Galtia christiaiia, XIII, col. 87 et
Louis Nogaret de Lavalette, nommé archevêque après la mort du cardinal de Joyeuse, parce qu'il n'était pas encore dans les ordres. Il déclara le siège vacant, et lorsque le vicaire général de Rudelle se présenta en juin 1619, il défendit à tous les bénéficiers de se rendre aux offices pour ne pas le reconnaître. Il dut se résoudre cependant à accepter l'ami de Richelieu et à le saluer à son entrée le 17 février 1621 ^ . Mais le cardinal de Lavalette n'avait quitté qu'à regret la carrière des armes, et il la reprit pour conduire les armées françaises à la victoire en Allemagne, en Franche-Comté et en Italie. Il mourut à Rivoli le 28 septembre 1639, et son corps fut transporté au château de Cadillac.
Mais il s'était démis depuis onze ans de l'archevêché, et Charles de Montchal était arrivé à Toulouse pour y diriger l'énergique relèvement moral et religieux qui signala cette féconde époque.
Le chapitre prit l'initiative des réformes. Des canonicats étaient donnés quelquefois à de jeunes clercs qui n'étaient pas encore prêtres. Le chapitre fit cesser cet abus, et le conseiller au Parlement, de Bertier, dut s'engager à rendre les fruits de la chanoinie de son fils Pierre s'il ne recevait pas les ordres. Huit ans après, en 1631, le jeune chanoine n'était pas encore entré dans le sacer-
1. At^ch. de la B.-G., fonds de Sahit-Etienne, n'' 145. Délibérations du chapitre du 16 décembre 1618, 10 juin 1619, 16 février 1621.
doce, et il reçut de nouvelles significations plus impératives^
Lorsque le chapitre répara la tour du Verguier en 1625, il décida de renvoyer le verguier qui était marié et habitait la tour avec sa famille, parce qu'autrefois cette charge n'était donnée qu'à un clerc tonsuré 2.
Charles de Montchal entra solennellement dans sa ville épiscopale le dimanche 14 mai 1628. Le chapitre avait député deux de ses membres à Agen pour le saluer. Il était arrivé le samedi à la maison de M. de France, à Saint-Roch, où il logea, et où les évêques de Sisteron et de Rieux vinrent lui rendre hommage, ainsi que plusieurs personnages de qualité. Après avoir célébré la messe, le dimanche matin, dans la chapelle des Minimes de Saint-Roch et dîné dans le couvent où le cortège parti du Taur vint le prendre, il entra par la porte Arnaud- Bernard, où il fut harangué par le chanoine et vicaire général de Maran et par les capitouls, passa devant Saint- Sernin, le Taur, la Trinité, traversa la place Rouaix, la rue Groix-Baragnon et la place Saint-Étienne entre les maisons parées et tapissées. Les prêtres séculiers avec les curés de la ville le précédaient, puis venaient le juge du temporel de l'archevêché, le juge officiai métropolitain, les avocats et les greffiers de Fofficialité tous à cheval, deux huissiers, puis les hommagiers de l'arche-
i. Arch. de la H. -G., fonds de Saint-Étienne, no 146. Déhbérations du 7 février 1623 et du i^' mars 1631 . 2 Id. DéUbérations de mai 1623 et du 8 mars 1625.
vêché, enfin le vicaire général à cheyal avec la housse. L'archevêque était monté sur une mule bardée de velours violet ; il portait le camail et un grand manteau par desj sus. Les capitouls l'escortaient de chaque côté de la mule, ; et un grand nombre de bourgeois à cheval le suivaient. La façade de la cathédrale et celle de l'archevêché étaient tendues de belles tapisseries. L'archevêque descendit de I sa mule auprès du puits de la place, fendit vivement la ! foule, monta au siège préparé avec un carreau au-dessous du balcon de l'archevêché où, se mettant à genoux sur le carreau, il jura sur la Croix et le Missel de maintenir le chapitre en ses libertés, privilèges et prérogatives. Le chapitre en corps, revêtu des pluviaux, l'attendait dans la grande nef, assisté du prévôt, évêque de Rieux, en habits épiscopaux. L'archevêque entra ensuite dans la maison du bastion i dépendant de l'archevêché, se revêtit dans la salle basse i d'un pluvial et d'une mitre blanche, et sortit précédé par le chapitre, en donnant la bénédiction au peuple. Devant la porte de la cathédrale, qui s'était ouverte lorsque le serment avait été prononcé, le grand archidiacre lui donna l'aspersion et l'orgue entonna le Te Deum. L'archevêque s'agenouilla devant l'autel de paroisse, puis les dignitaires de l'église le conduisirent à la chaire archiépiscopale ; le prévôt vint lui donner le baiser de paix à la joue, et, après lui, les chanoines et les prébendiers lui donnèrent aussi l'accolade en mettant un genou en terre et baisant ensuite l'anneau, tandis que l'on chantait un
Motet en l'honneur de saint Étienne. Il dit ensuite TOraison et donna la bénédiction sans mitre, parce que la croix était devant lui, puis quitta le pluvial, et le chapitre avec les capitouls l'accompagnèrent à la salle haute de l'archevêché.
Le président de Caminade arriva bientôt avec douze conseillers pour le saluer de la part du Parlement, et, après eux, vinrent les ordres divers de la ville.
