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Gallia christiana, XIII, col

excuses, il était le surintendant et l'administrateur de la maîtrise, des examens des chapelains et musiciens, de toutes les propositions pour le service divin; il gardait une des trois clefs des archives, il dressait les mandats sur les boulangers pour le payement des prêtres attachés au service du chœur. Les chanoines se vengeaient des poursuites incessantes de Gatelan en faisant pleuvoir sur lui sans relâche des plaintes que l'archevêque avait grand peine à calmer, et ils réussirent à le priver de l'entrée du chœur pendant quelques semaines. Mais ils prirent vivement fait et cause pour lui, lorsqu'en 1754 il eut défendu avec courage contre les vicaires généraux de l'archevêque et les officiers du roi les privilèges du chapitre. Un arrêt du Parlement de l'année 1738 interdisait aux chanoines d'administrer les sacrements à ceux de ses bénéficiers qui n'habitaient pas le cloître. Ils avaient cru cependant pouvoir donner l'extrême-onction au bénéficier Laroye, logé sur la place Saint-Étienne, et, délibérant la veille sur cette décision, ils avaient obligé les vicaires généraux de l'archevêque à se retirer. L'archevêque se plaignit que ses droits étaient lésés, et, dans une seconde délibération, les vicaires généraux durent se retirer encore. Une lettre du comte de Saint-Florentin ordonna, au nom du roi, de biffer sur le registre les procès-verbaux des deux séances. Le chapitre ne s'avoua pas vaincu et répondit qu'il n'avait fait qu'user de son droit, conforme à celui de toutes les cathédrales du royaume, injustement limité

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par l'arrêt de 1738 ^ Le 26 avril, on reçut une lettre de cachet du roi qui excluait plusieurs chanoines et le prévôt lui-même des assemblées capitulaires , et ordonnait à Gatelan, qui avait dirigé la résistance, de se rendre I dans le diocèse de Viviers. Les chanoines maintenus lui ! accordèrent sa présence, réservèrent les revenus de son canonicat et décidèrent même que leurs délibérations seraient soumises à leurs confrères interdits. Sur leurs prières, l'archevêque intervint auprès du roi, qui révoqua, le 16 juillet, les lettres de cachet et permit à Gatelan de rentrer.

Mais les années ne refroidissaient pas la fougue de l'ardent vieillard. Il réclama à plusieurs reprises la nomination d'un archiviste, afin de se procurer les pièces

k nécessaires pour ses nombreux procès; mais le chapitre refusait toujours, disant que les chanoines préposés suffisaient pour cet office. En 1776 encore, il tentait d'usurper, pour l'absoute des rogations, la place de l'archidiacre de Vaumolle, qui se plaignait dans une longue lettre, disant « que le temps du repos devait être venu pour M. le chantre, qu'il n'est point d'ardeur guerrière que cinquante ans de combat ne doivent éteindre, et qu'il ne devrait pas se priver de gaieté de cœur des

1. Arcli. de la H.-G., fonds de Saint-Etienne, n'^ 156 ; délibérations du 11 novembre 1735, de février, mars, avril, mai et juillet 1754.

Les procès-verbaux des séances du 22 février et du ii mars 1754 sont en effet rayés.

égards et du respect qu'on ne demande qu'à rendre à son âge, à ses mérites et à son ancienneté dans la Compagnie ^ »

Le fougueux grand chantre mourut en octobre après soixante-six années de canonicat; il laissa une fondation pour apprendre le latin à deux enfants de chœur, et fut enterré dans la petite nef méridionale. Le 15 octobre, après Sexte, le chapitre élut pour le remplacer le plus ancien chanoine, François de Lagorrée, qui prêta aussitôt serment à genoux devant le prévôt.

Les grands travaux de la cathédrale étaient terminés, mais le chapitre ne négligeait pas les embellissements. Il demanda, en mars 1727, à Marc Arcis, « très habile sculpteur de qui les ouvrages sont généralement estimés par les bons connaisseurs », les statues qui devaient remplacer dans les niches du rétable celles de Mercier que l'on trouvait insuffisantes. Quatre ans après, en avril 1731, il décida de faire exécuter par le même artiste, que ses belles œuvres dans la province et ses travaux à Versailles avaient mis fort en renom, un grand autel de chœur « à la romaine ». Il pria l'archevêque de Narbonne de demander au duc d'Antin la permission de prendre du marbre de Sarrancolin, et il envoya le marbrier Denis à Cannes pour choisir le marbre rouge dont

