INTRODUCTION. CV
§ 29. Le schisme seul a réduit l*égiise russe à Cétat d'abaissement où elle se trouve aujourd'hui. Le retour à C Église catho' liquepeut uniquement ten faire sortir.
Ce n'est pas tout. Non-seulement un pareil progrès vous honore peu, mais encore il tourne à votre désavantage. En s'emparant, comme il l'a fait, de tout enseignement, le pouvoir qui vous domine, depuis que le schisme vous a séparés de Rome, vous a enchaînés à ses pieds en s*emparant de tout enseignement civil ou religieux, le gouvernement russe vous a diargé les bras d'une chaîne si lourde que seuls, malheureux évêques, seuls vous ne la romprez jamais.
Pour vous le représenter sous des couleurs plus exactes , permettez-nous seulement de vous exposer en peu de mots la source où vos mitres ont puisé cette inspiration.
La France, au xviii« siècle, commença l'œuvre. Les philosophes anti-chrétiens égaraient cette grande nation sur bien des principes religieux et sociaux, en l'éclairant sur des abus qu'on pouvait détruire sans renverser l'édifice. Malheureusement abusés par la passion , ces philosophes regardèrent , comme une nécessité, pour atteindre leur but, de s'emparer de l'éducation et d'en éloigner complètement l'Église. Plus malheureusement encore pour eux et pour nous, ils y réussirent.
§ 30. Œuvre de dcstmction du xviiie siècle. — Attaques contre réducat ion en France.
Parmi ceux qui travaillèrent à celte destruction, plusieurs , sans aucun doute , voulaient s'arrêter aux limites qu'on leur avait d'abord fait entrevoir. Le torrent débordé les emporta. El peu d'annés après, Robespierre, à la tribune de la Convention nationale, pouvait exposer au milieu des applaudissements populaires des principes comme ceux qui suivent : « Vous son- • t(ez sans doute, disait-il, vous songez sans doute à donner à
GVl INTRODUCTION.
» réducation un caractère grandiose, tel que l'exigent la forme » de notre gouvernement et les hautes destinées de notre répu« » blique. Vous sentirez l'indispensable nécessité de la rendre » commune à tous les Français et la même pour tous. Il ne » s'agit plus maintenant de former des seigneurs , mais des » citoyens; la patrie seule possède le droit (T élever ses enfants. » Elle ne peut confier ce trésor ni à l'orgueil des familles^ ni » aux préjugés des particuliers, ces soutiens éternels de l'aris^ » tocratie et du fédéralisme domestique, qui estropie les âmes V en les isolant, et qui anéantit avec l'égalité , tous les fonde- » ments de l'ordre social 1. »
Tyranniques maximes que réfutait dignement un des hommes appelés à raffermir les bases de cet ordre social douloureusement ébranlé en France , par les étranges défenseurs qu'il trouvait jadis dans la farouche Montagne,
« Tous les droits, en matière d'instruction publique, n'ap- » partiennent pas à l'État, disait M. Guizot ; il y en a qui sont^ » je ne veux pas dire supérieurs aux siens, mais antérieurs, et « qui coexistent avec les siens. Les premiers sont les droits des » familles ; les enfants appartiennent aux familles avant d^apn partenir à l'État,
» L'État a le droit de distribuer l'enseignement, de le dîri* » ger dans ses propres établissements, de le surveiller partout ; » il n'a pas le droit de l'imposer arbitrairement et exclusive- » ment à toutes les familles, sans leur consentement, et contre » leur vœu 2. »
§ 31. QE après semblables en Allemagne,
De la France, les principes anti-chrétiens du voltérianisme avaient passé en Allemagne. Les perfides combinaisons de Fré-
^ Rapport fait au nom du comité de Salut public, par Robespierre, sar les relations des idées religieuses et morales avec les principes républlpains, etc. — Hist, des inst, d^ éducation ceci, , t- 1 , p. 404.
* Discours prononcé ù la Chambre des députés, 80 janvier i846.