LE CARDINAL CONSALVI AV CARDINAL CAPRARA
6 mars 1802.
... Il n'y a point lieu de faire réponse aux réclamations des évèques refusani, qui d'ailleurs ont écrit la plupart d'une manière inconvenante à leur chef, et si celui-ci leur répondait, il ne pourrait le faire sans leur adresser de graves admonitions...
Quant aux Légations, du moment que tous les princes qui ont souffert des dommages adressent leurs réclamations au premier consul, lui demandant des indemnités et des compen salions^ n'est-il pas naturel que le pape qui a tant de raisons déjà déduites à Votre Éminence pour réclamer le fasse franchement? Si une pareille réclamalion ne nous fait pas recouvrer ce qiue nous- avotis perdu, ce qu'à Dieu ne plaise, au moins nous dispensera-t-elle de tous nouveaux actes d'adhésion ou de conBmation mên>e indirecte du traité de Tolentino, chose que Sa Sainteté no veut absolument pas faire.
LE CARDINAL GAPllARA AU CARDINAL CONSALVI.
Paris, le 13 mars 1802.
...Passant outre il (le premier consul) a dit que le pape pouvait compter sur l'assistance la plus spéciale et sur l'appui de cette nation, ajoutant: Je lui ai fait restituer Pesaro, il rentrera
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au premier jour en possession d'Âncône. J'ai répliqué que les misères de Sa Sainteté réduite à ce qu'elle possédait actuellement, étaient intolérables, parce que, privée de la plus belle portion de ses anciens États, dépouillée pour ainsi dire de toutes les ressources que lui fournissait autrefois la catholicité entière, elle ne s'en trouvait pas moins obligée de conserver tous les corps destinés à l'assister pour faire droit aux demandes que lui adresseraient les fidèles. Le consul a écouté le tout fort patiemment, et il m'a répondu que de la main à la main, selon l'expression reçue, il lui fournirait de temps à autre un million. Sans répondre à la proposition, j'ai continué à dire que la nécessité d'entretenir le collège des cardinaux devenait un poids de plus en plus insupportable, le Saint-Père ayant perdu la plus grnnde partie de ses revenus ecclésiastiques, et que sa délicatesse lui avait fait combler la mesure en le portant à endosser la charge de pajer les deux cinquièmes des dettes de l'État, ce qui fait la somme de cinquante mille piastres par mois, obligation, ai-je ajouté, que je le vois dans Timpossibilité de remplir bientôt avec ce qu'il a. Le premier consul a recommencé à dire qu'il lui fournirait de l'argent secrètement, à mesure qu'il en aurait besoin, et s'est montré convaincu que le pape ne pouvait subsister avec ce qu'il a. Moi, comme la première fois, je laissai tomber cette proposition. Le consul a dit ensuite que Sa Sainteté devait avoir une entière confiance dans la France, et il a donné à entendre que nous avions usé de finesse. 11 dit que dans le traité pour la restitution de Pesaro on a mis un mot, qu'il m'a indiqué mais que je n'ai pas compris, et je n'ai pas cru devoir l'interrompre pour le lui faire répéter; qu'il s'en est aperçu quand le traité est arrivé ici, mais qu'il n'a pas voulu en faire une affaire. Il a dit que, lorsque Voire Éminence vint à Paris, elle évita adroitement dans
sa conversation avec lui sur les Légations, de répondre catégoriquement à ce qu'il dit relativement au traité de Tolentino, mais que ce traité était reconnu par les cours, et qu'il ne pouvait éprouver que de la peine de le voir attaqué, parce qu'il avait laissé le pape en paix avec ce qu'il a, sans lui imposer de conditions. U a prononcé ces dernières paroles ave€ un ton d'impatience. Je me suis permis de répondre que le moment ne me paraissait pas opportun pour entrer en discussion avec lui sur ce point, dans la persuasion où jetais qu'il reconnaissait intérieurement que le pape s'était prêté, et se prêtait encore à des concessions dont l'histoire n'offrait pour