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aucun usage de rinstrument usé entre leurs mains. L'exemple des provinces méridionales Teffraya. Il vit que , s'il ne redonnait pas quelque relief à l'autorité supérieure ecclésiastique dans le nord, la réunion complète à l'Église romaine allait s'ensuivre. Il ne comprit pas que tel était le seul moyen de ménager à son église des garanties nécessaires contre les violences du pouvoir; de lui conserver, par conséquent, la dignité morale, seule capable de servir d*appui au trône, en cas de besoin. II fut aveuglé, comme le furent également ses successeurs, par des vues d'ambition mal comprises autant qu'exagérées. Le patriarcat fut résolu ; mais il obtint de même un effet contraire à celui qu'on en attendait.
Godounow voulait relever la dignité de l'église. Il y avait un moyen simple et unique : c'était de Tunir à ce siège majestueux et indestructible, qui ne fléchit devant aucune puissance injuste, et se trouve placé trop haut pour trahir ses devoirs. Au lieu de cela, que fit-il? Il avait entre les mains un instrument servile dont les dorures s'effaçaient un peu trop au contact de la main du maître; il le fit redorer avec plus de soin qu'auparavant, et il y mit une poignée de velours. Qu'en a-t-il fait autre chose, sinon un pur instrument comme d'abord ; un instrument dont la dorure aussi disparut bientôt.
Le métropolite de Moscou, devenu en effet patriarche de Russie, concentra, il est vrai, entre ses mains toute Tautorité ecclésiastique. Mais, comme il ne sortait pas pour cela de la dépendance absolue de l'autorité politique qui l'annulait, s'il eut un peu plus de pouvoir pour le malt il fût autant qu'auparavant incapable de faire aucun bien.
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Du reste, la hiérarchie de l'église russe,fut sensiblement modiGée par cette mesure. Sans consulter le patriarche de Constantinople, ni les deux prélats qui l'accompagnaient, et qui se trouvaient tous présents ; sans prendre davantage ravis du patriarche russe lui-même, Godounow, en vertu de son pouvoir constituant dans TÉglise, décréta ce qui suit :
Que désormais, sous l'obéissance complète du patriarche, chef hiérarchique suprême, il y aurait en Moscovie quatre métropolites : ceux de Novogorod, Kasan, Rostow et Kroutitzy ; de plus six archevêques et huit évêques.
Par cette mesure le czar mettait entre les mains d'un seul homme, tout le pouvoir hiérarchique de son église. Et cet homme, il pouvait lui, prince absolu, le rendre, par promesses ou par menaces, son docile instrument en toute circonstance. 11 pouvait le déposer si ce dignitaire osait se permettre une résistance à ses volontés.
Cette création rompit également tous les rapports de juridiction avec l'église de Constantinople , c'est-à-dire qu'elle enlevait au clergé russe, jusqu'à l'ombre de son indépendance. Elle en faisait un \r^\ troupeau d'esclaves, soumis à tous les caprices du maître.
Mais pour se faire une juste idée d'un semblable patriarcat, il convient de jeter un regard sur la nature de cette institution,tellequeGodounow l'a faite.Ce serait une dérision que de chercher à n'y rien trouver de canonique.
Godounow seul en conçut l'idée pour l'avantage de l'autocratie, et il en demanda l'érection au faible czar Théodore. Il proposa à Jérémie II, patriarche de Constantinople, de lui faire un patiiarche russe; et nul ne s'in-
quîéta si le patriarche créateur, pas plus que le patriarche créé, jouissaient préalablement du droit de changer complètement la constitution hiérarchique de Féglise de Russie. D'un autre côté, le siège patriarcal de Constantinople était alors tombé dans le dernier degré de l'avilissement , non par le seul motif de l'oppression des Turcs, mais par la conduite infâme des prélats qui s'en disputaient la possession. Depuis la chute de Constantinople on avait vu ce siège orgueilleux successivement occupé par des misérables que la faveur du sérail y plaçait, que les intrigues et les infamies pouvaient seules y maintenir. De telle sorte que, non plus le Saint-Esprit, mais la plus ou moins grande somme d'argent oHerte aux maîtres et aux valets, élevait et maintenait sur le siège qu'un saint Chrysostômeavait occupé; sur un siège d'où ce grand saint avait été précipité par des excès punis jusqu'à nos jours, par la plus honteuse oppression.
