SAINT-ÉTIENNE PENDANT LA RÉVOLUTION
Le curé Bcrnadet; le refus de serment; l'élection de l'évêque constitutionnel ; les nouvelles paroisses de Toulouse; reliques sauvées; les réunions décadaires ; réouverture des églises après la Terreur ; discrédit du culte constitutionnel; retour au culte catholique; l'abbé du Bourg; nouvelle persécution de Fructidor; le Concordat; l'archevêque Primat; empressement des fidèles ; prédications, missions, cérémonies, fondations, œuvres de charité et d'enseignement ; maisons religieuses dans la paroisse ; les curés de Saint-Étienne depuis la Révolution ; restaurations de la cathédrale.
Jean Bernadet^, curé de Saint-Étienne depuis 1779, avait doublé en dix ans les revenus des pauvres de la paroisse, et l'ascendant de ses vertus comme de son savoir exerçait un grand empire sur les fidèles. Il n'avait pas discerné d'abord les révoltes qui se dissimulaient dans la constitution d'un clergé national et il avait prêté serment le 26 octobre 1790; mais il se rétracta par un acte public un mois après, joignit aussitôt ses protestations à celles du chapitre, et publia un imprimé de vingt-deux pages exposant les principes de la doctrine catholique sur la puissance spirituelle. Ce petit traité,
i. Le curé Bernadet était né à Toulouse le 17 mai 1744; il succéda au curé Boyer, qui avait remplacé en 1747 le curé Barbanègre.
énergique et lucide, se répandit dans toute la ville; on le distribuait dans les rues et jusque sur la porte du théâtre, mais à l'entrée de la nuit, car déjà commençaient les recherches persécutrices. Le conseil municipal, réuni dans le Petit-Consistoire le 21 janvier 1791, dénonça cette distribution, disant que les ennemis de la patrie couvraient ce libelle d'un nom respectable pour égarer l'opinion et jeter le trouble dans la ville, tandis que la religion, loin d'être menacée, venait d'être rendue à sa pureté première. Bernadet, mandé au conseil, affirma qu'il avait écrit ce traité selon la doctrine et selon sa conscience, qu'il ne craignait pas ainsi de le distribuer et qu'il n'encourrait jamais d'ailleurs la responsabilité de troubler la tranquillité publique.
Mais le 24 février, le procureur de la commune, Dupuy, demanda que l'écrit fût déféré à l'Assemblée nationale, ajoutant qu'il pouvait encourager la licence d'autres écrits plus violents contre les lois nouvelles, et que Bernadet annonçait même à ses paroissiens l'intention de les quitter*.
La Constitution civile du clergé, secondant la loi qui avait brisé les anciennes provinces dont les populations se groupaient suivant leurs affinités de races, de langue, de mœurs et d'intérêt, transformait les diocèses par son premier article et donnait un évêque à chacun des départements nouveaux. L'évêque devait être élu par le peu-
l. A7'chives municipales de Toulouse y Cultes, registre 4.
pie. François de Fontanges avait refusé le serment à la séance de l'Assemblée, le 4 janvier 1791. Le 16, il adressa une lettre pastorale à ses prêtres pour les éclairer sur leurs devoirs et déclarer d'avance schismatique et intrus celui qui oserait usurper son autorité épiscopale. « J'ignore, ajoutait-il, s'il me sera permis d'entretenir encore des relations avec le clergé de mon diocèse; la violence à laquelle il est possible qu'on ait recours pourrait seule m'empêcher de remplir un devoir si cher à mon cœur, mais alors le plus ardent de mes vœux est qu'elle ne soit dirigée que contre moi^ ».
Les fidèles paraissaient très peu disposés à se rendre à la nouvelle assemblée convoquée à Saint-Étienne le 21 février, pour l'élection du nouvel évêque. Le bon sens instinctif du peuple lui montrait que les bouleversements introduits dans la discipline et l'organisation de l'Église, sans le consentement du Pape, étaient nuls de plein droit. Une circulaire imprimée de la Société des Amis de la Constitution dénonça ces résistances, et proposa de publier le nom des électeurs qui ne se rendraient pas à la cathédrale. Les officiers municipaux lancèrent une invitation plus pressante ; ils essayèrent d'égarer la droiture du sentiment populaire en rattachant aux usages primitifs la loi nouvelle et en niant la nécessité de l'institution apostolique 2.
1. Abbé Cayre, Histoire des A7^chevèques de Toulouse^ p. 461.