‹ L'église selon l'EvangileChapitre 12 sur 30 · Paraîtra dans le volume intitulé : Questions diverse · texte numérisé non relu

Paraîtra dans le volume intitulé : Questions diverse

LE MINISTÈRE

fesseur Merle d'Aubigné et M. le colonel Charles Saladin s'accordent bien plus souvent qu'ils ne se séparent. Ils s'accordent contre le cléricalisme proprement dit, et personne assurément ne s'avisera de comparer la pensée de M. Merle d'Aubigné à celle de M. Matter. M. Merle d'Aubigné met en lumière le sacerdoce universel ; il repousse la notion presbytérienne au sujet des anciens, il ne veut pas que l'ancien soit un simple conseiller d'Eglise, il le veut pasteur véritable, avec le salaire et l'imposition des mains ; il déclare enfin, que les ministres ne doivent pas être exclusivement recrutés parmi les élèves des facultés théologiques. M. Saladin, à son tour, n'est pas moins vif que M. Merle d'Aubigné contre le radicalisme ecclésiastique, et Ton sait ce qu'il pense de la théorie de M. Darby. Entre M. Darby qui n'admet que des dons, et M. Saladin qui réclame l'établissement des charges, il y a plus qu'une différence, il y a un abîme ; aussi M. Saladin en appelle-t-il partout à l'Ecriture, tandis que M. Darby est forcé de se débarrasser de la première épître à Thimothée, en disant : « l'Apôtre ne donne qu'à Timothée seul, quand il lui envoyé sa lettre, la connaissance de ce qu'il faut faire. » — « ...I/épître était adressée à un individu seul. Mais ce qui va plus loin encore, c'est qu'il n'y a aucun commandement quelconque d'établir des anciens, donné, même à cet individu. Timothée ne reçoit point de commandement d'établir des anciens à Ephèse ; l'Apôtre enseigne à son bien-aimé disciple quelles étaient, dans le cas où quelqu'un aurait désiré d'être évêque, les qualités qui devaient le caractériser »

En citant ces paroles caractéristiques, j'ai répondu d'avance à ceux qui prétendraient découvrir des parentés et des analogies impossibles. Pour que le débat serve, il faut en écarter ces exagérations passionnées, qui sont les calomnies de la discussion. Le cléricalisme et le radicalisme sont ici hors de cause. — Voici la question réellement débattue entre les deux tendances qui luttent au sein des Eglises évangéliques, et qui font bien de lutter, car la lutte fraternelle

1. Courte réponse au dernier wticle publié par M. le comte de Grsoarin, pages 10 et 12.

est un des symptômes de la vie et une des oondittons du progrès.

Unis sur les points où la lumière s'est faite, où par conséquent, la lutte a cessé, il nous reste à éclaircir les points contestés, en ce qui concerne le ministère : — 1° Y a-t-il dans l'Église — indépendamment des diacres — deux charges, ou une seule? des anciens et des ministres, ou seulement des anciens? — 2° Ces pasteurs de l'Église doivent-ils vivre de la vie commune et peuvent-ils suivre des vocations temporelles, ou faut-il les mettre à part, afin qu'ils ne s'occupent que de l'administration de l'Évangile ? — 3° Quel rapport convient-il d'établir entre les études théologiques et le pastorat?

Sur ces trois questions, sur les deux premières en particulier, je partage l'avis de M. Saladîn l. Ceux même qui ne s'associeraient pas à sa manière de voir, ne pourraient que gagner à lire sa brochure, où l'on sent partout la foi d'un chrétien fidèle et l'expérience d'un ancien digne de ce nom. Si je n'adopte pas, dans leur forme un peu absolue, toutes ses remarques au sujet des études, je n'en reconnais pas moins que, là aussi, il a présenté bien des observations pleines de justesse et dont il faudra tenir grand compte.

Je n'ai qu'un motif pour me prononcer de la sorte : mon attachement à la Parole de Dieu. Je ne me suis pas demandé ce qui serait habile ou ce qui serait opportun; je me suis demandé ce qui était conforme aux commandements de l'Écriture et au modèle apostolique. Que cela plaise ou non, que cela soit ou non dans le courant de la mode religieuse et des idées du jour, peu importe; je sais que cela est bon, il suffit. Toutes les fausses doctrines se reconnaissent à une récusation de l'Écriture. Toujours, à l'endroit précis où commence l'erreur,vous voyez commencer aussi, ou les interprétations forcées, ou ces procédés d'élimination dont la découverte est déjà ancienne. Les questions d'Église sont des questions secondaires! Les questions d'organisations sont indifférentes!

