‹ L'èglise Saint-ÉtienneChapitre 44 sur 193 · Histowe de Languedoc, édition Privât, IV, p · texte numérisé non relu

Histowe de Languedoc, édition Privât, IV, p

2. Grégoire de Tours, Histoit^e des Francs, liv. VII, ch. xxviixxvni.

organisée et civilisatrice ; bientôt ils cherchèrent à la dominer, les rois en pesant sur la nomination des évêques, les fondateurs d'églises eux-mêmes en se réservant des droits sur elles avec une part de leurs revenus, les défenseurs, que les évêques avaient été contraints de se donner, en prenant une part dans l'administration temporelle de leur église et en exerçant sur elle une influence dominatrice.

La société laïque entrait ainsi dans l'Église et y exerçait son pouvoir, tandis que les paroisses se formaient, que le diocèse s'étendait et que les divers diocèses d'une province se plaçaient sous la direction du métropolitain ou de l'archevêque, c'est-à-dire de l'évêque de la métropole provinciale.

L'église de Toulouse dépendit d'abord de la métropole de Narbonne, car les circonscriptions religieuses adoptèrent, avec leur nom de diocèse, les divisions administratives que les Romains avaient tracées ; mais elle fut rattachée à la métropole de Bourges après les conquêtes de Glovis, parce que les Visigoths avaient conservé Narbonne, et elle ne rentra dans son ancienne province ecclésiastique qu'à la fm du huitième siècle , lorsque Pépin se fut emparé de la Septimanie.

Les princes carlovingiens protégèrent plus directement encore les églises de leur empire. Ils ramenèrent dans le clergé l'activité et la règle qu'avait affaiblies l'anarchie des derniers règnes de leurs prédécesseurs. Pépin demande des canons au pape Zacharie; Adrien en envoie àCharlemagne, en 774, une collection plus complète encore.

L'empereur adresse aux évêques des lettres sur la discipline et le dogme même, et Févêque de Toulouse Arricho en reçoit une touchant la grâce du Saint-Esprit ^ Les conciles se multiplient et Arricho assiste à celui de Narbonne en 791, où le métropolitain se vit entouré de vingthuit évêques. Dans la diète qu'il tint à Aix-la-Chapelle, en 828, Louisle Débonnaire convoqua quatre conciles pour l'année suivante dans les quatre principales villes de l'empire : Paris, Lyon, Mayence et Toulouse, où se réunirent les quatre métropolitains de Narbonne, d'Arles, de Bourges et d'Eauze.

Mancion était alors évêque de Toulouse, et Charles le Chauve accorda à son successeur la première charte qui nous soit restée concernant Saint-Étienne.

Il se dirigeait vers Toulouse pour l'enlever à Pépin son adversaire. Il s'arrêta dans la maison royale d'Aveins, sur le Tarn, et Févêque Samuel, qui était venu au-devant de lui, obtint de sa main souveraine, dans ce moment de péril, le 5 avril 844, une charte confirmant son église de Saint-Etienne et de Saint-Jacques, ainsi que celles de Notre-Dame de la Daurade et de Saint-Saturnin , dans leurs possessions et leurs immunités. La charte rappelait que les mêmes privilèges avaient été déjà accordés à ces trois églises par l'empereur Louis. Elle interdisait à tout juge ou officier public d'entrer dans ces églises ou dans

1. Mabillon, Guizot, Histoire de la civilisation en France^ II, p. ?8t et suiv.

leurs propriétés pour y instruire des causes, exiger des redevances ou des logements, en enlever des hommes libres ou des serfs*.

Cette charte montre que l'église de Saint-Étienne portait définitivement le titre de cathédrale, ipsam sedem, et qu'elle était placée sous l'invocation de saint Etienne et de saint Jacques, que est constructa in honore Sancti Stepliani seu et Sancti JacoM apostoli.

Il n'était pas rare au moyen âge de voir un double patronage protéger une seule église ; mais le siège cathédral lui-même reposait aussi ([uolquefois sur deux églises voisines. Ainsi la cathédrale d(^ Paris sur l'église de Notre- Dame et sur celle de Saint-Etienne ({ui disparut lors de la reconstruction de Maurice de Sully, et dont le souvenir persiste dans les superbes sculptures du portail élevé par Jean de Ghelles sur le croisillon méridional ; ainsi encore la cathédrale de Saint-Dié sur les deux églises inégales de Saint-Maurice et de Notre-Dame, reliées par un cloître ;

1. Catel, Mémoi?^es de l' Histoire de Languedoc, p. 850: Gallia chfHstiana, XIII, instmimenla. col. 1 ; Histoù^e de Languedoc, II, p. 219; Gaussé, Mémoit^es de la Société archéologique du midi de la France, IX, p. 242, avec la reproduction d'une copie du douzième siècle; abbé Douais, Cartulaire de Saint- Sernin, p. 6. Les nouveaux éditeurs de V Histoire de Languedoc ont rectifié la date de cette charte, que dom Vaissete croyait avoir été donnée en 8i3 {Hist. de Lang.^ II, p. 360;; mais le lieu d'Aveins qu'ils contestent, douteux en effet dans la copie du douzième siècle, est nettement indiqué par les transcriptions du Cartulaire de Saint-Sernin et la charte conflrmative de Louis VII, où on ht Avintus, peut-être Avintiis.

celle de Besançon sur les églises de Saint-Étienne et de Saint-Jean. Forcalquier et Sisteron eurent aussi deux cathédrales, et la petite cité épiscopale du Gouserans a conservé jusque vers le milieu du dix-septième siècle ses deux cathédrales de Notre-Dame-de-la-Sède et de Saint-Lizier. De même, à cette époque lointaine, la cathédrale de Toulouse s'était incorporé un de ces nombreux sanctuaires, accompagnés d'un hospice réservé aux malades ou déjà peut-être aux pèlerins qui se rendaient à Saint-Jacques de Compostelle, pour composer avec lui l'unité du siège cathédral dans l'alliance de la foi et de la charité.

Chaque église principale, en effet, consacrait une part de ses revenus aux pauvres qu'elle inscrivait sur un registre spécial, la matricula. L'aumônier présidait une distribution quotidienne de pain, de viande ou d'argent * et bientôt un asile spécial fut construit pour recevoir les malades, voyageurs ou les pèlerins.

Trois siècles après, dans les derniers jours de Tannée 1154, le roi Louis VII, revenant justement de Saint-Jacques en Galice, s'arrêta à Toulouse auprès du comte Raymond V, qui venait d'épouser sa sœur Constance. D'après le désir et le conseil du comte, en présence des bourgeois et des habitants de Toulouse, il confirma dans la salle capitulaire de l'abbaye de Saint-Sernin les privilèges accordés par Charles le Chauve k la cathédrale de Saint-Etienne et aux églises de Saint-Sernin et de la Dau-

Page 1