Au temps dont nous parlons, cette malheureuse église de Constantinople en était réduite à une telle misère, que l'exercice du culte public allait devenir impossible , si Jérémie, recourant à un moyen extrême, ne fût parvenu à la retenir sur le penchant de sa ruine. Des quêtes solennelles eurent lieu dans l'Orient, et lui-même se chargea d'aller en Moscovie, recevoir les aumônes des Gdèles.
Godounow saisit d'un coup d'œil tout le parti qu'il pouvait tirer de la présence permanente du chef suprême de réglise schismatique orientale dans ses États. II lui fit, mais en vain, de vives instances pour s'y fixer. Ne pouvant réussir complètement dans ses vues, il voulut au moins obtenir une partie des avantages qu'il entrevoyait.
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II y parvint en élevant le métropolite Job à la dignité patriarcale pour la Russie.
D'accord avec le czar et avec Jérémie, Godounow fit célébrer avec grande pompe, dans TÉglise de l'Assomption au Kremlin, la consécration du nouvel élu. Un grand nombre d'évéques y assistèrent, d*où vint à la réunion le nom de très-saint concile.
Le czar, ou plutôt Godounow qui le dirigeait, y eurent la plus importante part. La consécration fut à peine terminée que le czar suspendit au cou du nouveau patriarche le panagium soutenu par une chaîne d'or ; il lui mit le mandias richement orné de perles et de pierreries, et lui posant sur les épaules un précieux hamophose, il le coiffa d'une mitre blanche surmontée d'une croix. Lui présentant ensuite le bâton patriarcal, il lui dit : «• Très-saint père, très-digne patriarche, père de tous les » pères, premier évêque et patriarche de toute la Russie, » de Wladimir, de Moscou, etc., je t'ordonne d'avoir, et » je te fais savoir que tu as la prééminence sur tous les » évoques ; qu'à l'avenir, tu dois porter l'habit de patriar- » che, le bonnet d'évèque et la grande mitre; que dans » tout mon royaume, tu dois être honoré comme patriar- » che, et comme frère de tous les patriarches. »
Linstitution ainsi faite fut Cfmfirmée par un décret réglant tous les droits et les devoirs du nouveau patriarche, même en ce qui concerne les prélats étrangers revêtus d'une dignité semblable.
Entre autres choses, on y lit que l'ancienne Rome étant tombée dans l'hérésie d'Apollinaire, et que la nouvelle, c'est-à-dire Constantinople, se trouvant entre les
mains des Turcs, Moscou est devenue la troisième Rome. Assertion bien remarquable, en ce qu'elle fait voir combien, malgré Taveuglement de leur orgueil, les églises schismatiques orientales sentent le vide causé en elles par Tabsence de Tunité romaine.
On ajoute, qu'au lieu du prince du mensonge qui préside à l'Église occidentale, lequel a perdu son rang par l'hérésie, le premier évéque œcuménique est le patriarche de Constantinople, le second, celui d'Alexandrie, le troisième celui de Moscou et de toute la Russie, le quatrième celui d'Antioche, le cinquième enfin celui de Jérusalem. Qu'en Russie on doit prier pour les patriarches grecs, et en Grèce pour les patriarches russes; lesquels, dorénavant, doivent, jusqu'à la fin du monde, être élus et consacrés, sans avoir besoin du consentement des patriarches de Constantinople.
Le czar et Godounow donnèrent d'abondantes aumônes à Jérémie pour le récompenser de l'honneur qu'il venait de conférer à l'église russe. De cette manière, ce pasteur infidèle vendit pour un peu d'or le droit d'aioesse de son église. Aussi les deux prélats qui l'accompagnaient, comprenant toute l'étendue du mal qui devait résulter, pour le siège de Constantinople, de l'émancipation de l'église russe, refusèrent de signer le décret d'institution du patriarcat de Moscou.
Cette institution, outre le caractère simoHiaque dont elle était entachée, lésait également les règles de discipline de l'église orientale. Jérémie n'avait aucun droit d'y prêter les mains, sans le consentement des quatre autres patriarches d'Orient. Il n'avait pas plus de droit à placer
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une église du x« siècle dans un rang supérieur à celui des vénérables sièges d'Antioche et de Jérusalem. '^
Nous ne voulons pas entrer ici en discussion sur la mauvaise foi du {latriarche bizantin et du conciliabule de Moscou, dans la manière dont ils rejettent la suprématie de l'Église romaine. Nous ne ferons point remarquer combien il est indigne de placer au premier rang, ce siège de Constantinople, que tant d'erreurs et de crimes ont déshonoré; qui ne saurait se vanter, même d'une origine apostolique, et qui doit uniquement à l'orgueil des dignitaires de Tempire qui l'occupèrent , le triste privilège d'avoir entraîné dans sa révolte une si grande portion de l'Église.
