Dépèche du cardinal Caprara au cardinal Consalvi, 10 mai
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énuméra ses titres à la bienveillance personnelle de Pie YII, el cita en finissant l'exemple de Pépin sacré par le pape Zacharie.
Il n'y avait d'absolument inattendu pour le cardinal, dans cette confidence, que la solennité de l'accent de son interlocuteur. Souvent le légat avait entretenu le Vatican des services rendus par le premier consul à la religion. Des premiers et plus que personne, il avait donné cours aux souvenirs tirés de la race des Carlovingiens, et dans sa précédente dépêche, la veille même, il venait justement, comme par une sorte de divination, d'entretenir le secrétaire d'État de Sa Sainteté (( de ce premier roi d'une race nouvelle que la nation française avait substitué à son roi légitime Ghildéric, et que le pape était venu sacrer lui-même ^ »
Dans la façon dont l'ouverture lui était faite, le cardinal discerna d'abord ce que de toute évidence le premier consul avait voulu surtout y mettre, à savoir : le clair avertissement qu'il ne se tiendrait point pour satisfait de toute réponse qui ne serait pas une acceptation pure et simple. Déjà le représentant du saintsiége, depuis qu'il était question de monarchie héréditaire, n'était plus préoccupé que d'une chose :
i. Dépêche du cardinal Gapraia an cardinal Consalvi, 9 mai 1804.
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«ximii! (ijBBin: b» iiturvfîljes ledres de créance, afin i*^\rt jmrmt a» ( nlitcnei da corps diplomatique le prenuer a Séiii^Uia^ k Boord enper^ir. Gela lui paraiMÛl d'une importance c^tale. Qa^on juge par là de rcfDOtîM arec laqiidle il transmit au saint-père la ilemaode de Napoléon.
tt Le monarque qu*il s'agit de couronner, écril-il non ians quelque trouble à sa cour, en commentant avec une parfaite exactitude mieux que les paroles, o'o»t-4-diro Tattilude même et le ton de son tout-puis- M\iU iutoi locuteur, le monarque qu'il s'agit de coqi\>nnor trouverait très-mauvais et regarderait comme Hn<^ ù\jur^ qM Sa Sainteté élevât des diflicoltés, \'K.MvKAt 4 H^VMTi^ïer ou se refnsit à son désir. U wtg^W^m^tA ^«^ cwcmxeriil serait d*aiitaBt plK fort <f.\^i^ >^ <*:^ îî.' i^ ckrf ^ rÉdi« k sMi-père
On n'accepterait aucune excuse pour valable, fût-elle même confirmée par le cardinal Fesch. On ne les regarderait que comme des prétextes... Je me bornerai donc à supplier Votre Éminence de ne présenter dans la réponse aucune idée, même la plus éloignée, d*une difficulté quelconque, soit d'âge, soit de santé ou toute autre chose semblable ^ »
Pour agir personnellement sur le cardinal secrétaire d'État, dont il appréhendait quelque peu la résistance, le légat, soit de lui-même, soit de connivence avec le gouvernement français, lui adressa en même temps une lettre particulière très-flatteuse, pressante surtout, où perçait même une pointe de menace. Il était absolument nécessaire, lui écrivait-il, qu'il accompagnât le saint-père à Paris ; toutes les personnes influentes attachaient le plus grand prix à ce voyage. Un refus serait attribué non pas au pape, mais à lui seul *•
L'adhésion à la demande du futur empereur ne parut point à Borne aussi simple que le légat se l'était imaginé, oo peut-être avait fait semblant de s'en flatter. Le premier mouvement avait été celoi d'une
1. Le cardinal Caprara an cardinal ConsalTi , 10 mai 1804. S. LeUre paiticaUéte du cardinal Caprara au cardinal ConsalTi, IS mai 1M4.
visible répugnance, mêlée de quelque surprise et de
beaucoup d'épouvante. A Rome, on n'était point tout h fait de Tavis du représentant du saint-siége, qui, le 6 mai, lorsque la terre était encore toute fraîche sur la tombe du fusillé de Vincennes, parlant pour la première fois de la prochaine élévation de Napoléon à Tempire, mandait ingénument à Consalvi : u Ce quMl y a de vraiment singulier dans le grand événement qui se prépare, c'est le calme parfait avec lequel cette affaire marche à son accomplissements »
Combien différente, quoi qu'en dise le cardinal, était rimpression ressentie à Paris, en France et dans l'Europe entière, à la suite de l'horrible catastrophe qui avait mis fin à la vie du dernier descendant des Condé I « L'effet en fut tel sur les cabinets étrangers, dit avec raison M. Thiers, qu'on ne s'écarte point de la vérité rigoureuse en assurant que cette catastrophe devint la cause principale d*une troisième guerre générale, tt II est triste de constater cependant que si les cours de Saint-Pétersbourg et de Berlin s'en émurent et ne cachèrent point leur douleur et leur désapprobation, le silence, aa contraire, un silence prudent et absolu, s'était fait préciséoient da côté d'où le
l« Lft eaMiiol C&jpinuni m ortiial ConsiLlTi, < noî 1St4.
