CLERGÉ RÉGULIER
En Russie comme dans tout TOrient, comme dans TÉglise catholique latine en Occident , le clergé régulier s'est acquis une grande gloire et un vrai mérite pour la propagation de la foi chrétienne, la civilisation et la cul* ture des sciences chez les peuples. Dans aucun autre lieu cependant, hors de la Russie , il n'a pu exercer un si grand empire sur le clergé séculier.
En Occident , où le clergé séculier ne demeure jamais confondu avec les réguliers pour cultiver la vigne du Seigneur, il a dû nécessairement garder avant tout son indépendance. 11 a dû en môme temps , comme la nature des choses Texige, se maintenir avec une considération plus grande dans les premiers degrés de la hiérarchie. En Russie au contraire, le clergé séculier fut obligé de cultiver, à la sueur de son visage , en même temps que le champ mystique de Téglise, le coin de terre qui formait son héritage ; qui seul pouvait lui fournir les ressources
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misérables de la chétive vie qu'il menait. Pendant ce temps les réguliers mettaient tous leurs soins à consommer ces immenses richesses dans un parfait éloignement du monde, se souciant peu d'ailleurs de s'occuper à la prière et à la contemplation, et moins encore peut-être à l'étude de la science, laissant enfin reposer sur le clergé séculier tout le poids de la fatigue.
Dans les couvents russes, comme en général dans près* que tous les monastères de l'église grecque, il y avait trèspeu de prêtres, à ce point que souvent ils sulDsaient à peine pour l'office divin. On rencontra, dans tous les temps, en Russie, des couvents peuplés de plusieurs cen-* taines de moines, parmi lesquels à peine quelques prêtres, si l'on en excepte les monastères auxquels se trouve uni le siège épiscopal. Là, comme partout, dans les missions chez les infidèles, comme au milieu des peuples chrétiens, la présence de l'évêque y nécessitait un plus grand nombre de prêtres. Toutefois, il ne fut jamais comparable À celui des religieux laïcs.
Une autre particularité digne de remarque fait encore voir ici de quelle importance sera toujours Tépiscopat |>trtout où l'on voudra l'établir. Les réguliers en Russie doivent la considération dont ils ont toujours joui, aussi lûen dans l'Église que dans la société civile, à l'usage établi de choisir exdusivement parmi eux les hauts dignitairesdela hiérarchie ecclésiastique. On voit aussi par là com- Uen le célibat dont ils font profession les élève au-dessus du clergé engagé dans les liens du mariage. Jamais en effet les membres de ce dernier, lors même qu'ils se trouveraient en une position élevée, n'ont pu se conci-
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lier, dans l'esprit du peuple, la même considération que les autres.
Le même sort eût été réservé au clergé séculier de rOccident si, par la discipline du célibat établie pour tous, il ne se fût placé à la même bauteur que les réguliers. Il ne pouvait pas craindre d'être soumis à ces derniers, puisqu'il n'existait aucune raison de le repousser des dignités ecclésiastiques. La condition du célibat est en effet, danslaRussieet dansTOrient, la seule raison qui fasse promouvoir toujours des réguliers aux sièges épiscopaux.
Et nous le voyons partout , le sentiment commun du peuple chrétien , tant catholique que schismatique , dans l'Orient, comme dans l'Occident , s'accorde à reconnaître au célibat des prêtres un grand sentiment de dignité. C'est en vain que les prétendus réformateurs du xvi« siècle s'efforcèrent de détruire cette conviction dans les esprits.
Le peuple russe a éprouvé de bien grands malheurs; il est tombé dans bien des prévarications , il a perdu immensément du sentiment moral que conservent les peuples vraiment orthodoxes ; cependant il n'est pas tombé à ce point de méconnaître ce grand principe. Il ne Ta pas foulé aux pieds, comme l'ont fait les sociétés protestantes, si orgueilleuses de leur civilisation. Et aujourd'hui , comme toujours, le synode fait venir de lointains couvents à la métropole , des moines pour confesser les personnes distinguées qui refuseraient de le faire à des prêtres mariés.
