PATRIARCAT
Le voyage que le patriarche de ConstanUnople Jérémie Gt à Moscou en 1588, donna la pensée à Godounow de fixer cette haute dignité dans l'église russe, afin de s'en servir comme d'un nouvel instrument, entre les mains du pouvoir politique.
Dans cette pensée , Job, favori du despote, fut déclaré patriarche de toutes les Russies, le 23 janvier 1589. Cette institution eut de trop grandes conséquences pour que nous nous dispensions d'en examiner la portée dans les vues du prince qui se déterminait à l'établir.
Les continuelles usurpations des souverains moscovites sur les droits do leur église, et les violences auxquelles ils se livrèrent à cette occasion, notamment depuis la chute du pouvoir des Tatars, avaient avili de beaucoup la dignité métropolitaine. L'union avec l'église grecque était purement nominale : car, depuis 1460, les métropoites, nommés uniquement par la voloiité du prince^
Si l'église SCHISMATIQUE rus^.
avaient exercé leur pouvoir, sans dépendance aucune de Constantinople. L'Église et lÉtat, tout était entre les mains du pouvoir politique ; l'autorité du métropolite était donc à peine l'ombre de ce qu'elle avait été d'abord.
Cette dignité avait également beaucoup souffert de la translation du siège de Kiew à Wladimir et ensuite à Moscou.
La première de ces translations eut lieu sous le métropolite Maxime, en 1299, et la seconde, 26 ans après, sous Pierre son successeur. Il en résulta des troubles et des contestations entre les évéques des différents sièges qui prétendaient au titre de métropolitain. Ainsi, dans le courant de 1355, le patriarche de Constantinople, pour redonner la paix à l'église russe, dut conGrmer à la fois deux de ces évêques, Alexis et Romain, dans la dignité contestée. Le premier fut considéré comme métropolite de Kiew et Wladimir; l'autre comme métropolite de Lithuanie et de Volhynie. Ainsi les États moscovites commencèrent à se diviser en deux métropoles; celle des provinces méridionales avec Kiew pour résidence, et celle du nord avec Moscou pour siège.
Les czars, d'accord avec les métropolites de Moscou, s'efforcèrent longtemps en vain de faire disparaître la séparation entre les deux métropoles. Le pieux et docte Isidore y parvint un instant, lorsqu'il opéra au concile de Florence une réunion bien autrement désirable et légitime. Je veux parler du retour temporaire de l'église russe à l'unité romaine. Du reste, la réunion dura peu de temps; à peine Isidore eut-il quitté la Russie que, de nouveau^ Kiew et Moscou se séparèrent.