1 L'Ancien et son Ministère dans l'Église selon l'Ecriture, par C. Saladin, membre du presbytère de l'Église évangélique à Genève.

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1 n'ya pas de commandements, il n'y a que des exemples ! Les épîtres ne concernaient que ceux à qui elles étaient adressées, que l'époque pour laquelle elles étaient écrites ! Il est impossible de régler éternellement l'Église d'après le modèle apostolique! A chaque temps la forme qui lui est propre ! L'Église a en elle un principe de transformation et de développement !

C'est avant tout par mon antipathie pour ces sophismes que je me sens uni à M. Saladin. A mes yeux comme aux siens, les questions grandes ou petites, dogmatiques ou ecclésiastiques, de principe ou d'organisation, de fond ou de forme, qui ont été résolues soit par les ordres, soit par les exemples des apôtres, ne comportent plus une solution différente. — « Il est écrit. »

Si jamais il fut nécessaire de se tenir sur ce ferme terrain de la conformité apostolique, c'est assurément aujourd'hui. Quelles tristes chutes nous ferions autrement, tantôt à droite, tantôt à gauche!

A droite se tient la religion cléricale, sorte de catholicisme inconséquent, où le ministre prend la place du curé. On croit ce que croit le ministre, on fait ce que prescrit le ministre; le christianisme, c'est ce que prêche le ministre, et si le ministre change, le christianisme change parfois avec lui. Le ministre est un être à part, qui ne doit ni travailler, ni vivre, ni se vêtir comme les autres hommes. Sa consécration lui a conféré une sorte de sacerdoce.

A gauche se tient la religion radicale. Si l'exemple des réformateurs, si la tradition, si l'habitude, si notre paresse naturelle nous ont donné cette chose que l'Évangile ne connaît pas et que le paganisme irrémédiable de nos cœurs a créée : un clergé ; l'esprit de nivellement et d'orgueil tend à nous donner maintenant cette autre chose détestable : la suppression des charges, l'anarchie. Le danger est réel, et je comprends bien qu'un chrétien aussi clairvoyant, aussi fidèle que M. Merle d'Aubigné ait cru devoir pousser le cri d'alarme. « Les temps sont graves, dirai-je avec lui ; un ébranlement menaçant a été imprimé à l'Église et au monde!» Oui, au sein de ce beau travail de rénovation ecclésiastique dont nous proclamons tous la nécessité, certains esprits

courent risque de dépasser la juste mesure. Les progrès se payent toujours par des excès, et c'est le rôle des amis du progrès, de le garder contre ceux qui l'exagèrent aussi bien que contre ceux qui le nient. Ainsi fit Luther, lors de l'apparition des fanatiques : il combattit l'inspiration comme il avait combattu la tradition.

Ni au delà ni en deçà, ni à gauche ni à droite de la Parole de Dieu et du modèle apostolique ! Voilà notre mot d'ordre. — Un parti nombreux tire en arrière, vers l'imitation du principe romain, vers l'autorité de l'Église, vers l'autorité des symboles, vers l'autorité du ministre, vers l'abdication de l'individu, vers la négation du droit d'examen et du sacerdoce universel, vers la croyance héréditaire, collective, impersonnelle, vers l'organisation substituée à la spontanéité; nous résistons à ce parti, soit qu'il se contente de maintenir ou de perfectionner l'idée de clergé, soit qu'il donne sa mesure en introduisant des institutions fondées sur le célibat. — D'autres poussent au désordre ; la notion scripturaire du ministère leur est odieuse. Ne leur parlez ni de charges établies, ni de présidence régulière, ni de salaire fixe, tout cela n'est pas assez spirituel pour eux ! Il leur faut le libre gouvernement des dons, il leur faut le contraire absolu de ce que l'apôtre Paul déclarait excellent dans l'épître où il enseignait à Timothée « comment il faut se conduire dans l'Eglise du Dieu vivant, colonne et appui de la vérité. » A ces révolutionnaires dangereux nous résisterons aussi, ne concédant quoi que ce soit, ni peu ni beaucoup, à leur funeste tendance. La réforme dogmatique a eu ses niveleurs, la réforme ecclésiastique doit avoir les siens, cela est inévitable, et ceux qui s'en étonnent ou s'en scandalisent, n'ont guère réfléchi sur les leçons de l'histoire et sur les instincts du cœur humain. Mais le roc de l'Écriture tiendra bon; il ne s'agit que de s'y placer.

