‹ L'èglise Saint-ÉtienneChapitre 67 sur 193 · CULOT DE LA STATUE DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

CULOT DE LA STATUE DE LA VIERGE

portant le livre et la palme avec une gràcr un peu manii

rée. Les très petits chapiteaux des chœur et de celles des bas-côtés re\) ges sur deux rangs exécutés av Des h:»ncs disposés autour du i pour (Inssiers des quatrefeuille^ magistrale, digne des plus h>siècle. Enfin, les œuvres bornent, à part les clefs de sur les piliers ouvrant sur 1; sentent

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la hauteur du plein du mur, se continuent par les meneaux des verrières, et l'ensemble est fort monumental. Les meneaux ont été posés à diverses époques. Quelquesuns cependant peuvent dater des dernières années du treizième siècle ; ceux par exemple des chapelles méridionales et deux autres semblables au nord, qui montrent, comme aux fenêtres de Saint-Nazaire, de Carcassonne, des ogives géminées surmontés de trilobés encadrés dans des triangles curvilignes.

Le chœur de Saint-Étienne se compose de cinq chapelles absidales et de douze chapelles latérales, tandis que le chœur de Saint- Just n'en contient que huit. Mais Bertrand de risle ne construisit que dix de ces chapelles, quinze en tout. L'ancien registre du chapitre disait quatorze, probablement parce que la chapelle qui servait de passage en entrant du cloître dans l'église n'était pas comptée. L'élégante porte ouverte sur le cloître date des premières années du quatorzième siècle.

Bertrand de l'Isle ne put terminer l'ornementation des chapelles latérales ni peut-être les voûter entièrement, car on aperçoit des traces de reprises même aux voûtes des bas-côtés les plus proches de l'abside K

i. Voir, pour le détail des chapelles, le chapitre xii.

Largeur de la nef centrale du chœur d'Amiens d'axe en axe des piles, 14'ï'60<:; de Beauvais, IS^eO*^; de Clermont, 12 mètres; de Narbonne, d5'"20s de Saint-Etienne de Toulouse, 15 mètres. La nef centrale la plus large, celle de Chartres, a 16'"40^

Longueur du chœur d'Amiens, 54 mètres; du transept, 35 mètres. Du chœur de Narbonne, 54 mètres; du transept,

Les chapelles sont comprises entre les contreforts ; une simple voûte et une fenêtre suffisaient pour les établir une fois que les contreforts étaient montés. Les chapelles absidales sont largement ouvertes et éclairées, de même que très élégantes d'aspect. Toutefois, les fenêtres des collatéraux de Saint-Étienne ne sont pas aussi larges que celles d'Amiens, parce que les chapelles sont pentagonales au lieu d'être carrées, les contreforts étant munis de deux butées qui rétrécissent l'espace. Les fenêtres médianes des chapelles absidales prennent toute la largeur entre les petits contreforts, mais la moitié de celles qui les accompagnent sur les côtés est fermée par la saillie de ces butées que l'on crut devoir projeter sur les flancs des

15 mètres. Du chœur de Saint-Etienne, jusqu'au pilier d'Orléans, 50 mètres.

Hauteur des collatéraux et des cliapelles d'Amiens, SO^SO*^^; de Narbonne, 20"o8 ; de Saint-Ktienne, IT^-fiO'^; épaisseur des voûtes des collatéraux à Saint-Etienne, 0™80'^.

Hauteur du triforium à Amiens, 7 mètres; à Narbonne, 3'"87; à Saint-Etienne. S-^TO^

Hauteur de la voûte à Amiens, 42'"50^ ; à Narbonne, 40'"H«^; à Saint-Etienne, 28"'50'-.

Hauteur des fenêtres des chapelles à Amiens, 12 mètres; à Narbonne, 6 mètres: à Saint-Etienne, 10•"^0^

Hauteur des fenêtres du choeur à Amiens, 13 mètres; à Narbonne, 16 mètres: à Saint- Etienne, 6'"40^

Profondeur et largeur des chapelles : à Amiens, 8 mètres en carré ; à Narbonne, 7 mètres et 6"'90«^ au nord ; 8 mètres et 9'"30*^ au sud; à Saint-Etienne, o"5i% du mur à la balustrnde, 7'"38'^^; chapelles absidales, même profondeur et 10 mètres de largeur.

grands contreforts. On se méfia sans doute de la qualité de la pierre et des briques qui étaient mêlées parmi leurs assises, car à Amiens et à Narbonne les contreforts sont beaucoup moins épais et dégagent mieux les vitraux.