ainsi dire point d^exemples. Affligé de voir que la question des Légations m'était présentée par lui sous un aspect sous lequel je ne l'avais jamais envisagée, je rentrais en moi-même, quand la Providence me suggéra l'idée suivante. Je lui demandai la permission de lui faire le tableau des affaires politiques relativement à la république italienne. Je dis que je croyais voir que cette république devait recevoir des accroissements déterminéSj qui fourniraient au premier consul le moyen d'aider Sa Sainteté en lui restituant les Légations, faisant taire ainsi les autres puissances si elles étaient tentées de réclamer contre l'agrandissement donné à cet État. Il me. répondit avec la meilleure grâce du monde : « La terre n'a pas été faite en un jour, ni, suivant son expression, l'église de Saint-Pierre non plus. » U Gnit en disant : a Le pape doit avoir confiance en moi. Il ne veut certainement pas qu'un État qui vient de le mettre à sa tête puisse soupçonner qu'il ait la pensée, en récompense, de diminuer au moment même la puissance de ce corps. »
Ce n'est pas la première fois que le premier consul jn'a manifesté le soupçon, comme j'en ai informé Votre Éminence,
que nous voudrions user de finesse. J'ai toujours cherché à bien le convaincre du contraire; j'ai insisté pour que les affaires et ses volontés me fussent communiquées, parce qu'eu les soumettant au Saint-Père, je leur enlèverais la rudesse qu'on y mettait ici ; les concessions obtenues faisaient croire ici qu'on pourrait tout obtenir, et qu'en effet Sa Sainteté était disposée à se prêter toujours à tout ce qui se peut, mais sa conscience sauve, comme j'ai eu occasion de le leur répéter souvent. L'essentiel me paraît être qu'on n'ait pas ici l'idée que nous sommes mécontents. D'abord le premier consul y est sensible, puis cela fait naître le soupçon que nous cherchons notre point d'appui ailleurs.
Je lui ai parlé avec force, et peut-être avec trop d'insistance au sujet de la prompte publication du Concordat. J'ai dit que Sa Sainteté y prenait le plus vif intérêt, par conscience; que le retard créait des inconvénients qu'il connaissait, et qu'enfin les honnêtes gens, même les plus tièdes, qui n'envisageraient l'utilité du Concordat que sous le rappojt politique, s'affligeraient de ces longs délais, ainsi qu'il le savait. Il m'a répondu que je savais moi-même pourquoi la chose n'avait pu se faire plus tôt. J'ai malheureusement répjiqué, et alors il a ajouté : «Mais que voulez-vous, l'on m'a remis un fatrus de pièces dont je m'occupe en ce moment : il faut que je pèse le choix des sujets. L'affaire d'Amiens ne va pas tarder à finir, cette affaire-ci aussi se videra avant peu. » Après cet entretien particulier il m'a adressé à deux reprises la parole publiquement, disant qu'il attendait la réponse officielle au sujet du siège archiépiscopal de Milan. 11 voulait que je jouasse au reversis avec M"» Bonaparte, ce dont je me suis excusé en alléguant la^ faiblesse de ma vue. 11 a parlé de saint Charles Borromée. Il a dit que je devais finir l'église métropolitaine, dont il avait fait
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faire me partie r à qaoi j'ai répondu que si j'en aTaîs* les moyens je m'en ferais on devoir.
Je lai ai parlé du nonce qu'il s'agit d'enyorer en Snisse, et il m'a répondu qu'il ferait recommander ce prélat lorsqu'il se rendrait à son poste.
"Ce n'est pas oubli, mais bien de propos délibéré que j'ai évité de rien dire des intrus : tant parce que je ne devais pas paraître craindre qu'il pût en nommer, après le tableau et les notes que je loi ai fait remettre de ce personnel,, que parce qu*il "ne faut pas le heurter maintenant, ni, en tout cas, nous montrer prêts à le combattre alors qu'il n'en manifieste aucune
disposition»
LB CAB.DIN.AL CibPRARA AU CARI>1NAL GONSALVI.
Paris, SI mais 1802.
