SIXIÈME CONFERENCE
Monseigneur, Messieurs,
La vérité surnaturelle, c'est-à-dire inaccessible aux efforts de la raison laissée à elle-même, nous a été révélée par Notre Seigneur Jésus-Christ, en sa forme complète et définitive. De cette révélation, il est résulté une société des âmes, — un ensemble d'hommes vivant de la croyance et de l'espérance en Notre Seigneur Jésus-Christ. Cette société des âmes, qui a tous les caractères des sociétés véritables, a, comme elles aussi, pour principe de vie et d'action, une autorité d'origine divine, - — puisque l'autorité ne peut pas avoir d'autre origine, —
mais de caractère absolument particulier, infiniment plus relevé, et cpi'il nous faut étudier aujourd'hui.
Ainsi se ferme le cycle de nos études, — que j'appellerai volontiers préparatoires. Nous ne sommes point entrés dans l'intime de la question, puisque nous n'avons pas abordé la constitution et le gouvernement de l'Église enseignante. Ce que nous en avons dit toutefois a déjà pu vous indiquer la nature et l'étendue de l'autorité qui lui convient.
La multitude ne peut pas faire directement acte d'autorité : elle doit déléguer son autorité à des représentants qui deviennent ainsi la société réellement agissante et gouvernante.
L'Eglise suit les mêmes lois. Elle se fait représenter, comme toute autre société, par un corps, dans lequel son autorité se manifeste, vit, agit, et qui s'appelle du même nom qu'elle : l'Église enseignante et dirigeante.
Quels sont les caractères de l'autorité ainsi déléguée ? Nous le voyons du premier coup d'œil, les mêmes qui conviennent à l'Église : autorité d'une société spirituelle, universelle, d'origine et de mission divines, — par conséquent, d'action et de pouvoir absolument à part.
Nous allons le montrer dans une étude rapide, mais qui vous satisfera pleinement, jel'espère. Après l'exposé de la doctrine relative à l'autorité de l'Eglise, nous aborderons l'objection, qui est peut-être déjà dans vos esprits : « L'autorité de l'Eg-lise, avec les caractères que vous lui assignez, laisse-t-elle subsister l'autonomie des peuples et l'indépendance des gouvernemenls ? » Problème souvent posé et souvent résolu, mais qui reste la raison des différends, — des malentendus surtout, — qui divisent l'Église et l'État, dans les temps où nous vivons.
Tel est. Messieurs, le sujet de notre conférence. Je le traiterai aussi simplement que possible, afin de le rendre plus saisissant. Je compte, comme toujours, sur votre sympathie : mais je fais un appel spécial, permettez-moi de le dire, à votre parfaite loyauté !
Un seul mot suffit à caractériser l'autorité de l'Eglise enseignante : c'est une autorité suprême. Elle est au-dessus de toute autre, à toute la distance qui sépare la terre du ciel, l'homme de Dieu.
L'Église, en effet, est une société spirituelle, la société des âmes qui ont préoccupation de ce qui leur convient avant tout : la vérité surnaturelle. Par conséquent, celte société est au-dessus des autres, de toute la hauteur où l'àme se tient audessus du corps, — les intérêts de l'esprit au-dessus des intérêts matériels, — les intérêts éternels audessus des intérêts temporels. Dès lors cette affirmation s'impose : l'autorité, qui a pour objet la conservation et le développement d'intérêts essentiellement matériels et temporels, — ou si vous l'aimez mieux, surtout matériels et temporels, — est subordonnée à une autorité qui vise plutôt la vie intellectuelle et morale, sauvegarde et développe les intérêts de l'esprit ou de l'àme, atteint
l'éternité, au delà des temps, et l'immensité au delà de l'espace. A ce premier point de vue, l'autorité de l'Eglise est donc une autorité suprême.
Il y a mieux : l'autorité d'une société est proportionnelle, — dans son action, — à l'étendue et à la durée qu'elle comporte par sa notion même.
Or l'Eglise n'est point mesurée par les frontières d'un Etat, ou les limites d'un peuple : elle est riuunanité même, que Jésus-Christ est venu racheter et diviniser, par le sacritlce de la croix et l'enseignement de l'Evangile. Nul homme n'en est exclu ; tout homme au contraire y est appelé et, par ce fait seul, obligé d'en être. Elle a dès lors, sur toutes les sociétés, une supériorité manifeste.
