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LK CARDINAL CA.PRARA AU CARDINAL CONSALVL
Paris, 6 octobre 1801.
... La réponse du premier consul a été des plus obligeantes. Il m'a parlé dans les termes les plus respectueux , les plus flatteurs et les plus tendres de la personne sacrée de sa sainteté, et de ses justes désirs, et qu'il ferait tout son possible pour ne les point décevoir... Le compliment réciproque ter- ^miné, nous nous sommes assis et le premier consul est immé^ diatement entré en affaire... Premièrement il m'a donné à connaître qu'il lui était adressé de très-vives réclamations par les évoques constitutionnels, qui cherchent à faire cause commune avec toute la nation, et qui se plaignent du bref de sa sainteté que leur a transmis M^' Spina, et cela en vertu d^s expressions contenues dans les brefs de condamnation de Pie YL Gomme dans le bref indiqué* il n'est fait aucune mention des expressions qu'ils désignent, j'ai pu franchement répondre au premier consul que ces réclamations n'étaient pas raisonnables, mais il m'a interrompu pour me dire que la chose se bornerait à m'obliger d'avoir à ce sujet une discussion avec le conseiller d'État Portalis, chargé de traiter avec moi toutes les affaires ecclésiastiques.
11 m'a parlé ensuite de T institution canonique qu'il désirait que je donnasse aux évoques qu'il nommerait, ainsi que je
l'ai mandé déjà dans ma dépêche n" 4 , et je lui ai répondu de manière qu'il est resté convaincu qu'il ne devait en aucune façon insister sur celte demande.
Puis continuant à parler des évêques à nommer, il m*a manifesté l'idée qu'il avait d'en choisir un tiers parmi les constitutionnels, pourvu qu'ils se fussent soumis à ce qu'aurait prescrit sa sainteté. Dans une matière aussi délicate et aussi intéressante, je m'y suis pris avec la^ plus grande douceur pour lui faire comprendre qu'on pouvait espérer que le saintpère userait de toute la condescendance que lui permettrait sa conscience envers ceux qui se seraient soumis à la puissance du saint-siége comme des pécheurs : mais ramenant le discours aux vues qu'avait le premier consul de rendre la tranquillité religieuse à la France,* et d'en extirper le feu dévorant du schisme, je l'ai fait réfléchir que si ces évêques étaient infectés de jansénisme, comme ils doivent l'être, et ils l'ont fait voir par les acles du synode qu'ils ont tenu, bien loin d'éteindre le feu par ce moyen, on donnait au contraire un nouvel aliment à un volcan ; au lieu de conquérir la paix, on fomentait une nouvelle guerre, et l'on provoquait une insudordination certaine, ainsi que la non-adhésion des ecclésiastiques à leur pasteur. Sans aucune exagération ma réponse a fait visiblement une véritable impression sur le premier consul, et lorsque plus tard il est revenu à la charge sur ce sujet, je me suis efforcé de rendre cette impression plus profonde, en ajoutant les raisons politiques propres à lui faire abandonner Tidée qu'il avait conçue. Votre Êminence croira sans peine que je ne néglieerai rien pour prévenir de pareils choix, ou du moins pour empêcher qu'il n'y en ait un aussi grand nombre; je veillerai aussi, autant que possible, à la qualité des sujets qui seront choisis. Je n'ajoute pas que Votre Êminence doit se
flatter, ni que je me flatte de l'espoir du succès, parce que, par caractère, je suis habitué à voir en noir plutôt qu'en rose.
Le premier consul m'a exprimé le plus vif désir de pouvoir publier promptement par la voie de la presse la bulle et le concordat, de me recevoir en grande cérémonie, de faire chanter un Te Deum solennel, enfin de faire marcher pari passu la double opération de la paix religieuse et de la paix politique. J'ai applaudi à ces idées si louables, et j*ai dit que l'accomplissement de ses désirs ne souffrirait de retard ni de la part du saint-père, ni de la mienne. Je lui ai fait entendre cependant que diverses choses qui peuvent bien être commencées, ne peuvent pas se terminer avec une extrême promptitude, telles que ]a circonscription des limites des nouveaux diocèses, les propositions des évoques en consistoire, et il s'est montré de bonne foi convaincu sur ce point. Je trouve moi-même convenable de solliciter le prompt achèvement de ce qui peut se terminer prompt^ent, et, s'il était possible, de tout faire en même temps, afin de ne pas laisser de marge aux ennemis de la religion pour créer de nouveaux obstacles, et ourdir de nouvelles cabales.
LE CARDINAL CAPRARA AU CARDINAL CONSALVI
Entre le 10 et le 17 octobre 1801.
... C'est donc avec lui seul (M. Portalis), que devront être discutées toutes les afi'aires tant de la Religion que de l'Église. Il résulte de là que c'est à lui aussi à l'avenir que seront sou-
mis les prêtres qui étaient soumis jusqu*à présent au ministre de la police.
Quarante*sept évèques constitutionnels ont donné jusqu'ici leur démission par écrit des sièges épiscopaux qu'ils occupaient, et l'ont adressée au légat avec une lettre par laquelle ils le prient de la déposer aux pieds de sa sainteté. ......
Ces évêques ne se sont pas le moins du
monde conformés à ce qui leur avait été insinué à ce sujet avec tant de douceur et de clémence par le saint-père au moyen du bref que leur a transmis M»' Spina, et outre qu'ils ont dit ce qui n'était pas nécessaire, dans la manière de le dire, ils ont employé des phrases du plus pur jansénisme. Je leur en ai fait l'observation ; et ils m'ont répondu que le modèle de leur démission ayait été donné par le conseiller d'État Portails, ce dont ce dernier toutefois ne convient pas tout à fait.
Les évèques qui ont pris part au soi-disant concile national où du moins la plupart d'entre eux, soit isolément soit de compagnie, vont trouver le figat, et lui expriment des sentiments de la meilleure orthodoxie... Ils disent que ces termes de leur lettre de démission : « Ma foi est celle des Apôtres j » avaient été donnés d'après l'ordre du gouverne ment par le conseiller Porlalis, plusieurs ont ajoute qu'ils coyaient la formule combinée avec moi..
I>IKCES JUSTÎFICATIVKS 4.1