Mais ce que nous relèverons , quoiqu'on peu de mots, c'est l'insulte insensée qu*on adresse à l'Église romaine , en lui disant qu'elle a perdu son droit do primauté , pour être tombée dans Thérésie d'Apollinaire, évêque de Laodicée en Phénicie, en 392. Le venin de cette erreur n'a jamais pénétré dans l'Église d'Occident.Tout au contraire, on doit au Saint-Siège de l'avoir combattue, dès le principe. Qui prévint les évèques orientaux en les avertissant de se tenir sur leurs gardes contre ce danger, sinon le saint pape Damase? N'est-ce pas le même pape qui , dans un concile tenu à Rome en 377, condamna ces erreurs dangereuses'? Bien plus, le grand saint Basile accusé par suite de son étroite amitié avec Apollinaire , d'en avoir embrassé les principes^ ne se crut-il pas obligé d'envoyer en son nom protester de la pureté de sa doctrine au
1 Voyez D. Mansi , Collectio Conciliorum maxlma, F. III, pag. 484, FloreQti«i77i,infol.
successeur de saint Pierre, dont il se trouvait si éloigné, tandis qu'au contraire il était si rapproché des patriarches, alors très-orthodoxes, de TOrient^? Et pourquoi cette démarche, je vous prie, sinon parce que d'une part il reconnaissait plus qu'un patriarche dans Tévèque de Rome; parce que d'un autre côté la doctrine romaine était regardée comme la vraie doctrine de l'Évangile; de la même manière que le chef auguste de l'Église romaiDe était en même temps reconnu comme le chef et le pasteur suprême de l'Église de Jésus-Christ?
Dans cette circonstance comme dans toutes les autres, Rome peut donc, à la face de l'univers, se glorifier hautement et victorieusement d'avoir vu se vérifier en elle cette promesse faite au chef suprême de toutes les églises, et aux Pontifes romains ses successeurs : Simon ^ Simon^ ecce Satan expetivit vas ut cribraret sicut triticum : Ego autem rogavi pro te, ut non deficiat fides tua : et tu aitquando eonversus^ confirma fratres tuos 2.
Pour répondre à ces impudentes attaques, Il nous suffirait, du reste, d'ouvrir les livres liturgiques de la Russie elle-même, d'en appeler au témoignage de ces grands docteurs que l'église aveugle de l'Orient entoure conmie nous des mêmes respects. Nous y trouverions des preuves irréfragables, claires, évidentes comme le soleil , de cette suprématie des Pontifes romains qui , seule, peut compléter la constitution hiérarchique de l'Église de Jésus-Christ.
i Voyez : Epist. 7S inter opéra S. Basilii M. F. I, pag. S72» Paritib, 1735, édit. Beoedict. — Mauriuor. Bernini : Storia délia eresie. F. I, page 302-307, Venezia, 1795, in A*.
2 Luc, XXII, 33.
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de cette indéfectîbilité de la chaire apostolique sur laquelle rOrient comme rOccidenl fixeront toujours des regards assurés, toutes les fois qu'ils voudront ouvrir firancbement les yeux à la lumière. Et alors nous verrions lequel des deux sentiments , du mépris ou de la compassion , doit l'emporter en nous , relativement à des hommes qui osent, en présence de semblables évidences, parler de la sainte Église romaine, comme Font fait les patriarches de Stamboul ou de Moscou.
Du reste, le sentiment du patriarche Jérémie ne doit pas arrêter longtemps les défenseurs du Saint-Siège apostolique. Lui-même, dans une lettre adressée bien humblement à Grégoire Xill , pour lui demander du secours, ne croit pas pousser trop loin son respect envers Tévêque de Rome , en le qualifiant de chef suprême de l'Église. Il n'avait pas perdu non plus à cette époque toute confiance dans l'orthodoxie romaine, puisqu'il croit devoir attribuer au pape le salut de la vraie doctrine dans l'Église orientale , attaquée traîtreusement par le protestantisme. Il allait même plus loin que son devoir ne l'eût exigé. Il proposait au souvei*ain Pontife d'accepter et de faire accepter le calendrier réformé par l'église grecque. Il lui offrait en même temps de précieuses reliques , parmi lesquelles un doigt de saint Jean Chrysostôme et le bras de saint André*.