Pour la durée, il en est de même. Elle précède tous les peuples dans l'existence : elle en a vu beaucoup mourir, elle en verra d'autres, et se promet de durer autant que l'humanité. Bien plus : parce qu'elle est la société des âmes, elle ne quitte le temps que pour entrer dans l'éternité. Les siècles de son avenir ne se nombrent point par les volumes des annales humaines, mais par les récils que Dieu se fait à lui-même de son existence et de son action : nouvelle raison, pour elle, de revendiquer une autorité suprême.
iSo AUTORITE DE L'EGLISE ENSEIGNANTE
Mieux encore. Ce caractère d'universalité ne lui convient pas seulement en ce que, — dans l'espace, la durée, le nombre, — elle prime les sociétés humaines; mais en ce qu'il n'y a pas, dans l'âme, un mouvement qui ne relève d'elle : car il n'y en a pas qui ne relève de l'autorité suprême de Dieu. Il n'y a pas de pensée qui ne dépende de la vérité pleine, qui est la vérité surnaturelle; pas un acte qui ne procède des lois de la morale suprême, qui est la morale surnaturelle ; pas d'autre fin à la vie de l'homme que celle fixée par Jésus-Christ. Il en résulte que l'âme est saisie, — depuis la sensation initiale jusqu'à la volonté pleinement réalisée, — par la direction de l'Eglise : à quoi jamais société humaine n'a pu prétendre. Le meilleur de mes pensées est étranger à toute direction humaine; le meilleur de mes affections s'y dérobe; le meilleur de mes volontés doit presque toujours s'en affranchir; le meilleur de ma vie a pour souci constant de lui échapper. Je ne puis pas en dire autant de l'Eglise. Elle vient s'asseoir au plus intime du foyer pour eu surveiller, oserai-je dire, les cendres où une étincelle va tout à l'heure se réveiller. Elle vient s'asseoir aussi au bord de la tombe, pour affirmer, ou plutôt pour effectuer mon entrée dans la véritable
AUTORITE DE L'EGLISE ENSEIGNANTE i8i
vie : elle a réglé tout ce qui est de mon action dans le temps, afin d'y assurer l'espérance de l'éternité. Par conséquent elle est, par l'autorité qui lui convient et doit répondre à sa nature, infiniment au-dessus des sociétés humaines, bien plus encore que le ciel au-dessus de la terre, — autant que moi, transformé par le sacrifice de Jésus-Christ et divinisé par les mérites de sa Rédemption, je suis au-dessus de l'homme uniquement soucieux de cultiver la terre et d'en manger les fruits.
C'est une autorité suprême, parce qu'elle est purement spirituelle et parce qu'elle est universelle : suprême aussi parce qu'elle est unique, en ce sens qu'elle incarne pleinement et immédiatement l'unique autorité qui s'impose à l'homme, celle de Dieu.
Toute autorité, avons-nous dit, est d'essence divine, et pour l'étabhr il nous a suffi de rappeler ce fait, que tous les hommes 'sont égaux par nature. Les inégalités de naissance et de ressources ne sauraient créer que des accidents ; elles ne modifient pas le fond des choses et la nature reste la même.
Or pour définir l'autorité qui devra régir la vie, ce n'est pas aux accidents, mais à la nature même, qu'il faut s'adresser, et, dès lors, il n'y a pour
i82 AUTORITE DE L'EGLISE ENSEIGNANTE
moi qu'une autorité acceptable : celle de Dieu, .l'en subirai qui paraissent venir des hommes, parce que niédiatement elles viennent aussi de Dieu ; mais si un homme, — en raison de sa force, de sa richesse, de sa noblesse, de ses fonctions, — se prétend mon supérieur, je m'incline avec les égards que réclame son âge, la sainte terreur que la force peut inspirer ou le respect dû à la supériorité de l'intelligence ; mais je ne reconnais nullement en lui de souveraineté. Je n'ai qu'un maître en ce monde : c'est Dieu, et — dans la mesure où Dieu se montre, — je me crois tenu à obéir. Mais alors à quelle hauteur ne monte pas l'autorité de l'Eglise, puisqu'elle est divine, comme toute autorité véritable, et à bien plus forte raison ! Celle qui agit sur les hommes, pour le service d'intérêts matériels et temporels est une autorité relative : celle de l'Église suppose la plénitude.
Voulez-vous me jjermettrc une comparaison ? L'épée, cju'elle soit aux mains d'un Napoléon ou d'un sergent de ville, est toujours l'épée ; mais celle du sergent de ville menace aussi bien le chien vagabond que la poitrine du révolutionnaire ou de l'assassin. Celle de Napoléon ne peut servir à ces besognes : elle frappe les coups de Marengo ou d'Austerlitz, et, pour se briser, il lui faut Walerloo.
AUTORITE DE L'EGLISE ENSEIGNANTE i83
Ainsi de l'autorité divine. Elle est participée, c'est vrai, en toutes les puissances régulières, — toujours sendjiable à soi-même, mais singulièrement différente dans les applications qui s'en peuvent faire. Lorsqu'il s'agit d'assurer avec le sabre la perception des impôts, ou de mettre à la tète du martyr la couronne éternelle, vous n'admettrez pas, je pense, ([ue les deux coups soient de même valeur et de même portée. Soyez logiques, et dites que l'autorité de l'Eglise, — en raison de la destinée qui lui est faite, des intérêts qu'elle sauvegarde, des progrès qu'elle assure, des revanches qu'elle prépare, des espéiances qu'elle doit couronner un jour, — est au-dessus des autres, autant que les inspirations du génie sont au-dessus d'une pensée vulgaire. L'autorité divine est là, plus divine que partout ailleurs : ou plutôt nous ne pouvons constater la divinité de l'autorité d'une façon qui frap[)e le premier regard, pénètre jusqu'au fond de l'âme, et fasse taire toutes les objections, qu'en la rencontrant dans l'Église enseignante.