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J'aborde la première des trois questions qui se débattent au sein des Églises évangéliques, entre chrétiens également sincères, également désireux de se conformer à ce qui est écrit:

Indépendamment de la charge des diacres et des diaconesses d'églises, charge sur laquelle tout le monde est d'accord1, y a-t-il une charge, ou y en a-t-il deux? Les apôtres n'ont-ils établi que des anciens, dont quelques-uns sont plus spécialement chargés de la prédication, eu ont-ils, en outre, établi des ministres?

Des ministres! En bonne conscience, je ne sais pas ce que c'est qu'un ministre. La Parole de Dieu reconnaît des ministères et dans un sens général le ministère, c'est-à-dire l'ensemble . des ministères ; mais quant à donner à une charge particulière la dénomination distinctive de ministère, quant à donner à une classe particulière d'officiers de l'Église le titre exclusif de ministres, elle ne le fait nulle part. Autant vaudrait prétendre que le service, dans le langage des militaires, désigne autre chose que l'ensemble des services : qu'il désigne un emploi, un grade particulier!

C'est donc avec surprise que j'ai lu les assertions suivantes de M. Merle d'Aubigné2: « Deux charges se trouvent surtout dans les saintes Écritures, celle de Y ancien et celle du ministre. » — a Après avoir parlé de la charge de l'ancien, venons à celle du ministre. » — Je sais bien que M. Merle d'Aubigné ne détache pas le ministère de la classe

1. L'auteur entend ici les diaconnesses telles qu'elles étaient au temps apostolique : sans règle, ni de célibat, ni d'obéissance, sans costume spécial, vivant de la vie normale, commune à tosu.

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des anciens ; il parle même quelque part de « l'ancienpasteur » et de « l'ancien-ministre; » toutefois, malgré cet nommage rendu à la vérité, il s'associe dans une certaine mesure à l'usage reçu, à la tradition protestante, qui établit une distinction profonde entre le ministre et l'ancien. Trop éclairé pour penser sur ce point comme le vulgaire, qui voit d'un côté des laïques et de l'autre des clercs, M. Merle d'Aubigné s'arrête à voir deux charges différentes au sein d'un même presbytère.

Elles sont si différentes à ses yeux, que leur origine n'est pas identique: « Tandis que les charges d'ancien et de diacre sont d'institution apostolique, le ministère de la Parole fut institué par le Seigneur lui-même! »

J'ai cherché les preuves d'une telle assertion, et qu'ai-je trouvé ? La grande parole de Jésus avant son ascension : « Allez par tout le monde, et prêchez l'Évangile à toute créature. » — Il est difficile de croire que cette mission donnée aux apôtres ait constitué une charge distincte, et que les ministres aient été institués ce jour-là. Assurément les apôtres, et leurs compagnons d'œuvre, et leurs disciples, ont rempli le ministère de la Parole, assurément chacun d'eux a dû bien considérer le ministère qu'il avait reçu du Seigneur; mais qu'est-ce à dire? nos évangélistes, nos anciens-prédicateurs ne sont-ils pas appelés à remplir aussi ce même ministère de la Parole ? En quoi sommesnous autorisés à imaginer une charge spéciale, qui ne serait pas celle des anciens, et qui se rattacherait par Tite, par Timothée, par les apôtres, à l'institution directe du Seigneur?

Ouvrez les Épîtres, qu'y trouvez-vous? La mention des anciens et des diacres; pas un mot des prétendus ministres. Consultez les directions détaillées que Paul donne à Timothée et à Tite, vous y rencontrerez des instructions relatives aux anciens et aux diacres ; pas un mot des prétendus ministres. Parcourez enfin, je ne dis pas la liste des dons ou des modes divers d'activité chrétienne (Rom. XII, 1 Car. XII), mais l'énumération authentique des charges q*i se rapportent à la nourriture des âmes (Ephés. IV) ; après y avoir vu les deux charges exceptionnelles et temporaires: apôtres et prophètes, après y avoir vu la charge mis-

