MARDI SAINT
De ce que Dieu a daigné se révéler et qu'il a renfermé la science de cette manifestation dans la doctrine de l'Eglise catholique, il résulte pour nous roblig^alion de rechercher la connaissance de cette doctrine. Il serait inadmissible que Dieu se iVit manifesté, et que l'homme ne diit pas profiter de cette manifestation. Il le serait aussi que la doctrine de cette révélation fût conservée par le ministère d'une société expressément créée pour elle, et que l'homme n'eût pas obligation de s'«nquérir de cette doctrine et d'en acquérir la connaissance aussi complète et aussi exacte qu'il peut l'avoir. Donc il y a, pour nous, une obligation stricte d'étudier la doctrine catholique et d'en avoir, non pas la demi-science — qui est une injure pour la
vérité et pour la raison, — mais la connaissance exacte et complète autant que les circonstances le permettent.
Faisons un pas. Comment faut-il étudier? Peutêtre vous semble-t-il que je vous retiens à des considérations par trop élémentaires? Non, Messieurs: si vous voulez examiner sérieusement avec moi la question, vous verrez qu'il est bon de s'y arrêter.
Trois mots, qui définissent mon sujet, suffiront certainement à exciter en vous l'attention, dont j'ai besoin pour son développement. Il faut étudier avec gravité, avec loyauté, avec générosité : trois mots qui vous sont familiers, dont le sens vous est clair, et dont vous ne craignez pas l'application à vos actes. Nous allons y rélléciiir ensemble.
Je dis, Messieurs, (ju'il faut étudier avec gravité ou avec sérieux. L'esprit traitant légèrement des idées légères pourra n'être pas jugé trop sévèrement, à condition qu'il n'ait aucune prétention au sérieux de la vie intellectuelle. Mais il est ridicule de viser à des connaissances sérieuses, sans mettre, dans l'effort que l'on fait pour y atteindre, la gravité qu'elles supposent nécessairement* On ne pénètre pas une idée, sans attention, sans suite et sans persév('rance : surtout quand il s'a-
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i,''it de ce qu'il y a de plus relevé en fait de connaissance, c'est-à-dire de Dieu parlant de soi-même, révélant sa nature, sa vie intime, ses desseins, ses œuvres, au premier rang- desquelles nous sommes, comme objets suprêmes des préoccupalions divines ; — quand il s'agit de nous, de notre nature, de notre activité ici-bas, de la fin de celte activité, de l'ensemble de rapports qui ex'stent entre notre principe qui est Dieu, et notre fin qui ne peut être que Lui; — quand il s'agit, par conséquent, de ce qu'il y a de plus sublime comme conception, de plus profond comme doctrine, de plus eifrayant comme conséquence, pouvons-nous traiter légèrement cette étude ! Comprenez-vous qu'un esprit respectueux de soi-même aborde un pareil sujet avec légèreté? Non. La gravité est de tcute nécessité dans la manière de concevoir l'étude de la vérité catholique, et de s'y appliquer. Or, la gravité suppose l'attention, la suite et la persévérance.
L'attention est ce regard de l'esprit qui couve pour ainsi dire la pensée, la circonscrit, et cherche à la pénétrer jusqu'au fond; non pas un regard qui glisse à la surface, comme le vol du papillon passant sur toutes les fleurs sans se fixer à aucune, mais vraiment le repos de l'esprit en l'objet qu'il a choisi, dont il rêve la pénétration et l'exploitation.
aussi complètes que possible. Telle est la première qualité d'une véritable étude.
Elle serait de peu de valeur, sans la suite dans les efl'orts. Le papillon voltig-e de fleur en fleur, sans itinéraire ni plan qui lui fasse prendre à l'une sa sève, à l'autre son parfum. D'un vol capricieux, il aborde tout et ne s'arrête nulle part ; il va, revient, repart encore, touche cent fois la même corolle, sans jamais l'épuiser. A côté, l'abeille, humble ouvrière vêtue de coideur sombre, qui semble à peine avoir des ailes, s'en va aussi de fleur en fleur, mais avec méthode, les sondant jusqu'au fond de leur calice, y prenant ce qui composera son miel et ne passant à la seconde que pour compléter l'emprunt fait à la première. Celle-ci nous la disions industrieuse et productive; son brillant rival ne mérite pas une pareille louang^e. Toucher à tout sans ordre et sans suite, c'est peut-être se donner des jouissances, — dont je ne veux pas médire, parce qu'il est toujours agréable de toucher à la vérité; — mais ce n'est pas de cette joie que nous devons avoir le désir, joie d'enfants, vite fatigués de ce qui les a séduits un instant. Il en arrive souvent de même aux hommes, qui ont la prétention d'étudier sans méthode. Leurs efl'orts ne s'enchaînent pas, et ne produisent rien de réel: lorsqu'on vient
à regarder de près cet esprit, dans lequel ils paraissent avoir entassé tant de connaissances, on trouve, — comme on a dit justement, — une bibliotiièque dont les livres gisent pèle-mcle sur le sol : des éléments de connaissances, nulle connaissance achevée. Impossible à eux-mêmes de s'y retrouver.