Dans les siècles passés , toutes les richesses de l'église
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russe se trouvaient entre les mains des réguliers. Ce fut leur ruine. En peu de temps en effet toute étude sérieuse^ toute honnête conduite furent bannies des couvents où le vice et Toisiveté dominèrent. Nous connaissons par rhistorien Nestor que, dès son temps (1078 à 1093), un grand nombre de moines s'étaient adonnés au vice de rivrognerie.
Les évèques, il est vrai, et Ton voit combien leur institution est importante, même pour le clergé régulier, les évèques zélés s'efforcèrent , dans tous les siècles, de chasser des communautés religieuses les vices qui les déshonoraient. Les métropolites Siméon (1495 à 1511) et Macaire (1542 à 1563) se sont en effet illustrés par la réforme des monastères. On voit de plus, d'après les lois ecclésiastiques sanctionnées parles czars Ivan III et Ivan IV, d'après les canons des conciles de Moscou de 1503 à 1551, dans quel état de relftchement se trouvait alors la vie claustrale en Russie. L'ignorance et Timmoralité qu'on y rencontrait partout, s'accrurent encore depuis, spécialement au temps des troubles politiques, arrivés après l^ mort d'Ivan IV. Le czar Alexis Michallowitch et les patriarches Joseph l«i'(i642 à 1651), Nicon (1652 à 1666) et Joseph Il (1666 à 1672) s'employèrent avec beaucoup de zèle, mais sans succès, à la réforme des moines. Aussi la licence la plus effrénée régnait-elle dans les couvents de l'un et l'autre sexe. Les religieuses ne rougissaient pas de recevoir dans leurs propres couvents les complices de leurs crimes , moines pour la plupart du temps. Elles avaient également Timpudence d'élever près d'elles les enfants provenants de ces sacrilèges désordres. Ces enfants
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étaient ensuite reços drnis k» monastères de tèor Mm, lorsqolis parvenaient è Tftge de prendre l^sMt. Cette nouvelle génération suivait ensuite , pour ta plopait d« temps, l'-exempie de celle <iui lui avait tlonné le jeor. Aussi les couvents rurtt)t*ils bientôt tous remtrfis des fruits d*uB aussi horrible concubinage.
Les relations des ambassades solennelles ewofèes i Moscou sur la fin du xvii« siècle, par remperear Léopirid !«', et par le roi de Pologne, Jean III, «ofBsentfDiff donner une idée de ces désordres.
rierre-le^rand voûtait fortefii^tri: trarmller à ta lé* ferme des moines; mais ses efforts n'eurent pas deimflleurs résultats i^m les entreprises tentées avant lui. R parait aussi que, dès 1700, il avait projeté lie s'^npirer des biens des monastères. 11 fit taire alors un inveataka entt des prc^iétés oontentuelles, fft en défeodît i'aKé^ nation sm» aucun prétexte. L'aimée sirivante, il {ironMl d'une maiiière ^rivs elHcace à ta iréfbnM. H ordotma^ pr tm oukase, le dénombrement 'de'tous tas molMBetTlK^ gieuses <ta l>en¥pire, défendant 6 qrui que ee tftt de MUr de eon propre couvent. La guerre de Suède eurvilit^it retaiHta ses projets. Mais, en 1721, il vil à peine «m piÉ^ voir établi eur l'Église au moyen du «synode, qoll Wùk" ttien*çii à rouler aux pieds, avec un despotisme 'vraimait oriental, tas institutions monastiques de son empire. H | introduisit en même temps les changemente que pouvaient toi suggérer le caprice et l'extravagance irréligieiuto.
L'oukase, qui contient une pareille réforme des ordro religieux en Russie, est daté du 31 janvier 1724. Mem ventait en outre que les moines «'appliquassent à .
liteUSE 4K»ISIUTI(HIK HIMSfi. 7S
IcitfloULats invalides éMHis à ceUe fin dans ites monaa* tères. UiléièBdU en même temps de fonder de noureant oQfuvoats, «t de faire aucune donation à ceux qui exia» talent dé^à. Husieurs de ces maisons futient même supprimées et réunies à d'autres pour txk diminuer le nombre.