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sîonnaire: évangëlistes, vous y verrez une seule charge pastorale ainsi exprimée: « D'autres comme pasteurs et docteurs. »

— Pasteurs et docteurs ! s'écriera-t-on.Il y a donc au sein de la charge unique des anciens, une distinction établie entre ceux qui sont plus particulièrement chargés de paître, et ceux qui ont plus particulièrement mission d'enseigner ! — « Qui l'a jamais nié? J'adopte pleinement à cet égard les observations très-sages que présente M. Merle d'Aubigné en ce qui concerneles anciens dignes d'un double honoraire. Oui, à la conditionque nous commencerons par mettre l'accent sur l'unité do la charge; à la condition que l'expression qui a échappé à M. Merle d'Aubigné, et qui ne saurait répondre à sa pensée définitive, mais qui répond à la pensée de beaucoup d'autres, sera retirée; à la condition, qu'on ne nous parlera plus de « deux charges, » à cette condition, nous serons tous d'accord et l'interprétation 1 Tim. V,17 ne donnera pas lieu à de longs débats. — « Que les anciens qui président bien, y est-il dit, soient jugés dignes d'un double honoraire, surtout ceux qui prennent de la peine dans la parole et dans l'enseignement. » Il ressort évidemment de ce verset que parmi les anciens, quelques-uns se consacraient d'une façon particulière à la présidence, à la parole, à l'enseignement, et que, pour cette raison, ils avaient droit à un salaire plus élevé. La distinction entre Fancien-prédicateur — qui parfois était aussi docteur — et le simple ancien — ou ancien-pasteur — trouve là une base parfaitement solide. Tout ancien était pasteur; mais quelques-uns étaient de plus prédicateurs en titre, et les docteurs figuraient d'ordinaire parmi eux, car il y a un rapport direct entre la science et l'enseignement. Je suis si convaincu de ce fait, conforme d'ailleurs à la nature des choses, queje verrais volontiers dans les anodes Eglises de l'Apocalypse, les anciens à double honoraire qui présidaient et enseignaient principalement ces Églises. Aveo ce système, en dehors duquel je n'ai pu découvrir une seule, explication supportable du mot « ange, » un des anciensprédicateurs était ainsi désigné dans chaque Église: celui sans doute qui joignait la présidence habituelle à renseignement.

Je conclus donc avec M. Saladin que « l'apôtre Paul a

constitué une seule charge d'anciens, qui n'est pas divisible; » et j'ajoute avec lui: « Malgré l'égalité qui doit régner entre les anciens d'un même presbytère quant à la charge, il n'est pas possible qu'ils aient tous la même aptitude et la même mesure dans leurs dons. L'Église, qui est seule placée pour les apprécier, dirigera chacun d'eux vers la partie du service pour laquelle il est le plus spécialement qualifié. Mais elle n'établira pas une ligne de démarcation absolue entre des hommes qui doivent être propres à tous les services, à un degré suffisant »

Ces derniers mots nous mettent sur la voie des explications pratiques qui achèveront de montrer l'importance de notre principe: une seule charge, et non pas deux.

S'il n'y a qu'une seule charge, tous ceux qui s'en trouvent revêtus doivent être propres à s'acquitter de tous les devoirs qu'elle impose ; il ne peut y avoir entre eux que des différences de degré dans les aptitudes, comme aussi de simples différences de degré dans l'attribution plus ou moins fréquente de telle ou telle fonction.

Tous les anciens, sans exception, sont appelés à paître le troupeau. Ceux qui se consacrent plus que d'autres à la parole et à l'enseignement, ceux qui peut-être méritent le titre de docteurs, ne cessent pas pour cela d'être essentiellement pasteurs. Sur ce point, aucune contestation h craindre.

