Le cardinal Consalvi au cardinal Caprara, 6 juin
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Sur cette question du serment, le cardinal Consalvî s'exprime très-catégoriquement. « Notre réponse affirmative allait partir, écrit-il au légat, quand est survenue cette formule du serment qui a soulevé toute la difficulté. On ne peut admettre le serment de respecter et de faire respecter les lois du concordat ^ ce qui n'est autre chose que de dire que l'on observera et fera observer les arlicles organiques. Respecter et faire respecter la liberté des cultes suppose l'engagement, non de tolérer et de permettre, mais de soutenir et de protéger, et s'étend non-seulement aux personnes, mais à la chose, c'est-à-dire à tous les cultes. Or un catholique ne peut protéger l'erreur des f»ux cultes *. )) « Votre Éminence, s'empresse d'ajouter le secrétaire d'État dans une lettre particulière adressée le lendemain au cardinal Caprara , insistera surtout sur ce que cette difficulté est toute spirituelle et qu'elle a surgi alors qu'on avait sautéi par -dessus toutes les autres... Le défaut seul de temps m'empêche d'exposer quelques-unes des raisons pour lesquelles Sa Sainteté, tenant pour coupable le serment à prêter par l'empereur des Français, croit ne
1. Le cardinal Consalvi au cardinal Capraraj dépêche chiffrée du 6 juin 1804.
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pouvoir condescendre à couronner ce monarque ^. » Il est plus facile d'imaginer que de dépeindre ta consternation du malheureux légat lorsqu'il reçut de Rome une réponse si différente de celle qu'il en attendait. Son embarras était d'autant plus grand qu'il avait laissé concevoir autour de lui, dans le monde officiel, qu'il fréquentait à peu près exclusivement, toutes les espérances dont il s'était bercé lui-même. c< Ce même jour (20 juin 1804), j'ai passé la soirée à Saint-Cloud dans l'appartement de sa majesté l'impératrice qui, longtemps après mon arrivée et après les compliments obligés, daigna s'approcher de moi et me dit de la façon la plus gracieuse : Eh bien ! nous aurons le saint-père à Paris pour sacrer l'empereur mon mari. A cette assertion , fondée naturellement sur la connaissance de la dépêche du cardinal Fescb, je ne saurais dire si je pâlis ou si je rougis. A la vue de mon embarras, l'impératrice reprit : Nous savons que les choses sont arrangées... Du reste voire discrétion mérite l'estime, et je ne puis désapprouver votre silence*. »
Joséphine avait peut-être parlé par étourderie ou
1. Le cardinal Consalvi au cardinal Gaprara, note n° 2 jointe à la dépêche da 6 juin 1804.
%, Le cardinal Gaprara au cardinal Consalvi, 23 juin i8Q4.
par une sincère ignorance du véritable état des choses. Il est naturel de penser qu'il entrait un peu plus de calcul dans les paroles de M. de Talleyrand, lorsque, le même soir, voyant venir à lui le représentant du saint-siége, il s'écria tout haut : « Ah! les choses sont enfin arrangées; le pape viendra couronner l'empereur. » Ce fut avec une grande timidité, à demimot, comme avec l'impératrice, que le cardinal se mit à expliquer qu'il y avait plusieurs points à concilier avant de pouvoir rien ajffirmer positivement ; mais le ministre, l'interrompant, se mit à parler d'autre chose. Ce qui trouble davantage encore le légat, c'est qu'il n'a pu, ni ce jour-là ni les suivants, aborder l'empereur. Napoléon témoigne manifestement qu'il ne se soucie point de parler d'affaires avec lui. Cette dernière circonstance jette le cardinal dans les plus pénibles perplexités. Il en est comme hors de lui; il ne se tient plus, et puisque tous ses collègues du sacré collège ont été consultés, il veut, lui aussi, non pas seulement dire ce qu'il sait, ce qu'il entend de ses propres oreilles et ce qu'il voit de ses propres yeux, mais exprimer son opinion et donner aussi son avis. « Est-il humainement possible, écrit-il avec douleur à sa cour, est-il possible de penser encore à un refus, quand Leurs Majestés impériales ont considéré
la venue de Sa Sainteté comme certaine, et que cette conviction a été partagée par le ministère, par le public et propagée par les journaux? » L'idée du couronnement à faire à Paris par les mains du pape est une idée qui appartient uniquement à Tempereur lui-même. A s'en rapporter au pieux légat, ce ne serait pas l'ambition qui la lui aurait inspirée; loin de là. (( C'est un sentiment de reconnaissance envers la majorité de la nation, il osera même dire de gratitude particulière à l'égard des ecclésiastiques français, lesquels ont manifesté la joie la plus vive de ce qu'il a échappé à l'attentat dirigé contre sa personne et de ce qu'il a été élevé au rang impérial. » Il fait ressortir comme une raison déterminante combien les proiestants et les philosophes verront avec désagrément une cérémonie qu'ils traitent d'arriérée et d'illégale. Quant à la formule qui a excité les scrupules de Sa Saintelé, il paraît ne pas y attacher autrement d'importance; ce sont des expressions consacrées en France, et qui ne signifient pas ce que l'on suppose à Rome*. »
Bien autre restait toujours l'impression du cardinal Consalvi. La formule du serment ne lui parut nulle-