V. Bertrandi, de Gestis tholosano?'um, f*^ xiii , recto
3. Saint Etienne est le patron des cathédrales d'Agen, d'Auxerre, de Bourges, de Cahors, de Châlons-sur-Marne, de
Si elle n'est pas entrée dans les certitudes de l'histoire, une tradition si lointaine ne saurait être négligée pour éclairer l'obscurité des origines. Elle autorise peut-être, dans le cadre modeste de cette étude , à vénérer l'église Saint-Etienne comme la plus ancienne de Toulouse ^
Fréjus, de Limoges, de Meaux, de Metz, de Saint-Brieuc, de Sens, de Toul, de Toulouse et d'innombrables églises : Saint- Étienne de Caen, Saint-Étienne de Périgueux, etc.; mais la plupart de ces églises ne durent se placer sous la protection du saint martyr que lorsqu'elles eurent reçu des parcelles de ses reliques, découvertes à Jérusalem en 41o. Ce fut un grand événement dans la chrétienté , et il eut un immense retentissement. Les PP. Dominicains de la ville sainte viennent de mettre à jour les premières assises de l'église construite sur le sol où ces restes vénérables furent trouvés.
J. La tradition des églises des Gaules, d'Italie et d'Orient tenait saint Martial pour un disciple direct de Jésus-Christ, et disait même qu'il était le petit enfant qui avait apporté au Sauveur les poissons et les pains du repas miraculeux. Les générations du moyen âge n'élevèrent pas un doute. Au quatorzième siècle, Mathieu Giovanetti peignait sur les murs de la tour Saint Jean du palais des papes, à Avignon, saint Martial fondant les églises de Poitiers, de Saintes, d'Agen et de Toulouse. Bertrandi, Catel, de Sponde, Dadin de Hauteserre, Marca crurent encore à la véracité de cette légende, que les critiques des années suivantes, Launoy, Bosquet, Ruinart, les Sainte-Marthe, les Bollandistes {Aclasancio?'U7n,j\inu\,i^.^3o)^ les auteurs de l'histoire de Languedoc, rejetèrent comme fabuleuse [Hisloire de Languedoc^ édition Privât, I, p. 328). Elle a été reprise et défendue de nos jours, rattachée aussi à la grande question de l'époque de l'établissement du christianisme dans les Gaules. Nul n'a. soutenu l'apostolat de saint Martial et la fondation de l'église de Limoges au premier siècle, c'està-dire la seconde question elle-même unie à la première, aveo plus de savoir et de précision que M. l'abbé Arbellot {Disser-
La basilique de Saint-Serniu n'a été élevée qu'à la fin du quatrième siècle, et l'égiise delà Daurade, ancien temple païen, n'a pu être livré au culte du Christ qu'après l'édit de Tliéodose, en 391, autorisant cette transformation pour tous les temples de l'empire. Les chrétiens de Toulouse possédaient évidemment un sanctuaire avant que ces deux églises fussent ouvertes. Aucune d'elles, d'ailleurs, n'a jamais prétendu à l'ancienneté la plus haute, et le chapitre de Saint-Sernin particulièrement, dans ses contestations séculaires avec celui de Saint-Etienne, n'a jamais disputé à son église la primauté dans le temps non plus que le titre cathédral.
De même, d'ailleurs, que plusieurs autres villes galloromaines, Toulouse voulut appuyer sur les remparts son église principale, auprès d'un des palais de la civitas^ qui devint la résidence de l'évêque.
talion sur l'apostolat de saint Ma?'tialy Paris, Didron, 18o5). Il montre la croyance à cette tradition établie dès le sixième siècle par les vers peu explicites, il est vrai, de Fortunat et la légende composée, selon lui, à cette époque sous le nom supposé d'Aurélien, successeur de saint Martial sur le siège de Limoges. Mais Papebroch, reproduisant dans le recueil des Bollandistes les travaux du chanoine de Limoges, Descordes, qui attaqua le premier l'antique légende au commencement du dix-septième siècle, dit qu'elle n'a pu être écrite qu'en 964, lors de la seconde translation des reliques du saint, et qu'elle est remplie d'erreurs. Le dixième siècle vit surgir plusieurs légendes analogues. M. l'abbé Arbellot ne cite d'ailleurs aucun texte d'une haute antiquité mentionnant la fondation de réghse de Toulouse par saint Martial.