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sentiment public s'attendait à voir surgir les plus vives protestations. La branche des Bourbons qui régnaient à Madrid, non contente de se taire, redoubla d'attentions envers le meurtrier du duc d'Enghien. A Vienne, le chef de l'empire germanique, dont le territoire avait été violé pour arrètçr le malheureux prince , prit la peine d'assurer lui-même à M. de Champagny a qu'il comprenait les dures nécessités de la politique. »
Nous aurions ^imé à trouver trace quelque part soil d'indignation, soit de pitié dans les documents émanés de Rome. Par malheur, au Vatican on préféra ne rien dire, ofticiellement du moins. Dans la correspondance du cardinal Caprara, dans les dépêches de la chancellerie pontificale, dans les mémoires du cardinal Consalvi, le nom du duc d'Enghien n'est pas prononcé. Pas une ligne, pas un mot qui de près ou de loin indique ce qu'a pensé la cour de Rome d'un crime présent à tous les esprits, et que la demande qui lui était maintenant adressée avec tant d'insistance avait justement pou%but de faire oublier et même, si cela eût été possible, de justifier*.
J . A la page 387 des mémoires de Consalvi , on trouve une note assez vague de l'éditeur, qui, sans en indiquer la provenance et la nature, cite ,un écrit où le cardinal prête au saiut-père les sentiments que nous lui supposons nous- môme. «Quand le cardinal
Cependant, si grande et, selon nous, si fftcheuse que fût la discrétion du Vatican, elle nMmpliquait point rindifiërence. Nous ne croyons pas nous tromper en imputant à Tindignàlion, trop renfermée mais réelle, de la cour de Rome, la tranquille froideur avec laquelle elle reçut les dépêches par lesquelles son représentant à Paris lui annonçait l'élévation de Napoléon à l'empire. « Le pape attendra pour féliciter Tempereur que toutes les formalités de l'heureux changement de la république en monarchie aient été remplies, et que Ton connaisse le résultat des votes que le premier consul, dans sa sagesse et sa modération, a voulu obtenir avant d'accepter la couronne ^ » Voilà qui ne concordait guère avec Tardeur empressée du cardinal Gaprara.
Quant à la venue du saint-père à Paris, « le pape
Fesch vint , de la part du cbef de la France^ annoncer an pape l'assassinat de cette grande et innocente victime , le saint-père pleura beaucoup^ et dit que ses larmes coulaient autant sur la mort de Toq que sur l'attentat de Vautre. DsÉs sa pensée, Pie VH déplorait amèrement cette mort, mais il déplorait encore plus amèrement peut-être que Bonaparte s'en lût rendu coupable. Les explications embrouillées que le cardinal Fesch était chargé de lui présenter ne le convainquirent point, et lorsqu'on mit en question le couronnement de Bonaparte et le voyage à Paris, la mort du duc d'Engbien fut une des causes secrètes qui firent si longtemps hésiter le saint-père. » 1. Le cardinal Consalvi au cardinal Caprara, 23 mai 1804.
est fortement frappé, écrit Consaivi, de la gravité de la demande qui lui est adressée... Il n*y a pas en dixhuit siècles exemple d'un aussi long voyage entrepris pour un motif humain. Il y faut absolument un motif religieux très-sérieux pour justifier Tabandon de sa résidence et la stagnation des importantes affaires ecclésiastiques de presque toutes les parties de TÉurope qui se traitent en ce moment à Rome... Il est indispensable de trouver le moyen de colorer ce voyage aux yeux du public et auprès des cdurs étrangères ^ » Cet accueil peu gracieux, ces ater«^ moiements mal dissimulés désespéraient le légat, qui écrivait presque chaque jour pour implorer, outre le prompt envoi de ses lettres de créance , un bref de courtoisie pour Timpératrice Joséphine et la co-^ pie du cérémonial suivi lors du voyage de Pie VI à Vienne. » Ce cérémonial lui est tout à fait indispensable, ajoute«-t-il, pour répondre aux questions qui lui sont adressées sur ce qu'il y aura à faire pendant le séjour de Pie VII *. Car supposer qu'eii définitive le saint-père pourrait bien ne pas Venir à Paris , c'est pour lui une hypothèse si effrayante^