‹ L'Église schismatique russe, d'après les relations récentes du prétendu saint-synode, tr. de lChapitre 90 sur 129 · IV. Secrétariat du procureur suprême · texte numérisé non relu

IV. Secrétariat du procureur suprême

Examinons-les chacun en particulier.

I. Le synode, comme nous le verrons cent fois dans le cour3 de cet ouvrage, n'est autre chose que l'instrument souverain du pouvoir temporel pour tout ce qui regarde l'Église, d^n^ s^s droits, sa constitution, sa discipline et

ses institutions civiles et religieuses. En un mot, toute la vie de l'Église nationale russe s'y trouve concentrée.

A proprement parler, un seul pouvoir réside, un seul pouvoir élève la voix dans le synode, c'est celui de l'empereur. Lui seul dispose et ordonne. Il transmet ses ordres au procureur suprême qui se charge de les faire connaître aux évêques, en leur recommandant l'obéissance entière à tout ce qui a été prescrit. Le même fonctionnaire en surveille l'observation et punit ceux qui refusent de s'y soumettre ou le font avec nonchalance.

L'empereur est donc le vrai soleil, l'àme , le régulateur et le seul appui de l'Église nationale en Russie. A côté de lui se place comme satellite secondaire, recevant de lui toute chaleur et toute lumière, le procureur suprême faisant mouvoir également, de gré ou de force, dans leurs sphères inférieures, les métropolites, les archevêques, les évêquesi et tous les autres ordres du clergé. Merveilleuse harmonie où la hiérarchie ecclésiastique se trouve régie et dominée par un pouvoir étranger au but de son institution.

Le synode est encore l'exécuteur de toutes les mesures ecclésiastiques adoptées, au nom du souverain , par les autres administrations de Tempire, telles que le sénat, le ministre de l'intérieur, le conseil d'État et l'administration des domaines impériaux.

Dans ses relations oflicielles , le procureur suprême relève d'une manière pompeuse l'influence du saint synode sur les bénédictions abondantes dont l'église nationale a été l'objet, grâce à cette précieuse institution. Tandis que, dans le fait, l'influence positive du pauvre synode

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est bien faible sur quoi que ce soit; car il reçoit incessamment une foule d'ordres souverains, non -seulement de l'empereur, mais de tout le monde au nom de l'empereur. Chacun fait la loi dans le synode et par le synode, excepté les dignitaires du clergé qui s'y trouvent. Ceuxci ne décident rien, n'ordonnent rien ; ils n'ont autre chose à faire que de se soumettre à la férule du procureur-suprême pour faire ensuite mettre à exécution les ordres sanctionnés par la volonté qui les domine.

M. Protasow nous en fournit lui-même la meilleure preuve, lorsqu'il nous dit dans sa relation de 1839 : « Les » affaires réglées par ordre impérial suprême l'ont été » sous mon inspection spéciale. On les a mises en exécu- » tion dans le plus bref délai possible, par suite d'ordres » particuliers adressés à tous les consistoires d'épar- » chies. »

Et pour montrer que les soins tout paternels de l'empereur n'ont pas été inefficaces pour l'église, il ajoute ; « L'année dernière, c'est-à-dire en 1839, il s'est présenté » 344 affaires de cette nature (affaires à régler par l'au- » torité de l'empereur), dont 276 ont été terminées et les » 68 autres restèrent pour 1840 et attendent une dé- » cisipn. »

Il fait voir également comment le synode se trouve le très-humble exécuteur des arrêts prononcés par les hauts tribunaux de l'empire. « Par elle (par la chancellerie du » procureur suprême), dit-il dans la même relation de » 1839, furent exécutés 264 ordres suprêmes impériaux. » Les décisions judiciaires, transmises par le sénat étaient » de 218. Le nombre des papiers (décisions ou affaires)

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» communiqués au saint synode montait à 10)002, et ce- » lui des affaires expédiées dans les différentes éparchies à 8,215. «

II. Nous parlerons en particulier de ce qui concerne les établissements d'éducation ecclésiastiques.

III. L'administration remise entre les mains du trèspuissant synode étend son activité sur toutes les questions financières de l'église, surtout lorsqu'il s'agit de recevoir. Des deux subdivisions dont elle se compose, l'une est la commission de dépenses et l'autre de contrôle.