Nous savons vraiment. Messieurs, ce <[ue nous avons appris dans la patience que la suite impose; et parfois, combien cela coule! Voyez les enfants! Ils sont curieux : et ne demandent pas mieux que d'apprendre beaucoup de choses! Oui, mais à la condition que, suivant leur caprice, ils passeront de la grammaire à peine ouverte et sitôt refermée, à l'histoire, à la géograpliie, aux fables, qu'ils traiteront de la même manière. Ils se lassent vile de l'élude, parce qu'ils n'en peuvent avoir le goût, n'y trouvant pas de profit immédiat. L'homme traite souvent la vérité religieuse de la même façon. Il lit, écoule, consulte, médite, affirme-t-il;et que retiret-il de tout cela? Rien! lia sauté, du sermon qu'il venait d'entendre, à la I\evue dans laquelle il croyait trouver une meilleure lumière, sans plus s'y atU> clier qu'à la parole du prêtre. Rien, absolument "rien comme résultats : c'est de la suite et de l'enchaînement qu'il faut les attendre.
Joigrtons-y naturellement la persévérance. Il
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faul du teniiis à tout, Messieurs. Si je vous disais qu'on peut savoir une langue étrang-ère, l'histoire de son pays, ou les malhématiques transcendantes, sans y avoir mis du teinps, aous ririez à l»on droit : et pourtant, vous commettez la faute de croire e( de dire que la vérité religieuse réclame un cou[> d'œil simplement, ■ — quelques heures, mettons quelques jours, — et c'est assez. Des autres sciences, dès qu'elles sont de caractère plus lelevé et de portée plus considérable, vous dites : (( C'est l'étude de toute une vie ». Or, ceux-là, qui ont vraiment l'ait leur vie de l'étude, affii'ment que l'existence s'achève au moment oi"! l'on commence à savoir comment il convient d'étudier. Le nouveau bachelier se croit savant ; l'examinateur qui lui a donné son titre déclare, en le lui conférant, qu'il le juge en état de commencer à apprendre. Eh bien ! c'est le contraire, le plus souvent, qui est dans nos convictions, lorsqu'il s'agit de la doctrine catholique : le peu (pi'on a appris au catéchisme se grossit du peu qu'y ajoute le collège, (si tant est que le collège ajoute quelque chose), et puis c'est fini! En admettant de quelques-uns qu'ils veuillent encore faire à la vérité surnaturelle l'honneur d'y revenir, ils procèdent comme nous le disions tout à l'heure : un article de Revue par ci, un sermon
par là, une convcrsalion de liasard avec un prêlre par ailleurs, voilà tout. Cependant, Messieurs, cst-il un moment dans la vie où notre amené soit le sanctuaire naturel de la vérité révélée? Non. Est-il un moment dans la vie, où vous ne la sentiez engagée en cette double lutte, qui naît des attaques du dehors et s'aggrave des révoltes du dedans? Non. Est-il un moment dans la vie, où nous cessions d'être sous l'œil et dans la main de Dieu, et où nous ne devions y penser ? Non. Quelles doivent donc être l'étude et la science de toute la vie, sinon celles de la vérité surnaturelle? On peut, un jour venu, cesser de s'occuper de mathématiques, de philosophie, d'affaires; mais est-on jamais arrivé à la perfection qui convient à l'homme suivant la vérité révélée, et dès lors, au terme où il convient d'en cesser l'étude et d'en croire la science achevée? Non, mille fois non ! Les plus avancés dans la connaissance ont tout au plus le droit de se dire capables d'y pénétrer au gré de leur désir; car devant la vérité surnaturelle, c'est-à-dire devant l'abîme, il n'y a pas de possession suffisante ni de science achevée, — mais seulement l'espérance justifiée de la connaissance exacte, à condition de continuer l'étude. Donc, Messieurs, au lieu de vous référer aux années lointaines, où vous avez appris un peu de
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catéchisme , et à ces réveils fugitifs de connaissance, qui viennent d'une lecture ou d'une audition, faites à la vérité l'honneur d'une considération attentive, suivie, persistante, jusqu'à ce que la lumière éclaire vraiment les points douteux de votre esprit. Dieu ne se refuse pas à ceux qui le cherchent, comme il convient de le chercher.