Mais il n'en va plus de même, lorsque nous présentons la proposition inverse. Tous les anciens, sans exception, peuvent-ils être appelés à enseigner, bien qu'il y en ait parmi eux qui soient chargés d'une manière plus spéciale de l'enseignement ? Réservera-t-on de telle façon la prédication proprement dite aux anciens à double honoraire, que leurs collègues ne puissent prendre la parole, sinon au sein des réunions d'édification mutuelle? — Il est impossible de trouver, soit dans l'Ecriture, soit dans les principes de bon sens et de bon ordre, la justification d'un tel règlement. Il n'y a là qu'un vieux préjugé, un souvenir delà tradition cléricale, une terreur semi-romaine de la prédication séparée du di • plôme, séparée de la robe et du rabat. Or ces choses-là s'en vont, grâce à Dieu ; rien ne les empêchera de disparaître. J'ai, pour mon compte, prêché plus d'une fois et présidé les

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réunions de culte dans les Eglises dont je faisais partie. A plus forte raison, mes frères qui sont anciens, ce que je ne suis pas, peuvent-ils être appelés, tous, à édifier quelquefois l'Eglise par leur enseignement. C'est pour chacun d'eux une question de vocation personnelle et de mesure ; dans aucun cas ce ne doit être une question de principe et d'exclusion absolue, prononcée contre les anciens, simples pasteurs.

Que lisons-nous, en effet, dans les passages qui les concernent? (1 Tim. III; Tite I) :

« Il faut que l'évêque soit irréprochable, mari d'une seule femme, vigilant, prudent, décent, hospitalier, propre à enseigner... » — « Que l'évêque soit hospitalier, ami des gens de bien, prudent, juste, saint, tempérant, retenant la Parole,fidèle selon la doctrine, afin qu'il soit capable, et d'exhorter par renseignement sain, et de reprendre les contredisants. »

L'apôtre ne dit pas : « Certains évêques ; » il dit formellement : « l'évêque. » Donc, tout évêque ou ancien doit être propre à enseigner, doit être capable d'exhorter par l'enseignement. Gela n'empêchera pas qu'il n'y ait dans chaque presbytère un ou plusieurs évêques à double honoraire, qui se consacreront plus spécialement à la prédication de l'Evangile.

En rétablissant l'unité de la charge d'ancien, nous coupons court aux tendances cléricales. Pour avoir un clergé, il faut avoir un corps de ministres qui se distingue profondément du corps des anciens, ou si l'on veut, un corps d'anciens-ecclésiastiques qui se distingue profondément des anciens-laïques, —veuillez me passer l'expression. — Aux anciens-ecclésiastiques seuls le droit de prêcher, aux anciensecclésiastiques seuls le droit de distribuer la Cène, aux anciens-ecclésiastiques seuls l'imposition des mains , aux anciens-ecclésiastiques seuls le salaire ! Telle est la doctrine qui règne encore au sein du protestantisme, et dont le couronnement se trouve dans le costume distinctif dont Tancienecclésiastique doit être revêtu.

M. Merle d'Aubigné s'élève fort au-dessus de ce point de vue nationaliste et vulgaire. Je ne pense pas qu'il tienne au

costume ; quant aux autres points, personne n'a plus fermement démontré que lui le devoir d'assimiler tous les anciens, sans exception, pour la distribution de la Gène, pour l'imposition de mains, pour le salaire. Ses doutes au sujet de la prédication n'iraient pas assurément jusqu'à oonférer un monopole absolu aux anciens à double honoraire. Pourquoi faut-il qu'en cherchant à découvrir deux charges, là où il n'y en a qu'une, il ait semblé donner au parti clérical l'appui de son nom?

J'insiste, en terminant ce premier article, sur l'importance du progrès qui s'accomplira lorsque, nous conformant au modèle apostolique, nous aurons achevé de rétablir l'unité fondamentale des fonctions d'anciens.

Tous alors recevront l'imposition des mains. Je ne comprends pas qu'en présence des déclarations de l'Ecriture, on ait pu hésiter jusqu'ici ; mais ce que je sais, c'est qu'en imposant les mains à tous les anciens ou évêques, on tuera dans son germe, et l'idée si fausse de consécration, et l'idée connexe de clergé.

Tous les anciens ou évêques recevront un salaire. Le langage de l'Ecriture n'est pas moins catégorique sur ce point. Nous ne lui aurons pas plutôt obéi, que nous verrons les préjugés cléricaux tomber comme par enchantement. Evêques à simple honoraire, évêques à double honoraire, tous seront également indemnisés par l'Eglise dans la mesure du temps dépensé à son service. Les premiers sentiront mieux leurs obligations, les seconds se croiront moins une classe à part. Là se trouve en partie le secret de cette transformation, qui doit enfin s'opérer un jour dans les forces régulières et dans l'activité des Eglises. — Ai-je besoin d'ajouter que le salaire sera refusé par ceux qui n'en ont pas besoin, que ceux-là se rangent au nombre des anciens à simple honoraire, ou au nombre des anciens à double honoraire? Il est des choses qui ont le caractère cle l'évidence, et auxquelles il ne faut pas s'arrêter.

