LETTRE DE SA SAINTETÉ PIE VII AU PREMIER* CONSUL
24 octobre 1801.
Très-cher fils en Jésus-Christ, salut et bénédiction apostolique!
Nous vous avons fait connottre déjà, par notre lettre du Mi à\x mois courant, notre contentement de la paix conclue avec l'Angleterre ; nous avons reçu ensuite avec une particulière sensibilité la nouvelle que vous nous donnez de la paix conclue avec la Russie , le Portugal , et la Porte. Grande est notre satisfaction en voyant rétablir la bonne harmonie entre toutes les puissances de l'Europe, et nous ne pouvons apprendre ce bienfait sans honorer et admirer votre sagesse.
Nous rendons grâce à la divine Providence d'un si heureux événement qui fait cesser les maux par lesquels l'humanité a été si longuement opprimée et qui promet les succès les plus prospères pour le bien de la religion.
Nous avons ordonné que l'on fit de publiques démonstrations d'allégresse, en môme temps que l'on rendra des actions de grâces' au Tout-Puissant. Nous nous réservons de faire chanter le Te Deum solennel dans l'église de Saint-Pierre, et de célébrer ainsi la convention ecclésiastique heureusement conclue avec la France, quand il vous plaira de publier ce traité, ce que nous demandons avec les vœux les plus ardents.
Nous nous réjouissons avec vous des nobles et grandes I. 24
actionsi par lesquelles vous vous distinguez, et qui amènent le bonheur des hommes, Tavantage et la gloire de la religion.
A l'égard de l'affaire de Malte, vous nous manifestez le désir que nous intervenions près les diverses cours de l'Europe, pour la réorganisation de Tordre, à qui on va rendre Malte; le vœu de notre cœur est conforme à vos projets pour le rétablissement de cet ordre, aux termes de ses statuts.
Assurément nous, nous ne pouvons y concourir que de la manière qui est propre au chef de la religion catholique : c'est en ce sens que nous avons fait répondre à cet égard, nonseulement en Russie, mais encore en Espagne.
Nous avons ordonné à notre secrétaire»d'Etat de vous faire connoître plus en détail, tant par notre cardinal légat que par votre ministre résidant ici, ce qui a eu lieu récemment sur cette matière, et nous avons manifesté nos intentions. Nous ne sommes pas jusqu'ici beaucoup en état d'intervenir avec succès dans cette affaire : d^un côté, l'Espagne présente un grand obstacle, parce que, n'obtenant pas la séparation qu'elle nous a demandée, elle s'oppose à toute mesure tendante à donner un chef à l'ordre; d'un autre côté, diverses puissances catholiques se trouvent déjà avancées dans d'autres directions.
Cependant nous ferons de notre part tous les efforts possibles pour bien réussir, et concilier les avis contraires, et nous nous flattons de voir l'heureuse circonstance^de la paix générale faciliter nos opérations.
A l'égard de l'affaire de Bénévent et de Ponte-Gorvo dont vous nous parlez, en nous offrant courtoisement de commencer des démarches pour nous en faire faire la restitution, il est vrai que sa majesté Sicilienne, après avoir occupé ces deux petits États, ne les a rendus que partiellement au saint- siège.-
Il eiiste une déclaration faite par sa majesté, et un édit public, dans lesquels sa majesté déclare qu'elle nous rend la sottie" raineté utile, en se réservant le haut domaine. De cette manière, le saint-siége devient feudataire du roi, relativement à cette partie d'État, quand, au contraire, le droit bien connu de l'Église (droit dont la prestation n'a cessé que depuis peu d'années) démontre que le roi des Deux-Siciles est feudataire du saint-siége pour la totalité du royaume.
Il est encore vrai qu'avec la réserve du haut domaine, le roi a établi une garnison militaire; il y fait de nouvelles levées, et il exerce d'autres droits souverains, incompatibles avec notre libre souveraineté. Quoique les représentations faites par nous contre toutes ces circonstances n'aient eu jus> qu'ici aucun heureux succès, cependant nous ne voulons pas perdre l'espoir de réussir dans les observations récentes que nous adressons à sa majesté.