La seconde qualité de notre élude, — je vais peutêtre vous étonner en la rappelant, — c'est la loyauté. Est-il donc possible de n'être pas loyal en étudiant"? Oui, très possible : d'autant plus que le résultat de l'élude peut devenir plus gênant. On a souvent dit, et je le répète volontiers, que la raison et la vérité sont faites l'une pour l'autre ; — que la raison obéit à une attraction naturelle vers la vérité, qui paraît s'empresser de descendre vers l'intelligence. C'est toujours vrai de la vérité, presque jamais de la raison. Si la vérité ne gênait pas l'orgueil et la sensualité, les choses iraient tout droit! Mais dès que l'àme soupçonne, en l'objet de son étude, une gêne pour sa vanité ou sa mollesse, elle se tient en défiance. Les petits enfants, dès qu'on ouvre le syllabaire, se mettent en garde : voici l'ennemi ! Ils y devinent, imposée à leur nonchalance, une contrainte, qui va grandir à mesure qu'ils
avanceront et, s'ils disent volontiers A, sous l'empire de la curiosité, ils liésitent devant B, qui doit entraîner la prononciation de C. L'homme fait absolument de même. Ne sommes-nous pas de perpétuels enfants ? L'Écriture l'affirme (i) et l'expérience le démontre. Nous avons défiance de toute vérité dont nous ne pouvons pas prendre immédiatement la mesure. La mesurer serait la dominer : la vérité surnaturelle, étant de mesure impossible à prendre, nous inspire l'espèce d'horreur, dont parlaient les Anciens : sacer horror, qu'on éprouve, le soir, à l'entrée des vastes nefs et sur la lisière des forêts, où le chemin se perd dans l'ombre de la nuit.
Rien de plus rare que d'arriver à la vérité, l'âme lil)re, et de lui dire d'avance : « Quoi que je découvre en vous, je l'accepte; — quelque orgueil que je doive sacrifier, je l'humilierai; — quelque contrainte que je doive subir de votre part, je la subirai ». — Cependant, lorsqu'il s'agit de la vérité révélée, il ne convient pas de l'aborder autrement. La vérité substantielle, c'est Dieu lui-même : la doctrine qui nous le manifeste, c'est la parole de Dieu. C'est donc toujours le divin^et puisque nous acceptons la réalité de la vérité surnaturelle renfermée dans la
(1) Isai., Lxv. 20 : « Puerccnliira annoruin ». l'église — 11)
docliine de l'Eglise catholique, nous devons lui témoigner, dès l'abord, un souverain respect qui suppose avant tout la loyauté. — « Je vous arrive, devons-nous lui dire, comme un pauvre qui demande l'aumône; comnie un sujet (|ui vient vous rendre . hommage; comme un enfant qui sollicite le sein maternel. Je vous arrive donc, en répudiant d'avance tout préjugé, toute répugnance, toute révolte possible : vous ferez en moi et de moi ce qu'il vous conviendra. Je vous conjure d'éclairer les replis où se cache la faiblesse que je n'ose m'avouer, de dissiper les ombres où s'ignorent à demi tant d'idées et d'habitudes. Mettez en mon àme la plénitude de voire lumière, la splendeur de son rayonnement. Dissipez les vapeurs qui s'élèvent des bas-fonds où jamais le soleil n'a pénétré, et dans la pure atmosphère que vous allez créer, dilatez mes poumons, rajeunissez mon sang, refaites ma vie. Sans doute, il m'en coûtera de modifier mes vues, mes goûts, mes coutumes. Mais si je vous demande, ô beauté suprême, de lever votre voile ; — si je vous demande, ô amour sans mesure, de transformer mon cœur ;
— si je vous demande, ô puissance infinie, de m'emporter avec vous jusqu'aux régions éternelles;
— si je vous demande de me diviniser à votre contact, — c'est bien le moins que je purifie la
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coupe OÙ je veux boire la céleste liqueur; que jo dilate mon cœur pour y faire place à la divine visiteuse : que je renonce à être l'esclave de moi-même pourlaisser toute liberté d'action à Celui qui daigne se substituer à moi et me donner, avec la liberté, la plénitude de sa force et la certitude de son 'bonheur )). — Pourquoi venir à la vérité avec un regard louche, en se laissant traîner comme un enfant maussade, uniquement préoccupé des efForIs et des sacrifices à faire ?