Lorsque tous les membres du presbytère seront égaux par l'imposition des mains et par le salaire, l'égalité sur les autres points ne se fera pas attendre. La question de la Cène est déjà résolue, celle du costume se résoudra d'ellemême, et celle de la prédication ne soulèvera pas de longs

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débats. Autant il importera de maintenir aux anciens à double honoraire cette mission habituelle de l'enseignement par la parole que leur attribue l'Ecriture, autant il importera de constater que ce qu'ils sont appelés à faire plus spécialement, ils ne sont pas seuls aptes à l'accomplir.

En établissant dans mon premier article l'unité de la charge des anciens ou éveques, en montrant que tous les membres du presbytère sont appelés à recevoir l'imposition des mains, à être indemnisés pour leur travail, à distribuer la Gène, à présider les assemblées du culte et à annoncer l'Evangile, en prouvant qae les anciens à double honoraire sont chargés plus spécialement de la prédication sans en avoir le monopole et sans constituer une classe à part qu'on nommerait classe des ministres, je n'ai rien avancé d'étrange ou de nouveau ; je n'ai fait qu'analyser la constitution adoptée, sinon en propres termes, du moins quant au fond des choses, par plusieurs de nos Églises évangéliques. D'autres Églises évangéliques restent en arrière, je le sais ; elles en sont encore à la tradition du seizième siècle; au ministre seul prédicateur et même seul pasteur, aux anciens, simples conseillers, n'ayant ni l'imposition des mains ni le salaire, ne ressemblant en rien aux anciens ou évêques du premier siècle. Je ne puis m'en étonner ; la vérité met du temps à faire son chemin ici-bas, et il importe que la conviction précède l'application, car ce qui ne s'accomplit pas avec foi est un péché. Je n'espère donc ni ne désire que l'organisation apostolique remplace immédiatement l'organisation calviniste ; il est bon que la pensée des Églises achève d'abord de se fixer et de se mûrir. Soyons fidèles, mais soyons patients.

Ce double devoir de patience et de fidélité s'applique surtout aux choses qui me restent à dire. Plus certains prin-

cipes scripturaires sont méconnus, plus nous sommes tenus de les défendre avec vigueur ; et d'un autre côté, plus la transformation à opérer est considérable, plus nous serions coupables de la brusquer. Ce n'est pas en un jour qu'on renonce à de vieilles habitudes et qu'on s'éloigne des idées reçues ; or, nous savons que vis-à-vis des Églises de Dieu où existent à la fois la grande vérité dogmatique et la grande vérité ecclésiastique, aucune autre vérité ne saurait être une cause suffisante de scission : « Marchons suivant une même règle pour les choses auxquelles nous sommes parvenus. »

Et maintenant, essayons de résoudre notre seconde question : — Les anciens doivent-ils vivre de la vie commune, peuvent-ils suivre des vocations temporelles, ou faut-il les mettre à part, afin qu'ils ne s'occupent que de l'administration de l'Evangile ?

Si nous n'avions commencé par établir l'unité de la charge d'ancien, nous aurions ici la ressource dont usent plusieurs chrétiens excellents : ils admettent à l'égard des anciens ce qu'ils rejettent à l'égard des ministres, ils veulent que les premiers demeurent dans la vie commune et que les seconds en sortent. En d'autres termes, ils ont des anciens laïques, et un véritable clergé.

La tendance cléricale se reproduit ainsi, quoi qu'on fasse ; on sent que là est le point central de la discussion. Aurons-nous, ou n'aurons-nous pas des ecclésiastiques? Aurons-nous, ou n'aurons-nous pas un clergé ?

Je n'ai garde de rien exagérer ; ces hommes mis à part, ces hommes intentionnellement et systématiquement séparés de toutes les vocations temporelles, formeront un clergé sans doute, ce qui ne veut pas dire néanmoins que le principe du cléricalisme sera poussé aussi loin chez eux qu'il l'est chez les prêtres romains revêtus d'un sacerdoce, et que le célibat achève de protéger contre le contact de la société civile.