Les différentes branches de revenus sont : 1<» la vente des cierges; 2« celle des couronnes pour les épouses, le jour du mariage; celle du sauf-conduit accordé pour féternité, aux morts, dans le moment des funérailles. Cette dernière industrie formait autrefois une grande partie du casuel du clergé , qui pouvait , à sa disposition, suivant la condition des personnes , augmenter ou diminuer le prix des sauf-conduits. Les offrandes volontaires sont également soumises au contrôle de la commission, soit que ces offrandes aient lieu pendant l'office, soit qu'on les recueille dans les troncs placés à cet effet dans les églises.

Jusqu'au temps d'Alexandre , chaque diocèse pouvait disposer de cette portion des revenus ecclésiastiques. Mais , en 1809 , les évoques reçurent ordre de l'envoyer au synode qui en dispense selon qu'il le juge convenable, pour les besoins des diverses églises.

IV. Le quatrième département forme enfin le secrétariat du procureur suprême.

Ce département est en réalité le grand océan des affai-

res ecclésiastiques en Russie, la veine mère qui maintient la vie dans le corps entier. C'est là que se trouve Jusqu'à la caisse commune des biens ecclésiastiques.

Jusqu'en 1835, tous les membres du synode étaient tenus de vérifier chaque mois l'état de cette caisse ; mais à cette époque, l'empereur en confia la garde à un trésorier nommé par le procureur suprême , et à deux d'entre les derniers membres du synode.

Du reste , que le saint synode de Russie soit à proprement parler une sorte d'administration ;?wrem^^ séculière^ à l'aide de laquelle l'église exécute les ordres de l'empereur et du gouvernement, cela ne peut faire aucun doute. Les actes même de cette assemblée suflisent pour en con« vaincre. Si nous venons ensuite à en considérer les rapports publiés à propos de ces mêmes actes , vraiment il est diflDicile de déterminer si l'on doit ressentir plus de compassion que de mépris, pour le langage bas et obséquieux qu'on y emploie. Le procureur suprême ne parle que de volonté souveraine, d'ordres impériaux ou administratifs, que les métropolites et évêques doivent exécuter sans réplique, et avec la plus grande exactitude.

Nous abuserions de la patience de nos lecteurs, si nous mettions sous leurs yeux tous les traits humiliants qui dénotent le mépris avec lequel cet officier général se tient constamment en face du clergé» armé de la verge que le despotisme lui a mise entre les mains ; comment , en vertu de l'autorité souveraine sous laquelle il se couvre, il force les malheureux évêques à exécuter sans murmures tous les ordres qu'il lui plaît de leur transmettre.

Toutefois, nous nous permettrons d'en donner quelques exemples, extraits des naïves relations synodales.

Rapport de 1836.

« Par très-haute volonté (ordre souverain de Tompereur), » on doit veiller à ce qu'aucun diacre , compromis dans » une affaire judiciaire (ceci est parfaitement du ressort de la puissance civile ) ne soit promu au sacerdoce. »

Rapportée \%%^.

« Par très-haut commandement furent élus des curés >» pour les colonies militaires. »

Rapport de 1838.

« Le saint synode s'est chargé, conformément à la très- » haute volonté de Sa Majesté, de trouver le moyen d'amé- » liorer le sort du clergé de province. »

« Par très-haute concession^ le couvent extraordinaire de w Tschébaksar a été évacué. »

« Par très- haut ordre approuvé du conseil des ministres^ » plusieurs monastères furent privés de leurs droits de » pêche et de leurs moulins; un dédommagement annuel ( on verra plus loin ce que c'est) leur a été accordé. »

Rapport de 1837.

« Le saint synode a donné son consentement hw projet » du ministère des domaines de l'empire, concernant l'é- » change des biens ruraux, appartenant à plusieurs » ecclésiastiques, contre une subvention annuelle. »(0n verra plus tard à quoi elle se réduit.)

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Rapport de iS3S.

ti II a été permis à Tévéque de Kiirsk d'imprimer ses » sermons. »

Rapport de 1837.

« Le saint synode a déjà fait antérieurement un dei)oir » spécial ( le synode commandé par le colonel Protasow ) » aux chefs d'éparchîes, d'inculquer, au moyen du clergé » de paroisse, l'importance des sacrements de pénitence » et d'eucharistie, pour le salut des âmes. » (On entend combattre principalement eu ceci les Raskolniks.)

Rapport de iS^9.

« Sa Majesté trouve bon de dissoudre la commission des » écoles ecelésiastiques ( c'est-à-dire d'en enlever la direction au clergé), d'en réunir la direction au saint sy- » node , et de confier le soin de l'exécution de ses ordres au » procureur suprême, »>

Rapport de i%^S.