Les chapelles pentagonales du chevet sont plus grandes par le développement plus étendu des panneaux obliques. Elles se joignent et se lient l'une à l'autre comme un réseau continu, selon le mode adopté dans les belles églises ogivales du Nord, et ne se détachent plus isolément comme aux absides des églises romanes. La construction, dans son ensemble, est fort légère; le mur des chapelles est sans épaisseur, et le rond-point apparaîtrait comme une lanterne si le constructeur, plus hardi, s'était contenté de contreforts plus minces.

La chapelle du fond de l'abside, toujours dédiée à la Vierge et habituellement plus profonde que les autres chapelles absidales, comme à Amiens, conserve les mêmes dimensions à Saint-Étienne, de même qu'à Saint- Just de Narbonne.

Les chapelles sont pentagonales encore dans une autre cathédrale du midi, celle de Rodez, qui présente de nombreuses analogies avec celles de Narbonne et de Toulouse, par son chœur allongé, la hauteur égale des chapelles et des collatéraux, les colonnes sans chapiteaux, la sobriété de l'ornementation.

Cette forme des chapelles, rationnelle autour de l'abside, n'a pas de raison d'être sur les bas-côtés du chœur en ligne droite. Elle complique la construction et amoin-

drit l'espace sans nécessité. Le maître des œuvres d'Amiens s'était gardé d'en donner le modèle

Les contreforts sont montés sur plan carré, sur trois faces presque sans ressaut, avec deux larmiers, l'un au niveau inférieur des fenêtres, l'autre au niveau des archivoltes, pour rejeter l'eau de pluie hors des parements. Bertrand de l'Isle ne les éleva qu'à la hauteur de la balustrade, qui ne fut posée d'ailleurs que longtemps après lui. Il ne jeta pas davantage les belles archivoltes qui protègent les fenêtres d'Amiens et portent la corniche et le cheneau sur leur épaisseur. Le mur monte droit sans ornements.

A Amiens, comme dans les trois autres cathédrales élevées sous l'influence de la sienne, les cinq chapelles absidales du chœur ne sont accompagnées que de quatre chapelles de chaque côté des collatéraux 2. Si Bertrand de risle en construisit cinq, laissant même des pierres d'attente pour deux autres (]ui furent bâties plus tard, c'est probablement qu'il n'avait pas l'intention d'élever un transept, du moins un transept saillant. La nécessité d'arrêter la construction de la nef nouvelle à l'ancienne façade obligeait à lui réserver toute l'étendue en longueur, car alors déjà, pas plus qu'aujourd'hui, on ne

1. Histowe de la cathédrale de Rodez, por M. Bion de Marlavagne. Paris, Didron, 1876.

2. Voir les plans et coupes de plusieurs églises ogivales comparées dans la Revue d'architecture de C. Daly, 1886, pl. 27 et 28, et pour les cathédrales de Linnoges, de Clermont et de Narbonne, Viollet-le-Duc, Dictionnaire, II, p. 373, 374, 375.

pouvait songer à gagner du terrain sur la place au-devant de la cathédrale, pour ne pas masquer l'évêché ou rétrécir l'espace dont une partie d'ailleurs était occupée par un cimetière. Il est manifeste, en effet, que le grand évêque entendait continuer la nef sur le prolongement du chœur et aussi de la compléter par des bas-côtés et des chapelles, puisqu'il dressa le mur méridional des chapelles du chœur sur le prolongement même du mur de la nef de Raymond VI. Une moitié de la nef nouvelle aurait ainsi rempli l'espace de la nef ancienne.

]3ertrand de l'Isle mena rapidement la construction, puisqu'en moins de quatorze années elle était arrivée au niveau supérieur du triforium, où les traces de la reprise après l'incendie de 1609 sont très apparentes. Mais les arcatures de ce triforium ne furent montées que deux siècles après. L'éveque entendait-il imiter encore celles du triforium de Narbonne, qui sont étroites et maigres, laissant entre elles et les piles un large panneau de mur plein, ou indiqua-t-il par (quelques amorces la disposition plus élégante et plus légère qu'un de ses successeurs exécuta plus tard?

Lorsqu'il mourut, en janvier 1286, l'œuvre dut s'arrêter tout à coup. Il l'avait entreprise avec la confiance que pouvaient lui donner les ressources de son immense diocèse ; mais la création de l'évêché de Pamiers et d'autres qui suivirent les amoindrirent bientôt après. Les populations ne durent contribuer que pour une faible part au relèvement de la cathédrale. Les donations s'étaient taries,