* La lettre de Jérémie se trouve au texte original grec, avec la traduction laUne dans Emmanuel de Sclielestrate,^<;(a orientalis Eectesiœ contra Lutheri hœruim. Rom», 17d9, 1. 1*', p. 219 — 252. — Nous donnons ici la réponse de Grégoire XIII. Elle est ainsi conçue :
Venerabili fratri Jeremite Patriarche Constantinopoiitano Gregorius PP. XIII. Venerabilis frater, Salutem et Apostolicam Benedictionem.
M L'iGLISE SGH18MAT1Q0E ROME.
Si nous eemparons cette lettre au langage 4iue l'or noa* eovite fit tenir au même patriardie > <^inq ans après, il e|t impossible de ne pas ressentir en son cœur une Tire im^
Taies faeruitf m» littene, quales plané expectalHiiDu», {iléus sdlk^lhii manitatis, oflQcii, optimeque veluntatis. Fuerunt igitur Nobis una cuai mii- «erlbas Iptii gntissiiii». RcUquias Beatorum GluyiQitoBii éLéaênmp qjm mllisU» veq^rati lomiu dcoBculatigu^ vi?a illa, fuoa^ in hacjparq;rijD|k Uone fuerunt instrumenta SpiritusSancti, necuDquamfnefusoperUmsdefih tigata.lfiserastiaBietico8l qtti.oinnemtaM:U>ruiB rdiquiisfeneratiiiiicqMW^ tunique adimunt, secuti impietat^Eunomii primum, tumVigUantii a saoctis Patribus olim confiitatam, nunc autem a teterrimis Germaniae monsMei Tartaritenebristfutaau ab^Mumenjca deniqne TndentiBa SjihmIo taona tam: Uiles nîmirum sunt Ivereticorum fructus. Et sperabanti insani, forent te Virum istaprudentiaet doctrina praeditum suisYcaenisinficerent: atiiiaaiad «ellara redudti resiiweantl De calendario l^^tv^itiie fi ti7p6i^ ^ igm f raternitate communicassemus, sed longissimo locpram interrallo sejandi sûmus, Tehementerqne a Venerabilibus fratrilMM nostris, <aetcfliyc finrof • MncipilHis u rgebamur. Probamus consUium ti^un 4e re J^ratrl^ luis significaoda, idque prudenter cogitatum esse intelligimus, fis sdlicet de causis, quas scribis ; sed certain èabemus totiun negotium ex tua anoleotitie iiçndere, quodgue ipse fadendum esse existirnaverU» Id ç^i/^tq^ istarum partiuni tum Episcopos tum Principes summo consensu facton» esse. Sperarous item te, quod pqlticeris, neqiiecoiisilîo, ne^M auetorilMlt, jieque ppera 4eftiti|ruin. De bienAÎo rofl^amus ut vid^as si quid deffil p(9sit, jam enim hic quartus est mensis ex eo die, quo litteras ad Nos dedisti, ex quo etiam tempore aperamus te huîc negotio operam dac9 onpisse. GoB auteqi luec postrpe J^rateroi^ti tua: reddentpr, facile duo «^ilii mêmes exact! erunt ; si fieri posset ut anno proximo, qui erit annus a Ghriki Domini Nostri Nativitate mlUesimui quingentcsimus 4]c(ogQ8ÎBUis ^uiiiAil^ 9ancjLum Paacha uno eodemque Nobiscum teqipore celebraretnr, noq multum sane ad biennium deesset, neque sequentis postea aniii(qaod ^idem nimis longum Yidenotiir } Pacoka ex{iectuduff| §gis^ gril fiim l^ negQtium paulto explica^ii^s Frfitçmitati tuae^ ç[uia certum haliemos Patriarcham tum Alexandrinum, tum Ântiochensem optima paratSflsimaque voluntate esse, csteri ex tuo nutu pendebunt Iterum igitur «qgnimi ut videas si fieri possitutin annum proximum Sanctum Pascha tuîsiniocîi celebretur eo ipso die, quo apud Nos celebrabitur. Sumnapperè enûnçupim^% hanç ipsaiD Christianorum omnium in sacrosancta Ula memoda oao eodemque die celebranda consensionem.M. Joajinem Bopafide,quein tantoperë Nbbis commendas, diligebamus antea &uo merito, nunc autem tu charitate erit Nobis commendatissimus. Ex ipso etiam caetera cogneiceii DeuH benedicttts presto sit semper Praternitati tu» ana gratia» diiigali«i conaUla atque aetiones tuas omnes ad wi nominb gtoriam, adtuam tai>-
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pression de mépris et d'indignation pour une semblable conduite. Un pareil homme n'eût certainement pas hésité i convertir le grand muily de Gonstantinople en patriarche des Turcs, si le sultan eût mis à cette complaisance le même prix qu'y attachait le czar.