Donc, en raison de ce qu'elle est spirituelle, universelle, et divine, l'autorité de l'Église plane au sommet des choses. Toutes les autres lui sont ce que pouvaient être les plus jeunes à l'aîné, lors-
i84 AUTORITE DE L'EGLISE ENSEIGNANTE
que l'organisation de la famille faisait une si large part au fils privilégié. Si nous ne sommes pas étonnés qu'on assigne, parmi les nations, la première place à la France, fille aînée de l'Eglise, il ne faut pas trouver étrange qu'entre les sociétés du passé et de l'avenir se lève cette fille aînée du cœur de Dieu, la sainte Eglise de Jésus-Christ.
Il semble, Messieurs, que je vous retiendrais inutilement au développement de cette pensée : Comment a"il-elle ? — Mais comme il convient à une pareille autorité : c'est-à-dire qu'il n'y a, dans le monde, ni une association, ni par conséquent un peuple, qui se puisse émanciper de l'autorité de l'Église. Elle les contient dans son étendue; elle les enferme dans sa durée ; dans son action, elle les pénètre ; toutes les pensées, toutes les volontés, tous les actes, trouvent en elle leur naturelle illumination et leur suprême régulatrice.
Je sais que cela froisse singulièrement l'orgueil humain, surtout dans le temps où nous sommes ! Être, parmi ses concitoyens, l'un des représentants de la puissance intellectuelle, — philosophique ou scientifique, — et devoir se dire que l'on dépend de l'Église, cela peut être dur. Messieurs ; mais il en faut passer par là ! Être revêtu de la dignité
i8G AUTORITÉ DE L'ÉGLISI-: ENSEIGNANTE
royale, impériale, ou de celle puissance populaire t|ui a la prétenlion d'effacer les autres, et se dire qu'il faut s'incliner devant l'Eglise, c'est dur; mais il en doit être ainsi !
Un homme, quel qu'il soit, est inférieur à l'humanité, qui n'a de représentation suffisante que dans l'Es^lise ; donc un homme, quel qu'il soit, est inférieur à l'Eglise. Il n'y pas de doctrine humaine qui puisse créer une autorité intellectuelle indépendante de la révélation : donc toute intelligence est soumise à l'autorité, qui ^arde et dévelop[)e la révélation, c'est-dire à l'Eglise. Il ny a pas d'autorité matérielle, qui ne soit soumise, par sa nature même, à une autorité d'ordre spirituel : donc les couronnes des princes, des rois, des empereurs, de quiconque représente l'autorité parmi les hommes, sont sujettes de l'autorité de l'Église. Finalement, il n'y a rien, dans l'humanité, qui ne soit sujet de Dieu; puisque Dieu a daigné se révéler de telle manière que la révélation continue de régir les intelligences et les volontés, par le ministère de son Église, et que l'autorité de l'Église est, dès lors, celle même de Dieu, il n'y a ni homme, ni association, ni peuple, qui puisse, — au nom de l'intelligence, du génie, de la naissance, de la richesse, de la force, — se mettre au-dessus de Jésus-Christ,
\isihle sur la terre, par la sainte Eglise catholique.
Il faut, en effet, bon gré mal gré, en venir à cette conclusion : l'Eglise n'est autre cliose que la continuation de Jésus-Christ à travers les siècles, et (juand même nous n'aurions pas à lui assigner, — comme à une société exceptionnelle, — les caractères que nous avons indiqués, il faudrait encore, — ne fût-elle plus qu'une poignée d'hommes redescendue aux catacombes, et portât-elle la tète du dernier de ses pontifes à l'échafaud, — dire qu'elle est l'autorité par excellence, ou plutôt qu'elle est la seule autorité, devant laquelle il con\ienne aux hommes de s'incliner.
Je puis vous étonjier, Messieurs, mais laissezmoi épancher mon âme et essayer de réveiller la V Jtre, endormie peut-être dans l'oubli de ces grandes pensées.
C'est la gloire de la vérité et de la raison, c'est la gloire de la conscience humaine, d-'avoir à s'incliner seulement devant une autorité si haute. Je suis une âme dans une chair, un être pour qui les siècles de l'éternité et les profondeurs de l'immensité sont la seule durée et la seule étendue qui lui conviennent : et, dans la prison qui s'appelle ma chair, je demande que les murs en soient démolis au plus vite, « Ciipio dissolvi, » afin d'aller à
t88 AUTORITÉ DE L'ÉGLISE ENSEIGNANTE
Jésus-Christ, aux côtés duquel je serai dans la vie qui me convient.
