LE CARDINAL GAPRARA AU PREMIER CONSUL
Février 1802.
... Nommer aux nouveaux sièges des évoques constitutionnels au moment du rétablissement de la religion catholique est la même chose que de susciter les troubles les plus dangereux dans toute la France, que de combler de douleur et d'affliction le cœur du pape; car qu'aiira-t-il à répondre en ce cas aux évèques qui refusent de se démettre, et à tout le
catholicisme qui ne manquera certainement pas de se plaindre en voyant les évèques légitimes forcés de donner leur démission, et* ceux qui refusent, destitués, pour mettre à leur place des sujets qui ont causé le plus grand dommage à la religion elle-même ?
Chacun comprend aisément combien, en qualité de légat du pape, je dois m^employer à obvier à des maux aussi graves. Combien je me suis employé pour y réussir, qui le sait mieux que vous, citoyen premier consul, puisque par mon obstination sur ce point j'en suis arrivé à vous inspirer un vrai dégoût? Cette obstination cependant naissait de mon devoir, puisque je me proposais pour but d'épargner au meilleur des pontifes la plus grande de ses angoisses, de conquérir la paix qu'on s'est proposée, et enfin de me préserver de la tâcl^ ignominieuse de n'avoir pas été capable de faire partager mes convictions à un personnage qui d'ailleurs a montré à tout le monde la rectitude de son jugement, sa sagesse et son amour du bien, en lui démontrant que la nomination de constitutionnels en ce moment ruine complètement l'édifice que luimême a imaginé et voulu, et, au lieu de la paix qu'on recherche, conduit aux discordes les plus désolantes, à des discordes religieuses. •.
Voilà ce que croit devoir soumettre à votre perspicacité et à votre sagesse le cardinal légat qui, les larmes aux yeux, vous conjure d'abandonner l'idée fatale de nommer quant à présent les constitutionnels, dont on pourra s'occuper dans un moment moins critique.
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