‹ L'Eglise, sa raison d'êtreChapitre 7 sur 27 · XVI AU LECTEUR · texte numérisé non relu

XVI AU LECTEUR

ihcne, Cicéron, d'Aguesseau, Tiers, O'Connell, Berner, Montalembert, le sont dans les mêmes conditions : tous le sont et l'eussent été également étant donnésles mêmes éléments d'appréciation. Ce n'est ce que les uns parlaient de l'ambon ou de la chaire, pas en les autres des rostres, des huslings ou de la tribune, qu'ils sont différents : mais uniquement par les nuances qui sont entre leurs âmes, leurs émotions et leur tactique personnelle. Pas d'éloquence sans enthousiasme, — pas d'enthousiasme sans conviction, — pas de conviction sansidéal : et l'idéal est toujours, quoi qu'on fasse, au-dessus des vulgarités de la vie humaine, ce qui rapproche, plus intimement qu'il ne parait, la parole du prêtre et celle de tout véritable orateur.

Mais celui-ci a médiocre souci des règles de la rhétorique : on eût, je crois, bien étonné lierryer et Lacordaire, en leur conseillant d'étudier leurs gestes, leurs attitudes, leur respiration, leur intonation et leur prononciation. Non pas qu'ils eussent méconnu certains conseils utiles, que la pratique justifie quand elle ne les donne pas; mais, à l'heure de l'entraînement oratoire, les conseils étaient loin de leur pensée, et les professeurs d'éloquence sacrée ont bien raison de ne pas proposer Lacordaire en exemple à leurs disciples. Quoi qu'en dise le proverbe latin, — on naît orateur comme on naît poète, — et l'on ne devient pas plus

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l'un que l'aulre : on devient rimeur et rliéteur, mais pas davantage.

Pour être orateur, il faut donc ctre soi-même avant tout. Je ne prétends pas qu'en étant soimême on sera forcément orateur : je sais trop bien le contraire. Mais il est nécessaire de garder toute sa personnalité, en chaire, pour rendre sa parole vivante, ce qui est la première et principale condition du succès. Rien n'est moins enlevant que la parole de ces prédicateurs, où se reconnaît en chaque mot, chaque phrase, chaque tournure, chaque modulation, chaque finale, le labeur d'une imitation plus ou moins heureuse de modèles fort discutables. La francliise oblige à reconnaître le succès de ce procédé près de quelques auditeurs : le bon sens interdit d'applaudir à ce succès et surtout de le rechercher. On doit travailler au bien des âmes par tous les moyens honnêtes, c'est vrai : mais les movens honnêtes ne sont pas tous de même dignité ni de prix égal, et il est permis de viser au-dessus de la médiocrité, pour peu qu'on en soit capable.

La sérieuse préparation dans l'étude, la netteté dans les vues et la clarté dans l'exposition, le respect de la langue, fruit de l'habitude des bons auteurs, sont les éléments humains de la prédication ; la prière, le zèle des âmes, l'expérience du ministère, le sens pratique de l'heure présente, l'abn '-

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galion personnelle, en sont les élémenls supérieurs, auxquels la grâce divine ajoule sa puissance el sa fécondité. Mais tous ces éléments, également réunis dans des prédications différentes, ne leur enlèveront pas ce qu'elles ont de distinct, en raison de l'originalité qui tient aux personnalités et fart le charme de la parole évaagélique comme de tonte autre. On a dit, avec plus ou moins de jostice et de hienveillance, à propos de certains prédicateurs : « En entendre un, c'est les entendre tous ! » — S'ils sont bons, je n'y vois pas grand mal ; mais, je le reconnais, les Frères-Prêcheurs ne tiennent pas à mériter cette appréciation, et pour mon compte, j'ai toujours été content de n'avoir copié personne.

C'est la personnalité qui fait la parole vivante, et par conséquent saisissante, émouvante, persuasive: pour quelques-uns à qui cette originalité paraît suspecte ou nettement déplaisante, le grand nombre y prend goût et plaisir, avec une sympathie et une docilité qu'il est désormais difficile d'amoindrir. C'est un fait d'expérience : si quelques-uns s'en vont ou reviennent en murmurant, beaucoup demeurent et remercient le prédicateur de vivre, de penser, de sentir, de vouloir avec eux. Il se fait bientôt entre eux et lui comme un mutuel abandon, qui permet à l'un de tout dire, aux autres de tout entendre, sans malaise réel de part et d'au-

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