La réforme frappa de môme les religieuses. Elles durent employer leurs fatigues à ratantage du bien public; ai» tendu, disait l'empereur^ que leurs prières et leur oisiveté ne pouvai^Bt être d'aucune utilité à TÊtat. On leur enjoignit également la rigoureuse observance de la <dôture. Enfin, on ordonna que, dans leurs églises, elles assisteraient aux oflSoes derrière des grilles qui les cacberaient à la vue du public ; et, comme le disait le réformateur, à la vue des complices de leurs désordres.
Mais à qui Pierre confia*t-ii le soin de Daire exéculer ses Qsdjres et ses réformes? An saint synode, peut-^être, à quelque métropolite, évêque ou'autre prélat; à quelque ecclésiastique élevé suffisamment en dignité ou recon^mandable par son savoir et ses vertus? Rien de oebu Cette mission, toute ecclésiastique, f^t oonfiée à un certain BaskakoC, capitaine de la garde impériale. Bt, nous devons ledire, te cœur tartare de Pierre ne pouvait pas faire un meilleur choix pour Texéeution de ses desseins.
Noos aurions trop à nous étendre si nous voulions exa- Bûner les absurdes réformes auxquelles le monasrque prétendait assujettir les réguliers. 11 suflSt de dire qu'os pas seul manquait pour les conduire à une parfaite ruine. Catherine H devait en acquérir la gloire.
Catherine l'«(dua lévrier I7fi5 au 7 mai 1707) avattd^
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eu rintention de conduire à terme le projet de son mari défunt. Elle avait établi dans ce but, sous le nom de eol» lége économique, un bureau d'administration pour tous les biens ecclésiastiques. L'impératrice Ivanowna (du 25 février 1730 au 28 octobre 1740) confirma cette institution, à rinstance de quelques nobles qui crurent y trouver une source de rapines à leur profit. Mais, à son élévation sur le trône (du 26 novembre 1741 au 5 janvier 1742), Elisa* beth Pétrowna l'abolit. Cette impératrice était très>afléctionnée au clergé; mais elle fut méprisée du peuple i cause de ses honteux débordements de mœurs. Pierre III lui succéda (du 5 janvier au 9 juillet 1762). La première pensée de celui-ci fut en quelque sorte de déclarer les biens du clergé propriété de la couronne; de rétablir le bureau d'administration, et d'accorder un traitement misérable aux moines et aux évéques.
Cette entreprise lui coûta la vie. Catherine II cassa d'abord le décret de son mari massacré. Mais ensuite, en 1764, lorsqu'elle eut entièrement raffermi son trftne, elle opéra cette grande confiscation à son profit , moins de deux ans après la mort sanglante de Pierre.
C'est ainsi que les institutions monastiques, recevant le coup mortel en Russie , y perdirent pour jamais leur influence sur la société.
Toutes les lois faites contre les reUgieux depuis Pierre* le-Grand, ces lois , que la résistance du clergé ou l'attachement des peuples pour les moines avaient empêché d'exécuter jusqu'alors, le furent depuis ce moment On le fit même avec une telle rigueur, que non-seulement on ferma aux novices rentrée des couvents, mais on en
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rendit la demeure insupportable aux religieux qui s'y trouvaient déjà.
Du reste» la noble et généreuse résolution de fuir le tumulte du monde, de se retirer dans la paix de la solitude pour y prier, pour s*y exercer aux œuvres de charité envers le prochain, pour s'y appliquer à l'étude des sciences sacrées; cette résolution qui doit accompagner toute véritable vocation religieuse, n'est plus connue de* puis longtemps dans les monastères de Russie. Dans ce pays» le moine et la religieuse ne doivent éprouver les attraits d'une pareille vocation , qu'après avoir épuisé jusqu'à la lie, le calice des plaisirs de la terre, et seulement lorsque le monde ne peut plus rien espérer d'eux. Les hommes doivent avoir passé quarante ans, et les femmes plus de cinquante, avant que s'ouvre pour eux la porte d'un monastère.
Si le postulant appartient à une condition sujette à payer l'impôt personnel, il doit, d'après le $ 177 du nouveau code, en demander la permission à sa commune. Or, cette permission s'obtient difficilement, parce qu'alors l'obligation d'acquitter l'impôt affecté au postulant devient une charge pour la commune. Si cependant, par extraordinaire, cette licence était accordée, elle ne suffirait pas encore sans le visa et l'approbation de la chambre impériale des finances et du gouverneur de la province.