Le premier consul, dans le travail qu'il a fait dimanche dernier avec le conseiller Portails sur ce qui a rapport à la publication du Concordat, après avoî-r lu et examiné les pièces qui lui avaient été remises, a retranché et ajouté des choses qui prouvent et sa sagesse et,, de plus, un sentiment intime de la religion. Je ne rendrai pas compte de ces choses à Votre Éminence pour le moment, mais elles lui passeront sous les yeux. II a décidé de faire proposer le rétablissement de la religipn cathoHque comme loi de la nation, par le Tribunal, e^ee sera Lucien Bonaparte, nommé tribun, qui en fera la proposition. Le légat dira la messe solennelle le dimanche ^ du mois courant à huit heures. Le Jour de ma réception publique n'est pa$> fixé jusqu'à présent, mais elle aura lieu avant la date indiquée
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ci-dessus. Le premier consal a décidé, et je vais rae servir de ses propres paroles, que les constitutionnels à partir de cette époque n'auront plus aucune église dans Paris. Au nooment où j'écris, tout ceci est encore un secret pour le public, qui ne se flatte ni ne croit que les choses puissent se faire «i promptement. Il a donné l'abbé Bernîer pour assesseur au conseitlcr Portalis dais toutes les affaires religieuses, et pour (put oequi a trait à cette négociation. Dans ki conférence d'hier et en se livrant à l'examen annoncé, le premier consul dit: « Dans la liste que vous çï'avez remise des personnes à nommer aux sièges je n'ai pas trouvé un seul constitutionnel.» Il ajouta: « Je ne dis pas que je veuille en nommer, et je n'entends pas promettre que je n'en nommerai poirit, mais je veux absolunoent que le légat se prononce sur la question de savoir si en principe le consul peut ou non nommer dos constitutionnels, c'est-à-dire si, après les avoir nommés, ou prononcera contre eux l'exclusion absolue au nom du pape. » Et û ordonna à Portalis et à Bernier de se rendre auprès de moi pour obtenir une déclaration formelle. Interrogé par eux, je leur ai répondu ce malin que le Saint-Père, afin de mettre un terme au schisme qui travaillait si profondément la nation française, et bien qu'avec peine, permettrait que le consul nommêt quelques constitutionnels, mais en me laissant à moi, en qualité de légat, le soin et la liberté de les réunir à TÉglise, conformément aux lois qui m'ont été prescrites; et que dans le cas où il y en aurait de nommés, comme j'étais convaincu, et avec raison, que le consul ne voudrait point nommer un sujet qui pourrait faire de la peine à Sa Sainteté, if me permettrait, je n'en doutais pas, de lui faire sur les sujets choisis les remarques et les représentations que je jugerais nécessaires. Il est inutile que je donne à Sa Sainteté et à Votre Éminence Tassuraoce que, malgré cette
déclaration, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour qu^ii ne soit nommé aucun constitutionnel. Naturellement il me semble qu'en faisant tout ce qui est humainement possible de faire pour atteindre un résultat aussi juste, il faut se recommander à Dieu et compter sur sa providence.
Passant maintenant aux objets traités dans la dépèche, à mi-marge, de Votre Éminence, en date du 24 février, je puis rassurer que je suis parfaitement convaincu que Sa Sainteté et Votre Éminence apporteront la plus grande diligence à préparer la réponse qui devra être expédiée par le retour de l'aide de camp au. premier consul, retour que celui-ci attend avec anxiété, précisément à cause des réponses annoncées. Quant aux objets relatifs à ladite réponse. Votre Éminence sait déjà ce que je me suis permis de faire dire et de dire moi-même au premier. consul; pour ce que je pourrais avoir encore à dire ou à faire à cet égard , j'attendrai les ordres qu'il plaira à Sa Sainteté et à Votre Éminence de m'envoyer.
Les affaires relatives à la • publication du Concordat en étaient encore mardi dernier au point que j'ai indiqué ci-dessus. Le mercredi suivant, vers quatre heures de l'aprèsmidi vint me trouver chez moi le conseiller Portalis pour m'annoncer, au nom du premier consul, que ma réception publique aurait lieu le samedi 20 du courant, et que le lendemain dimanche j'ofi&cierais solennellement dans l'église métropolitaine dite de Notre-Dame. Monseigneur Sala et monseigneur Mario allèrent immédiatement visiter cette église, parce que le premier consul attendait le conseiller Portalis . à six heures du soir pour savoir si elle renfermait tout ce qui était nécessaire, et pour faire suppléer à tout ce qui manquerait. Il m'annonça en outre qu'il reviendrait chez moi le lendemain jeudi, vers huit heures du matin, avec le préfet du
palais du consul et Tabbé Bernier, aûn de concerter la marche à suivre, et de fixer l'heure tant de ma réception publique que de la cérémonie solennelle.