Toutefois Godounow ne fut pas satisfait tant qu'il ne vit foiat son favori confirmé dans sa. dignité suprême par les autres patriarches de l'Orient. Jérémie, en partant de Moscou, dut lui promettre de travailler de tous ses efforts à obtenir cette confirmation. Et en effet, après avoir recueilli d'abondantes aumônes en Lithuanie,en Pologne, en Hongrie et dans les provinces du Danube, le patriarche infidèle revint à Gonstantinople en 1591. Là dans le courant de février de l'année suivante, il convoqua un synode où il confirma de la manière la plus solennelle le nouveau patriarcat Ce ne fut pas à beaucoup près sans opposition. Les évêques qui l'avaient accompagné, refusèrent, ainsi que les autres prélats, d'intervenir à rassemblée. Il ne s'y trouva qu'un petit nombre de moines , et quelques membres du clergé inférieur, auxquels se joignit l'ambitieux et su{>erbe Mélèce, patriarche d'Antioche, et éparque de Gonstantinople. Et , pour achever de donner un caractère parfaitement canonique au conciliabule, il était présidé par le prince Georges Athanase, ambassadeur russe près la Porte Ottomane, homme très-renommé dans cette cour.
Au mois de juillet 159d, Jérémie envoya au czar le
nuaque omnium salutem. Datum Roms apud Sanclum Petrum sub aanulo Pfateatoris die VII Martii MDLXXXI V, Pontificatus Nottri anno duodedmo.
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canon coniirmatif de Térection du patriarcat de Moscou , en même temps qu'une grande quantité de reliques. Il parait toutefois qu'en Russie on n'ajoutait pas une foi complète à la validité de cette institution; car en 1619, Théophile, patriarche de Jérusalem, étant venu recueillir des aumônes à Moscou , le czar Michel Théodorovitcb lui demanda de confirmer l'établissement du patriarcat, occupé alors par Philarète , père de Michel lui-même.
Peut-être le premier souverain de la dynastie des Romanow voulait-il effacer, par cette confirmation, la tache honteuse de simonie imprimée au patriarcat par l'homme à qui Ton devait cette institution, par Boris Godounow, destructeur sanguinaire de la race de Rourik.
Le motif qui porta les évêques des provinces méridionales à ne pas reconnaître ce même patriarcat , prouve également le peu de considération qui entourait alors cet établissement. Jérémie, à son retour à Constantinople, était passé à Kiew, non-seulement pour y recueillir des aumônes, mais pour faire accepter le nouveau patriarche au métropolite de cette ville, et aux évêques suffragants.
Pour les aumônes, il en reçut en abondance; car il fut parfaitement accueilli de Sigismond III, roi de Pologne, et par les grands que ses malheurs avaient touchés. Le comte Jean Zamoysky, chancelier du royaume, le plus zélé d'entre les catholiques, lui donna lui seul une aumône de deux mille sequins de Hongrie.
Quant au second objet de son voyage, ce fut tout différent. Le pieux patriarche de Kiew, Michel Rahosa, d'accord avec tous les évêques ses suffragants, avait été trop vivement frappé de l'état irrémédiable d'avilissement dans
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lequel était tombée Tèglise russe, lui et les autres prélats de ces provinces avaient pris le seul parti raisonnable pour sortir d'une pareille misère; ils s'étaient réunis de nouveau à l'Église romaine.
£t qu'on n'attribue pas aux conquêtes de la Pologne, alors maîtresse de Kiew, cet éloignement prononcé pour le patriarcat de Moscou. Pendant le temps de la domination polonaise, et plus tard, lorsqu'on 1686 ce pays eut le malheur de retourner sous l'empire des Russes, les Ruthéniens, même non unis, ont toujours refusé de reconnaître ce patriarcat; ils n'ont jamais interrompu leurs relations avec Constantinople.
Telle fut l'origine du patriarcat de Russie. En repassant dans notre esprit l'ensemble des faits relatifs à cette institution, il est facile d'y reconnaître des traits frappants de ressemblance avec les entreprises de même genre, tentées ou accomplies bien souvent autrefois contre l'Ëglise par le despotisme bizantin.