De plus, quiconque entre dans un ordre religieux, doit renoncer, avant tout, aux privilèges qu'il possédait auparavant dans la société civile. 11 ne peut même plus en revendiquer un seul dans la suite, s'il lui arrivait de retourner dans le monde. De telle sorte qu'entrer dans un
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moiMifltèFB, &eêt^ avant tout, se mettre dan» la paaittai d'un proscrit.
SI maintenani; nous examinons les rare» priTttège8«aoconiéa en éehmige par le gouTemement mase auxidih gieux de son église, nous découvrirons^ fteilement qnll B^ existe aucun en réalité*
Ainsi' Ton d% par erample^ qu'on moine est eBBanipk dimpdt, qu'il n'est pas assqjctttî an service militaire, qaa fîi commet mr délit il ne sera point soumis auv chÉaimeiM corporehs. Mais nous avons vu que, sans le oenvsenfemttil dfe la commune, si Von est d'une condition soumiâb i llmpOt personnel, on ne peut pas entrer dans un aotrvent; que dans ce cas, la commune s'engage pour le postulant. D'où il résulte que la commune, et non le gouvernement, a remis à ce dernier l'obligation de TlnipM. Quant à l'exemption de la loi sur le recrutement, cette Mi n'est pas applicable aux moines, puisqu'on ne peut pas entrer dans un couvent avant quarante ans, c'est-JNUre à une époque de la vie où le recrutement n'atteint plus personne. Pour la punition des délits, le moine est exempt de châtiments corporel!», cela est vrai ; mais il demeure entièrement sous le pouvoir du bras séculier, qui peut toujours le faire chasser du monastère et ensuite dégra^ dtr. Après quoi, moine comme tout autre, il sera soumis au bftton, au knout; il sera passible de toute peine intimante, ni plus ni moins que le dernier du peuplei
Ees privilèges proclamés par le gouvernement rusas sont donc illusoires, ridicules; ou plutôt on<doitlegcmh sidérer comme une amère dérision.
Sous un autre rappm^t; il éat encore plus important
pmtfrétsed'iteefver qu'on ne peut pas embraonor yétet iKAigîaux. sana une déoisioit positive du saint synode. Ctot dotto Je sjraodie indépendant des éyéques^ qm décidel^e» tsféfi dft tou& h» nof ioes dms un monaslère. C'est encore lui.(|itt, d'assorèaivee le gouternement, déteraninei le nen»> lisei do MMorente. qud dût ronfemer cbaqueidioeèaev te omibne^ dis mUgieux qui doivent peupler chaqi» couvent "SquI est. donc réi^é en oetpomt selon) lea vises eet les inft^ nMa dft Iflu puissance» tenporelle..
En Russie on ne eoaiptet que deux sortes^ dn couvnnts onliiiairai^iu mtnoi^9K elextraordinaife»QnLat»te(fiotife5. h» BsembreBi des. ptemiecSi reçoivenli dm limer un trait» menbdes plus misérables^ car il ne s'élève pa» k pins de fmmanie fitmc$ p«r années Ce» couwnts sont les. seuls reconnus par TEtat, qui peut à son gré* y limiter le^nom^ Ira de» rdigieus : <dioser qtti^ dt» reste, lui réossit sans beaiiQOup de peine; tant U est maître passé dans l'art de suseiteraus vocations nouveiteades difficultés qui en as»rètentile pins grand nombre.
lies couv^albB'de la seconde espèce ne reçoivent aucune subvention pécuniaire. Les religieux qui s'y trouvent ont d&leur côtéde quoi se maintwir, ou vivent d*aumdnes o^ flirtespa»r les^fidëles^maisnonrecueiilies par les religieux.
Lorsque' dans sa fureur de Vandale, le gouvernement rusB&confisqua les bien» ecclésiastiques, lia rnsfeure partie des couvents furent supprimés. 11 n'en resta qu^un petit aombre. On choisit de préférenceoeux qui, dans tes grandes villes, jouissaientd'une meiUeure réputation* Oii> leur donna le^nom- de couvents ordinaires ou^salsfriési
La suppression de tant de^ monastènes ne puta^opérer
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sans blesser la religion du peuple, qui savait distinguer entre les abus des particuliers et le but de l'institution. De toutes parts on adressa des suppliques à rimpératrioe pour la conservation de plusieurs. Elle y consentit^ mais à condition que les moines y vivraient de lears propres revenus, ou d'aumônes des fidèles. Elle défendait en même temps d'aller chercher ces aumônes, les moines devant se contenter de celles que le peuple viendrait apporter de lui-même. Pour tout le reste, ces monast^ sont soumis aux mêmes lois que les autres.