Ce fut seulement suivant une coutume, chère aux évêques des premiers siècles chrétiens , que saint Sylve et saint Exupère consacrèrent leurs soins et toutes leurs ressources à la construction de la basilique destiiiée à recevoir les reliques du saint fondateur de la chrétienté toulousaine. Aucune église n'avait, à cette époque, la destination fixe et absolue de cathédrale, et le siège épiscopal était dressé dans tous les sanctuaires où se transportait l'évôque. Ce n'est guère qu'a,u huitième siècle que la cathédrale se distingue nettement et prend la supériorité sur les autres églises du diocèse.
Jusqu'à cette époque, l'église Saint-Etienne dut subir le sort de tant d'autres. Déjà, dans la seconde moitié du quatrième siècle, l'arianisme avait envahi la Gaule méridionale. Rhodanius en préserva ses fidèles et son clergé; mais envoyé en exil après le concile de Béziers, en 356, où il avait vaillamment soutenu la divinité du Christ, cet évéque ne put les défendre des persécutions , ni épargner aux sanctuaires toulousains les dévastations sacrilèges. Les violences de l'empereur Constance furent impuissantes toutefois à détourner les fidèles des leçons de leur évêque et à faire élire un arien. Saint Sylve, élu après sa mort, multiplia ses efforts pour ramener les hérétiques égarés, et jeta les fondements de l'église terminée par son successeur, saint Exupère, qui transporta les restes de saint Saturnin dans cette nouvelle et magnifique sépulture , suivant une coutume très générale à cette époque.
Un cimetière occupait déjà une partie de la place qui s'ouvre au-devant de l'église Saint-Etienne, et l'on y a trouvé, en 1850, dans le voisinage de la fontaine, des sarcophages de pierre des cinquième et sixième siècles.
Les flots d'envahisseurs se précipitaient sur la Gaule. L'intrépide évèque préserva Toulouse des ravages des Vandales ; mais après sa mort, d'autres barbares arrivent : «Si l'Océan tout entier eût inondé les Gaules, dit saint Prosper d'Aquitaine, il eut laissé plus de monuments debout. » La domination persécutrice des Visigoths ariens arrêta les développements de la foi chrétienne dans leur nouveau royaume, d'autant (|u'ils étaient entraînés vers l'hérésie beaucoup moins par les discussions théologiques trop subtiles pour leur rude cerveau, que par le désir d'écraser l'importune souveraineté sur les âmes qui se dressait en face de leur pouvoir. Toulouse fut même privée sans doute de la direction épiscopale pendant plusieurs années, car on ne trouve aucune mention d'un évêque, d'Exupère à Héraclien. Ce dernier fut élu sous le règne plus tolérant d'Alaric, leur dernier roi. Il assista au concile d'Agde, en 506, où fut projeté un nouveau concile qui devait se tenir à Toulouse môme, quelques mois après.
L'année suivante, Clovis conquit la plus grande partie du royaume Visigoth , et les catholiques de Toulouse vécurent en paix sous la protection du roi franc , dont ils avaient ardemment désiré la venue , comme tous ceux de la Gaule. Le roi, à son tour, s'appuya sur eux et raffermit le pouvoir ébranlé de leurs évêques. Il s'attacha particu-
lièrement saint Germier et posa les premières assises de la fortune territoriale de l'église toulousaine en lui donnant la terre d'Ox, près de Murets La fidélité des successeurs de saint Germier envers les princes mérovingiens ne se démentit pas. Lorsque l'aventurier Gondovald, instrument de princes ambitieux, vint agiter les provinces méridionales, l'évêque Magnulphe lui reprocha sa révolte pendant le souper qu'il lui offrit. Le patrice Mummole frappa l'évêque au visage ; le duc Didier le traita plus ignominieusement encore en lui donnant un coup de pied. Ce duc envoya févêque en exil, tandis qu'il s'emparait des biens de son église ^.
Les biens ainsi donnés, ainsi déjà enlevés parfois aux évêques, dans les guerres incessantes de cestemps, étaient employés, après leur entretien et celui de leur clergé, à divers services publics dans un moment où le pouvoir royal, faible et sans action, était à peine reconnu : les secours donnés aux clercs, l'établissement du culte, le soulagement des pauvres et les constructions d'églises , la création de routes et de ponts, surtout le défrichement des terres.
La société religieuse était à cette époque la plus forte et l'à plus stable. Elle offrait aux peuples, que tout menaçait et que tant de divisions tendaient k séparer, un abri et un lien. Les pouvoirs civils s'aidaient parfois de sa puissance