« r ordre suprême donné pour éclairer le peuple sur les

• bases lixes de la vraie foi, par l'instruction, comme sou- » verain moyen de combattre le sauvage esprit de secte , » a obtenu un prompt succès dans notre patrie. »

Rapport de \%^9.

« La pensée bienveillante de Sa Majesté de fonder pour »> cela , près des églises et des couvents, des écoles pour » les enfants de paysans, a été exécutée avec tout le suc-

• ces désirable. »

58 l'église SCHISMàTIQUB bussb.

Rapport de iS36.

« Le saint synode a chargé, en outre, Téparque de Gru- « sie (Tarchevôque deTiflis) de surveiller, en personne, » la conversion des sectaires. >»

Rapport de iS^9,

« Suivant la volonté suprême de Sa Majesté, il a été ad- » joint, à révèque dlrkustsk, rarchimandrite Daniel, du V même endroit, comme missionnaire pour la conversion » des sectaires. »

Rapport de iS37.

« Le saint synode a commandé à révoque de Perm, » d'étendre aussi son activité sur les sectaires de Téparchie » de Tobolsk, atin de les réduire à Forthodoxie. »

Rapport de iSZ6.

« Vordre du conseil des ministres^ portant que les mai- » sons des paysans sectaires ne pouvaient plus servir de » maisons de prière ( réunion des sectes ) , a été cor^rmé » par Sa Majesté, v

Rappwt de 1837.

« Des chefs de la secte des Molokans^ qui ont été mis « en prison par ordre trèâ-haut de Sa Majesté^ dans divers » couvents, furent mis en liberté par ordre suprême impé- » rial, après avoir donné des preuves de conversion sin- » cère.

» Sa Majesté Tempereur a transmis au saint synode, » une représentation du magistrat civil p laquelle deman-

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» dait que, parmi les karels des gouvernements d* Astrakan » et d'Olonetz, déjà gagnés par les sectaires, on employât » des prêtres sachant la langue karélienne , afin de les » soustraire à ^influence de Vhérésie^ »

Rapport de 1839.

« Le saint synode a reçu avec reconnaissance le projet » du ministre des domaines, au sujet de l'érection d'églises » dans les gouvernements de Viatka, Orenbourg et du » Caucase , où Ton en éprouvait un grand besoin, et il a » prescrit à ses évêques de l'aider (le ministre des domai- » nés) de tout leur pouvoir pour l'accomplissement de » son^'pieux désir. »

Rapport de 1837.

« Le saint synode a publié l'opinion du conseil du gou- » vemement, approuvé par Sa Majesté, concernant les or- » dres pour empêcher la polygamie.

X) Par un avis du conseil de l'empire^ confirmé par » Sa Majesté, on a déclaré valide et légal le mariage d'un » païen avec une musulmane , quand celle-ci se laisse » baptiser ensuite. »

Rapport de 1839.

« Les mesures proposées avec très -haute permission » avaient pour but d'accélérer surtout la marche des » affaires dans le synode et dans les éparchies. »

Rapport de 1837.

^ Le travail de l'édition des lois primitives de l'église » orthodoxe orientale, commencé par ordre très-haut (à

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» partir de Catherine II), fut continué aussi en 1837 avec

» toute Vaciivité possible. »

Rapport de 1839.

« Pour remédier au manque de livres instructifs sur la » foi de l'église, senti par nos frères orthodoxes de l'O- » rient, plusieurs de ces livres, par ordre très-haut^ furent » distribués gratis parmi eux. •

Ainsi, comme on le voit, pour les choses les plus importantes comme les plus secondaires , pour le juste et l'injuste, on parle toujours de suprême volonté ^ d'ordres très-hauts^ du bon plaisir souverain ; mais de droits et de devoirs épiscopaux , d'action vraiment ecclésiastique, il semble qu'on n'y ait même pas songé. Les évéqnes sous une pareille domination ne sont que des instruments, et des instruments avilis, comme le sera toujours tout pouvoir ecclésiastique soumis, en tant qu'ecclésiastique, à rinfluence directrice de la puissance temporelle.

LES ÉVÉQUES.

L'église russe possède maintenant quarante-sept évéques, indépendamment des deux prélats apostats de la Russie-Blanche et de la Litbuanie, réunis au schisme en 1839. Ce nombre, comme on le voit, est extrêmement restreint, comparativement à l'immense étendue de Tempire.