Or les autorités et les sociétés de la terre me parlent sans cesse de progrès matériel, d'utilisation du jour présent ; elles ne parlent jamais, eu fin de compte, que de rester dans la prison de la chair, et vous voulez que je ne me tourne pas vers l'autorité qui parle à mon àme, m'ouvre les horizons et m'assure la durée qui conviennent à mon âme! Vous voulez que je courtise une autorité qui naît d'une révolution et disparaîtra dans une révolte, ou se prétend héritière de parchemins qu'un arrêt de Parlement déchire ! Vous voulez que telle soit l'idole, à qui je porte mes adorations! Arrière, Messieurs! Je suis un homme, c'est-à-dire surtout une àme : par elle, j'habite les régions de l'esprit, qui sont le vestibule des clartés surnaturelles; mon trône, à moi, est au ciel, et l'autorité qui me guide en ce chemin, m'ouvre cette porte, m'assied sur ce trône, est la seule devant qui je m'incline. Faites venir maintenant vos policiers et vos gendarmes; ouvrez-moi vos prisons et dressez pour moi vos échafauds ; qu'est-ce que cela me peut faire? Vous n'aurez pas touché à ce qui est vraiment moi, et ce moi garde le droit de ne s'incliner que devant une autorité souveraine. Ma conscience se renferme
AUTORITE DE L'EGLISE ENSEIGNANTE i8v)
en l'Église comme eu un sanctuaire ; la dignité de ma vie s'abrite derrière l'Eglise devenue son rempart; et quand vous avez, vous, baisé les pieds de vos idoles plus ou moins ridicules, et offert votre encens à toutes les monstruosités que l'homme érige en divinités, quitte à les briser demain, vous m'accusez d'être en retard, de rétrécir mon esprit et de le ramener aux iu-pace gotliiques ! Soit, Messieurs! vantez votre intelligence et votre liberté! Moi, je prends pied sur les siècles passés, et m'élance, pardessus vos têtes, dans les régions sereines de la vérité, de la liberté et de l'éternel avenir !
Ainsi^ nous avons constaté dans FEglise une autorité à laquelle conviennent les titres de suprême et d'unique, dans le cercle de son action. Vous plaîtil maintenant rechercher ce que vaut l'objeclion qui trouble tant d'esprits : — « Comment se fait-il qu'avec une pareille autorité les sociétés puissent encore être autonomes et leur gouvernement rester indépendant? »
in
Pour résoudre cette difficulté, insoluble d'apparence, il suffit de disting-uer entre les principes sociaux elles formes sociales, — les fondements des sociétés et les accidents de leur vie.
S'il s'agit des principes sociaux, vous voudrez bien me permettre de dire que l'Eg-lise en a la surveillance et en assure la conservation. En effet, pouvez-vous concevoir deux vérités et deux morales? Evidemment non. — En pratique, malheurensemcntjil en est souvent ainsi; mais il y a un abîme de cette pratique à la vérité et à la justice, et rien ne peut la légitimer devant la raison. Ce qui est vrai pour un homme, l'est aussi pour l'ensemble des hommes : ce qui est vrai ou faux, à l'heure présente, l'est en soi, à toutes les heures; ce qui est vrai ou faux, dails ma vie personnelle, doit l'être en toute vie raisonnable. Dès lors, ce qui est vrai ou faux dans la vie privée, est vrai ou faux dans
AUrORITt; DE L'EGLISE ENSEIGNANTE nji
la vie sociale. Si je ne puis vous voler cinq fi ancs sans relever des tribunaux, vous est-il possible de toucher à mon bien, tout moine que je sois, sans que j'aie le droit d'y recourir également? En pratique moderne, peut-être oui : mais en bonne juslice, non pas! Tout principe de vérité et de morale, dès qu'il est formulé, entre dans l'intelligence et la conscience humaines, avec un droit à réçner, que ni le temps ni les passions ne pourront all'aiblir.