Tous les couvents salariés sont divisés en trois classes, suivant le nombre de sujets qui s'y trouvent. Un couvent de premier ordre a ordinairement de vingt à trente religieux ; celui de second ordre de douze à vingt, et celui de troisième ordre de six à douze.
En dehors de ces trois classes, il y a encore en Russie quatre autres couvents appelés lavres, et sept staurapigieSf où il peut se trouver un plus grand nombre de religieux. Les premiers sont à Moscou, à Saint-Pétersbourg et i Kiew. Le 25 octobre 1833, l'empereur s'empara de force, ^ par un oukase, du célèbre couvent basilien de Poczajew; il le convertit en même temps en évêché russe, qui prit le nom de la Voihynie. Deux ans plus tard, il éleva le couvent à la dignité de lavre, la quatrième par conséquent de l'église schismatique. C'en est en même temps la plus belle et la plus riche.
Le gouvernement a accordé aux quatre lavres le droit d'avoir un nombre de religieux réglé comme il suit : A celle de Kiew, 100; à celle de Saint-Pétersbourg, 110; I celle de Moscou, 116 ; et enfin à celle de Poczajew, 90. £d
L'iGUiB SCHISMàTIQUE ROinS. 81
18S8, elles contenaient ie nombre que voici : Oins là première, 97 ; ilans U seconde, 80; dans la troisième, 87 ; et dans U ^lualrième, 5S. Des sept stauropigies, cinq sont à Moscou, une à Archangel, et la dernière à Rostow. Le nombre de religieux que le gouvernement y maintient ne dépasse pas la limite fixée pour les couvents de premier ordre, et il est pour tous de trente-trois.
Les religieux de quelque mérite ont seuls droit à être admis dans les lavres et dans les stauropigies.lH)iir Tordi-^ naire ce sont des professeurs de séminaire, lorsque toutefois ils appartiennent au elergé régulier. Les lavres des métropoles forment en même temps la résidence et la commande du métropolite, qui porte en même temps le titre d'arcbimandrite de la lavre. X celle-ci se rattache également l'académie eeelésiasti(}ue locale. Ainsi Tévéque scbismatiquede Voihynieest archimandrite de la lavre de Poczajew, oà il a en même temps sa résidence et son^sé* minaire diocésain.
Dans la catégorie des couvents, se rangent également les résidences épiscopales. 11 s'en trouve une par diocèse ou éparchie. Les moines seuls assistent l'évèque. lis for* ment son conseil , son chapitre , et sont exclusivemeot chargés du service de la cathédrale. De telle sorte que révoque peut être considéré comme le vrai supérieur ou archimandrite du couvent. Aussi continue-t-il ordinairement, après sa consécration, à suivre le même régin^ de vie qu'auparavant Seulement, sa table est un peu phis abondante que celle des moines.
Les dépenses pour l'entretien de ces maisons d'évèques nont pas été prévues dans le budget général pour les
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frais du culte; aussi, d'après les plaintes continuelles des évéques sur la misère de leur position, il semble que la dépense de tous les moines qui les entourent repose sur chacun d'eux.
Chaque couvent, depuis la lavre jusqu'aux maisons du dernier ordre, entretient selon Fétat de ses finances on nombre plus ou moins grand de religieux laïques, lesquels toutefois ne jouissent pas des privilèges du clergé, et ne reçoivent rien du gouvernement. Les monastères sont tenus à les entretenir à leurs propres frais, c'est-àdire sur les économies de traitements déjà si modiques.
Tout monastère relève, pour la juridiction, de Tévéque diocésain. Seulement les lavres et les stauropigies sont exemptes de la juridiction ordinaire et dépendent immédiatement du synode impérial.
