LETTRE DE M. GAGAULT, MINISTRE DE FRANGE A ROME, AU GÉNÉRAL BONAPARTE
... Souvenez-vous bien, grand général, que. le saint-siége n'aura jamais de communication sincère avec Acton, ce principal explorateur en Italie des premiers cabinets de l'Europe; Acton, qui rachète auprès d'eux la médiocrité de son importance par la multiplicité et la servilité de ses avis. Voilà les deux vokins brouillés à mort. Leurs affaires porteront des traces de cette mésintelligence. Après tout cela, je vous en conjure, tenez-vous k un commencement de froideur; quand on traite avec les Italiens, il faut consoler, je dis toujours cela, il faut soutenir leur sensibilité , c'est-à-dire les empêcher de se laisser accabler sous le poids des impressions que leur fibre délicate reçoit si facilement. N'humiliez pas trop Consalvi ; prenez garde au^arti qu'un homme aussi habile que lui, malgré ses peurs, dont il revient, saurait tirer de sa propre faute; ne le mettez pas sur le chemin de la ruse ; abordez ses vertus avec les vôtres; vous êtes grands tous les deux, chacun de vous à sa manière, et seulement dans d'autres proportions; vous connaissez et vous ne connaissez pas la lettre à cet Acton, et alors vous accomplirez vous-même la pieuse entreprise.
Enfin, enfin, puisque vous le voulez, je ne comptais pas le dire, mais il faut achever. Supposez qu'un Mattei ait dit cela, qui pourrait lui en savoir mauvais gré ? Notre Consalvi pense peut-être avoir ses raisons. Il était Monsignor SulVarmi^ quand on a tué Duphot, et il se croit le soldat qui a tiré sur |o
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général. Les patriotes le lui ont tant dit, à ce cardinal, qu'il le croit comme les quatre Évangiles. Pour cela, du temps de Berthier, les patriotes cherchèrent Consalvi pour le conduire dans Rome attaché sur un âne; le prélat se cacha et il évita cet affront. Vous connaissez, ainsi que moi, les détails de ce déplorable événement. Personne à Rome n'a donné ordre de tirer, et de tuer qui que ce soît ; le général a élé imprudent, tranchons le mot, il a été coupable. Il y avait à Rome un droit des gens comme partout. Le soldat a dit qu'en tirant sur «n homme dont le chapeau bordé d'or était surmonté de hauts panaches, il avait cru arrêter le courage de celui qui marchait hardiment en avant, et pouvoir se sauver. Tous ces détails m'ont été confirmés à Rome, et je les tiens des Romains mêmes que nous appelions palrioles. Consalvi, aussi, a fait alors, comme Monsignor SulVarmi, une visite au général Provéra, que le pape faisait venir pour remplacer Colli. Vous figurezvous le malheur d'avoir visité un général que vous avez si bien battu ! Le prélat ne sait pas que, quand vous avez battu les gens, vous les estimez encore... J'écris ceci dans le robinet de votre frère, et s'il entre avant que je ferme ma lettre, je la lui lirai. Je ne dirai pas au premier consul pourquoi il est indispensable que j'adresse ces informations à lui seul, amais je n'ai été si diffu^ jamais je n'ai eu plus besoin d'une protection et d'une amitié pareilles à celles que le général Buonaparte me témoignait a Tolentino dans ses confidences, et à Rome dans les lettres où il voulait bien apprécier mon zèle. Agréez mes vues,- et ne doutez jamais de mon dévouement.
LETTRE AU PAPE PIE VII DES EVEQUES FRANÇAIS QUI n'ont pas COiNSENTI A DONNER LEUR DÉMIS- SION.
Londres, 27 septembre 1801.
Très-saint père,
Nous ne dissimulons pas à Votre Béatitude la grav^ douleur qui aifecta nos âmes, aussitôt que nous reçûities les lettres de Votre Sainteté, en date du 45 août 4 801, Tan second de son pontiGcat. Celte douleur est si profonde, que bien qu'il n'y ait pour nous aucun devoir plus cher et plus élevé que d'écouter afttant qu'il est en notre puissance, avec une déférence entière, les conseils de votre paternité, cependant cette môme douleur nous laisse non-seulement incertains et flottants, mais encore nous contraint malgré nous à tempérer notre obéissance.
La force de ces iettres est telle que, si elles obtiennent jamais ce qu'elles prescrivent, en un seul instant toutes les églises épiscopales qui existent en France deviendront veuves. Votre Sainteté ne nous apprend pas, et pour avouer librement la vérité, nous-mtoes nous ne concevons pas comment la viduité subite de toutes les églises de ce vaste empire produira TefTet salutaire de la conservation de l'unité et du rétablissement en France de la religion catholique.