Tout récemment les différents sièges ont été divisés en trois ordres, ce qu'on a également praticjué pour les maisons religieuses. Au premier appartiennent les quatre métropoles de Kiew, Novogorod, Moscou et Saint-Pétersbourg. Dans le second ordre sont rangés seize sièges ayant presque tous la dignité archiépiscopale; on y compte les deux sièges ruthéniens arrachés à l'Église catholique. Le troisième ordre comprend vingt-six églises épiscopales, parmi lesquelles les quatre vicariats érigés dès 1832, à Varsovie pour la Pologne, à Riga pour la Livonie, àPloskow pour la Courlande, et enfin à Poczajew pour la Lithuanie.

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Les archevêques ajoutent ordinairement à leur titre principal celui d'un autre évêché, comme le font également certains évêques.

On se tromperait complètement si Ton pensait que la distinction sur laquelle s'appuie la division des sièges épiscopaux en trois classes, vient d'une juridiction plus ou moins étendue exercée par les titulaires. Ils sont tous également soumis au synode impérial, lequel, au moins sous ce rapport, est parfaitement juritain. 11 veut que tout indistinctement obéisse par son moyen aux ordres, pour ne pas dire aux caprices, de la suprême volonté dirigeante. Politique et religion , tout rayonne et se concentre dans le czar, qui règle le collège des évéques d'une manière aussi arbitraire que son sénat ou son armée f transférant et promouvant les évéques à peu près comma il élève ou abaisse ses officiers. Aussi, telle église qui ^ trouve aujourd'hui du second ordre» va demain être raQ« gée dans le troisième, et réciproquement , selon le bon plaisir du maître.

Du reste, l'arbitraire actuel ne s'arrête pat enciH*e li. A l'exemple de Pierre<le-Grand , on regarde les hautes dignités ecclésiastiques comme offrant quelque danger dans le gouvernement temporel de l'État; on se borD9 en conséquence k la nomination de simples évêqu^ au lieu d'archevêques et métropolites qui devraient, régulièrement parlant, s'établir. On transfère un évèque à ufi archevêché et un archevêque à une métropole , sans qiM l'un ou l'autre prenne le titre supérieur qui lui reveptit. Aussi trouvons-nous partout des évêques de Twer, iù Rjasan, de Kasan, etc., des archevêques de Saint-Péters-

l'égusb $ghi8màtiqle russe. 63

bourg, de Moscou, de Kiew; tandis que ces prélats de* vraient avoir respectivement le titre d'archevêques et métropolites. Il faut avoir donné de grandes preuves de fldélité, de grandes marques de dévouement à la personne de l'empereur pour obtenir le titre correspondant i son siège. Du temps de Catherine, toutes les métropoles étaient gouvernées par des archevêques et les archevêchés par des évêques. Le métropolite actuel de Moscou, Pbilarète, si ïélé cependant pour le développement de réglise nationale russe, n*eut pendant bien longtemps d'autre dignité que celle d'archevêque.

Il serait donc difficile de trouver un état de choses plus opposé à tout principe de discipline ecclésiastique. Par là, en effet, on entretient la plus funeste incertitude sur la position des églises métropolitaines ou archiépiscops'* les, lesquelles peuvent, d'un seul acte d une volonté despotique, être renversées d'une dignité historique, occupée pendant tant de siècles dans l'ordre de la hiérarchie.

Le pouvoir souverain , en Russie, semble ne pas voir de différence entre l'organisation de l'église et celle de l'armée. Le métropolite représente le général en chef, rarcbevêque le lieutenant général» et l'évêque le général de iNrîgade* C'est tout un aux yeux du despotisme qui a ainsi réglé les rangs.

Que dirons-nous maintenant du courage apostolique de prélats qui se résignent aussi facilement à accepter les humiliations les plus opposées à l'esprit de la discipline ecclésiastique ? Rien n'est moins rare que de voir un évoque russe trembler à la parole de l'autorité séculière , «'immisçant contre toutes les règles dans les choses ec^

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clésiastiques, et traitant les plus hauts dignitaires de Téglise avec autant de dureté au moins qu'on peut le faire contre tout fonctionnaire peu docile. On va jusqu'à interdire la prédication trop consciencieuse de TËvangile. Malheur au prêtre qui oserait s'élever contre les mœurs trop habituellement corrompues en haut lieu ! Suivant Tancienne coutume, on devrait prêcher à la cour impériale à l'occasion de certaines solennités ; mais l'empereur le défend, et, comme fils aîné de son église, en vertu de la suprême puissance dont il est en possession, il a pleinement droit de le faire.

