Grégoire de Tours, De miraculis sancti Martini^ I, p. 3L
rade, heureux de donner, dans cette province éloignée, une marque de son pouvoir royal. Mais déjà s'était formée la légende qui glorifiait Charlemagne de toutes les fondations comme de tous les hauts faits de sa race, et c'est à Km^ohis magnus que la nouvelle charte attribue celle de Charles le Chauve'.
Les princes carlovingiens et leurs successeurs, protecteurs de l'Église, ne faisaient (|ue remettre en vigueur les prescriptions de Constantin et des premiers empereurs chrétiens. Après la pacification do l'riglise, une juridiction spéciale, rafïrancriissement dos charges et des honneurs publics, Fimmnnité do cor(;niis imprils avaient été accordés aux clercs, non seulement en reconnaissance des services qu'ils rendaient pour l'ordre et la paix de l'État, mais en vertu d'une organisation déjà préexistante. La famille chrétienne s'était constituée dès son origine avec tous les pouvoirs d'une société complète, atin de pouvoir se maintenir en face des Césars persécuteurs et sauvegarder sa liberté avec l'avenir de son œuvre, en évitant de se rendre justiciable de la juridiction civile. Les chrétiens ne manquaient jamais de jiortor devant lo l] i])unal de l'évêque les litiges qui survenaient entre eux. Ils avaient constitué aussi , par des dons ou des contributions volontaires , les ressources indispensables pour l'entretien de leur culte et le soulagementde leurs frères malheureux. Lorsque Cons-
1. Histoi7^e de Languedoc, III, p. 795; V, col. 1175; Cartulaire de Saint- Semin, p. 7.
tantin eut embrassé le christianisme, l'Eglise unit son action civilisatrice avec celle d'un gouvernement ami. L'empereur permit cependant d'en appeler, quand on le voudrait, à la cour épiscopale. Lorsque surgirent des entraves à la liberté, les conciles résistèrent et revendiquèrent l'immunité complète de toute personne attachée au service des autels.
Les Mérovingiens suivirent les traditions de la cour de Hyzance. Clovis étendit les immunités de l'Eglise ; ses successeurs concédèrent à chaque église une manse^ complètement franclie d'impôt. Mais cette franchise ne s'étendait pas aux biens que l'église pouvait posséder au delà de sa manse fixe. Charlemagne, comprenant que l'Eglise ne devait pas être exclue de sa part de pouvoir dans une société formée par elle, lui accorda pleinement la puissance judiciaire avec l'entière liberté, qui disparurent, de même que tant d'autres germes civilisateurs, dans la tempête du dixième siècle, pour triompher de nouveau avec Grégoire VIF.
L'église Saint-Etienne avait acquis l'unité de sa suprématie au moment de la charte de Louis YII, puisque cette charte ne mentionne plus, comme celle de Charles le Cliauve, l'église Saint-Jacques.
1. Du latin mansus. Du Cange, au mot mansus. Martigny, Dictionnaire des antiquités ch?^étiennes ^ p. 182.
2. Dom Chamard, Les immunités ecclésiastiques ; Revue des questions historiques, octobre 1877.
LES FONDATIONS DE l'ÉVÊQUE IZARN A SAINT -ETIENNE.
Réformes du onzième siècle. — L'Evêque Izarn et le comte Guilhiume. — Règle de Saint-Augustin adoptée par les chanoines de Saiut-Étienne. — Donations de l'évêqne. — Reconstruction de la cathédrale. — Restes de cette église ancienne. — L'art toulousain à cette époque. — Souftiet donné aux juifs devant la porte de Saint-Etienne.
La cathédrale toulousaine a^^ait pris une grande importance entre ces deux époques. Le nombre des paroisses et des prêtres du diocèse s'était accru, l'organisation politique du comté avait permis d'asseoir des établissements durables, les défrichements avaient augmenté la richesse de la contrée. Le onzième siècle ouvrit pour les provinces méridionales, comme pour tout le royaume, une ère de prospérité et de paix dans la foi, attestée par le nombre prodigieux d'églises romanes, construites avec soin et souvent avec luxe, qui couvrent encore le sol malgré les morsures de sept cents hivers, jusque dans les vallées les plus profondes des Pyrénées.
Un magnifique élan de réformes avait précédé cette période prospère.
Lorsque le clergé fut entré dans l'organisation sociale
et fut devenu propriétaire des biens, des abus et des désordres n'avaient pas manqué de surgir. Tantôt des guerres incessantes le dépouillaient et le conquérant s'emparait à son profit de l'autorité spirituelle; tantôt les abbés et les prélats adoptaient les mœurs des gens de guerre. On vit sans cesse le pape et les conciles ordonner des réformes devenues nécessaires, mais bientôt négligées. L'anarchie des derniers temps carlovingiens avait accru ces ravages qui désolèrent encore les premières années du onzième siècle.
Dès les dernières années du siècle précédent , l'évêque Hugues s'unissait, dans un concile tenu près de Saint- Pons, à l'anathème porté contre ceux qui usurperaient les droits de l'abbaye, et contribuait aussi par ses donations à Saint-Etienne, à Saint-Sernin et à plusieurs autres sanctuaires à asseoir l'indépendance avec la fortune de l'Église, sans négliger de placer les pauvres au premier rang dans ses libéralités. Le second concile de Toulouse tenu en 1006, sous l'évêque Raymond, prenant la défense des populations opprimées, obligea le seigneur de Garaman à se limiter strictement aux droits qu'il avait démesurément étendus dans les marchés qu'il tenait les trois derniers jours de la semaine sous les murs de Toulouse. Le même prélat obtint de Jean XVIII une bulle qui maintenait toutes les possessions de Saint-Etienne, de Saint-Sernin et de la Daurade et défendit à tout évêque d'ordonner un prêtre à Toulouse sans sa permission. Un nouveau concile s'ouvrit à Toulouse le 13 septembre 1056, sous le « vénérable >
Pons, comte de Toulouse, et l'évêque Arnaud, rédigea treize canons contre la simonie, le mariage des ecclésiastiques, l'usurpation des biens de l'Eglise, défendit aux comtes et aux seigneurs de vendre les évêchés et les abbayes, et ordonna que les évêques et les abbés ne pourraient être élus avant l'âge de trente ans
Mais ces efforts isolés demeuraient impuissants. Le grand moine Hildebrand se dressa contre le fléau et sauva la pureté de l'Eglise avec sa liberté. Avant même d'être pape, il dirigea, sous le pontificat de ses prédécesseurs, l'entreprise qui devait affranchir le monde moderne du retour de la tyrannie antique. En même temps, l'influence des évêques grandissait au milieu de la violence des mœurs et de l'obscurité du droit. Le peuple voyait dans l'Eglise un refuge et une protection. C'est d'elle qu'il attendait le salut.
Dès qu'Hildebrand fut élu sous le nom de Grégoire VII, il trouva à Toulouse deux puissants auxiliaires dans le pieux comte Guillaume IV et l'évêque Izarn, qui s'unirent pour la réforme des églises et en particulier du monastère de la cathédrale de Saint-Etienne.
La simonie avait altéré et presque fait disparaître le service divin, en même temps qu'elle avait aliéné la plupart des biens ecclésiastiques. Izarn commença par rétablir la vie commune parmi ses chanoines qui Tavaient abandonnée et leur imposa la règle de Saint- Augustin.