On objecte les nécessités de la vie sociale, que l'on dit de nature particulière. Laissez-moi rectifier. Il y a, dans ma vie, des heures où je suis réduit à ne pas appliquer certains principes, parce que leur application ne peut être tentée, sans devenir dangereuse et parfois mortelle : mais ce n'est pas sacrifier un principe que d'en retarder l'application. Pour être réservé, il n'a rien perdu de son autorité, cl lorsque les circonstances qui en ont empêché l'action auront changé, il en retrouvera la plénitude. — De même dans la vie des peuples.— La guerre menace les intérêts nationaux: il faut, pour la faire, disposer de la vie, des biens, presque de l'honneur des citoyens. Le principe applicable aux circonstances actuelles est autre que ceux de la vie ordinaire. Je comprends sans peine
qu'une réquisition m'enlève mon bien, atteig'ne ma personne et même, en certains cas, me commande (le sacrifier, en apparence, mon honneur 1 Est-ce à dire que je ne puisse, au retour de la paix, réclamer la restitution du bien qu'on m'a pris^ pour le service du pays, durant la guerre ? Mais c'est absurde! J'ai droit à des compensations, pour ma fortune ébranlée, et pour mes membres mutilés! Si même jai dû donner ma vie, j'ai droit au moins f[ue mon nom gravé sur une pierre atteste le prix du sacrifice et la grandeur de l'abdication ! Surtout si mon honneur a été un instant compromis, j'ai droit à sa réparation, dans la glorification du service rendu. Le principe, un instant réservé, est resté intact et reprend la plénitude de son action. Il n'y a donc paslieu de sul)stituer à la morale dite individuelle une autre morale dite sociale, à l'usage des peuples et de leurs gouvernements : ce serait le renversement du bon sens et de la conscience. L'honneur des "Sociétés repose sur les mêmes fondements que l'honneur privé ; elles vivent et prospèrent dans la même atmosphère qui fait la vitalité des âmes. Si nous admettons que l'Eglise a le droit de surveiller les développements de la vérité et de la justice dans la vie privée, la conclusion sera donc que nous ne pouvons lui refuser le même
AUTORITÉ DE L'ÉGLISE ENSEIGNANTE igS
droit, ([iianJ il s'aj^il de la vie sociale. Si je professe une erreur, vous trouverez naturel que les foudres de l'Eglise me frappent. La mè'me erreur est professée par un de ceux qui représentent l'enseig-ncment officiel, — national, comme l'on dit, puisque tout parti au pouvoir s'appelle le peuple ou la nation : — trouvez-vous raisonnable qu'il échappe à la foudre? Il serait donc permis de professer le mensonge, parce qu'au lieu d'être moine on serait agrégé, et que, dans une chaire officielle, on parlerait un langage agréable aux puissants, déjà payé de toutes les faveurs ? Au simple citoyen il n'esl rien permis d'immoral : conviendra-t-il de l'être au magistrat, môme suprême; elle coup de fouet, qui châtie les immoralités individuelles, ne sauraitil atteindre ceux dont le devoir, par leur élévation même, est de représenter la perfection de la vie sociale ?
Parlerons-nous autrement des peuples, — qui s'affolent comme les individus, bien plus facilement encore, — car les multitudes s'affolent quasi par le seul fait qu'elles sont réunies? Leur accorderons-nous le droit d'être absurdes ou immondes, sans que personne ait celui de le leur reprocher? Evidemment n(5n. Messieurs. Au-dessus des peuples, il y a l'humanité, — et pour régir l'humanité, il y a l'Eglise :
ig/j AUTOUITÉ DE LEGLISE ENSEIGNANTE
et l'on ne peut demander à l'Ég-lise de se taire, uniquement parce qu'il plaît à un peuple de déraisonner ou de s'avilir. Vous prétendez alors que la liberté des peuples et des gouvernements va disparaître : pourquoi, s'il vous plaît ? Les anciens disaient : Siib lerje libertas. C'est la loi acceptée qui fait la véritable liberté. Je dis : la loi, et non la fantaisie des partis qui triomphent momentanément, avec leurs préjugés et leurs passions si prompts à se satisfaire; je dis la vérité pratique, qui n'est finalement autre chose que la volonté de Dieu, puisqu'il n'y a pas réellement d'autre vérité pratique. Ailleurs en etl'et je trouve la licence, le prétendu droit de tout faire jusqu'au jour où la tyrannie, tille de la licence, vient interdire toute spontanéité. Celte liberté-là ne me tente pas, je l'avoue, et j'aime à croire qu'elle ne tente pas beaucoup d'entre vous. — « La liberté est le droit de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui », disait la Déclaration des droits de l'homme : mais ce qui nuit à autrui, c'est l'enseignement de l'erreur, l'insinuation d'une mauvaise pensée, l'exemple corrupteur, — c'est ce qui dégrade l'àme d'une façon quelconque ; et puisque la vérité et la justice procèdent de la volonté de Dieu, manifestée dans la révélation , il n'y a pas de liberté, même suivant la
AUTORITE DE L'ÉGLISE ENSEIGNANTE igS
Déclaration des droits de riionime, en dehors de l'autorité reconnue de l'Eçlise.
Les peuples et les gouvernements ne sont pas |)lus que les individus obligés de faire des sottises; s'ils ne s'engagent pas et surtout ne s'obstinent pas volontairement dans l'erreur, l'Eglise ne les gênera pas! Tout au contraire, comme l'histoire Fa cent lois démontré.