Le métropolite actuel de Moscou, prêchant à la seconde fête de Noël 1824, en présence de l'empereur Alexandre, prit pour texte de son sermon ces paroles de saint Matthieu, II, 3 : « Le roi Hérode ayant entendu ces choses » se troubla, et tout Jérusalem avec lui. » Audiens àutem Herodes rex , turbatus est et omnis Jerosolyma cum illo. Ce sermon, où il se trouvait quelques allusions aux mœurs de la cour, n*avait cependant rien qui pût blesser les auditeurs; il fut même généralement applaudi. Toutefois, l'impératrice-mère , Marie Fédorowna, le trouva inconvenant et injurieux à la dignité de l'empereur son fils. Il n'en fallut pas davantage pour abolir les sermons à la cour.

Il n'est pas rare que l'empereur actuel fasse sentir aux évèques les effets de son mécontentement par d'aigres réprimandes, et cela non en particulier, mais en public

et jusque dans Féglise. En pendant qu'il se trouvait

* àK il donna audience à deux archevêques, lesquels se trouvant très-peu au courant des usages de la

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Gour, commirent quelques fautes contre l'étiquette qu'ils ignoraient. Sans aucun égard pour leur position, l'em^pereur s'emporta contre eux de la manière la plus violente, et ne craignit pas de compromettre sa propre dignité, en se laissant aller à des paroles vraiment indignes d'un monarque.

Il lui arrive également, lorsqu'il assiste aux offices solennels de son église, de reprendre à haute voix les diacres qui se trompent dans leurs fonctions. On l'a même vu prendre de sa propre main l'encensoir pour indiquer à un ministre peu expérimenté la manière convenable d'encenser l'image des saints.

Du reste, comme nous l'avons déjà dit, les ecclésiastiques de tout grade sont, aux yeux du czar, comme une sorte de militaires, et il les traite ni mieux, ni plus mal. Selon Pierre-le-Grand, un bon ecclésiastique doit obéir à la voix de son empereur comme le soldat prête l'oreille au son du tambour.

K y évêque dans une province méridionale de l'empire, est un homme vénérable par son grand âge. 11 reçut un jour, par l'organe du synode, l'ordre de se présenter dans un bref délai à Saint-Pétersbourg. Gomme on était alors en hiver, le pauvre vieillard fit savoir que son grand âge et la rigueur de la saison ne lui permettaient pas de se mettre aussitôt en route. Cette imprudence lui coûta bien cher. Immédiatement il reçut l'ordre d'échanger son évêché, situé dans un climat tempéré, contre celui de Kursk , au centre de la Sibérie ; et cela, disait-on avec une ironie amère, pour Taccoutumer à ce climat excellent pour la vieillesse et la santé.

e6 l'église SCHISMàTIQUE russv.

Quant au traitement des évéques, il est mesquin comme Test aussi celui des militaires, avec cette différence^ que ceux-ci, une fois parvenus aux grades supérieurs, trecb tent facilement de quoi se remettre des privations pas* sées, ce que ne peuvent pas espérer les évéques.

Aussi n*y a-t-il pas au monde une église aussi psuvie, aussi misérable que l'église russe, circonstance peu honorable pour les orthodoxes souverains dé cet empire oft, sous la domination des Tartares, TÉglise avait aeqois tant de richesses, devenues plus tard Tobjiet d^ la plus empressée dévotion de princes chrétiens.

Vingt ans après le rétablissement de l'autorité mesoo^ vite, je veux dire en 1500, Ivan lil, le premier cto tous, • fit quelques tentatives de spoliation. Cette foi^la fermeté du métropolite Siméon rompit un pareil dessein. If menaça l'usurpateur de la colère de S. Wladimir, eo'hii rappelant ces paroles des anciennes constitutions du prince-apôtre en faveur de l'Église, alors catholique: « Que celui qui usurpe les propriétés des églises etf la

• dime des évéques soit maudit en ce monde et dai»

* toute rétemité. » 11 lui montra en même tempst la honte dont il allait se couvrir, lui, prince orthodoxe-, s différent dans sa conduite de ces princes païens auxqu^s TÉgiise devait tant de bienfaits; parce que, disaitHl, « jusqu'aux chefs de hordes ont respecté, par crainte » de Dieu, les biens des couvents et des évéques. » Gdte voix courageuse eut, pendant près de trois siècles^ assez de retentissement pour protéger à peu* près* complètement l'église russe. Mais ensuite Catherine arriva, dont la dévotion excessive ne put résister au désir ardent' de

LtCLIftB SGHI8IUT1QVB RUS88. 67

réunir à son propre trésor celui des moines et des évèques.