Ils vinrent en effet, mais bien après Theure convenue, et ils vinrent sans le préfet du palais. L'affaire quMIs traitèrent avec moi fut tout autre que celle dont il avait été question la veille, puisqu'ils me demandèrent les documents originaux de ma mission, la bulle du Concordat, celle de la circonscription des nouveaux diocèses, le bref générique des facultés et celui qui m'autorise à donner l'institution canonique aux nouveaux évèques, pièces qui devaient toutes m'ètre restituées après qu'elles auraient été présentées au Sénat et au Tribunat, et par conséquent enregistrées dans les livres des acles publics, en sorte que force de loi fût acquise au Concordat, le Corps législatif lui-même devant, suivant les plus grandes probabilités, accorder sa sanction.
Ni ma réception publique pour le jour indiqué ci-dessus, ni le service solennel dans l'église de Notre-Dame que les nombreuses profanations commises pendant qu elle était occupée par les constitutionnels nous mettent dans la nécessité de bénir de nouveau auparavant, n'ont eu lieu jusqu'à présent, retardés, je pense, aussi par l'attente où l'on est d'un courrier qui doit apporter d'Amiens la signature de la paix définitive. Mais comme on m'assure que le courrier ne peut manquer d'arriver dans un bref délai, je ne mets pas en doute que les deux cérémonies se feront le jour de la sainte Annonciation, ou au plus tard le dimanche de LcetarCj et à cette occasion , si je ne me trompe, on installera le nouvel archevêque de Paris.
«a WÈCES JUSTinCATIVES
LE CARDINAL GAPRAEA hV CARDINAL CONSALVI.
27 mars 1802.
.«. La paix a été signée dans la journée du jeudi 25, et annoneée hier dans l'après-midi .
le: cardinal CAPRARA au CARDINAL. CONSALVI.
Paris, 27 mars 1802.
.«. Ma dernière dépêche confidentielle du même jour a donné à connaître à Votre Éniinence ce que je fais relativement à l'affaire de M. de Talleyrand.* A ce sujet je dirai seulement que le sentiment universel ici est que la conduite qu'il tient témoigne suffisamment de sa résipiscence et de son repentir, et qu'elle peut suppléer à la pénitence qui lui était due. On ajoute que son péché est des plus graves, mais aussi que la punition qui réduit un évèque à l'état de laïque est une peine publique et permanente, la plus forte qui puisse lui être infligée. Ce sentiment est partagé aussi par le premier consul qui se porte garant de son changement : le premier consul dit que lui seul a été son appui, son soutieD contre tant de gens qui se mettaient à la traverse pour empêcher le rétablissement de la religion, et il déclare que lui premier consul fera une affaire d'État de la grâce sollicitée par son ministre. Jusqu'à présent j'ai réussi à lui faire persuader de prendre patience, en'donnaat l'assurance qu'en ceci encore Sa Sainteté ferait tout ce
qui dépendrait d'elle pour lui complaire. Je désirerais que le ministre tînt toute la grâce du Saint-Père et lui en eût toute la reconnaissance, et non pas que cette grâce lui parût due à Fautorité du premier consul.
Conformément a la gracieuse invitation que m'adresse Votre Éminence, j'écris aujourd'hui même à mon agent afin qu'il fasse ce qui convient pour l'expédition du nouveau litre de fégat à latere, et pour celui d'archevêque de Milan.
Pour ce qui est de la recouvrance des Légations dont me
^ parle Votre Éminence, je ne saurais faire autre chose que m'en
référer à ce que j'ai eu l'honneur de lui rapporter comme
ayant été entendu de la bouche même du premier consul dans
le dernier entretien que j'ai eu avec lui.