Nous connoissons l'avantage qui peut résulter pour nous, si nous profitons de vos offres courtoises de médiation, afin que Bénévent et Ponte-Gorvo . nous soient rendus de manière que nous en jouissions en pleine souveraineté, comme en jouissoient nos prédécesseurs; mais nous avons établi dans notre cœur de conserver avec les souverains- la bonne harmonie, et d'éviter en toute occasion possible des déplaisirs. Pour éloigner tout désagrément de la part des monaques qu'une parenté unit avec sa majesté, et qui pou rroient trouver mal que nous ne nous fussions pas adressé à eux à l'effet d'obtenir cette justice de sa majesté Sicilienne ; en même temps pour ôter tout prétexte de mécontentement à ce souverain, qui se plaindroit que nous ayons entendu le contraindre par une médiation imposante, nous devons vous dire avec la candeur accoutumée de notre cœur :
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Puisque vous voulez bien nous offrir si gracieusement votre médiation, vous nous feriez un plus grand plaisir d'agir en cette affaire, de sorte qu'on prît vos démarches pour un mouvement spontané de l'intérêt que vous portez à ce qui nous est avantageux.
Nous vous remercions de la manière obligeante avec laquelle vous voulez bien entrer dans le détail de la sûreté nécessaire à la conservation de notre État, dépourvu de force armée. Nous suivrons votre conseil, en augmentant le nombre de nos troupes, et spécialement nous pourvoirons à la garnison d'zVncône. Vous savez que les moyens d'y parvenir nous manquent, mais ils renaîtront, nous l'espérons, des conséquences de la paix, et des effets de votre attachement au saint-siége et de notre amitié pour votre personne.
Iilalgré notre grande pauvreté, vous voyez que nous donnons aux acquéreurs des biens nationaux le quart de la valeur qu'ils ont réellement payée, sans faire attention qu'à Naples, à Venise et dans d'autres États, ces contrats ont été annulés sans au(mn indemnité. Cependant vous connoissez la différence qui existe entre les charges supportées par notre État durant le cours de toute cette guerre, et les charges supportées par les États 1ios voisins. Vous connoissez aussi la différence des résulats de cette guerre, à la suite de laquelle nous nous trouvons privés des trois Légations ( outre les États d'Avignon et de Carpentras), riches et florissantes provinces qui formoient la moitié de notre État. Nous en implorons la restitution avec une pleine confiance en vous.
Devrons-nous craindre que vous vouliez nous traiter moins bien que les autres princes auxquels vous accordez des indemnités? Devrons-nous craindre de vous que l/ résultat de cette guerre (qui n'aura pas fait perdre un palme de terrain à la
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majesté du roi de Naples, notre voisin) sera tellement funeste pour le saintp-siége, qu'il aura à perdre la moitié de ses États, et ses domaines de la meilleure nature ?
Nous vous prierons encore de réfléchir à la conduite que le saint-siége a tenue relativement à la France. Déjà, sous notre prédécesseur, le sain'/-slége n'a pas voulu prendre des mesures pour lesquelles les invitations ne lui ont pas manqué; il s'est limité à la seule défense contre une agfession alors déterminée. Sous notre gouvernement, il ne vous a été donné aucun motif de déplaisir. Nous nous en rapportons à votre propre témoignage sur notre manière d'agir avec vous.
Finalement nous vous prierons de penser à l'absolue impossibilité de subsister, où se trouve la souveraineté de notre principat, oppressée comme elle Test par des charges immenses, privée presque entièrement des subsides par lesquels autrefois l'étranger contribuoit au maintien ei à l'honneur du chef de la religion. Il ne nous est resté que peu de provinces, et les plus misérables (si on en excepte la Marche), toutes hors d'état de pourvoir à leurs propres besoins.
Nous vous dirons seulement que la subvention à donner à soixante-dix cardinaux (il y en a peu qui comme étrangers soient pourvus au dehors), la subvention à la prélature pour les emplois dispendieux (nous nous trouvons dans le plus grand embarras, quand il faut trouver des sujets à envoyer dans les nonciatures), nous mettent dans la plus grande pénurie. Les abbayes à l'étranger sont perdues; celles qui restent dans nos provinces sont chélives (les meilleures se trouvent dans les Légations) et extraordinairement au-dessous de si graves besoins.
