Histoù^e de Languedoc, IV, p
des captifs, à quitter aussi leur établissement voisin du premier prieuré de Lézat, pour s'abriter au cœur de la ville. Ils achetèrent une maison qui avait appartenu à la puissante famille de Roaix, et le chapitre de Saint- Étienne leur céda, pour le prix de huit cents florins, la chapelle de Saint-Victor, ouverte sur la rue qui prit bientôt le nom de rue de la Trinité. Mais ils s'engagèrent à ne pas occuper plus d'un arpent de terre et renouvelèrent aussi l'engagement qu'ils avaient pris dans leur première maison, de remettre au chapitre la moitié des redevances funéraires, sauf des oblations manuelles, le tiers du vin qui leur serait offert au delà de trois livres par jour, et une rente de deux florins d'or
A la même époque aussi, les bénédictines du faubourg Saint-Gyprien demandèrent asile au chapitre qui leur remit la chapelle Saint-Rome, abandonnée par les religieuses de Prouille , en exigeant d'elles la moitié des droits funéraires payés par les familles des personnes qui demanderaient à être ensevelies dans leur chapelle, la célébration de messes conventuelles, le lendemain de la fête de saint Thomas pour le chapitre, le lundi de la première semaine de carême pour les chanoines défunts, et l'un des quatre jours qui suivaient la mort d'un chanoine, pour le repos de son âme ; plus une nappe de belle toile, bordée de soie, de trois cannes de long et
1. Arch. de la H. -G., fouds de Saint-Etienne, n« XVI, 1. 1, t. 2.
cinq palmes de large pour le grand autel au jour de la fête de saint Etienne, enfin le serment de chaque nouvelle prieure devant le syndic du chapitre ^
Les Augustines avaient tenu du prieur de Saint-Jeande-Jérusalem, sous l'oblie d'une mésallie d'or, leur premier couvent hors la porte Neuve, voisin de la maison où les sept poètes toulousains fondèrent la Compagnie du Gai-Savoir. Le péril de la guerre les obligea de même à se réfugier dans la ville, et le chapitre leur céda deux arpents de terre aux Clotes-Vieilles, sous les conditions analogues conclues le 13 mars 1361. Mais à la place de la nappe, elles durent remettre sur le grand autel du chœur, douze corporaux le jour de la fête de la Toussaint ^.
Les chanoinesses de Saint-Etienne , du couvent des Onze-Mille-Vierges, qui suivaient la règle de Saint- Augustin, avaient été fondées par les libéralités testamentaires de Jean de Gomminges , archevêque de Toulouse. La première pierre de leur monastère fut posée en l'année 1350 ; il devait contenir deux cents religieuses vouées à la prière de jour et de nuit et à l'édu-
1. Arch. de la H. -G., fonds de Saint-Étienne, n'^ XVI. 1. 1, t. 6. 2 Id., 1. 2, t. 7.
Al barri de las Augustinas De Tolosa nostras vesinas disaient les fondateurs de la poétique compagnie dans leur premier appel aux troubadours de la contrée.
cation des jeunes filles. Ce couvent prit bientôt le nom de Saint-Pantaléon, des reliques de ce saint qui lui avaient été léguées par le fondateur, et surtout de la coupe célèbre qu'il passait pour avoir ciselée, et dans laquelle avait bu Constantin le Grand.
L'archevêque avait exprimé le désir que le nouveau couvent fût construit le plus près possible de Saint- Étienne, mais l'on ne trouva d'autre terrain assez vaste que celui qui s'étendait entre la rue des Imagiers, et la petite rue des Pélégantières-Étroites ^ Lorsque Innocent YI eut fondé, quelques années plus tard, en 1359, le collège Saint-Martial , les bâtiments de ce collège s'adossèrent à ceux du couvent.
Le prévôt du chapitre GentuUe et Roger, évêque de Lombez, exécuteurs testamentaires de Jean de Gomminges, en installant les religieuses dans leur couvent le 16 octobre 1356, demandèrent pour droit d'hommage, une rente de dix llorins d'or, les corporaux pour le grand autel de Saint-Étienne et une nappe tous les trois ans.
Mais, deux siècles après, \e^27 avril 1536, le chapitre ayant égard à la pauvreté des religieuses, réduisit la redevance de dix florins d'or à celle de cinq livres, deux sous six deniers, valant six florins en France, sous la
1. Les rues actuelles de la Pomme et Baour-Lormian. La rue qui prit bientôt le nom de Saint-Pantaléon, .s'appelait rue des Tinières.
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• clause qu'elles donneraient la grande nappe tous les deux ans^
Un monastère, colonie de l'abbaye de Longages, de l'ordre de Fontevrault, s'établit à Toulouse en 1203, dans le faubourg Saint-Michel. Le chapitre lui donna l'autorisation de bâtir une église et d'établir un cime- , tière, mais où les religieuses seulement ainsi que les ! religieux desservant l'église, devaient être ensevelis. Ces religieux étaient nommés par la prieure de Longages et confirmés par le chapitre.
Le nouveau monastère qui fut dédié à Sainte-Gathe- I rine, dut payer au chapitre une rente annuelle de trente sols tolzas. Il fut abandonné par les religieuses en 1525, transformé en hôpital, et l'église devint une chapelle paroissiale^.
Deux ordres célèbres, qui eurent l'un et l'autre à Toulouse une de leurs premières maisons, conclurent aussi des accords avec le chapitre de Saint-Étienne, bien qu'ils ne fussent pas ses paroissiens.
Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem entrèrent
1. Arch. de la H. -G., fonds de Saint-Etienne, n° XVI, 1. 1, t. 7. Gaussé, Mèmoi7^es de la Société a?'chéologique du Midi de la France, XI, p. 108.
2. Ai^ch.de la H.-G , fonds de Saint-Etienne, n" XVI, 1. 6, t. 4, 5 et 6, Acco: d entre le chapitre et la prieure de Longages, Géralde, du 22 mars 1203; confirmation, par le chapitre, de Guillaume Barthélémy, donat du couvent de Longages, pour la rectorie de l'église Sainte-Catherine, du 13 novembre 1287.
à Toulouse en 1115. L'évêque Amélius les autorisa aussitôt à acquérir toutes les terres et maisons à leur convenance dans le diocèse de Toulouse. Le chapitre ratifia cette autorisation par un traité signé en 1162 par le prévôt Bernard Bonhomme et le prieur de la nouvelle maison, Pons de Lordat, selon lequel les Hospitaliers durent payer annuellement au chapitre sept sols pour l'honneur de Tegnac, douze sols pour le château de Mariga, et aussi lui fournir l'homme le plus sûr qu'ils auraient dans leurs sauvetés pour le servir, ainsi qu'ils étaient tenus de servir le prieuré
Les Hospitaliers s'engagèrent encore, vingt ans plus tard, à. payer dix-huit sols tolzas d'oblie avec les droits seigneuriaux pour la terre du FérétraP.
Une transaction analogue fut conclue entre le chapitre et les chevaliers de la milice du Temple, bientôt après leur établissement à Toulouse, en 1136. Un nouvel accord entre les chanoines et le maître de la milice, Arnaud de Toulouse, en juillet 1222, établit que les chevaliers remettraient aux chanoines de Saint-Étienne la quinzième partie des dîmes en blé ou en vin qu'ils percevraient dans leurs églises du diocèse de Toulouse et dans le dimaire du chapitre. Ce pacte s'appliquait aux terres acquises par les Templiers, depuis leur arrivée à
1. Arch. de la H.-G., fonds de Saint-Étienne, n«XVI, I 4, t. 2.
2. Id.^ t. 3. Accord de 1182 entre le prévôt Bernard de Gradac et le prieur Pierre de Saint André.
l'fglise saint-étienne. 151
Toulouse jusqu'au Concile de Latran en 1215, et quant aux terres acquises après cette date, ils devaient remettre au chapitre les dîmes entières, selon le décret promulgué dans le Concile ^
Toulouse n'eut pendant des siècles que trois grandes paroisses : celles de Saint-Étienne, de la Daurade et de Saint-Sernin.
Le prestige de la basilique, qui attirait des milliers de pèlerins par le tombeau du premier évêque de Toulouse et par ses reliques célèbres, porta souvent de l'ombrage à la primauté de la cathédrale. L'évêque Izarn voulut maîtriser l'ascendant des chanoines de Saint-Sernin en les plaçant sous la règle de Cluny et sous la main de son ami Hunald, abbé de Moissac. Mais le comte Guillaume se repentit d'avoir autorisé cette prise de possession de la grande abbaye toulousaine par un Ordre étranger; le pape Grégoire VII lui rendit son indépendance, et Izarn lui-même s'eftorça bientôt de rétablir entre les deux chapitres la concorde qu'avait troublée de nouveau les discussions sur les sépultures. Mais il s'agissait d'intérêts plus élevés et de privilèges plus précieux que des droits ordinaires d'oblation et de redevances. Les pre-
l. Arch. de la H.- G., fonds de Saint-Eiienne, n» XXII. l. 2, t. 2. Plusieurs chanoines sont nommés dans l'acte: Guillaume de Lanret, prévôt, sous-cellérier et archidiacre, François d'Alan, Guillaume d'Alan, Guillaume de Toulouse, Arnaud Guillaume, sacristain, Arnaud de Samatan, infirmier, Pierre de Grozelier, Raymond qui écrivit l'acte.
miers personnages de la ville attachaient un haut prix à reposer auprès des reliques des saints protecteurs de la mort comme de la vie. L'évêque dut le leur garantir, et avec le concours de Simon, évêque d'Agen, et de Pierre, évêque de Garcassonne, il prononça le 2 décembre 1093 une sentence arbitrale, décidant que les évêques, les comtes et les chevaliers auraient le droit de se faire enterrer dans le cimetière entourant Saint-Sernin, tandis que les autres Toulousains habitant dans l'intérieur des murs devaient être enterrés dans le cimetière Saint- Étienne^
Après un demi-siècle, la primauté de la cathédrale s'était affermie ; l'abbaye rendait au chapitre de Saint- Étienne le droit d'ensevelir les nobles et les chevaliers, mais l'égale dignité des deux églises était cependant reconnue par le même acte de l'année 1145, réglant d'un commun accord que le chapitre de Saint-Sernin se rendrait à la cathédrale pour y faire station le jour de la fête de saint Etienne, le jour des Rameaux et le jour de Pentecôte, mais aussi que le chapitre de Saint-Étienne se rendrait de même h Saint-Sernin le jour de la Toussaint, le jour de la fête de saint Sernin et le troisième jour après Noël 2.
Les rivalités se perpétuèrent et aucun des deux cha-