Du reste, le pouvoir juridictionnel donné aux évéques sur les couvents, comme sur tout le reste, est plutôt une ombre qu'une réalité. Le synode, ou pour mieux dire, le procureur suprême du synode, au nom et selon l'intérêt de TÉtat, règle tout selon son caprice. La nomination à tous les emplois vacants, depuis l'arch mandrite des premiers couvents jusqu'au supérieur de la plus humble maison, regarde non Tévêque mais le synode. Celui-ci destitue de même ou change de poste à son gré tous les dignitaires qu'il a établis. Le synode peut, do plus, introduire dans chaque monastère quelque changenient que ce soit. 11 choisit , sans en prévenir l'évêque diocésain , les religieux chargés de l'enseignement des séminaires et des écoles paroissiales. L'évêque, de son côté, ne peut même pas punir un religieux coupable sans en
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avoir préalablement obtenu la faculté du synode. En un mot, le synode donne des ordres; et très-huiiible serviteur de ce conseil suprême , révoque doit les exécuter, visiter en fidèle mandataire les couvents de son diocèse , s'informer si les lois du mattre s'y observent , et surtout ne jamais s'inquiéter si ces lois s'accordent ou non avec la discipline ecclésiastique, si elles tournent ou non au bien des religieux. Obéir, faire obéir et se taire, telle est la mission glorieuse d'un évèque russe. Il y en a d'autres qui croient devoir prendre au sérieux la parole : Posuit vos Episcopos regere Ecclesiam Dei; mais ces simplicités là sont bonnes pour l'Église décrépite de l'Occident.
Dans ces derniers temps, contrairement i l'antique usage de l'église russe depuis bientôt dix siècles, l'administration supérieure a enlevé aux moines la charge d'âmes dans les paroisses. Telle est peut-être la raison qui explique comment, parmi trois mille religieux, on compte à peine six cents prêtres.
Avant la confiscation des biens ecclésiastiques, les principales paroisses étaient occupées par des moines, au grand avantage de la religion et de la morale publique. Depuis l'époque de Pierre- le-Grand, le gouvernement russe leur a toujours substitué des prêtres séculiers, mais la morale du peuple en a beaucoup souffert. Car, même en Russie, l'expérience a fait sentir la supériorité du clergé célibataire sur le clergé marié, dans l'exercice de la charité envers le prochain. On a compris que le premier seul pouvait conquérir pleinement la confiance du peuple.
Qaelle eaiiie dépouilla, dès te principe, ie protestantisme de tout earaetère de sainteté ? Quelle eanse le sOukta aussitôt contre le nombre mystique de sept sacrements, spéciatoment contre celui de la pénvlence, les réduisant tantôt à deux et tantôt à un seul? Pour quelle cause enfla les profana-t-i) tous, ces divins sacrements, en leur enleyant ieursaintetéi, en retranchant les mystères tit lea^ritis Ttoérables du culte df^isiT'La raison la plus évidente et k plus efficace de cette apostasie Ait d'avoir profané eo soi le sacerdoce, de l'avoir vouhi dépouiller ensuite pour toot le monde de son plus bd apanage^ d'avoir voulu bà enlever cette vie au dessuè des sens (^ nous établil'vérfL tablement intermédiaires entre Dieu et les hommes. Itdtre déshonoré, le père du protestantisme atta demandck* à une fenmie pécheresse de partager avec hii te fruit cruel d'une science qui réleva irrévocahtenent contiie'Dieii. Il enniangea de ce fruiide mort, etil léguâtes sintes de sa honte et de sa révolte à toute sa race après lui.
Pour quelle cause également le protestantisnie de nos jours est-il tembé au point oà il en est? Pourquoi en estil arrivé jusqu*à reni^ la foi obréttenne et son divin auteur, en y substituant un faux lien de fratemièé Men^ songère, un symbole sans sainteté, sans sacrements et sans mystères? C'est trop souvent parce que le» orgueil* leux ministres de Ferreur ont eu sans cesse à leurs côtés ces Eve» nouvelles qui leur formatent te route d^on Bden où ils ne rentreront plus. ^
Que Féglise rosse continue aussi & supprimer peu à peu le eélibat dans son clergé, en opprimant te» moine»; elle sera bienheureuse si, dans quelque temps, nous ne
VÉGLiBt SOHISllATIQUE RUSI^E. d5
là voyons paik imiter les exôès impies du protestantisme.
