Canton de Moustastruc (Haute-Garonne
ainsi que cent quarante-deux setiers de blé donnés chaque année par le fondateur, lui étaient assignés pour son entretien.
La bulle fut donnée à Rome le 4 des calendes d'avril 1525. Le pape commit pour l'exécuter les évêques de Pamiers, de Rieux et de Lavaur mais ce ne fut qu'un an après, le 17 mars 1526, que Jean de Pins, évêque de Rieux et Rarthélemy de Gastellan, archidiacre d'Avignon, installèrent le doj^en Biaise Auriol et les six chanoines^
Le chapitre de Saint-Étienne s'opposa aussitôt à l'exécution de la bulle, obtint d'abord, le 16 juillet 1527, un arrêt du grand conseil déclarant son opposition recevable, parce que les fruits de cette chapelle, simple chapelle votive, appartenaient au chapitre de Saint-Étienne et aussi parce que le président d'Olmières n'avait fondé qu'un revenu insuffisant, sans même s'obliger d'ailleurs.
Un nouvel arrêt du 30 décembre 1529 cassait la fulmination de la bulle comme abusive, et condamnait Biaise Auriol et les chanoines à restituer au chapitre les fruits
1. Catel, p. 236. Registre des balles des corps saints de Saint- Sernin, prêté obhgeamment par M. Hyacinthe Carrère, f"» 135, 142. Cette statue de la Vierge et du soleil n'était-elle pas peutêtre une statue de Cybèle avec les attributs du culte mithriaque? ou bien prenait-on pour le soleil une auréole autour de la tête de l'Enfant-Jésus? Michel de Vabres mourut en octobre 1516. C'est la place occupée par son tombeau qui le faisait regarder comme le fondateur de la chapelle.
et émoluments perçus depuis cette fulmination jusqu'à l'arrêt du 16 juillet 1527 1.
La chapelle de Nazareth fut adoptée par la magistrature et par le barreau. Les avocats y célébraient la fête de saint Yves leur patron 2.
Mais tandis que l'esprit de foi se manifestait encore dans ces efforts pour seconder la piété des fidèles et développer le culte public, les nouvelles doctrines qui devaient ramener dans la contrée les luttes sanglantes de la guerre albigeoise commençaient à se répandre à Toulouse. Elles s'y introduisirent dès l'année 1530, gagnant des professeurs, des écoliers, des libraires, quelques moines. L'Université était florissante et Goras attirait quatre mille auditeurs. L'appel à la raison individuelle séduisit les jeunes têtes habituées aux discussions subtiles , l'appel à l'indépendance les entraîna. La direction habilement organisée de Calvin remplaça bientôt celle de Luther. Genève envoyait sans cesse des livres. En 1555, les huguenots commencèrent à briser les images de la Vierge et des saints. Quatre ans après, les écoliers demandèrent une église au président de Mansencal pour y prêcher à la mode de Genève. Le calvinisme entra au capitoulat par trois de
1. A?-ch. de la H. -G., fonds [de Saint-Etienne. Inventaire de Cresty, îirticle Nazareth.
2. La chapelle fut achetée, en J847, par l'archevêque David d'Astros, plus tard cardinal, pour les prêtres du Sacré-Cœur. Elle est fermée, au mépris de tous les droits de propriété et de liberté individuelle, depuis la date néfaste de novembre 1880-
ses membres en 1560; l'année suivante, les huit capitouls étaient favorables à la nouvelle religion.
Le cardinal de Grammont n'avait fait que passer sur le siège de Toulouse ; son successeur Odet de Goligny, frère de l'amiral, résida peu et fmit par adopter les idées nouvelles qui secondaient l'ambition de sa famille. Le cardinal de Meudon, auquel il avait cédé son siège pendant quelques années, en échange de l'abbaye de Saint-Benoitsur-Loire, parut à peine à Toulouse. Plusieurs couvents perdirent leur ferveur. Les Augustines, sauf une seule, quittèrent leur clôture et se marièrent.
Le chapitre de Saint-Étienne, gardien de la doctrine, s'émut. Il multiplia les exhortations pieuses et les leçons. En 1553, il donna une place spéciale dans la nef aux professeurs et aux étudiants de l'Université pour leur permettre de les entendre et d'assister aux cérémonies. La même année, redoutant peut-être pour les jeunes clercs et les prébendiers l'influence des écoles de Toulouse, il leur permit d'aller étudier en droit civil ou en droit canon dans d'autres Universités et accorda à ceux qui s'éloignaient dans ce but cent écus soleil par an avec leurs droits de présence aux oflices^
Mais bientôt, un de ses membres, Toussaint Giboult, archidiacre d'Ulmes, attaqua en chaire l'intercession des saints et les prières pour les morts. Les chanoines le
1. Arch. de la H. -G., fonds de Saint Etienne, n'^ 112; délibérations du chapitre du 29 mars et du 17 décembre.
déférèrent au Parlement, mais il partit pour le colloque de Poissy et h son retour il voulut continuer à lire les leçons en chaire en qualité de théologal, malgré la défense du chapitre. Il s'enfuit le 17 mai 1562, avec les huguenots chassés de la ville après les luttes des jours précédents et les chanoines vendirent sa maison canoniale. Il fut convaincu d'hérésie le 6 septembre par le vicaire-général de l'archevêque et Antoine de Puybolan, substitut de l'inquisiteur de la foi, qui le livrèrent aux mains séculières avec prière de ne pas procéder contre lui par effusion de sang^
Déjà les chanoines avaient dû défendre aux prében diers et aux bénéficiers de l'église d'aller entendre le prêche de la nouvelle doctrine que donnait le ministre, dans le temple en bois construit vis-à-vis la porte Villeneuve, sur un terrain donné par les capitouls. Ils leur enjoignirent aussi de quitter les chapeaux semblables à ceux que portaient ceux de la nouvelle religion, de même qu'ils obligèrent quelques-uns de leurs confrères à ne plus porter les chausses comme les laïques. Ils renouvelèrent plusieurs fois ces injonctions sur les costumes peu décents, sur les désordres de quelques prébendiers comme aussi de quelques chanoines et leur interdirent de sortir seuls dans la ville 2.