1. A7*ch. de la H.-G., fonds de Saint-Etienne, n« 161 ; déhbération du 10 mai 1676.

on avait besoin. L'autel fut consacré par l'archevêque Louis de Grillon le 21 mars 1735 ^

Il respectait moins les œuvres anciennes. Il donna deux statues de pierre du cloître aux bayles de l'église de Saint- Pierre des Cuisines, qui les demandaient pour orner la façade de leur église, et lui remit de même, quelques années après, d'autres statues, de bois sans doute, reléguées au grenier. Il fit brûler de vieux ornements de velours violet couverts de fleur de lys et d'anciennes tapisseries pour retirer l'or des franges et des broderies; de même, en 1757, l'ornement acquis avec le droit de chapelle de Montpezat de Carbon, devenu hors d'usage, afin d'en vendre le résidu métallique. Mais en même temps il dépensait cinq cents livres pour faire réparer les tapisseries du chœur. Un nouvel autel fut sculpté à la chapelle du Sépulcre avec les deux mille livres que M^^^ Fieubet avait laissées pour des messes, et lorsqu'il fut terminé, en décembre 1756, il resta assez de marbre pour un autel nouveau que l'on plaça à la chapelle Notre-Dame de la Douzaine. Le chapitre fit aussi nettoyer, c'est-à-dire blanchir, comme on en avait la fureur alors, les voûtes du chœur et des collatéraux, et célébrer les offices pendant cette opération à l'église de Saint-Jacques et à la chapelle Saint- Joseph du cloître ^.

1. Arch. de la H.-G-, n"' 155 et 156 ; déhbérations du 1er mars 1627, du 20 avril 1731, du 21 mars 1735.

2. Id., fonds de Saint-Étienne, n^^ 157 et 158; délibérations I 24

â70 HISTOIRE DE TOULOUSE CHRETIRNNE.

Mais le seul travail artistique de cette époque qui demeure est la belle grille du chœur. Déjà en 1735, Farchevêque Louis de Grillon exprima le désir que la somme qu'il était prêt à payer pour son droit d'entrée fût employée à entourer le chœur d'une grille de fer pour remplacer la clôture de fer et de pierre. Le chapitre approuva ce dessein et l'examina dans les mois qui suivirent, mais il ne survint encore aucun commencement d'exécution. Cependant les chanoines se trouvaient trop enfermés dans leur chœur, clos de toutes parts, et ne cessaient de songer, comme plusieurs autres à cette époque, à répandre la lumière et à développer l'espace dans les cathédrales assombries. Le 24 décembre 1761 , jls chargèrent quelques-uns d'entre eux d'examiner quel devait être l'emploi des fonds conservés dans la caisse capitulaire, et, sur l'avis de cette commission, ils décidèrent, trois ans après seulement, le 31 mars 1764, d'entourer le chœur d'une grille de fer.

Ils confièrent ce travail au serrurier Ortet, qui se mit aussitôt à l'œuvre et demanda, l'année suivante, la démolition des mausolées du chanoine de la Porte et du président de Lestang, dressés à côté des portes, sans laquelle son ouvrage demeurerait imparfait, les portes étant ainsi beaucoup trop étroites pour qu'il pût développer le réseau flexueux de la grille projetée. Les mau-

du 26 février 1745, du 10 mai 1748, du 16 décembre 1757, du 17 décembre 1756, du 2 septembre 1752.

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solées furent condamnés aussitôt, mais, le 4 juillet 1765', on reçut une opposition de M. de Gastelnau, héritier du président de Lestang, contre la démolition du mausolée de son aïeul et de la porte adjacente. Mais comme la solidité de l'ouvrage et la régularité de la décoration ne permettaient pas de les conserver, une transaction survint, selon laquelle on promit à M. de Gastelnau de placer la statue du président et celle de la Vierge en regard, sur les piliers de la porte nouvelle, et le chapitre l'assura d'ailleurs que s'il ne pouvait les disposer de la sorte, il les placerait dans la chapelle en face, où elles seraient beaucoup plus en vue et ne perdraient rien de leur beauté. Le premier projet fut réalisé, et les statues furent replacées, comme on les voit aujourd'hui, chacune dans une niche des nouveaux piliers, composés avec les débris des marbres des anciens, couronnés d'une grecque caractéristique de cette époque, et d'une urne funèbre qui les date avec autant de précision.