Le gouvernement russe conserve cependant la charge d'âmes aux religieux, dans le service de l'armée navale; Il lui sèdibleràit pit)biiblèment étrange autant <|uè datigèréul de plïcer au milieu d'Un nàviiNB tout peuplé dtd célibataires d'état Où de fait , uti àulnànier entouré d» toute une Altnille. Dantt ce but, Afin de fourhir des châtelains à la flotte de la mer Noire, le gouvernement a fondé un collège conventtble de nloiil^, prêtres on hiéromoines, dans le monastère de Saint-Grégoire, prés Balaklàva, danb là Ckftoée, à peu de distance de Sébàstopol. Qb rà même, si ùôâs poûVôiis croire à cette assertion, doté de revêbûi siiflBsahts. L^chimàndrite de ce monas* tère est obligé d'envoyer uh religieux à bord, chaque fois qu'un bâtiment de TËtat j;)reud la mer.
Lès membrëà de 6e Mllëge sont tirés des couvents des différentes éparchtés. Ordinairement on les choisit parmi les plûii mauvais éUjets, les plus indisciplinés; en un mot, parmi ceui iitii n*ontpas pu réussir daAs leur propre couvent. At^âài communément arrive-t-il aux commandants de havin^, de mettre aux arrêts Taumônier vingtquatre heures avant lé service divin, pour s'assurer qu'il ne se préséhterà pas iVre à r autel.
Pendant leur service actif sur la flotte, ces religieux ôntuti traitement de i,006 fTànôs par année. Dans le couvei^t ils ne reçoivent que moitié.
toutèfbis, si noua considérons que, d*aprës lêS documents fournis par le synode, Un évêque sûfl^agànt n'a pas plus de 1,000 fTartôs par an; qu'un prêtre séculier, èhàrgé de l'entretien de sa fahiille souvent nombreuse^
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n'a que 400 francs, alors même qu'il se trouve en mis* sion hors de son diocèse (Décret impérial du 23 novembre 1834); qu'un prêtre séculier, aumônier de régiment, ne pourrait pas vivre sans les offrandes volontaires des officiers ; toutes ces choses, dis-je, examinées, nous sommes grandement portés à ranger l'assertion du synode sur le revenu suffisant des aumôniers de la flotte, parmi les mensonges sans nombre dont fourmillent les relations officielles du gouvernement russe ; notamment celles du très-saint synode.
Les cruelles mesures prises par le gouvernement contre les moines ont dû nécessairement les éloigner de Tesprit primitif de leur institut, et les priver en même temps de toute influence morale. Véritable raison qui explique comment ils ont à peine conservé un faible reflet de leur antique grandeur; comment même le dernier reste en disparaîtra bientôt, si Ton persiste dansée tyrannique système d'oppression. Si Ton n'était pas obligé en Russie de choisir parmi les moines les évêques, les professeurs pour les séminaires et pour les académies ecclésiastiques, les confesseurs pour la noblesse, les prédicateurs pour les métropoles, les aumôniers pour l'armée navale et enfin les geôliers des prisons où Ton renferme les sectaires et les prêtres condamnés aux peines canoni* ques, sans aucun doute on aurait déjà supprimé tous les monastères.
Toutefois, quand il s'agit de se procurer quelque avantage à lui-même, ce gouvernement paternel daigne parfois se relâcher de ses rigueurs, mên>e avec ces pauvres moines. Quoique l'âge de quarante ans soit l'époque
L*liOLISB SGHISMATIQUR RUSSE. 87
fixée pour être admissible dans un monastère, non-seolement il accorde des dispenses, mais il use d'exhortations pressantes pour déterminer quelques jeunes gens de belle espérance à entrer dans les monastères pour y relever un peu rinstitut. Ces jeunes gens peuvent ensuite être choisis comme professeurs pour les académies et universités; ils peuvent être choisis comme archimandrites des monastères, comme évêques des différents diocèses.