et presque aucune n'apparaît pendant que le monument s'élève. La province se ressentait encore des désastres de la guerre albigeoise; le zèle qui avait fait surgir du sol les grandes cathédrales du Nord s'était ralenti, et les assises gigantesques posées par Bertrand de l'Isle demandaient, pour être continuées, un effort que les fidèles ne pouvaient soutenir. Avec le dessein d'imiter les grandes églises ogivales, on avait dù renoncer à la brique toulousaine et adopter la pierre lointaine et coûteuse. Ce fut un calcaire extrait de la colline de Roquefort, qui se dresse sur le confluent du Salât et de la Garonne et qui arrivait par le fleuve. Mais depuis cette époque on ne vit plus la pierre descendre sur les radeaux ou les barques que le courant rapide entraînait vers la ville, et tandis que le chœur s'achevait à Narbonne, où la belle pierre était à portée, les grandes églises que Toulouse construisit au quatorzième et au quinzième siècles reprirent la brique méridionale, si solide d'ailleurs et se prêtant si bien, surtout dans les clochers, aux décorations économiques et faciles que l'appareil seul fournissait sans taille ni moulures.

Après la mort du prélat, on renonça donc provisoirement à continuer son œuvre. On jeta une toiture unique sur le chœur inachevé, les collatéraux et les chapelles ; l'abside, qu'on n'avait pas encore démoli pour que le culte ne fût pas interrompu, put alors tomber pour laisser se profiler aux regards les perspectives élégantes et majestueuses d'un des plus beaux sanctuaires qu'eussent encore vus les provinces du Midi.

L'année même où il commença la construction de la nouvelle cathédrale, Bertrand de l'Isle avait donné au chapitre de Saint-Étienne les églises de Sainte-Perpétue, de Saint-Pierre d'Aniane et de Sainte-Marie d'Augas, dans l'archidiaconé de Savez, sans en rien réserver que l'institution ^ Par son testament, écrit en janvier 1285 au château de Balma, qu'il avait fait reconstruire aussi et où il mourut le dernier jour du même mois de l'année suivante, il laissa une somme nécessaire pour terminer le grand autel du chœur: mille livres tournois à la Fabrique de Saint-Étienne; mille livres à son chapitre; mille livres pour la chapelle et l'autel de saint Simon et de saint Jude; trois cents livres de rentes pour la célébration annuelle des fêtes de la Couronne d'épines et de saint Biaise, et aussi d'une messe au jour anniversaire de son décès; à la cathédrale encore ses ornements, vêtements pontificaux et tapisseries, à l'exception de sa plus belle mitre, de sa crosse, de son plus bel anneau et de ses ornements blancs ornés de broderies d'oiseaux, qu'il donnait cà son successeur; enfin, cent livres au trésorier du Chapitre pour des ornements liturgiques. Il donna aussi mille calices de vermeil aux églises et aux monastères de la province dont l'archevêque de Narbonne était le métropolitain, quatorze cents livres pour entretenir pendant un an six chevaliers en Terre-Sainte, douze cents livres au

1. Arch. de la H. -G., fonds de Saint-Etienne, n» xiii, sac GG, liasse 1, t. 26.

monastère de Mas-Garnier, cinq cents à celui du Masd'Azil pour une châsse d'argent destinée à recevoir les reliques de saint Ferriol; cent livres aux monastères de Grand-Selve, de Gimont et de Cluse, cinquante livres à ceux de Belleperche, de Boulbonne, de Galers, de Bonnefont et des Feuillants, de même qu'aux couvents des Frères Prêcheurs et des Frères Mineurs de Toulouse, et à celui de Prouille, ainsi qu'à chacun des couvents de Frères Prêcheurs ou de Frères Mineurs de son diocèse et des diocèses de Montauban et de Castres; cent sols à plusieurs autres couvents ; cinquante sols à chaque maison de lépreux ou de recluses de Toulouse et de ITsle. Il fonda plusieurs prêtres perpétuels en diverses églises de son pays natal, ainsi que dans les cathédrales de Narbonne, de Béziers, de Carcassonne, de Maguelonne, de Nimes, de Lodève, d'Uzès, d'Albi, de Cahors, d'Elne et de Saint-Bertrand de Comminges, et dans l'église Saint- Paul de Narbonne, pour la célébration de la fête de divers saints et pour une messe annuelle au jour anniversaire de sa mort. Il donna cinq cents livres aux chevaliers du Temple et à ceux de Saint- Jean-de- Jérusalem. Par les legs qu'il distribua à chacun des officiers de sa maison, on voit qu'elle comprenait douze chapelains, quatre gentilshommes, douze écuyers, trois messagers, outre les serviteurs qui se voyaient dans les maisons princières comme la sienne et qu'il nomme individuellement, jusqu'à ses fauconniers, cuisiniers et marmitons. Il pensionnait trois médecins et un docteur en lois ; sa bibliothèque

l'église SALNT-ÉTIENiNE. 81

était riche en livres de droit civil et de droit canon ainsi que de théologie.