Certainement l'expérience de toutes les calamités qui depuis beaucoup d'années déchirent la patrie, montre assez tout ce que nous devons craindre des maux et des malheurs qui résulteront, pour la religion catholique, do cette viduité simultanée et universelle : la voie à suivre pour éviter ces maux ne peut
être ouverte à votre sainteté que par une assemblée de tous les évoques de l'Église gallicane.
Nous ne voulons pas parler ainsi, pour faire entendre qu'il nous est pénible et désagréable de faire un pas en arrière à travers ces temps de douleurs et de deuil ; au contraire, dans notre faiblesse, nous éprouverions une consolation pour chacun de nous, et un bonheur ineffable pour tous, en nous voyant déchargés d'un si grand fardeau (si toutefois il était permis de penser à quelque consolation et à quelque bonheur, apits que nos esprits ont été brisés sous le poids de tant de maux). •
Mais le droit de notre ministère semble nous demander de ne pas souffrir que l'on rompe jamais facilement ce lien qui nous a unis aux églises immédiatement confiées à notre sollicitude, par la providence de Dieu très-bon et très-haut.
Nous conjurons ardemment Votre Sainteté, de consentir à ce que, dans un écrit qui lui sera transmis incessamment, il nous soit permis d'expliquer et de développer plus au long les arguments sur lesquels nous appuyons notre sentiment. Cependant, remplis de confiance dans l'affection véritablement paternelle de Votre Sainteté à notre égard , nous espérons qu'elle ne déterminera rien de plus sur cette affaire, jusqu'à ce qu'elle ait pesé, avec toute l'équité et toute la prudence dont elle est capable, les motifs que des fils allégueront devant un père si pieux.
Prosternés aux genoux de Votre Béatitude, nous implorons de toute la force de notre âme la bénédiction apostolique et nous sommes les très-dévots et les très-obéissants fils de Votre Sainteté.
Celte lettre était lignée par les prélats dont les noms suivent :
Arthur-Righaud, archevêque et primat de Narbonne; Louis, évèque d'Arras ; François, évèque de Montpellier; Louis-Antoine de GrimXldi, évoque et comte de Noyon ; J. -François, évoque de Saint-Pol de Léon ; H.-Louis, évèque de Périgueux ; Pierre- Auguste, évèque d'Avranches ; Séhastien-Michel, évèque de Vannes ; Henri, évèque d'Uzès; Seigne- LAY, évèque de Rhodez ; Charles-Eutrope, évèque de Nantes; Philippe-François, évèque d'Angoulème; Alexandre-Henri, évèque deLombez; J.-B.- Louis, évèque nommé de Moulins. ^
Nous croyons utile de douBer ici en son entier, tel qu'il a été publié officiellement, le concordat signé entre le pape et le premier consul.
Sa sainteté le souverain pontife Pie VII, et le premier consul de la république française, ont nommé pour leurs plénipotentiaires respectifs :
Sa sainteté, son éminence monseigneur Hercule Consalvi, cardinal de la sainte Église romaine, diacre de Sainle-Agalhe ad Suburram, son secrétaire d'état ; Joseph Spina, archevêque de Corinthc, prélat domestique de sa sainteté et assistant au trône pontifical, et le père Gaselli, théologien consultant de sa sainteté, pareillement munis de pleins pouvoirs, en bonne et due forme.
a Le premier consul, les citoyens Joseph Buonaparte, conseiller d'état; Gretet, conseiller d'état; Dernier, docteur en
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théologie, curé de Saint-Laud d'Angers, munis de pleins pouvoirs.
« Lesquels, après l'échange des pleins pouvoirs respectifs, sont convenus de ce qui suit :
Cfinventkm entre sa sainteté Pie Vil et le gouvernement
français,
«( Le gouvernement de la république reconnaît que la religion catholique, apostolique romaine, est la religion de la grande majorité des citoyens français.
Sa sainteté reconnaît également que cette même religion a retiré et attend encore en ce moment le plus grand bien et le plus grand éclat de l'établissement du culte catholique en France, et de la profession particulière qu'en font les consuls de la république.
En conséquence, d'après cette reconnaissance mutuelle, tant pour le bien de la religion que pour le -maintien de la tyanquillilé intérieure, ils sont convenus de ce qui suit :
Article premier.
La religion catholique, apostolique romaine, sera libremen exercée en France. Son culte sera public, en se conformant aux règlements de police que le gouvernement jugera nécessaires pour la tranquillité publique.
Art. 2.
Il sera fait par le saint-siége, de concert avec le gouvernement, une nouvelle circonscription des diocèses français.
