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L'ARCHEVÊCHÉ DE KIEV

eu des maîtres étrangers, tantôt lithuaniens, tantôt polonais, lantôt grands-russiens. Ce n'est pas un royaume, c'est une province dont l'histoire remonte à peine au XIII^ siècle. A cette époque, bélo-russe devient synonyme d'homme «libre», et on donne le nom de Bélo-Russie à toutes les provinces russes affranchies du joug des Mongols, par les princes de Lithuanie. A partir du XIV» siècle, le nom de Blanche-Russie est réservé aux possessions lithuaniennes arrachées aux Moscovites par les Polonais. Depuis le premier partago; de la Pologne, il ne désigne plus que les deux provinces actuelles de Vitebsk et de Mohilef, attribuées à Catherine II; Nicolas l'^r a même enlevé à Vitebsk et à Mohilel' leur titre officiel de provinces « blanches-russiennes » pour en faire de simples « gouvernements » de l'Empire.

Les Petits-Russiens ou Malo-Russes occupent l'immense territoire compris entre le Donetz en Russie, le San en Galicie, et les sources de la Tisza dans l'Etat magyar. Us se Tondent à la vérité par transitions insensibles avec les Blancs-Russieus au nord, et avec les Slovaques au sud-ouest ; mais ils ^e distinguent nettement des Polonais à l'ouest et des Moscovites ou Grands-Russiens à l'ouest. «Le Malo -Russe, dit E. Reclus (1), se considère comme différent du Lékh (Polonais) et du il/os/^aZ (Grand-Ru ssi en) comme formant une unité distincte entre la Pologne et la Russie.» Entre Petits et Grands Russiens les sympathies ne sont pas très vives, et généralement ils ne se désignent que par des sobriquets : le Grand-Russien est un bouc (Katzap) parce qu'il porte toute la barbe. Les croisements sont très rares ; aussi les deux peuples conservent-ils le type héréditaire qui

(1) E. Reglus, Nouv. Géogr. Générale, t. V.

permet de distinguer à première vue un Moscovite d'un Petit-Russien. Ce dernier est plus grand, moins lourd, plus intelligent bien que moins instruit; ce qui lui manque surtout c'est le sens pratique et l'esprit de suite. On compte aujourd'hui environ 20 millions de Petits-Russiens presque tous agriculteurs.

La race malo-russienne a fait son apparition dans l'histoire vers le milieu du IX<= siècle. A cette époque, les tribus slaves des Sévérianes et des Polianes essaient de se grouper en confédération autour de Kiev, berceau et centre de gravité de l'état Petit-Russien. Depuis lors elle a puissamment rayonné à l'est et au sud, sans toutefois jamais parvenir à constituer une unité politique solide et durable. C'est qu'en effet il est malaisé de créer un Etat sur un grand chemin : or la race malo-russienne a constamment vécu sur le grand chemin de steppes qu'ont sillonné pendant tant de siècles les envahisseurs asiatiques : Hongrois, Petchénègues, Koumanes, Turcs, Tartares, etc. Aussi ont-ils été tour à tour et à diverses reprises, suivant la marche des envahisseurs, refoulés vers le nord, ou entraînés vers l'occident. La puissante colonie ruthène d'outre-Karpathes remonte au X« siècle. L'invasion magyare les entraîna à sa suite, et, Jusqu'au XIV« siècle, les rois de Hongrie les attirèrent dans leurs Etats.

Le nom de Petite-Russie apparaît pour la première fois à la fin du XIII« siècle, et il s'applique à la Volhynie et à la Galicie; puis il devient l'appellation du Dnieper moyen ou de la Kiévie, berceau primitif de la race et centre de son rayonnement. Du X« au XV" siècle, pendant toute la période de son évolution occidentale, la race malo-russienne s'est heurtée.

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au nord et à l'ouest, à trois peuples qui l'ont soumise à leurs lois et incorporée à leur empire, les Hongrois, les Lithuaniens et les Polonais.

2. Les Cosaques. — Avec le XVI« siècle commence l'évolution orientale. Depuis l'invasion de la Grimée (1475), les plaines méridionales de la Slavie étaient devenues pour les Tartares musulmans un véritable territoire de chasse à l'esclave. Les hideux pourvoyeurs des harems et des bagnes de Stamboul traitaient, à cette époque, les populations des bords du Dniester, du Dnieper et du Don, comme les esclavagistes traitent aujourd'hui les populations des bords du Nyanza et du Tanganika, L'Orient slave s'émut au récit des atrocités commises sur terre chrétienne, au nom de l'Islam, et de toutes parts accoururent sur la frontière en péril de généreux chrétiens, résolus à protéger leurs coreligionnaires contre les incursions sauvages des bandits de Gonstantinople. Il en vint de la Lithuanie, de la Moscovie et de la Pologne.

Soutenus par leurs frères chrétiens du nord et de l'ouest, les Petits-Russiens, sous le nom de Cosaques, organisèrent la défense, et créèrent, sur la limite du monde slave, une sorte de république militaire, dont les frontières se déplaçaient suivant les changements des confins. Entre bandits musulmans et aventuriers chrétiens, s'engagea une lutte à mort, une guerre terrible sans trêve ni merci, qui dura plus de deux siècles. « L'Ukraine » c'est-à-dire, la « Région des limites, la Frontière, la Marche » avançait ou reculait, suivant les vicissitudes de la guerre et de la colonisation armée.

La nation des Cosaques faisait paître ses troupeaux, chassait et péchait dans les plaines ravagées de la

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Russie méridionale. « Leur sauvage liberté attirait autour d'eux, de Pologne et de Lithuanie, une multitude grossissante de paysans échappant à la servitude. » Au XVII» siècle, l'Ukraine pouvait ranger en ligne de bataille, au moins 120,000 guerriers. Les Zaporogues, véritable avant-garde de cette nation d'aventuriers et de soldats, rivalisaient d'audace et parfois de sauvagerie avec les défenseurs armés des frontières musulmanes. Entre les deux civilisations s'étendait une large zone de terres désolées, ruinées de fond en comble, désertes, traversée par les armées ennemies en temps de guerre, respectée, en temps de paix, comme une limite de mort, entre la Slavie et les Etats musulmans. Les traités de paix parlent de cette barrière. A la fin du XVII« siècle, elle avait 50.000 kil. car. Quand le Turc vaincu dut abandonner sans espoir de retour la Russie méridionale, l'Ukraine dilata ses frontières, au sud jusqu'à la mer Noire, à l'est jusqu'au Don. Un instant, au XVIIIe siècle, la race ukrainienne parvint à se soustraire à la domination polonaise, mais ce ne fut que pour tomber sous la domination moscovite. Sous prétexte d'échapper au roi de Pologne, les Cosaques implorèrent la protection du tsar de Russie.

Jamais donc, pas plus à l'époque de son expansion vers l'orient, qu'à l'époquo de ses migrations vers l'occident, la nation malo-russienne n'a pu constituer un Etat autonome durable. Depuis le partage de la Pologne, elle est coupée en deux. La Russie a pris pour elle l'Ukraine et la Volhynie ; l'Autriche garde provisoirement la Galicie et la Bukowine. Les trois millions de Petits-Russiens, que divers traités ont mis sous la domination de l'empereur d'Autriche-Hongrie, se tournent volontiers vers leurs frères, sujets du tsar, au nombre de dix-sept

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