Nous implorons de votre cœur magnanime, sage et juste, la restitution des trois Légations et une compensation pour la
perte d'Avignon et de Garpentras, décrétée par rÂssemblée constituante, et nous ne doutons pas, suivant les flatteuses expressions dont vous avez frappé nos oreilles, que vous rivaliserez dans la gloire de bienfaiteur du saint-siége avec les anciens chefs (reggitori) de la France, auxquels il doit tant, comme nous nous faisons un devoir de le rappeler avec recon^ noiissance.
Nous avons beaucoup de motifs de nous louer de la conduite des Français à Rome et spécialement de l'excellent (ottimo) ministre Gacault qui est si attaché à vouB, à l'honneur de la nation, et si animé de votre esprit.
Nous ne voulons pas, ô notre très-cher fils, vous retenir plus longtemps avec cette lettre que nous dictons pour vous épargner la peine de lire notre trop peu heureuse écriture. Aussi, après vous avoir recommandé de nouveau le grand intérêt de la religion, nous nous arrêtons en vous accordant affec* tueusement de tout noire cœur la paternelle bénédiction apostolique.
Donné à Rome, à Sainte-Marie-Msgeure, le 24 octobre de Tan 4804, de notre Pontificat, le deuxième.
Plus PP. VIL
LE CARDINAL GAPRARA AU CARDINAL GONSALVI
26 octobre 1801.
... J'ai toujours présent à ta mémoire le plan que m'a tracé Votre Éminence de vive voix et par écrit sur les affaires temporelles. Je ne les perds certes pas de vue, et même dans l'audience que m'a donnée le premier consiil, j'ai chercha è
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faire tomber FentreCien sar ce sujet; mais le premier consul Ta évité obstinément. II se peut que cela soit sans intention. Votre Éminence doit être assurée aussi que je me suis bien pénétré des raisons qu'elle m'a données pour nVcepter qu*k titre d'à-comple. Le saintrpère a très-bien fait de parler, dans sa lettre confidentielle au premier consul, des objets temporels, tels qve les électeurs et les principautés ecclésiastiques qui no partissent pas devoir être supprimés...
LE CARDINAL CAPRARA AU CARDINAL CONSALVl.
Entre le tO octobre et le Im" novi^mhre,
Envoi par le pape d'un beau.bracolet béni h M'"" Bonuparlo, qui le reçoit des mains du légat, et témoigne sa joie do posséder enfin ce qu'elle désirait le plus au monde. — Knvoi d'un exemplaire ratifié du concordat, avec couvorturo d'un richo travail exécuté à Rome.
LE CARDINAL CAPRARA AU CARDINAL CONSALVl.
Paris, 1" novembre iSOi,
. . . J'envoie à Totre Éminence la copie do cinq articles que, par ordre du premier consul, l'abbé Dernier m'a commU' niques par écrit. Je ferai tout ce qui dépendra do moi, Votre Éminence n'en doutera point, pour ne pas répondre égaleroent par écrit, mais je crains de ne pas réussir, ot dans celte
hypothèse j'ai déjà préparé mes matériaux. Cependant pour arriver à en être dispensé, j'ai fait prier le premier consul de me permettre de Taller tronver à la Malmaison. Au moment où j'écris je n'ai pas encore reçu sa réponse. Si l'entrevue que j'ai sollicitée avait lieu avant le départ du courrier, j'informerais Votre Éminence de son résultat. Je me propose en général de montrer la condescendance et la facilité convenables à l'égard des trois premiers articles. Sur le quatrième, qui n'est pas suffisamment clair, je tiendrai un langage qui ne soit pas compromettant. Enûn, sur le cinquième, je ne pourrai que répéter ce que j'ai déjà dit au premier consul, que c'est l'objet unique de mes plus grandes peines ; c'est pour cela que j'ai demandé Tentrevue dont je parle plus haut, et je ne me suis pas fait faute de dire aux ministres aussi bien qu'à l'abbé Bernier que, loin de montrer aucune facilité, j'en éviterai jusqu'à l'ombre; en fin de compte je déclarerai que mon devoir veut que j'informe Sa Sainteté du tout.