De la loyauté, Messieurs, de la loyauté ! Que sommes-nous, après tout, pour dresser la tête avec tant d'orgueil, pour croire que nous sommes la seule règle de notre vie, pour nous adorer nousmêmes? Si nous avons un peu de bon sens et de cœur, remercions Dieu qui daigne s'occuper de notre faiblesse afin de la transformer en puissance, qui daigne descendre en nos obscurités pour les illuminer, et n'allons pas réaliser en nous la parole de l'Apôtre : « La lumière a brillé dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont point comprise »(r). La vérité noiis sollicite : allons à elle loyalement. C'est une reine et nous ne sommes que des serviteurs : allons à elle loyalement. Elle est la règle de toi: te
(1) Joann., 1, ?i: et Lux inleiu'bris iucet et tenebrœ eam non comprehenderunt ».
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existence et nous n'en sommes que les humbles serviteurs : allons à elle loyalement. Principe éternel de la liberté, elle étouffera la licence : eh bien ! renonçons à la licence, et allons loyalement à la liberté. Nous voulons voir: ouvrons les yeux! Nous voulons sentir l'étreinte de la vérité : découvrons notre poitrine et que le rayon atteigne jusqu'au plus profond du cœur !
De la loyauté! Ce n'est pas facile, peut-être; mais la vérité veut de nous, avec la gravité qu'impose sa grandeur, la loyauté que réclame notre honneur à nous-mêmes. Est-il rien de méprisable comme de s'aveugler volontairement en face du devoir? Si nous sommes des hommes, disons à la vérité : « Que voulez-vous que je fasse? (i) »
Mais alors une troisième quahté est indispensable à l'étude : c'est la générosité.
On ne saurait être pleinement loyal sans être généreux, c'est-à-dire sans faire preuve d'énergie. La loyauté accepte les principes, dès qu'ils se montrent, et les conséquences, lors même qu'elle ne les voit pas encore, — parce qu'il est impossible à un esprit sincère de ne point accepter un principe en toute sa portée. La loyauté consiste donc à dire,
(i^ .\cl., IX, G : « Dûmice, quid me vis facere f »
non seulement : « Je reconnais la justesse de cet enseignement », mais aussi : « Puisqu'il engendre nécessairement des conséquences je les accepte avec bonne volonté ». Répétons-le : cela ne se fait pas sans une générosité qui met d'avance le principe en action. Pourquoi? Nous le savons tous, par expérience, — dans les doctrines pratiques, aucun principe n'a sa plénitude de lucidité, et par conséquent ne satisfait pleinement l'intelligence, qu'autant que nous l'avons mis en action. Les théories d'ordre purement spéculatif n'ont pas besoin d'être appliquées pour frapper l'esprit et y produire la conviction: mais lorsqu'il s'agit de doctrines pratiques, il faut les avoir vues à l'œuvre pour en saisir exactement la justesse. Or, le premier terrain d'application des principes à étudier, c'est nous-mêmes. Il est infiniment plus commode, c'est vrai, d'en laisser l'initiative aux autres; mais l'expérience des autres n'aura jamais pour nous la valeur de notre propre essai.
L'étude d'autrui, disions-nous l'autre jour, produit la divination beaucoup plus que la science. L'homme est un mystère impénétrable; à moins qu'il ne se révèle spontanément, vous ne le connaissez qu'à demi. Pour nous-mêmes seulement, le terrain est largement éclairé et le son exactement
vérifié, quand la vérité nous frappe et nous fait vibrer. Pour bien juger les applications d'un ])rincipe, il faut les étudier, non dans la divination i\ue suppose la connaissance des autres, mais en nous-mêmes. Je crois à la solidité du principe et j'en accepte par avance les conséquences rationnelles; mais comme je n'en jugerai bien que par l'application, je m'éclaire à ma propre expérience. Je fais procès non pas aux préjugés et aux passions du voisin, mais à mes préjugés et à mes passions. Alors, la vérité se révèle pleinement, s'identifie, pour ainsi dire, à notre âme ou plutôt devient notre âme! Elle fait de nous des êtres nouveaux, nous entraîne avec elle dans son vol vers l'infini, et nous fait asseoir sur le trône d'où elle domine la vie intellectuelle, à condition que nous ayons payé la rançon de notre captivité, rendu hommage à sa souveraineté, et donné des gages à cette union merveilleuse qui se consommera dans .l'éternité.