Quant aux intrus, je me bornerai à dire que c'est là un objet que je n'ai jamais perdu de vue; que je ne le perds pas; que cet objet me tient plus au cœur qu'une irtBnité d'autres, et que, malgré tout ce qui me donne le droit d'en bien augurer, je ne puis gagner sur moi au moment où j'écris d'être content; et je ne le serai pas tant que je n'aurai pas entre les mains la nomination officielle de tous les nouveaux évêques, lesquels seront au nombre, non pas de cinquante, mais de soixante, ainsi que Votre Éminence pourra le voir par le mémoire ci-joint, dans lequel j'entre dans les détails qui m'ont amené ces jours derniers, c'est-à-dire depuis dimanche soir, à faire les changements que Votre Éminence remarquera dans la bulle de circonscription. Ces nombreux changements rendent inutiles I3 décret, les patentes d'institution et tant d'autres pièces que j'avais fait préparer pour le cas où Ton en aurait besoin d'un jour ou l'autre.
Bien que les facultés que le Saint-Père a eu la clémence de m'accorder soient déjà bien amples, cependant la vérité
m'oblige à dire qu elles ne sont pas suffisantes, et que ce serait m'exposer à faire une bien triste figure si je me voyais obligé de me récuser, sur quelque objet, faute des pouvoirs nécessaires, dont Votre Éminence peut être certaine que je n'abuserai jamais.
J'éprouve une vive peine d'apprendre que Sa Sainteté soit encore troublée par la conduite que les acquéreurs de biens nationaux tiennent à Rome; mais je le répète encore, si je sufs assez heureux pour ne pas me faire prendre en aversion par le premier consul, la chose tombera d'elle-même.
Je répète à Vôtre Éminence qu'il est positivement nécessaire que Sa Sainteté s'occupe du choix d'un sujet à envoyer ici en qualité de nonce.
Non-seulement les changements indiqués ci-dessus relativement à la bulle de circonscription, lesquels ont à peu près complètement bouleversé le plan arrêté, par le gouvernement, ou pour mieux dire par le département des affaires ecclésiastiques, sont une cause pour que la publication du Concordat soit différée de quelques jours; mais, si je ne me trompe, il y en a une autre encore dans l'immense fatigue, qui n'est même pas à son terme, à laquelle s'est exposé le consul en voulant tout voir, tout examiner, tout résoudre. Le désir de voir les évèques rendus à leurs sièges respectifs pour les fêtes de Pâques prochaines est universel, tant parmi les bons à Paris que chez tous dans les provinces. Le premier consul lui-même témoigne qu'il le veut, et il compte même se conformer à Pâques à l'usage catholique en accomplissant, comme il dit, les devoirs imposés par l'Église.
Après avoir pris la résolution d'augmenter de dix le nombre des évèques, le premier consul a voulu que le département des affaires ecclésiastiques lui remît une liste de cin-
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quante sujets, indépendamment de ceux qui lui avaient été proposés déjà, a6n de pouvoir choisir parmi eux de quoi compléter ses nominations. La liste qui lui a été remise en conséquence de cette demande ne Ta point satisfait, soit qu'il n'y ait pas trouvé de sujets réunissant les qualités éminentes qu'il cherche dans les évèques, soit parce que tous ou presque la totalité étoient originaires du midi de la France. Il a donc fallu lui remettre une seconde liste qui contînt des sujets distingués par leur naissance, leurs qualités morales, et leur capacité (ce qu'à dire vrai il recherche avec un grand soin) et qui comprit des personnes originaires du nord de la République. On n'a introduit le nom d'aucun intrus ni dans l'une ni dans l'autre de ces listes. De semblables opérations, et elles n'ont commencé que dans la matinée de lundi dernier, exigent du temps, comme le voit Votre Éminence, et contribuent ainsi au retard, car le premier consul n'abandonne pas d'une ligne l'idée exprimée dès le principe de vouloir tout ensemble. A ma connaissance, jusqu'à la Gh delà journée d'hier, dix-huit anciens évèques légitimes, et quatorze ecclésiastiques, sans distinction de rang, ont été avertis par des billets qui leur ont été adressés à cet effet de se tenir prêts, soit pour être placés dans les nouveaux siégôs, soit pour être faits évèques. Mais à l'heure qu'il est aucun d'entre eux ne sait à quel siège épiscopal ou métropolitain il est destiné. C'est jusqu'à ce moment le secret du premier consul.