Les sujets appelés ainsi à occuper les hautes dignités ecclésiastiques entrent ordinairement dans un monastère aussitôt après avoir terminé leurs études. Ils en sortent ensuite à la première occasion, c'est-à-dire aussitôt qu'il se trouve une place vacante à occuper. De cette manière le gouvernement russe tient toujours à sa disposition une vingtaine d'hommes un peu distingués, munis au moins d'une instruction superficielle, capable d'en imposer aux étrangers qui les visitent. Pour Tordinaire, on les place comme archimandrites à la tête des principaux couvents des deux métropoles et autres cités plus importantes. Ce sont eux qui reçoivent mission de laisser aux visiteurs une bonne opinion des moines en Russie.
A part ces rares exceptions, nous pouvons soutenir, sans crainte d'erreur, que les religieux se trouvent dans cet empire, réduits sous tous les rapports, à la plus misérable condition. Il n'entre ordinairement dans les rao^ nastère^ que des hommes des plus basses classes de la société, sans connaissances et sans lettres.
Mais qui voudrait se préparer par des études fortes à embrasser une profession où l'on ne peut entrer que dans
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rage mûr, où Ton trouve des ressources à peine sufBamtes pour vivre dans la plus triste misère?
Comme nous l'avons déjà vu, les hommes ne peavent pas y être admis avant quarante ans, et les femtnes avant cinquante. Ni les uns ni les autres ne peuvent donc s'engager au service de Dieu, sinon lorsqu'ils vont devmiir inutiles au monde, à charge à eux-mêmes ainsi qu'aux autres. Ne possédant pas cette fleur de jeunesse chrétienne qui ailleurs en fait la force et la beauté, les flM>nastj»*es de la Russie ressemblent plus à des infirmeries d'invalides, à des réunions d'âmes blasées qu'à des sanctuaires de science et de pureté, comme le catholieûnne aait en produire.
Et ainsi Téglise russe, dépouillée par la puissance temporelle du plus bel ornement de ses cloîtres, est tombée sous ce rapport même au-dessous du paganisme de Tantique Rome. Là en effet, une rigueur religieuse veillait au moins sur la chasteté des vestales, et le sénat et le peuple ne confiaient qu'à des mains vierges la garde de certaines divinités.
Si l'on réfléchit ensuite à l'extrême pauvreté du subside annuel accordé aux religieux de l'un et de l'autre sexe, 40 francs pour les hommes, et 24 francs pour les fenunes ; alors on verra clairement qu'en Russie , les monastères ne sont point faits pour des personnes distinguées par leur esprit, ni par leur naissance.
Un unique cri de détresse s'élève de toutes parts, de ces asiles de misère et de honte. Et ce cri c'est : «^ Nous » devons tous ici mourir de faim ! » Aussi hommes et femmes s'y efforcent-ils par des travaux manuels de se
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procara* ira moins quelques ressources capables de calmer les plus pressantes nécessités d'une condition oomparri)le à celle des condamnés aux galères.
Quelle merveille après cela si les archimandrites et autres supérieiurs de couvents s'inquiètent peu des qualités mcMrales des sujets qui s'ofIi*ent à eux pour vivre sous leur autorité I 11 leur suffit d'obtenir le nombre de religieux fixé parie gouvernement; parce qu'autrement il y aurait danger à voir supprimer le traitement assigné au monastère; à voir même ce dernier passer dans la classe des maisons tolérées et placées sans cesse sous la menace d'une suppressicm. iUissi, dans la pénurie de novices ojii ils se trouvent, n'est-il point rare qu'ils admettent dans leurs couvents quelques condamnés échappés de la Sibérie. Et alors faut-il être surpris si de pareils sujets se font peu de scrupule d'ajouter de nouveaux criâmes aux souillures primitives de leur vie?
Cette même difficulté de se recruta pour les monastères fait, la plupart du temps, tourner les regards vers les fils des prêtres séculiers. Nous voyons dans tes relations synodales de 1836 qu'en cette année-là, 291 personnes avaient embrassé la profession monastique dans l'empire. Je veux dire 319 hommes et 72 femmes. Parmi les pre^ miers 146 étaient fils de prêtres, 24 fils de nobles et ofQciers de l'armée, 40 libérés du service militaire, 18 appartenant à la classe des marchands. Les 81 autres étaient tous de très-basse extraction ; sept d'entre eux avaient été afn*anchis et neuf demeuraient encore dans l'esclavage.
Il en était de même des femmes. Car parmi elles il y