Mais une nouvelle difficulté survint. Les portes élargies selon le plan d'Ortet allaient faire avancer un de leurs piliers devant le dossier des premières stalles. Le chapitre demanda au Parlement l'autorisation de supprimer une ou deux stalles de chaque côté; mais le Parlement, plus attaché aux traditions que le chapitre luimême et toujours empressé d'ailleurs de faire sentir son

1. Arch. de la H.-G., fonds de Saint-Etienne, n»* 156, 159; déhbérations du chapitre du 26 février, 27 juin 1735; du 24 décembre 1761, du 31 mars 1764, des 9 mars et 4 juillet 1765.

autorité, la refusa, et deux stalles demeurèrent adossées au pilier comme elles le sont encore.

La grille était terminée en janvier 1767, et elle fut reçue le 30, l'abbé de Sapte qui avait été prié de l'examiner ayant dit qu'elle était « selon les règles de l'art 1 ».

C'est, en effet, un superbe ouvrage. Des panneaux d'ornement formant de grands dessins composent les deux portes et remplissent l'ouverture de quatre travées inégales. Les lignes générales, fermes et tranquilles, conservent l'aspect monumental et maintiennent la direction ascensionnelle à travers la fantaisie des ornements. Une frise légère couronnée d'un enroulement de postes les sépare d'un riche fronton aux lignes flexueuses d'une extrême élégance, encadrant aux dessus des portes les armes du chapitre, et dans les travées des emblèmes ecclésiastiques et épiscopaux. Les portes sont maintenues entre des montants à jour.

La richesse et l'ampleur de la composition, la pureté du dessin, le goût exquis des détails de cet ouvrage de fer forgé et ornements de tôle repoussée, relevée au marteau et ciselée, révèlent le profond amour et une grande expérience de l'art de la serrurerie, qui après avoir perdu peu à peu, après l'invasion des ouvrages de fonte, toutes les précieuses traditions du moyen âge, les

1. A7^ch. de la H.-G , fonds de Saint-Etienne, n« 159; délibérations des 4 août et 27 septembre 1765; des 23 janvier, 30 janvier et 17 juillet 1767.

reprend aujourd'hui pour l'honneur de l'industrie nationale.

On lit sur la traverse inférieure : orteï fecit anno

Le chanoine de la Porte n'avait eu aucun représentant pour défendre son mausolée, qui fut détruit au point qu'il n'en reste pas trace, et les piliers de pierre qu'il avait fait construire furent remplacés par des piliers semblables à ceux de la porte du président de Lestang. Le chapitre fit placer dans une des niches une statue de terre cuite, d'un fort pauvre goût, du généreux et pieux chanoine représenté probablement avec des traits imaginaires et sous le costume ecclésiastique du dix-huitième siècle , avec le geste banal et faux d'une main étalée sur le cœur.

Pour avoir un pendant digne de cette sentimentalité qui devenait à la mode, on installa dans la niche opposée une statue de saint Augustin tenant une plume de la main droite et un cœur enflammé entre le pouce et l'index de la gauche.

L'inscription tracée sous la statue du chanoine constate ces changements ^

On avait été cependant très ému en ouvrant, en juillet 1765, le tombeau de Pierre de la Porte, dont on trouva le corps sain et entier, revêtu de ses habits intacts de chanoine et de conseiller au Parlement, après deux siè-

J. Voir l'appendice épigraphique.

des et demi de sépulture. La foule accourut pour vénérer ces restes que l'on regarda comme ceux d'un bienheureux, et ils furent déposés, quelques jours après, dans un cercueil de bois, sous l'autel de la chapelle de Saint- Martin, vis-à-vis l'ancien tombeau ^

Le chapitre employa le marbre qui restait encore de l'ancien tombeau ou des portes du président de Lestang à réparer quelques autels du chœur, et il donna h Ortet à titre de gratification le fer de l'ancienne grille du quinzième siècle 2.

Quelques années après, en 1775, le chapitre fit sculpter en marbre aussi les autels des chapelles de Vayroles et de la Sainte-Croix^.

Plusieurs vitraux furent mutilés dans leur partie inférieure, afin de garantir de l'humidité, par une cloison de briques revêtue de planches, les tableaux posés derrière l'autel ; ainsi le beau vitrail de la chapelle de saint Jean l'Évangéliste, d'où disparurent probablement des armoiries, des inscriptions et peut-être des signatures qui seraient précieuses , pour abriter mieux le tableau d'André Lèbre ; aussi encore le vitrail dont il ne reste plus trace de la chapelle de Notre-Dame de Consolation, ornée par des tableaux du P. André, le peintre dominicain

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