Art. 3.
Sa sainteté déclarera aux titulaires des évêchés français qu'elle attend d'eux avec une ferme confiance, pour le bien de
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la paix et de Funité, toute espèce do sacriGces, même la rési* gnation de leurs sièges.
D'après cette exhortation, s'ils se refusaient à ce sacrifice commandé par ]e bien de l'Église (refus néanmoins auquel sa sainteté ne s'attend pas), il sera pourvu, par de nouveaux titulaires, au gouvernement des évêchés de la circonscription nouvelle, de la manière suivante :
Art. 4.
Le premier consul de la république nommera, dans les trois mois qui suivront la publication de la bulle de sa sainteté, aux archevêchés et évêchés de la circonscription nouvelle. Sa sainteté conférera l'institution canonique suivant les formes établies par rapport h la France, avant le changement du gouvernement.
Art. 5.
Les nominations aux évêchés qui vaqueront dans la suite^ seront également faites par le premier consul, et l'institution canonique sera donnée par le saint-siége, en conformité de Tarticle précédent.
Art. 6.
Les évêques, avant d'entrer en fonctions, prêteront directement entre les mains du premier consul le serment de fidélité qui était en usage avant le changement de gouvernement, exprimé dans les termes suivants :
« Je jure et promets à Dieu, sur^ les saints Évangiles, de garder obéissance et fidélité au gouvernement établi par la constitution de la république française. Je promets aussi de n'avoir aucune intelligence, de n'assister à aucun conseil, de n'entretenir aucune ligue, soit au dedans, soit au dehors, qui soit
contraire à 'la tranquillité publique, et si dans mon diocèse, ou ailleurs, j'apprends qu'il se trame quelque chose au préjudice de l'État, je le ferai savoir au gouvernement.
Art. 7.
Les ecclésiastiques ÛM second ordre prêteront le même serment entre les mains des autorités civiles désignées par le gouvernement.
Art. 8.
La formule de prière suivante sera récitée .à la fin de l'office divin, dans toutes les églises catholiques de France : Domine j salvam fac rempublicam.
Domine, salvos fac consules.
Art. 9.
Les évoques feront une nouvelle circonscription des paroisses de leurs diocèses, qui n'aura d'effet qu'après le consentement du gouvernement.
Art. 40.
Les évêques nommeront aux cures. Leur choix ne pourra tomber que sur des personnes agréées par le gouvernement.
Art. il.
Les évêques pourront avoir un chapitre dans leur cathédrale, et un séminaire pour leur diocèse, sans que le gouvernement s'oblige à les doter.
Art. 42. •
Toutes les églises métropolitaines, cathédrales, paroissiales et autres non aliénées, nécessaires au culte, seront mises à la disposition des évêques.
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Les ratiâcations seront échangées à Paris livUis l\^T»ôce do quarante jours.
Fait à Paris, le 26 messidor de l'an ix de la république française (4 5 juillet 4 801). <
Signé : Hercule cardinal Çonsalvi ; J. Buonapartb ; J., archevêque de Corinthe; frère Charles Caselli ; Cretet; Dernier.
EXTRAIT DES ANNALES RELIGIEUSES OU MEMOIRES POUR SERVIR A l'hISTOIRE DU XV!!!*" SIÈCLE.
Oa a si sonyent avancé dans \eS harangues officielles, ou dans les discours prononcés du haut de la chaire, que le rétablissement des autels était uniquement dû à rintervention du premier consul et à l'accord conclu par lui avec la cour de Rome, qu'il nous a paru utile de donner place ici à des documents positifs remontant à Tannée 1797. 4
... Tels sont les faits non moins authentiques et prodigieux qui, depuis deux ans, se multiplient sur toute 1^ surfiaice de la république. Plus de quarante miile communes y ont repris avec une sainte activité Texercice du culte de leurs pères : que ne pouvons-nous retracer ici ces scènes attendris-santés dont nous avons été les témoins dans nos diocèses respectifs... Discours de Vévêque Lecoz à Notre-Dame, 4 5 août
... D'après un calcul dont les d|M| justificatives sont dans un dépôt public (au ministère dliPmances), déjà quarante mille communes ont repris l'exercice du culte. La ferveur de la piété y compense abondamment ce qui manque à la pompe extérieure; ce triomphe sur la fureur de l'athéisme, sur les extravagances du déisme, et de ce qu'ils appellent culte de la
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raison, culte de la loi, fêles décadaires, acquerra plus de développement à une époque très-prochaine que nous présage la résurrection de la justice...» {Annales de la Religion)^ 3 Juin 4797 (45 prairial an V).