Archives municipales de Toulouse, Cultes, registre ï
De même que les autres curés de la ville, Bernadet refusa de lire la loi électorale. Le 27 février, l'officier municipal, Joseph Babou, se rendit à Saint-Étienne , vers neuf heures, au moment où la messe de paroisse allait commencer. Il se plaça au banc des capitouls , vis-à-vis la chaire, et l'église d'abord presque vide se remplit peu à peu. Il n'y eut ni prône ni homélie; on lut seulement les bans de mariage. Après la messe, Joseph Babou mit son écharpe, déclarant qu'il allait donner lecture de la loi. Aussitôt, les femmes rassemblées dans l'église s'écrièrent : « A bas, point de décrets; il trahit le Christ. » La foule des fidèles se souleva, mais la garde nationale arrivant, les fit sortir, arrêtant deux femmes ainsi qu'un jeune homme, et Babou put lire le décret de convocation, qui fut applaudi par la populace entrée avec la garde
Loménie de Brienne fut élu, le 27 février, évêque métropolitain du sud, selon le nouveau titre donné à l'archevêché de Toulouse. Il refusa prudemment, préférant demeurer évêque de l'Yonne.
Les prêtres de Toulouse furent convoqués le 6 mars à Saint-Étienne, à l'issue de la messe de paroisse, pour prêter le serment solennel et collectif à la Constitution civile du clergé. Il fut énergiquement refusé par les vicaires généraux, les chapitres de Saint-Étienne et de Saint-Sernin, les curés et les vicaires, les supérieurs et
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les directeurs des séminaires de la ville, les Bénédictins de la Daurade, les Dominicains à l'exception d'un seul, les Gordeliers, les Chartreux, les Capucins, les Petits- Augustins. Cinq à six Grands-Carmes ou Carnies-Déchaussés, deux Minimes, trois Grands- Augustins et presque tous les Doctrinaires, sauf le P. Théron, recteur de la maison de Saint-Rome, et le P. Rouaix, recteur du séminaire de TEsquile, se laissèrent égarer, perdus dans le nombre des prêtres fidèles.
La vieille cathédrale vit dans cette matinée un aussi grand spectacle que celui de la séance du 4 janvier, à l'Assemblée nationale, dans laquelle les évêques avaient proclamé leur fidélité à l'unité de l'Église, qu'ils devaient sanctionner bientôt par l'exil et la mort.
Les membres du chapitre qui avaient tous refusé le serment reçurent l'ordre de se disperser; presque tous émigrèrent bientôt après ^
Le P. Sermet, ancien Carme-Déchaussé, fort en vue à Toulouse, où il proclamait les idées nouvelles devant le peuple dans ses sermons en languedocien, fut élu évêque le 27 mars. Deux jours après, il se rendit à la cathédrale pour chanter le Te Deum, et de là au club. Après avoir été sacré à Paris par Gobel, il rentra le 7 mai à Toulouse, où le conseil municipal demandait aux administrateurs du directoire et du district de faire vider la *
i. Arch. de la H.-G., cultes, l. V, n° 7. Liste des chanoines, prébendiers et prêtres de chœur de la cathédrale, émigrés.
maison de l'évêché à ceux qui s'y trouvaient encore, sous peine de se voir mettre à la rue, ainsi que leurs meubles, et aussi de faire enlever des collatéraux du chœur les armoires des anciens chanoines i.
Le 24 mai, de nouveaux curés intrus furent élus dans les paroisses, bientôt limitées à dix, par une loi du 29 octobre suivant : Saint-Étienne, Saint-Augustin au couvent des Augustins, Saint-Exupère, la Daurade, la Dalbade, Saint-Sernin, le Taur, Saint-Thomas au couvent des Jacobins, Saint-Nicolas, Saint-Michel. La loi conservait comme oratoires les églises du Saint-Sauveur des Minimes, des Cordeliers, des Carmes-Déchaussés, des Recollets et des Chartreux 2.
On n'avait voulu conserver d'abord que huit paroisses, mais le directoire du district, réuni le 3 juillet 1791, reconnut qu'il serait impolitique d'amoindrir ainsi le nombre des églises ouvertes au service du culte, dans une ville qui possédait auparavant quatre-vingt-dix sanctuaires, trois cents religieux, avec deux cents prêtres, et dont le peuple aimait la pompe dans la célébration du culte ainsi que la fréquentation des lieux saints. Il serait imprudent, ajoutait-on, de ne lui accorder qu'une soixantaine de prêtres et barbare de démolir les églises supprimées. Avec huit paroisses seulement, celle de Saint- Étienne aurait compris près de la moitié de la ville. Le