Je ne fais autre chose que de demander à Dieu qu'il écarte la tempête qui est imminente : le silence des évoques légitimes dont on ne voit pas arriver les réponses la provoque, et les choses en sont à ce point , que le premier consul a été amené à croire que, sauf la personne sacrée du saint-père pour qui il montre de la tendresse et du respect toutes les fois qu'il en parle, tous les Romains, tant absents que présents, veulent, comme on dit, le promener. Pour faire un coup de théâtre, suivant sa propre expression , il voulait, le jour de la fête du 18 brumaire, publier la nomination aux cinquante sièges qui seront compris dans la nouvelle circonscription. On lui a fait entendre que, vu sa nature môme, la chose n'était pas possible; et je veux me flatter de l'espoir qu'il n'insistera peut-être pas. Mais ce qui est absolument impossible, quoi qu'on lui dise et
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malgré l'article 4 du Concordat qu'on lui cite en vain, c'est de le faire renoncer à nommer aux évèchés vacants, dont il veut que je donne immédiatement l'administration aux sujets nommés. Il est inutile que je dise à Votre Éminence que je metlerai tout en œuvre pour démontrer l'irrégularité de ce procédé; je parlerai, je ferai parler; mais si par malheur tout est infructueux, je prévois que je serai obligé de me prévaloir d'une faculté présomptive : je me persuaderai que si le saintpère était présent et qu'il prévît le danger qu'on court dans les circonstances actuelles de perdre le fruit de tant de' peines, et de voir manquer ce après quoi on soupire depuis si longtemps, il m'autoriserait à faire ce qui m'est demandé. D'autant plus qu'on cite l'exemple de l'Allemagne, où à peine nommés les évèques prennent la direction de leur diocèse, tant pour les matières spirituelles que pour les affaires temporelles. Votre Éminence peut être persuadée que, tout en condescendant de la sorte à la volonté inébranlable du premier consul, par rapport aux sièges vacants d'après les anciennes délimitations, je ne permettrai jamais que l'on passe outre sans la formalité préliminaire du procès d'usage, ni qu'on néglige aucun des actc^ qui sont nécessaires à l'institution régulièrement canonique d'un évêque.
Je m'enhardis à user, dans ce cas extrême, de la faculté présomptive dont je parle, en lisant dans les dernières instructions que m'a transmises Votre Éminence que le saint-père m'a accordé la faculté dé donner dos administrateurs aux sièges qui ne sont pas vacants; j'en infère que si la question Jui eût été soumise pour les sièges vacants, sa réponse tout naturellement aurait été la même. Cette réflexion jointe à celle que la présente dépêche parviendra entre les mains de Votre Éminence avant que je sois dans le cas de donner l'adminis-
tration en question, attendu que les actes qui doivent la procéder sont assez nombreux, et qu'ainsi le saint-père pourra^, par un acte de sa volonté, m'en accorder l'autorisation ; ces deux réflexions, dis-je, me font avancer d'un pied ferme, les choses pouvant s'arranger de manière à ce que Sa Sainteté, en m'envoyant cette autorisation sans perte de temps, n'aura même pas la peine d'ordonner la régularisation de ce que je me dispose à faire en vertu de ladite faculté présomptive.
Quand je verrai le premier consul, je me ferai un devoir de lui témcfigner ma sincère reconnaissance pour les soins qu'il a bien voulu prendre, afin de me procurer une demeure convenable à la représentation à laquelle je suis tenu, et qui ne soit habitée que par moi et les personnes attachées à ma légation. Il a voulu absolument qu'il en fût ainsi : aussi n'a-t-il,pas permis qu'on arrêtât pour moi aucune des habitations plus rap< prochées du centre de la ville, au sujet desquelles les personnes chargées de cette recherche par le ministre avaient été en pourparlers. Pour tout dire en peu de mots, depuis jeudi dernier 29 octobre, je suis venu habiter le palais Montmorency situé sur le boulevard , non loin de l'hôtel des Invalides. Le palais est très-convenable, le gouvernement l'a pris à loyer, l'a meublé à ses frais, et l'a pourvu de linge de toute sorte, de vaisselle , de cristaux, de porcelaines, de batteries de cuisine, enunmot^ de tout ce qui est nécessaire dans une maison d'habitation. Peutêtre Votre Éminence connaît-elle la situation de ce palais où demeurait "précédemment l'ambassadeur de l'Espagne Nusquiz, prédécesseur du chevalier Azara.
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LK CARDINAL GAPHARA AU CARDINAL CONSALVI
Paris, 2 noTembre 1801.