Il ne m'a encore été donné aucun avis ofiBciellement, et de là résultera qu'il nous faudra apporter la plus extrême diligence à l'expédition des procès nécessaires, afin qu'on ne puisse pas venir-dire qu'il y a le moindre retard de notre fait. Le premier consul désire que je fasse la consécration des évèques, et je me prête volontiers à ce désir; je souhaite autant que qui que
ce soit que les évoques soient dans leur résidence pour Pâques, mais pour peu qu'on tarde encore, les jours fériés manqueront pour faire les consécrations, et à la dernière extrémité je me verrai peut-être forcé de déroger à un point de la discipline prescrite par la sainte congrégation des rites.
Dans la crainte où je suis que parmi les nouveaux évèques il n'y ait quelques intrus de nommés, je me suis abouché avec une personne que le premier consul voit et écoute volontiers, et qu'il ne soupçonnera bien certainement jamais de partialité en faveur des sujets qui ne sont point intrus. J'ai fait connaître à cette personne qu'il ne se passe pas de jour sans qu'on m'adresse les plus vives instances, soit de vive voix, soit par écrit, afin que je fasse tout au monde pour obvier à la possibilité, .prévue encore par quelques-uns, qu'on nomme des intrus : je lui ai dit que nommer des intrus ce serait porter la discorde dans les diocèses auxquels on les destinerait, que de ces diocèses les ecclésiastiques tout au moins s'éloigneraient pour aller vivre sous le gouvernement d'un évoque catholique, comme ils '.disent, appelant les intrus schismatiques, et les déclarant indignes d'obéissance et de respect. Je lui ai fait comprendre qu'en agissant de la sorte, au lieu de parvenir à la paix, on ferait naître une guerre de religion dont chacun peut prévoir les conséquences dangereuses et fatales. Je lui ai dit que la nomination d'un seul constitutionnel ferait perdre le fruit de tous les soins si pénibles qui ont été pris pour rétablir la religion catholique en France : qu'un semblable acte de la part du gouvernement français causerait la plus profonde dou- -^ leur au Saint-Père, qui ne s'attend pas à un pareil procédé de la sagesse, de la droiture et de la tendresse que lui témoigne le premier consul, tendresse à laquelle Sa Sainteté ne laisse pas échapper une occasion de répondre par des concessions qui
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sont presque sans exemple dans l'histoire. Que moi-même, outre qu'un pareil événement me plongerait dans le plus grand ■abattement, je ne pourrais me laver de la tache que mMmprimerait l'impuissance où j'aurais été de convaincre le premier consul sur un sujets que tout le monde regarde comme si facile, grâce au caractère qu'on lui attribue. J'ai ajouté enfin que nommer un constitutionnel c'est fournir l'unique arme qu'on connaisse aux évoques qui refusent de se démettre, et qui s'uniraient à tout le catholicisme pour dire qu'on les a privés de leurs sièges pour leur substituer des sujets que tout le monde méprise et -qu'on regarde, ou comme auteurs, ou comme complices de l'anéantissement de la religion catholique en France.
La personne à qui je me suis «adressé est demeurée tout à la fois persuadée et pénétrée de mon exposé, et elle m'a promis d'en parler, comme on dit, de pied ferme au premier consul. Avant de nous séparer je lui ai dit encore que, lorsque l'on me remettra la nomination officielle des évèques, si je trouve un seul constitutionnel, je ne pourrai. pas faire moins que de répéter au premier consul lui-même tout ce que je venais de lui représenter, que je prierai, je conjurerai le premier consul de renoncer à cette idée, et que je pousserai mes instances aussi loin que possible sans porter préjudice à la publication si ardemment désirée du Concordat, mais jusqu'à prendre la résolution d'expédier à Rome et d'attendre les résolutions du souverain pontife. C'est en efffet la conduite -que je me suis promis de tenir, et j'ai , à cette fin , préparé un mémoire succinct sur cet objet pour le présenter au premier consul.
Le nouveau règlement concernant les choses du culte et le clergé, dont le premier consul s'est sérieusement occupé.
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