitude à être pourvus de la dignité épiscopale. Il n'attendait pas autre chose pour déclarer les nominations dont le cardinal-légat allait, bien à tort, se montrer si surpris.
Trois jours après, Caprara en apprenait la nouvelle de la bouche même du premier consul dans une au* dience quMl avait sollicitée pour le Téliciter de la publication de la paix. Aux premiers mots prononcés, le cardinal, à moitié interdit, rappela à son interlocuteur les espérances qu'il lui avait tant de fois données, et les efforts tentés directement par le saintpère pour éviter un si grand scandale, et la douleur que de pareils choix lui causeraient. Enfin il laissa voir, dit-il, toute Tangoisse que cette détermination inattendue lui causait. Le premier consul y coupa court. c( Il est tout à fait inutile, dit-il, de parler de cela à Tavenir ; mon parti est pris, ma résolution bien arrêtée: ou ceci ou rien. Il y aura dix constitutionnels, dont deux seront archevêques, les huit autres, évéques ^ » Caprara demeura atterré. II tenta un dernier effort pour faire entrevoir au premier consul les conséquences funestes, selon lui, de sa résolution;