Jusqu'au samedi soir, 34 octobre, les choses en étaient restées au point où je les ai représentées à Votre Éminence par mes dépêches cotées n<>* 4 4 , 4 S, 4 3 et 4 4, qusNid le conseiller d'État Portails s'est présenté chez moi ledit soir à onze heures. Votre Éminence sait que ce conseiller est chargé maintenant, par un décret du premier consul, de traiter et de rapporter toutes les affaires de religion et de culte. Je n'étais pas encore rentré, et heureusement M«' Spina ayant bien voulu m'accompagner, je l'ai prié d'assister à la conversation que l'heure intempestive me faisait présager devoir être intéressante et peu satisfaisante pour nous.
Le conseiller d'État Portails donna pour premier motif de sa visite, qu'il était venu par ordre du premier consul pour m'informer^qu'il avait mission de me conduire au premier consul à La Malmaison, aujourd'hui dimanche 4«' novembre. En second lieu, il me dit, ce que je savais déjà, que le gouvernement en général et le premier consul en particulier avaient pris pour principe de ne pas s'occuper séparément des affaires, religieuses et des affaires ecclésiastiques; qu'ils avaient résolu de faire connaître simultanément au public et le Concordat intervenu entre Sa Sainteté et la France, et lo.utes les dispositions prises par le gouvernement pour le libre exercice du culte, ainsi que pour la conduite des personnes chargées du ministère sacré. Faire ces publications séparément, ou en diverses occasions, outre que cela ne concorde pas avec les
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vues du premier consul, pouvait être éminemment préjudiciable par suite du caractère de la nation, et même faire manquer le but, que l'Église et le gouvernement s'étaient proposé d'atteindre. Ceci le conduisit à dire que Bonaparte voulait absolument faire connaître d'un même coup tous les sujets destinés aux cinquante nouveaux sièges; qu'il voulait qu'ils reçussent linstitution canonique du pape; qu'on envoyât de Rome ici les bulles pour chacun d'eux; qu'aussitôt ces bulles arrivées
on publierait à Paris le nom des nouveaux évêques, et que ceux-ci s'achemineraient sans aucun retard vers leurs diocèses respectifs, la consécsation ayant d'abord été donnée à ceux qui en auraient besoin. Sans laisser le moins du monde le temps de répondre à un pareil assemblage de choses mal digérées, il continua et dit que si Ton n'avait pas la bulle de circonscription des nouveaux diocèses rien de tout cela ne pourrait se faire. Il ajouta qu'on croyait universellement le relard qu'éprouvait l'envoi de cette bulle calculé. On ne trouve pas plausible les raisons alléguées, qu'il faut nécessairement attendre ou la démission ou le refus des évêques, lesquels devraient déjà être arrivés, si l'on avait employé dans cette affaire le zèle et la promptitude convenables, et en conséquence le pape aurait déjà privé de leurs sièges ceux qui auraient répondu par un refus. Il termina son discours sur ce sujet en laissant percer que peut-être il y avait à craindre que la bulle de circonscription ne souffrît quelque crise, si les évêques ne se démektaient point. Msi* Spina ainsi que moi, nous repoussâmes une semblable supposition, et nous nous portâmes garants que la bulle de circonscription n'éprouverait ni crise ni altération; que tout au plus essuierait-elle un retard de quelques jours, afi<i de laisser au saint-père le temps d'acquérir la certitude que les brefs étaient arrivés entre les mains
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de tous les évêques, dont le sileoce, (que le conseiller 'd'État Portalis considérait comme préjudiciable à la prompte expédition) ne mettait d'ailleurs point d'obstacle à ce que Sa Sainteté pût prendre les déterminations qu'elle croyait devoir prendre, le bref du Saint-Père ay^ prévu le cas, et y ayant pourvu.
 chacune des objectiMs et des réflexions, que tous deux nous opposions avec la meilleure grâce possible, à ce que le conseiller Portalis nous avait dit sur ces divers points, il n'a jamais eu qu'une seule et môme réponse : Ne pas consentir, dans de telles circonstances, à user de facultés extraordinaires, qui doivent éloigner le désordre et contribuer au prompt rétablissement de la religion , si désirable , c'était s'exposer aux maux les plus graves, et peut-être même à faire changer de principe ceux qui se montraient heureusement désabusés aujourd'hui. Il dit enGn : Le premier consul veut absolument faire les. nominations de tous les évêques à la fois. Il ne les fera connaître que lorsqu'il aura la bulle de circonscription entre les mains, et il l'attend sans nouveau retard. II publiera le mêmajour le concordat et les nominations. Il veut finalement que les évoques nommés, pour éviter ce qu'on appelle maintenant le cas d'administration, soient pourvus préventivement de la bulle d'institution, afin qu'ils puissent prendre sur-le-champ possession de leurs nouveaux sièges.