Le principal personnage de ce drame, à la fois religieux et politique, est Boris Godounow, lequel, sous le manteau du czar qu'il dominait, s'est chargé de distribuer des emplois convenables à tous les acteurs secondaires qu'il lui plut d'y faire Ggurer. A Jérémie, fortement soupçonné d'opinions luthériennes,il donne le rôlede patriarche œcuménique, comme il fait jouer au czar celui de monarque universel. Comme s'il eût voulu réaliser pour lui, à l'aide de ces deux instruments, la parole prononcée en rêve à Gengis-Khan : « Tout le monde est à toi; ceins tes reins » et vas le conquérir. »
Quoi qu'il en soit, Job occupa le siège patriarcal de Mos-
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cou pendant seize ans (1588-1694). Il en fut chassé par l'usurpateur Grischka Otrepiew, qui l'enferma dans une prison où il flnft par le faire étrangler. Vil instrument du pouvoir politique, ce patriarche prit une part active à l'établissement de l'esclavage , cet acte de barbarie dont jamais la Russie ne pourra se laver. 11 eut même l'audace de le sanctionnner solennellement dans un concile.
Accumulant crimes sur crimes, il justifia la mort du jeune prince héréditaire Démétrius, ou Dmitry, que Godounow fit étrangler pour se frayer le chemin du trône, il ne rougit pas d'affirmer au père de la victime que, dans leur sainte assemblée, les évéques avaient examiné te fait ; qu'on devait attribuer cette mort uniquement au jugement de Dieu; que le prince était soumis à l'action du démon, et qu'il s'était fait périr de ses propres mains.
Le même prélat, au milieu de l'assemblée des évèques en 1598, n'hésita point à proclamer czar le cruel Godounow. 11 fit de plus insérer la clause suivante dans le dé*cret d'élection : « A tous ceux qui désobéiront aux volon- » tés du czar, l'église, au lieu de sa bénédiction, donnera » sa plus formidable malédiction, sans parler des peines » que leur infligera le conseil des boyards. Malédiction k » tout hérétique et à tout rebelle qui oserait s'opposer aux » décisions de l'auguste assemblée, pour ébranler les es- » prits; fût-il même de condition considérable, sa mé- » moh'e demeurera niaudite ! »
Il mit enfin le comble à sa honte, lorsqu'il prescrivit au peuple la récitation quotidienne d'une prière pour le czar et sa famille ;.prière toute remplie d'adulations rebutantes, et même d'expressions idolâtriques.
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Levhitteli^ sanglante» qui désolèrent là Russie pendant le règne de Tusurpateur Grischka, ainsi que sous les Cftui Dmifr;») les^ troubles qui durèrent jusqu'en i6i%y ont été ocoaskiiltlés e» grande' partie p«r cet indigne patriarehéi Pat sm iaMine Mhisoil» à Fégard de ThéodoréI«>', il éerîvit les pages les plus sanglantes et les plus hontcnisesdarià rhistoire de la Russie.
De semblables horreurs se rattachent à la mémoire de son successeur qui vécut sous le faux Dmitry (1604- 1607). Hermogène, qui vint ensuite (1606-1612), finit misérablement ses jours dans les prisons du couvent de Schudow. Après une vacance de six ans, il eut pour successeur Philarète Romanow (1619-1633). Ce dernier gouverna l'État et l'Église sous le nom de son fils Michel Théodoro^itch Romanow. Le gouvernement ecclésiastique de son successeur Jôsaphat (1634-1642) passa sans laisser de vestiges. Joseph !«' (1642-1651) s'occupa de la réforme des livres liturgiques. A celui-ci succéda Nicon (1652-1656), homme de merveilleuse grandeur d'Ame, vraiment digne d'occuper un siège patriarcal, mais non celui de Russie, trop indigne de lui. Cest le premier et le seul patriarche russe qui ait agi par le sentiment du devoir et de la dignité de sa charge. Aussi tomba-t-il victime du pouvoir temporel que sa grandeur d'Ame offusquait.
Les patriarches d'Antioche et de Jérusalem, appelés par le czar, eurent le courage de s*unir à ce dernier pour perdre leur collègue. Ils confirmèrent le jugement inique porté contre le patriarche par le prince, jaloux de maintenir l'autorité de sa théocratie usurpée. Nicon fut, en*con-
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séquence, déposé et renfermé dans un monastère, comme simple moine.
Sa chute porta un coup mortel à Téglise de Russie, et l'église grecque, en condamnant Nicon, se vendit pour la seconde fois aux czars, comme déjà elle Tavait fait sous Godounow.