Cela coûte, car la loyauté n'est pas aisée, surtout ([uand elle arrive à s'appeler générosité. En théorie, on accepte sans trop de peine la possibilité des conséquences ; les appliquer est une autre affaire. Or, la générosité ne se contente pas de dire, en théorie : « Le principe est juste et l'application
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rationnelle »; elle forme immédiatement la résolution de vérifier en soi-même la justesse de l'application et la force du principe. Non contente de la former, dès que les circonstances lui en permettent l'application effective, elle la tente : elle est immédiatement sujette du vrai, non par l'intellijSrence seule^ mais aussi par le cœur et la volonté, même par la chair soumise à l'épreuve, en un mot, par toute la vie. Alors la vérité, — pour parler le langage de l'Ecriture, — écarte ses voiles, apparaît en toute sa beauté, rayonne de tout son charme aux regards éblouis, pénètre de sa flamme et enivre de sa joie les âmes qui ont consenti à l'accueillir, et à lui faire une place où elle peut librement épancher les trésors de son cœur (i).
Âhl Messieurs, si c'est ainsi que vous désirez savoir, oui, vous saurez I Tout au contraire, si vous n'avez pas jusqu'à présent atteint la connaissance désirable, veuillez faire un retour sur vousmêmes ! Demandez-vous ce qu'a été l'application de votre esprit à la doctrine catholique, quelle suite vous avez mise dans votre recherche, quelle durée vous lui avez donnée, avec quelle simplicité, quelle sincérité, quelle loyauté vous avez abordé la vérité.
(1) Prov., viii, ia-18; — Eccl., IV, 12-52 ; — xxiv, 29-31, — etc.
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Recherchez si vous n'avez pas eu contre elle ces défiances qui devaient empêcher votre rencontre! Assurez-vous enfin que vous avez mis loyalement à ses pieds votre volonté, votre cœur, voire chair, en lui disant : « Je vous supplie de vous donner à moi : et pour preuve de mon désir, je me donne tout entier. J'appelle : répondez! » S'il n'en a pas été ainsi, reconnaissez-le, ce n'est pas la vérité qui est en faute : c'est vous qui lui avez manqué et vous ne pouvez v6us plaindre de n'avoir pas, dans la science suffisante, la vie qui en résulte pour l'esprit.
Mais bien plutôt, Messieurs, puissiez-vous être consolés par la pensée d'avoir désiré la vérité, de l'avoir réellement cherchée et traitée avec la dignité qu'elle requiert, dans le sérieux de l'étude et l'abandon d'une âme loyale. Si, jusqu'à présent, elle n'a pas opéré en vous cette illumination dont nous parlions tout à l'heure, ne désespérez pas. Vous dites : « Je voudrais avoir la foi et ne puis y arriver ». Puisque vous la voulez, vous l'aurez! Vous cherchez la lumière : vous la trouverez! Vous frappez à la porte de la science : ne craignez pas qu'elle reste fermée ! La sagesse éternelle a, comme toutes les beautés, ses réserves qui honorent notre
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poursuite et nous font mieux apprécier la joie de sa possession ; elle fait quelquefois durer les heures de l'incertitude et du doute, pour que notre loyauté et notre générosité s'affirment avec plus d'éclat; mais nous pouvons dire d'elle ce que l'apôtre disait du Christ lui-même : « N'ayez pas peur de trop attendre. Le voici qui vient : Eccevenit » (i).
Pressez le Dieu de vérité en lui criant : « Venez (2) ! » Il ne tardera pas à paraître, et dissipant les nuées qui le cachent, rayonnant de toute sa splendeur, il se fera votre ami. Alors, le cœur sur le cœur, vous sentirez qu'il se refuse seulement à qui ne le désire pas ; que son plus grand bonlieur est de se jeter dans les bras de ceux qui le solli citent, — et si tant est qu'il les ait fait attendre, — d'augmenter leur joie de tout ce cju'il y a eu d'angoisse et d'inquiétude dans le retard de sa manifestation.
(i) Hebr., x, 37 : « .\dhuc enim modicum aliquantulum. .. veniet el non lardabit ».
(3) .ipoc, .\.\u, 20 ; « Veni, Domine, Jesu » .