Pour ne pas ennuyer outre mesure Votre Éminence par la relation de tous les discours qui nous ont été tenus sur cette matière, je vous dirai avec douleur que, quant aux nominations, on fait toujours pressentir qu'il y aura des constitutionnels au nombre des évêques qui seront nommés. Aux insistances qui sont faites sur ce qui leur a été insinué et prescrit dans le bref que leur a transmis monseigneur l'archevêque de Corinthe, on répond que les constitutionnels ont implicitement
rétracté, par leur lettre de démission, ce que contient laconstiiution civile du clergé, et qu'ils ont, grâce à cette démarche, laissé les mains libres au gouvernement, chose que n'ont pas faite beaucoup de ceux que nous appelons les évoques légitimes. ^
Pour tout dire en peu de mots, Irgouvernement craint fort les constitutionnels et leur parti. Ceux-ci s'en sont aperçus, et c^est pour cela qu'ils se sont montrés de plus en plus éloignés de faire ce que leur demandait Sa Sainteté dans son bref, et ce que quelques-uns d'entre eux m'avaient, il y à peu de temps encore, dit à l'oreille qu'ils feraient.
Personne ne sait mieux que Votre Éminence comment les affaires se traitent ici, personne ne peut donc mieux décider, en connaissance de cause, s'il faudra user des facilités possi blés au cas où cela paraîtra devoir contribuer à consolider la religion.
En ce qui concerne la bulle de circonscription, bien qu'il serait à souhaiter qiVon pût expédier sur-rle-champ, je m'en réfère au mémoire que j'ai fait rédiger à ce sujet, et aue j'envoie à Votre Éminence afin qu'elle en donne communication à qui il conviendra.
Pour ce qui est de la nomination des constitutionnels, Votre Éminence doit être persuadée que je la déplore amèrement, et je ue m'en cache pas : je tente toutes les voies possibles pour ©n détourner le gouvernement, et j'énonce des raisons politiques auxquelles on ne sait que répondre. Mais j'ai beau parler pendaiit des heures entières, je n'emporte de tous mes efforts d'autre résultat que la conviction que le premier consul en nommera quelques-uns pour ne pas se mettre leur parti à dos, comme il nommera également, si je ne me trompe, des évoques légitimes dont il doit pareillement tenir compte, car
quelques-uns jouissent d'une véritable estime dans le public.
Je m'étais flatté de l'espoir de voir le premi^ consul seul, et je me proposius de l'attaquer vivement; mais jo crains, ou qu'il ne soit déjà préparé k l'attaque et qu'il ne m'oppose ainsi une résistance absolue, bu que Portails n'assiste à l'entretien. Dans ce dernier cas, il ne faut espérer aucun changement de principes, car ce conseiller les a exposés avec une résolution positive et immuable. Votre Éminence saura ce qui se sera passé dans mon entrevue avec le premier consul, par celte môme dépèche que j'ai commencée avant d'aller «à la Malmaison, et que vous portera le courrier Felicelto, et non la poste. We' Spina et moi ayant été tous deux d'avis de faire cet envoi, pour prouver au gouvernement d'ici que Rome et nous, nous n'étions pas moins désireux que lui d'accélérer les choses.
Je reviens de la Malmaison. Il est onze heures du soir, et je me mets à dicter le résultat de mon entrelien avec le premier consul. Il ne m'a pas dit un mot des cinq articles que j'ai envovés à Votre Éminence avec mon n» 14, mais immédiatement, et avec cette vivacité qui est le propre de son caracj^re, jo dirai même avec une mauvaise humeur assez marquée, il a commencé par exprimer les plaintes les plus amères contre tous les Romains, disant qu'ils le promenaient et qu'ils cherchaient à le prendre au trébuchet; ils le promènent en mettant une lenteur infinie à expédier la bulle de circonscription, après avoir négligé déjà d'envoyer en temps opportun et par des courtiers les brefs aux évoques, ainsi que l'aurait fait tout gouvernement qui aurait eu la conclusion d'une affaire à cœur; ils cherchent à le prendre au trébuchet par le refus auquel ils voudraient amener le pape d'admettre le choix des évêques constitutionnels que le gouvernenient français désignera; et continuant à parler comme un torrent, le premier
consul a répété exactement tout ce que m'a dit hier soir le conseiller d'jitat Portalis en présence de Me' Spina.