Reste la question des formes sociales. — Parlons clairement, Messieurs : c'est surtout cela qui vous intéresse. Car, pour dire les choses comme elles sont, on a pu, — eu toute occasion, — insulter Dieu, Jésus-Christ, l'Eglise, sans vous trop l'-mouvoir. — Je ne le dis pas pour les catholiques: mais il n'y a [las ici que des catholiques. — On a pu insulter la morale, même naturelle, de façon tellement odieuse qu'on ose à peine se dire Français à l'étranger, et l'on n'a pas trop crié, — sinon pour railler les honnêtes gens qui se hasardaient à demander un peu de propreté dans la rue et un peu de décence dans les écrits et les discours. Chez nous, on peut jeter à la Seine, ou mieux à l'égout, les choses les plus saintes, sans nous exaspérer ; mais si, par malheur, on s'avise de toucher à certaines étiquettes, nous devenons irréconciliables !
i06 AUTORITE DE J.'EGLISE ENSEIGNANTE
Monlaignc a écrit notre histoire depuis longtemps: (( Il y a, dit-il, dans la vie des peuples, des heures où l'on peut tout changer, même les constitutions. Il y en a d'autres, où il ne faut pas essayer de changer les enseignes ». — Nous sommes à cette dernière heure. Messieurs. Que les principes aillent où ils voudront; mais ne touchez pas aux enseignes.'... C'est la grande difficulté entre vous et l'Église !
Eh bien ! je vais vous mettre du baume au cœur : l'Eglise se soucie de vos enseignes et de vos étiquettes à peu près autant que je me soucie du berceau où j'ai dormi mon jiremier sommeil. Mettez bien cela dans votre esprit : l'Église, à l'endroit des formes sociales, professe la plus complète indifférence, le plus absolu scepticisme, — dirais-je — s'il m'était permis de pailer d'elle en termes qui ne parussent pas suffisamment respectueux. Elle admet, à ce point de vue, la même liberté que nous constations, tout récemment, dans l'ordre scientifique, et laisse les peuples faire d'eux-mêmes ce qui leur convient. Rappelez-vous ce que nous disions en commençant ces études. L'autorité est nécessaire aux peuples comme l'âme est nécessaire à l'homme : c'est le principe vital, le principe de conservation, d'expansion, de progrès,
de grandeur ; rjiielle forme revêt l'autorité, c'est une question tout à fait différente.
Nous avons tous la même âme, et par suite la même raison ; mais la raison est diverse comme nous-mêmes, dans ses manifestations légitimes, suivant les périodes de notre vie. Ce qui l'impressionnait à une heure donnée ne l'émeut plus à une autre. Le progrès, en élargissant les horizons, change nécessairement les points de vue et les conclusions. — rt L'homme , a-t-on dit quelquefois, ne peut, à vingt ans, revêtir le vêtement qu'il portait à dix, et ne garde pas en hiver le même habit qu'il portait en été ». De même des peuples. Une société en se développant n'est pas fatalement obligée de conserver les mêmes façons d'être qu'elle acceptait raisonnablement à son point de départ : c'est un principe indiscutable. Suivant saint Thomas d'Aquin, le gouvernement doit être en rapport avec le tempérament national, qui se manifeste en des aspirations variables, suivant les besoins; — et l'on conroit, dès lors, parfaitement des formes différentes et des modifications dans le gouvernement, soit au moment de son choix, soit au cours de l'évolution sociale. Si un gouvernement reste conforme au tempérament
national et aux aspirations légitimes du moment où on l'éluilie, il est national, et par conséquent, légitime (i). — Évidemment, ceci, Messieurs, peut ne pas cadrer avec certaines idées, je le sais. Mais je ne puis prendre des idées quelconques pour vous enseigner, suivant mon mandat et ma conscience : je dois d'abord m'en tenir au bon sens.
Tel peuple, — à l'heure où il délègue l'autorité qui est en lui de droit divin, — croit conforme à son tempérament et par conséquent à ses besoins, de préférer la forme républicaine; il a raison de la choisir. Un autre croit, au contraire, que la forme monarchique s'adapte mieuxà son tempérament et à ses besoins ; il fait très bien de la préférer. L'Eglise le constate et s'incline. Elle a vécu, à travers les siècles, en bons rapports avec tous les régimes, — la république de Venise, la monarchie française, le Saint-Empire allemand. Jamais, ni peu ni beaucoup, elle n'a eu de difficultés avec ces diverses formes de société, en raison de ce qu'elles étaient : c'est un fait incontestalile.
Mais, dites-vous : ci La forme une fois choisie, comment l'Église va-l-elle s'en tirer? » Eh ! mon Dieu, Messieurs, comme vous vous tirez vous-mêmes d'affaire avec les hommes et les circonstances.
(i) De re^iniine principum, el Comment, polit. Arist., passim.
AITORITE DE L'EGLISE ENSEIGNANTE ir,,,
Vous n'êtes pas chargés rrincliquer aux gens la forme en laquelle leur activité doit se produire et, s'il leur plaîl, aune heure quelconque, de changer la forme en laquelle le travail exprime leur activité, est-ce votre affaire? Vous pourrez avoir des préférences pour telle ou telle forme d'actis'ité ; vous pourrez, par conséquent, regretter que'tel de vos amis ait suivi une route plutôt qu'une autre et eu ait encore changé à telle bifurcation ; mais votre droit est-il de l'empêcher de suivre la droite ou la gauche? Non. L'Eglise ne se reconnaît pas davantage ce droit. Vous pouvez dire de votre ami, que vous regrettez son choix ; apprécier les influences qui ont agi sur lui, cl les trouver déplorables ; vous pouvez au besoin le dire à lui-même, encore que ce soit rarement utile : TEglise fait comme vous.