Lorsque le cardinal d'Armagnac arriva à Toulouse, en
1. A7^ch. de la H.-G.^ fonds de Saint-Étienne , ir^ XVII, 1. i, t. 7.
2, Id^ l't4; délibération des 7 et 26 févriers 1561.
1562, ils lui demandèrent de donner à un jésuite la prébende à laquelle le chapitre était tenu pour un régent des écoles*, et ils confièrent souvent aux religieux de la Compagnie de Jésus les prédications de FAvent et du Carême.
Les Jésuites, chassés de Pamiers, où ils avaient fondé leur second collège, venaient d'entrer à Toulouse et s'étaient établis dans la chapelle des Augustines aux dotes Vieilles abandonnées par ces religieuses.
Le peuple de Toulouse demeurait fidèle à la foi des aïeux. Il fut des premiers à adopter la ligue pour défendre ses croyances menacées. Tandis que le peuple d'Angleterre et d'Allemagne apostasiait lâchement sur l'ordre de ses princes, celui de France luttait énergiquement malgré les défaites ou l'abandon de ]3lusieurs de ses protecteurs naturels, et il obligeait enfin le descendant de saint Louis à devenir catholique pour demeurer son roi.
L'ardeur de la piété surexcitée se traduisit par la fondation de plusieurs confréries de pénitents : pénitents gris , près de l'Esquile ; pénitents blancs , pénitents noirs et pénitents bleus sur la paroisse Saint-Étienne dès l'année 1572, les premiers sur la place qui a conservé leur nom, mais où toute trace de leur chapelle a disparu; les seconds à l'ancienne chapelle des Augustines que les Jésuites venaient de quitter, sur la place voisine des Clotes-Vieilles, où l'on voit encore la décoration d'un
1. Arch. de la H.-G., fonds de Saint-Étienne, 144, déhbération du 1^' mai 1564.
des autels de leur belle église, dans la cour d'une Miséricorde, les derniers, d'abord dans la chapelle de Saint- Antoine de Viennois, puis dans l'église de Saint-Jérôme, qu'ils firent construire sous le règne de Louis XIII. Le roi en posa la première pierre le 30 mars 1722, en accordant le titre de royale à la confrérie à laquelle les rois de France et les princes du sang s'affiliaient lorsqu'ils venaient à Toulouse ^
Ces confréries , que l'on vit souvent traverser les rues en procession sous le sac et le capuchon à leurs couleurs, furent l'ame de la résistance aux entreprises des huguenots.
Les Toulousains envoyaient leurs capitouls au roi pour le supplier de ne point permettre l'exercice de la religion nouvelle dans ses murs. Ils fournissaient sans cesse de l'artillerie et des munitions aux chefs catholiques qui guerroyaient dans la contrée. Ils tenaient d'ailleurs les politiques et les huguenots en égale horreur. Après l'assassinat des Guise, ils nommèrent un conseil composé de dix-huit membres pris dans le clergé, le parlement et la bourgeoisie, qui gouverna la ville jusqu'au traité de Folembray. Ils délibérèrent publiquement de se soustraire à l'obéissance de Henri III, et après sa mort ils reconnurent le cardinal de Bourbon. Joyeuse lui-même parut suspect et fut obligé de quitter la ville. Lorsque le con-
1. VHistoh-e des pénitents de T^/i^ow^eJpar M . A. du Bourg, formera un des vohimes de Toulouse chrétienne.
seiller d'État de Vie arriva^ en janvier 1595, pour traiter au nom du roi avec les capitouls et le parlement, l'agitation fut vive encore, et le peuple enjoignit au parlement de ne rien conclure qui fût contraire à la religion et au pays. Le Frère Maurel, cordelier, qui enflammait le peuple par ses prédications à Saint-Étienne, allait signifier aux capitouls, avec une trentaine de ligueurs, que le clergé de Toulouse fermerait les églises s'ils reconnaissaient Henri IV ^
Le chapitre multipliait ses prières. Pendant l'avent de l'année 1593, il avait ordonné « qu'il serait fait spéciale dévotion à ce qu'il plaise à Dieu d'illuminer et assister notre saint Père le Pape , et au Saint-Siège de nommer un roi qui soit catholique pour la Faance , et à ces fins, le Saint-Sacrement sera mis au grand autel du chœur le mercredy et vendredy de la première semaine et aux autres trois semaines ès églises Saint-Sernin, la Daurade et la Dalbade^ ».
Ils ne virent pourtant pas eux-mêmes sang inquiétude Joyeuse mettre des soldats au clocher et lui demandèrent de les en faire descendre, l'assurant qu'ils sauraient le garder en sûreté,
En juillet 1595, la paix n'était pas encore établie à Toulouse et le chapitre ordonnait de nouvelles prières