Après un discours aussi véhément, semé d'expressions trèsaigres, j'ai entrepris de justifier les Romains accusés, mais )e premier consul m' interrompant aussitôt a dit : «Je n'accepte pas de justifications, et j'excepte du nombre le pape seul, pour qui j'ai du respect et de la tendresse. » Profitant de cette ouverture, j'ai essayé de parler des circonstances malheureuses dans les-^ quelles se trouvait Sa Sainteté. Il m'a dit sans me laisser achever : « Sachez que je m'en occupe, et que je pense aussi à son temporel. Je me réjouis vivement que les électeurs ecclésiastiques se soient tournés vers lui, c'est là un signe évident du cas qu'ils en font, de l'estimé^et de la confiance que leur inspire le chef de l'Église. Je le dirai moi-même à Sa Sainteté dans la lettre que je veux lui écrirez » J'ai répliqué que, s'il le voulait, il pouvait profiter d'un courrier que j'allais expédier à Rome, et il a accepté avec des démonstrations de gratitude. Comme il me paraissait en ce moment moins exalté que dans le commencement, j'ai cherché à lui faire entendre que, puisqu'il avait de la tendresse pour Sa Sainteté , il devait lui en donner une preuve en lui épargnant le déplaisir de nommer des évoques constitutionnels. A cette proposition, il a repris son premier ton et il a dit. ce Je nommerai des constitutionnels, j'en nommerai quinze. J'ai fait ce que je pouvais, et je ne reviendrai pas seulement d'une ligne sur la détermination que j'ai prise. » Voyant que les raisons politiques que je lui avais présentées dans ma dernière audience et que je lui ai répétées dans cette circonstance, ne servaient à rien, qu'il n'était pas le moins du monde ébranlé par l'offre de renoncer à tous les évoques légitimes .pourvu qu'il ne fût point nommé de constitutionnels, je me suis borné à lui . demander, — puisqu'il
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m*était impossible de lui faire abandonner une idée que cependant j*avais combattue et que je combattrais en toute occasion, — d*exclure absolument les chefs de secte et d'obliger ceux qui seraient nommés à la soumission et à la déclaration qui leur a été prescrite dans le bref. Quant aux chefs de secte, le conseiller Portalis, qui était présent, a bien voulu m'assurer que je pouvais demeurer tranquille, et que je serais content des sujets choisis; mais pour ce qui est de la soumission le premier consul a repris : a II y a de Torgueil à la demander, il y aurait de la lâcheté à y souscrire. » Et sans attendre de réponse, il s'est donné libre carrière louchant rinstitution canonique, et parlant, non plus comme un militaire, mais bien comme un canoniste, il a prononcé un trèslong discours, je ne dirai point pour persuader, mais pour amuser le tapis. A la fin il a dit : « Mais les évoques ne fontils pas la profession de foi, et ne prêtent-ils pas serment? » Le même conseiller Portalis lui ayant répondu que si, il a terminé par ces mots : « Ce, trait d'obéissance au Pape vaut mille spumissions. » Puis se retournant vers moi il m'a répété laconiquement la recommandation suivante : « Faites en sorte que la bulle de circonscription arrive promptement, et que ce qui en est la suite, et dont je vous ai parlé, n'éprouve pas, par le fait de Rome, le même sort qu'ont eu les brefs expédiés aux évéques, et dont l'un, à ma connaissance, n'était pas encore parvenu à un évoque qui réside en Allemagne, à la date du t\ octobre dernier, h Ainsi s'est terminé l'entretien, et bien que j'aie dû rester encore là pendant assez longtemps, il ne m'a plus été possible de réentreprendre le premier consul sur aucun sujet.
La relation que je donne à Votre Éminence est toute simple, j'omets seulement quelques paroles qui ne serviraient qu'à
causer du déplaisir à quelqu'un. Je laisse à Votre Ëminence le soin de réfléchir à ce qu'il convient de faire.