Lorsque Léon XIII. — ce pontife que je n'ose trop louer, parce qu'il est vivant, — que je ne placerai pas au-dessus de ses prédécesseurs, parce qu'à l'histoire seule il convient de porter de pareils jugements, — mais que votre admiration et la mienne mettent au premier rang des intelligences qui ont éclairé l'humanité, — lorsque Léon XIII a fait connaître aux catholiques de France la ligne de conduite ([u'il jugeait plus sage, vous sa'.'ez comment il parlait des agitations sociales: « Ces mutations pro-
cèdent presque toujours de mouvements, dont il est difficile de saisir le motif et dont il est permis quelquefois de suspecter la moralité »(i). — L'Église n'approuve donc pas â priori les agitations plus ou moins raisonnées ou passionnées des peuples et ce qui en procède : elle réserve sa pensée sur l'opportunité ou la sagesse de ces mouvemenls et de leurs consécpiences. Quand elle a donné sa décision sur le principe, elle n'a pas entendu toucher au fait, et n'y a pas louché. Peut-elle empêcher que les peuples aient changé ? Non. Peut-elle leur contester le droit de prononcer sur eux-mêmes? Non. Elle peut, — comme vous le pouvez vous-mêmes, — déclarer qu'il y a tout au moins discussion acceptable sur le moment, la forme, l'étendue du mouvement ; quant au droit, elle ne le met pas en discussion. Elle vous le laisse intact ; à vous de choisir en toute indépendance la forme que votre vie sociale entend revêtir. Elle ne demande aux pouvoirs de la terre que le libre passage, suivant la parole de Bossuet(2); elle a pour ennemis ceux qui lui barrent la route et pour amis ceux qui lui tendent la main.
Franchement,, elle a bien raison :car il faut avouer
(i) Encyclique du iG février 181)2.
(2) III" Sermon pour le dimanche des Rameaux
que les amitiés des puissants lui sont quelquefois plus périlleuses que leurs antipathies. Trop souvent elle pourrait dire: « Dans combien de circonstances ai-je tiré meilleur parti des hostilités que des prétendus services ! » Le tort des autorités humaines vis-à-vis d'elle a toujours été de prétendre à la première place. En l'appuyant, elles ne peuvent se défendre de se croire supérieures à elle, — et encore que leur cliente soit la reine de l'humanité, — par cela seul qu'elles l'aident momentanément, elles prétendent la dominer.
L'Eglise ne l'entend pas ainsi : elle veut le libre passaçe. Quiconque l'aide loyalement peut compter sur elle; quiconque lui barre le chemin devient un ennemi qu'elle écarte. Si vous lui trouvez dans l'histoire des sympathies pour certains régimes, comme vous le lui jetez à la face avec beaucoup plus d'empressement que de sagesse, pouvez-vous lui reprocher d'avoir été reconnaissante des services rendus ? Refusez-vous un sourire à la bienveillance? Vous imposez-vous d'être ingrats? S'il vous plaît de l'être, l'Eglise ne fera pas de même. Cette reconnaissance n'en fait pas toutefois une servante, et jamais elle n'a consenti à rendre hommagelige à qui que ce soit. Elle n'a de suzerain que Dieu et n'entend pas en avoir d'autre. Qu'on le trouve
20L. AUTORITE DE L'EGLISK EXSKKiXANTE
déplaisant, elle en a peu souci et passe tranquille. Si quelques-uns des siens se sont montrés empressés à plier le i^enoii, ils ne l'ont jamais représentée. Celui-là, qui seul incarne l'Eglise, permettez-moi l'expression, s'est réservé le droit de répondre à qui lui reprochait de chançer : « Ce qui change, ce n'est pas l'Eglise, mais l'humanité. L'Eglise, qui a toujours eu pour mission et pour gloire de servir riiunianité, doit tenir compte des changements survenus dans l'humanité pour déterminer le caractère de ses services. Mais elle ne change pas dans sa mission, ni dans la manière de la comprendre (i). »
Concluons, Messieurs. Vous pouvez être, à votre gré, tout ce qu'il vous plaira en politique : l'Eglise ne vous l'interdit pas. Elle ^ous demande purement et simplement de ne pas entraver la marche de l'humanité. Elle trouve très légitime que vous aspiriez vers un autre avenir, à la condition, toutefois, qu'au nom de a^os idées personnelles vous ne mettiez pas obstacle à la paix, sans laquelle il n'v a pas de vie possible pour les individus et les peuples. Etes-vous en mesure de faire quelque chose il'iUile au bien public"? Faites-le. Si vous n'avez (pie
i) Cf. Lettre de Léon XIII .111 cardinal Pilra.