Toos les biens ecclésiastiques, tous les serfs des égli« ses, et l'on en comptait jusqu'à 910, 866 du sexe masculin seulemmt ; toutes ces richesses devinrent la proie de la couronne. En les appréciant à un taux très-modéré, on peut en estimer le revenu à quinze ou vingt millions de fr«ics. En compensation de ses biens ravis, le clergé dut se ccmtmter d'une indemnité annuelle de 149, 586 francs. On peut le voir d'après le règlement fait sous Pierre Itt, lorsqu'il fiit assigné 5,000 fr. au métropolite et à l'arehevêque, et 3,000 à l'évoque. A quoi il faut ajouter que depuis 1764, é^que de ce régleiùent, les biens en Russie ont quadruplé de valeur.

Hais par-dessus tout, les moines eurent à souffrir de cette spoliation ; car au lieu des immenses trésors d'Or et d'argent de Kiew et de Troitzko qu'ils possédaient, on leur assigna pour tout revenu une pension de 40 francs par tète chaque année.

Ainsi Catherine parvint à conduire aux termes de ses désirs une entreprise qui effraya Ivan III en 1500, que Pierre-ie-Grand lui-même n'osa pas tenter, et qui, même auxyin« siècle, passa pour une action d'une audace inouïe.

Toutefois, la licencieuse impératrice ne recudllit pas dans le trésor impérial tout le fruit de ses spoliations ; elle en distribua une bonne partie aux complices de sea désordres^ Ainsi le cruel Ivan IV distribuait aussi les biens des monastères aux favoris qui s'étaient montrés plus dociles en versant, par ses ordres, le sang de ses ftopre»^ sujets.

68 l'église 8GH181IATI0UB aCSSB.

Partoat où la Russie étend ses domaines, elle sait, du reste, parfaitement mettre à exécution ce même plan de dépouillement et de rapine. Sa première opération dans les provinces de nouvelle conquête est de saccager les églises de sa propre communion, de dépouiller ses prêtres, et de leur faciliter ainsi à merveille la pratique du dénûment apostolique le plus complet. Elle le fit pour toutes les provinces de la malheureuse Pologne qui tombèrent successivement entre ses mains. Elle y réduisit son propre clergé à un tel degré de nusère, que sa piété dut recourir aux biens de l'église catholique pour subvenir aux nécessités des siens. Le même sort échut avec tant d'autres vengeances du Seigneur, à l'ancienne communion ruthénienne-unie que l'apostasie de quelques in* fftmes fit retomber dans le schisme, que le fer et le feu des persécutions y retiennent, que Tignorance y fera mourir. Elle paya de tous ses biens les cruelles faveurs de l'union à l'église nationale de Russie.

Si maintenant nous comparons les déprédations commises par cette puissance contre sa propre église, nous les trouverons bien plus grandes que celles auxquelles la réforme protestante elle-même soumit l'Église catholique. Les czars ont incontestablement de beaucoup surpassé les Gustave Vasa>n Suède, les Henri YIII en Angleterre, les Christiem en Danemarck, en Allemagne enfia, tant de petits princes et tyrans. Leurs rapines sont doublement honteuses, en ce sens qu'ils ont déchiré les entrailles de leur propre mère, de cette église dont ils sont les chefs suprêmes et les arbitres absolus. Les princes protestants, au contraire, dépouillèrent une Ëgliae dont

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ils s*étaient séparés et dont ils se proclamaient les ennemis.

D'un autre côté, quels héroïques efforts ne firent point les évéques catholiques pour retenir les richesses légitimes devenues entre leurs mains, depuis tant de siècles, le patrimoine de la souffrance et du malheur I Grâce à leur invincible courage, TÉglise, en Suède, en Allemagne, en Danemarck, en Angleterre, a conservé de glorieux débris de sa richesse. L'église russe au contraire n'a rien gardé. Il ne lui est resté pour vivre que trois moyens, comme on le voit dans ses rapports synodaux : 1*" des troncs à la porte des églises; ^ des quêtes faites pendant les offices; 3» les offrandes volontaires des fidèles; ou, pour le dire en un mot, elle est littéralement réduite à la pure mendicité.

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