L'évêque donna ainsi quelques sommes à ceux de ses parents qu'il se reprochait de n'avoir pas accordés entre eux avec assez d'activité et de zèle, des souvenirs pour chacun des membres de sa famille ; mais la plus grande part de son immense fortune fut encore réservée aux pauvres. Il laissa de l'argent pour vêtir mille pauvres et marier de pauvres filles, et il institua pour héritier Notre- Seigneur Jésus-Christ , désirant que ses biens fussent divisés en deux parts, l'une pour des constructions ou réparations d'églises ou de monastères, avec fournitures d'ornements et de livres ecclésiastiques dans les diocèses de Toulouse et de Narbonne, l'autre pour la nourriture et le vêtement de pauvres et de religieux, la dot de pauvres lilles et autres œuvres de charité ^

L'autel du chœur, pour l'achèvement duquel Bertrand de l'Isle avait laissé cinq cents livres, était « tout d'ar-

i. Catel, p. 910. Bertrand de l'Isle avait écrit, le juin 1279, un autre testannent, conservé aux archives de Montauban, dans le cartulaire des seigneurs de risle-Jourdaio , qui a été publié par JNI. Cabié dans les Mémoires de la Société archéologique du midi de la France, XÏI , p. 221. Dom Vaissete avait connu ce premier testament, mais il crut sans doute à une erreur de date, et il le confpndait avec le second, dont Catel a donné l'analyse, mais dont le texte a disparu. Les deux testaments présentent cependant quelques différences, et les legs en faveur de Saint-Etienne sont plus considérables dans le second que dans le premier. Voy. Hist. de Lang., X, p. 116.

8*2 HISTOIRE DE TOULOUSE CHRETIENNl-:.

geiit, dit Gatel, y ayant deux tables d'images d'argent à relief, l'un dessus l'autel, et l'autre qui servait de devant d'autel, lesquelles on montrait seulement aux bonnes fêtes K »

Cet autel fut fondu par l'embrasement de 1609, ainsi que le tombeau de bronze de rcvo(|ue qu'il avait ordonné de même avant sa mort, et sur lequel il était représenté couché, les mains jointes, reposant sur une plaque supportée par quatre lions du môme métal 2.

Bertrand de l'Isle fut enterré au-devant de cet autel, du côté de l'évangile; il est le premier évêque, du moins avec indications précises, qui ait été enseveli dans la cathédrale.

La profanation ne fut pas épargnée à ce prélat dont la vie avait été si magnifique. Dès qu'il fut mort, ses serviteurs le dépouillèrent de tout ce qu'il portait et il ne se trouva plus un habillement pour l'ensevelir selon la coutume ^.

Bertrand de l'Isle avait déjà fondé, en 1273, douze prébendes en faveur d'autant de prêtres, auxquels il assigna quatre deniers tolzas de rente par jour, sur les revenus de l'église de Saint-Pierre du Vilar. Le pape Grégoire X confirma cette fondation par une bulle du 27 février 1273.

î. Le rétable et l'antependium. Catel, p. 910.

!â. C'était encore une imitation des beaux tombeaux d'Evrard de FouUoy et de Geoffroy d'Eu k la cathédrale d'Amiens.

3. Bernard Gui, Nomina episcoporum î'/ioZo^e; manuscrit 4"-5 de la Bibliothèque de Toulouse, P 249 v».

L'évêque assigna à ces prébendiers, qui furent appelés prébendiers de la douzaine., la chapelle du fond de l'abside, la seule qu'il ait eu le temps de compléter et de munir d'un autel. Après la mort de Bertrand de l'Isle, les prébendiers durent célébrer chaque jour et par tour une messe pour le repos de son âme.

Le 31 janvier 1289, l'église de Saint-Pierre du Vilar et le prieuré de Pinsaguel furent unis à la table du chapitre, à la charge par les chanoines d'en employer les revenus aux pensions des prébendiers de la douzaine. Mais ces revenus devinrent bientôt insuffisants, et, en 1316, une bulle de Jean XXII unissait encore à la table du chapitre les prieurés de Lévignac, Lasserre et Ganac, afin que les pensions fussent augmentées. Enfin, le 2 décembre 1332, une sentence arbitrale obligeait le prévôt et les chanoines à remettre tous les ans à chaque prébendier de la douzaine, outre le revenu porté par leur fondation, un quarton de blé et six charges de vin.

Dans les dernières années de l'ancien régime, les prébendiers de la douzaine jouissaient d'un revenu de 8,400 livres, plus la provision de blé et de vin

i. Arch. de la H.-G.^ fonds de Saint-Etienne, n» XXI, J. 1. t. I, registre n» 86, contenant les titres des prébendiers de la douzaine.

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