AITOrUTE DE L'EGLISE ENSEIGNANTE 2i)3
des regrets ou des espérances à proposer, gardez-les pour vous! L'Église vous permet de pleurer sur les ruines, et vous n'aurez jamais dans les yeux les larmes de tendresse, de reconnaissance et de pitié qu'elle a versées sur elles; mais la vie ne peut se passer à pleurer sur des ruines. Bon gré mal gré, il faut passer outre : les ruines ne sont pas plus un pont pour le progrès qu'un rempart contre les attaques alla vérité et à la justice. S'il peut venir un jour où, de ces ruines, se relève un palais pour abriter encore une fois la majesté de la patrie, très bien! L'Eglise applaudira; mais en attendant, permettez-lui, si vous n'avez qu'une tente à lui offrir, d'y abriter l'humanité. Les cliàteaux en Espagne n'ont jamais valu, pour les individus et pour les peuples, le gourbi de l'Arabe ou la butte du Lapon.
Telle est, Messieurs, la politique de l'Eulise ; il n'y en a pas d'autre, et tous les discours contraires n'y feront rien. Elle ne s'occupe pas des formes sociales, que les peuples modifient à leur gré. Leur union à l'Église peut leur valoir, de sa part, des observations auxquelles elle n'a jamais manqué quand elle les a crues utiles ; mais ces observations n'atteignent pas le fond même du droit, et par conséquent laissent subsister le pouvoir de
2o4 ALTORITE DE L'EGLISE ENSEIGNANTE
gouverner, siiivant leur tempérament et les circonstances, le développement de leur vie. Tant qu'ils n'attaquent pas la vérité et la morale confiées à sa garde et n'essayent pas de lui interdire l'entraînement de l'humanité vers ses destinées supérieures, elle s'incline devant leurs décisions ; elle bénit leurs drapeaux quelles qu'en soient les couleurs, et laisse à Dieu le soin de fixer, suivant qu'il lui convient, les destinées des conslitutions nouvelles.
Pas plus qu'elle ne gène les peuples dans leurs préférences, elle ne ifène les gouvei'nements dans leur action, à moins qu'ils n'aient aussi la prétention d'altérer la vérité et la justice. Alors elle se met en travers : uNon licet ! Ce n'est pas permis ! » Les rois de France, les empereurs d'Allemagne, les podestats italiens, ont entendu ce Non licet ! Certes, ce n'a pas été sans inconvénient pour l'Église. Depuis Grégoire ^ II disant, à Salerne : « J'ai aimé la justice et détesté l'iniquité : c'est la raison pour laquelle je meurs en exil », justju'à Léon XIII, prisonnier au Vatican, — les papes savent ce qu'il en coûte de défendre le droit. S'il ne s'agissait que d'une obscure personnalité, le monde lui pardonnerait peut-être ! Mais elle, l'épouse de Jésus- Christ, la reine de l'humanité, la mère des siècles, oser dire à ces tyranneaux odieux et ridicules qu'ils
AUTORITE DE L'EGETSE ENSEIGNANTE 2o5
se sont fourvoyés : allons donc, ce ne peut être toléré ! — L'Eçlise n'en crie pas moins : Non licet ! Eussiez-vous au manteau les abeilles de Charleniat^ne ou les lys de Louis XIV : Xim licet l Vous pourrez décréter, s'il vous plaît, Messieurs, par vous-mêmes ou par ceux qui expriment votre opinion, qu'elle a tort : Non licet ! — Elle n'a point à fléchir le genou devant une individualité ni devant un peuple, et l'humanité faite à son image s'incline devant le seul roi qu'elle reconnaisse, c'est-à-dire Jésus-Christ. Fils de cette humanité, moi aussi, je plie le genou devant lui seul ; jolfre à lui seul mon obéissance et mon service, et j'attends de lui seul la réconq^ense promise à ma fidélité. Comme l'Église, ma mère, j'oublie les intérêts qui n'ont d'action et de prix que dans le temps : et, l'œil fixé sur le Maître qui m'ouvre l'éternité, je lui dis avec elle : « Vous êtes le seul que je veuille servir »; et si les hommes disent : « Nous n'avons d'autre roi que César », je leur réponds : « Je n'ai pas d'autre roi que Dieu. »
Ainsi, Messiears, se ferme le cercle de nos études au point de vue doctrinal. Mais il va se rouvrir au point de vue prati(}ue et, dans la semaine qui
2uO AUTORITE DE L'EGLISE ENSEIGNANTE
commence, nous mettrons en application les doctrines que nous avons exposées. Votre empressement, je l'espère, sera le même : votre sympathie continuera de me soutenir, et, voyant en vous le fruit de mes efforts, j'aurai à vous dire le merci du prêtre qui attend, de Jésus-Christ le seul prix convenable des âmes qu'il lui amène, c'est-à-dire le salut de son ànie à lui-même.
RETRAITE PASCALE
RETRAITE PASCALE