‹ L'Église romaine et le premier empire 1800-1814; avec notes, correspondances diplomatiques et pièces justificatives entièrement inéditesChapitre 84 sur 111 · Le cardinal Caprara au cardinal Goosalvi, 29 juin · texte numérisé non relu

Le cardinal Caprara au cardinal Goosalvi, 29 juin

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voulut jamais entendre parler de mettre en avant une pareille prétention. Dans cette négociation comme dans celle qui précéda le concordat, il tint à honneur de ne vouloir rien mêler de temporel {nullo di teniporale)h ce qui regardait exclusivement la religion. Les rôles étaient complètement intervertis. Le cardinal Fesch, animé d'ailleurs des meilleures intenlions envers le saint-siége, mais tout à fait déconcerte par le sang*froid et la douceur de ceux auxquels il avait affaire, brouillait tout, envenimait tout, et se laissait aller parfois aux plus étranges emportements ^

Le cardinal Consalvi a parfaitement raison quand il constate dans ses mémoires que le sainl-siége maintint jusqu'au bout avec la plus grande fermeté comme avec la plus patiente douceur toutes les conditions que, dès le début, il avait mises à Toctroi de la faveur que le nouvel empereur sollicitait de sa complaisance. Il n'est pas moins dans le vrai quand il affirme que de ces conditions aucune ne fut plus tard sincèrement

1. M. Arlaul raconte qu*à la suile d'une des entrevues les plas orageuses qu'il ait eues avec le cardinal secrétaire d'État pendant cette longue et difficile négociation^ le cardinal Fesch avait teUement perdu la tète , qu'à sou decano di portera, qui lui demandait où il fallait conduire Son Éminence , il répondit tout en colère, devant la foule étonnée : Casa del diavolof ( M. Artaud, Vie de Pie VIF, 1. 1",

remplie; mais où il se trompe, c'est quand il donne à entendre qu'à force de persévérance il avait réduit le gouvernement français à prendre à son égard des engagements positifs et formels.

Pour nous, qui avons sous les yeux toutes les communications échangées par écrit à cette époque, il est trop clair qu'il n'en fut rien*. Nous doutons même qu'avec tout son esprit le ministre du saint-siége ait jamais pu entretenir sur ce point la moindre illusion. Le pape seul nous semble avoir compté un peu plus que de raison sur l'exécution des promesses qui lui furent prodiguées, lorsque de guerre lasse il finit par céder aux vives instances du cardinal Fesch, aux notes répétées de M. de Talleyrand, aux désirs exprimés dans les lettres de plus en plus flatteuses de Napoléon. Du côté de la cour de Rome, les négociations qui précédèrent la résolution définitive du pape furent toujours conduites non pas seulement avec bonne foi, mais, en ce qui regardait Consalvi, avec une sage modération, et, de la part de Pie VII, avec une candide ingénuité. Quant au cardinal Fesch, s'il se montra d'un bout à l'autre exigeant, emporté, trop

1. Voir aux pièces justificatives le texte ou l'analyse des principales pi^ces de cette négociation.

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prompt à sortir des bornes d'une juste mesure afin de brusquer la réussite de la mission à laquelle il attachait la plus grande importance ; sMl recourut même à des menaces assez peu déguisées, jamais du moins il n'employa la tromperie ni la ruse. Il entendait tenir pour son propre compte, il espérait bien qu'on tiendrait à Paris les engagements qu'il était autorisé à contracter avec le pape. Ses dépêches démontrent qu'il agissait avec sincérité. II ne craignait pas de faire connaître tout au long à l'empereur les obstacles sérieux qui rendaient difficile d'obtenir tout de suite à Rome, malgré la bonne volonté du pape et de son secrétaire d'État , la réalisation de ses vœux. Il s'en expliquait avec franchise dans les lettres qu'il adressait à Paris. Il était d'avis qu'à Rome même on devait éviter d'user de faux ménagements à l'égard de son neveu. C'est ainsi que parmi les cardinaux consultés , deux ayant déclaré qu'à leur sens l'empereur avait été illégalement élu, et que Sa Sainteté ne devait pas confirmer cette élection par le sacre , Fesch engagea Gonsalvi à rapporter textuellement, dans ses dépêches envoyées à Paris, les motifs mêmes de leurs votes. « Il est bon, disait-il, que l'empereur en ait connaissance, parce que c'est la seule chose qui réussisse peut-être à le piquer; il y avait juste là de quoi

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faire impression sur lui, rqais pas de quoi l'irriter *. » Le caniinal Caprara fut bien loin d'en penser ainsi ; et, malgré Tavis de Fesch et l'invitation du cardinal Consalvi, il se garda bien de rien laisser passer qui pûl faire soupçonner à l'empereur qu'une opinion si malsonnante eût osé se produire dans le sein du sacré collège ^ Dans les notes qu'il est chargé de passer au gouvernement fiançais , le légat met U plus extrême application à n'aborder aucun des sujets qui de près ou de loin pourraient causer le moindre déplaisir au nouvel empereur. 11 va jusqu'à supprimer une notable partie des objections que sa cour lui a donné mission de soumettre au cabinet des Tuileries. Sa raison d'en agir ainsi , ce sont les disposi-* lions qu'il entrevoit, lui placé sqr les lieux , chez le chef de la nouvelle dynastie, et qu'il juge toutes différentes de celles que lui suppose son représentant à Rome.

. « Déclarer que reconnaître l'gmpereur concerne seulement le fait, tandis que le couronner consacre le droit, aurait inspiré à l'empereur un ressentiment extrême. Parler de l'enlèvement et de la non-restitu-

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