Le surlendemain, le prévôt et le chapitre vinrent le saluer de nouveau ^
L'archevêque venait à peine d'arriver qu'une maladie contagieuse, de la même nature que celles qui avaient souvent désolé la ville pendant le moyen uge, éclata en septembre. Elle fut la plus longue et la plus terrible peutêtre, en même temps que la dernière. Le chapitre fut réduit tà ne laisser que deux chanoines de chaque côté pour tenir le chœur. Les portes du cloître furent fermées. L'épidémie parut s'affaiblir au mois de février, mais une quarantaine fut imposée aux chanoines qui voulaient rentrer au chœur. Les prédications du Carême furent supprimées. Le 22 mars, une procession parcourut la ville, et les reliques des saints demeurèrent exposées dans la chapelle Sainte -Croix. Une recrudescence survint avec les chaleurs en juin 1631. Le chancelier de Rudelle succomba le 22 juillet. Le chapitre loua un jardin hors la
1. Ai'chiv. de la E.-G., fonds de Saint-Etienne, registre Ji6, f-^ 472, verso.
ville pour les enfants de chœur malades et multiplia ses aumônes pour les malades pauvres.
La contagion ne s'arrêta dans la province que dans les derniers mois de l'année 1631, mais elle se prolongea encore de plusieurs semaines à Toulouse, où cinquante mille habitants avaient péri ^.
Près d'une année après , une lugubre tragédie attrista la ville. Le roi arriva le 23 octobre par la porte du château avec la reine, le cardinal de Richelieu et le cardinal de Lavalette. Il descendit à l'archevêché, où le chapitre alla le saluer. Mais les capitouls avaient quité l'hôtel de ville et s'étaient réfugiés au collège Saint- Martial ; vingt mille hommes des troupes de guerre remplissaient les places et les rues, très à charge au peuple chez qui ils étaient logés, et le 30 au matin la tête du duc de Montmorency tombait dans la cour de l'hôtel de ville aux pieds de la statue d'Henri IV.
Le cardinal de Lavalette obtint que son corps lui fût remis et le fit déposer dans une des chapelles de Saint- Sernin, dont il était encore abbé.
Déjà, avant la fm des guerres de la réforme que la prise d'armes du duc de Rohan prolongea dans la contrée jusqu'en 1628, les nobles efforts pour réparer les maux de la chrétienté s'étaient manifestés dans l'Église, comme après l'hérésie albigeoise, et de nouveaux ordres
1. At^ch. de la H.-G., fonds de Saint-Etienne, n» 146 ; délibrations du chapitre des années 1628 à 1631.
religieux en prenaient la direction. Après les Jésuites, vinrent en 1622, les Carmes déchaussés selon la réforme de sainte Thérèse, qui obtinrent l'autorisation du roi pour s'établir au faubourg Montaudran. Le chapitre députa vers eux deux chanoines, le 7 janvier 1623, pour leur accorder les permissions de célébration du culte, suivant les réserves et les redevances habituelles. Leur église fut consacrée par Jean-Louis de Bertier, évêque de Rieux, le 23 mars suivant. Lorsque deux ans après, en juin 1625, les nouveaux religieux eurent enseveli dans l'église un jeune homme de la famille d'Hautpoul, le chapitre les obligea à faire transporter le corps en carrosse dans la cathédrale pour être de là conduit à sa sépulture avec les cérémonies ordinaires. Le 6 septembre, il fut décidé que les offrandes seraient remises au vicaire perpétuel de Saint-Étienne ou à celui de Saint-Michel, suivant que le mort enterré par les Carmes appartiendrait à l'une où à l'autre de ces deux paroisses
Déjà en 1621, les chanoines avaient permis aux pénitents bleus de bâtir leur église ; et quand Louis XIII vint à Toulouse, on leur prêta les enfants de chœur de la cathédrale que le roi désirait entendre. Cette maîtrise
\. Arcli. delà H.-G., fonds de Saint-Etienne, registre 118; déhbération du chapitre du 7 janvier 162 -, du 6 septembre 1625 et du juin 1639, à l'occasion d'un religieux do Lézat que les Carmes avaient enterré en cachette à minuit. L'égiise des Carmes déchaussés est aujourd'hui une église paroissiale sous l'invocation de Saint-Exupère.
célèbre dans la paroisse , était demandée quelquefois par les églises de la ville et le chapitre l'accordait volontiers ^
En 1626, les Augustins déchaussés, que l'on appelait aussi les petits Augustins, demandèrent à se loger dans une ancienne maison qui avait appartenu aux Cisterciens de Gahors, dans le faubourg Saint-Michel. Mais ces religiéux ne s'établirent définitivement qu'en l'année 1655, où le chapitre leur céda l'église de Saint-Georges auprès de laquelle ils bâtirent leur couvent. Ils y entrèrent le 4 mars 1656 2.
Les Pères de la doctrine chrétienne avaient été appelés par le cardinal de Joyeuse, en 1604, et les marguillers de Saint-Rome leur donnèrent leur église. Ils devaient une redevance au chapitre , puisqu'ils habitaient dans la paroisse, et elle fut fixée par un accord le 8 janvier 1628 K
L'éducation des jeunes filles, longtemps négligée, fort compromise depuis les troubles, préoccupait les âmes pieuses et les esprits éclairés des saints réformateurs.
1. A?'ch. de la H.-G , fonds de Saint-Etienne, registre 148; délibération du 13 novembre 1621.
2. Arc/i. de la H -G., fonds de Saint-Etienne; délibération du 13 avril 1626 et registre 149, du 23 juin 1655. Cette ancienne chapelle construite à l'angle de la place Saint- Georges et de la rue Saint-Antoine-du-T, fut reconstruite en 1781 et démolie au commencement de ce siècle.