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l'egtjse saint-étienne. 25
mètre inégal \ et elles sont dignes des plus beaux temps de l'art roman. Aussi leurs bases d'un beau style et leurs chapiteaux, toujours à feuillages corinthiens, mais au milieu desquels^ sur l'un d'entre eux, s'élance un ange accosté par deux têtes émergeant des folioles d'angle, ne doivent-ils avoir été sculptés que sur la fin du onzième siècle, et peut-être même dans les premières années du siècle suivant. On commençait toujours les églises par le chœur abritant le maître-autel; la nef et la façade s'élevaient plus tard et de 'ongues années s'écoulaient le plus souvent entre la pose de la première pierre et la terminaison de l'édifice. Mais il n'est pas possible d'admettre que ces sculptures ne datent que de la nef de Raymond YI, construite sans le moindre ornement de sculpture, sans que la moindre moulure même vienne alléger les arcs puissants et lourds des voûtes et les pilastres qui les supportent. Si fidèles que les provinces méridionales fursent demeurées à l'art antérieur, on n'aurait pas sculpté, vers 1215, à Toulouse, des chapitaux et des bases d'un roman si pur. Le cintre des arcades n'indiquerait pas d'une manière aussi certaine une construction antérieure au treizième siècle, car il se conserva quelque temps dans les arcatures, surtout dans le midi, tandis qu'il disparaissait dos ouvertures et des voûtes. Mais l'analogie de ces belles arcades, montées en voussoirs de pierre avec celles
i. Celles de l'arcature unique ont 0'^25 de diamètre, celle de l'arcature géminée aO'^SO.
de la galerie ouverte sur la façace de l'église Saint-Sernin, prouve leur contemporanéité, d'autant que la brique seule apparaît dans la construction de Raymond VI.
Un retrait que l'on aperçoit au-dessus des arcatures semble indiquer la trace de la reprise lors de cette construction nouvelle. Il est propable que l'on en découvrirait d'autres si l'on enlevait le badigeonnage et le crépi des murs.
La partie du mur méridional que l'on peut apercevoir est semblable au mur de la rue des Cloches; au delà de la chapelle de l'Agonie, une petite salle voûtée en berceau semble être une dépendance de l'église ancienne.
Il est donc probable que l'église de l'évêque Izarn avait la même largeur que la nef actuelle. Elle devait être de forme basilicale, divisée en trois parties avec une nef centrale de huit à neuf mètres et deux petites nefs de quatre à cinq mètres, séparées par des colonnes que couronnaient les chapiteaux conservés. Etait-elle voûtée, avec les inexpériences et les incertitudes qui embarrassaient encore parfois les constructeurs, et qui auraient rendu une reconstruction nécessaire cent vingt ans plus tard? Il est plus vraisemblable qu'elle était simplement couverte par une charpente, comme les églises bâties dans nos provinces avant les dernières années du onzième siècle. La cathédrale ne disposait pas des immenses ressources qui affluaient déjà vers l'abbatiale de Saint-Sernin, dont le prestige était si grand dans la province et jusqu'au delà des Pyrénées, grâce à ses reliques célèbres, parmi
L^ÉGLISE SAINT-KTIENNE. 27
lesquelles celles du premier évêque de Toulouse tenaient encore le premier rang aux yeux des peuples qu'il avait conquis à la foi par son zèle et par son martyre.
C'était sur la façade que les artistes des onzième et douzième siècles prodiguaient les ornements et les sculptures, et celle de l'église d'Izarn devait en être richement couverte, puisque les décorations intérieures paraissent avoir été multipliées avec recherche.
Toulouse, foyer de lumière et d'art, créait ainsi en même temps deux monuments qui donnèrent l'essor à une école de sculpture dont la puissance de rayonnement fut grande dans la région, et aussi par Saint-Sernin à une école architecturale, injustement qualifiée d'auvergnate, car l'église de Saint-Sernin est antérieure à la plupart des églises d'Auvergne. Elle est aussi la plus importante et la plus helle de celles qui furent construites sur le même plan, et il est plus naturel de penser que les maîtres des œuvres prenaient leurs modèles dans la ville que sa situation sur les rives d'un grand fleuve, vers lesquelles convergeaient plusieurs riches vallées , avait destinée d'avance à devenir une capitale et que l'on appelait depuis Charlemagne la Rome des Gaules ^
i. Viollet-le-Duc disait, dans son rapport au ministre sur les restaurations de Saint-Sernin, que le chœur actuel n'était pas celui qu'avait consacré Urbain II en 1096, et qu'il n'a été construit qu'au douzième siècle. M. Corroyer répète cette assertion dans son Hisioù^e de V architectw^e romane (Paris, Quantin, 1888, p. 236); mais ni l'un ni l'autre ne donnent
C'est devant la porte de l'église, qui avait précédé celle de l'évêque Izarn, que, l'an 1018, le juif, souffleté suivant la coutume le jour du Vendredi-Saint, fut frappé si violemment par Hugues, chapelain du comte de Rochechouart, que les yeux et la cervelle jaillirent du crâne. Ses coreligionnaires enlevèrent le cadavre pour l'inhumer dans leur cimetière. C'était probablement dans un de ces moments d'irritation populaire contre les juifs, fréquents au moyen âge.
Cette coutume, établie dans plusieurs villes, se renouvelait à Toulouse trois fois l'an devant la porte d'une église choisie par l'évêque; mais elle n'avait pas d'habitude un dénouement aussi tragique et se résumait dans une simple cérémonie expiatoire. Les juifs s'en étaient plaints à Louis le Bègue ; elle fut confirmée par une
aucune preuve. Viollet-le-Duc, simplement copié évidemment par son élève, est souvent injuste pour l'art roman et n'appréciait pas à sa valeur la puissance originale et précoce de cet art si abondant et si varié dans nos provinces méridionales. Dans la seconde moitié du onzième siècle, Toulouse et la contrée jouissaient déjà d'un état prospère et d'une civiUsation avancée.
Rien ne prouve que les architectes de la riche abbatiale de Saint-Sernin, dans laquelle les comtes de Toulouse avaient élu leur sépulture, aient été incapables de construire, de 1060 à 1100, l'abside et le chœur que nous voyons aujourd'hui, et n'aient su élever que des murs que l'on aurait été obhgé de démolir presque au lendemain du passage d'Urbain II. (Voir un article de M. Anthyme Saint-Paul, dans le Bulletin monumental de 1888, p. 186.)
assemblée tenue dans l'église Saint-Etienne, vers la fin du neuvième siècle, sous l'épiscopat de l'évèque Bernard, mais commuée , moins de deux siècles après , en une redevance de quarante-quatre livres de cire pour le cierge pascal de la cathédrale et en un péage dans le faubourg, que les juifs de Toulouse étaient obligés de payer aux chanoines de Saint-Sernin du 1^' novembre au 29 de ce mois, jour de la fête du premier évêque de la ville K
Les juifs, déjà nombreux à Toulouse à cette époque, y habitaient, comme dans toutes les villes, un quartier spécial, limité par les rues Saint-Remésy et Joux-Aygues 2.
Ils ne trouvaient nulle part une vie mieux protégée que dans les villes commerçantes des provinces méridionales. Le chapitre de Saint-Etienne lui-même ne dédaignait pas de conclure des affaires avec eux et de consentir des contrats de vente, de location ou de fermage, ainsi que le montrent les titres d'une volumineuse liasse des archives, dont le plus ancien date de l'an 1128 ^