Seulement, on peut soutenir avec M. Saladin, que les demi-clergés sont une inconséquence, qu'il faut avoir le courage d'aller jusqu'au bout, que si l'on craint pour les anciens ou évêques les préoccupations de la vie commune,

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« il faut exiger le célibat, à l'imitation de Rome, car il est certain que les soins de la famille sont ceux qui absorbent le plus, et qui parfois sont les plus cuisants. »

Ce point de vue est aussi opposé que possible à celui que soutient M. Merle d'Aubigné : « Les anciens de Jérusalem, dit-il, ceux de Philippes, d'Ephèse, de Crète, n'étaient point des hommes attachés à quelque état, qui passaient leur vie dans des occupations séculières et donnaient seulement à l'Église de courts instants enlevés à leur office ou à leur métier; ils étaient administrateurs de Dieu (Tit. 1, 7). Ils n'étaient pas premièrement magistrats, négociants, hommes de loi, peintres, industriels, ou adonnés à quelque autre vocation du siècle ; ils étaient pasteurs, et donnaient la majeure partie ou même la totalité de leur temps au soin du troupeau. »

Ailleurs, M. Merle d'Aubigné incline à croire que c'est « tout leur temps » que tous les anciens sans exception consacraient à ce soin. — Il s'élève enfin avec une force particulière contre le système qui, relevant l'idée apostolique de l'ancien-pasteur, refuserait de lui donner pour corollaire le retranchement absolu des vocations séculières. « Il me semble difficile de ne pas reconnaître, dit-il, que cette existence mixte, cet être de deux genres provenu de de deux espèces différentes, est un mélange des choses du monde avec les affaires religieuses... »

Gomment n'a-t-il pas vu que ce mélange des choses du monde avec les affaires religieuses est précisément un des caractères essentiels de l'Evangile ? qu'à la différence des anciennes religions, qui mettent à part certains hommes, qui constituent une caste, qui font du culte l'affaire spéciale du prêtre, la religion de Jésus-Christ nous appelle tous à être sacrificateurs, à prier sans cesse, à faire toutes choses nouvelles en les accomplissant dans la foi ? Négociant, magistrat, peintre, industriel, le chrétien est toujours et partout chrétien ; la religion chez lui n'a pas ses heures ; elle ne s'enferme ni dans ses sanctuaires, ni dans ses affaires, ni dans ses ministres. La distinction du sacré et du profane n'a plus rien à voir ici ; ou plutôt, le profane c'est le péché, le monde c'est le péché. En ce sens, et en ce sens seulement, le mélange du sacré et du profane demeure monstrueux.

M. Merle d'Aubigné le sait aussi bien que moi. Forcé d'indiquer la divergence qui nous sépare sur un point,tandis que nous sommes d'accord sur tant d'autres, ce n'est pas moi qui chercherai à grossir l'importance de ce dissentiment momentané ; je voudrais plutôt l'atténuer et le faire disparaître, tant j'attache de prix à me sentir en pleine sympathie d'opinions avec un frère aussi digne d'affection et de respect. Mais il est évident que chez Lui, l'historien domine parfois le théologien ; le siècle de la Réforme lui cache parfois un peu celui des apôtres. M. Merle d'Aubigné n'a vu les anciens de l'Église primitive qu'au travers des ministres de l'Église presbytérienne.

Nous qui sommes moins savants — il faut bien que l'ignorance serve quelquefois — nous ne pouvons pas même com cevoir qu'on parvienne à découvrir dans l'Ecriture des anciens ayant répudié leurs occupations séculières. — Sans doute, ils avaient réservé une partie de leur temps à leur vocation d'évêques ; sans doute, cette portion ainsi réservée pouvait devenir considérable, surtout chez ceux qui recevaient un double honoraire ; sans doute, il y avait des vies d'anciens où le travail évangélique occupait toute la place ; mais en aucun cas le principe de la séparation entre les vocations temporelles et la vocation ecclésiastique n'était posé.

Or, là est le point essentiel. Moins que personne je ne voudrais contester en fait le droit — et parfois le devoir — de renoncer aux occupations ordinaires, quand l'œuvre pastorale réclame la vie entière. De tels cas peuvent se présenter, et il y aurait autant de formalisme à imposer uniformément aux anciens la conservation d'une carrière civile, qu'à la leur interdire uniformément. Ce que je maintiens, ce qui seul importe, c'est que la règle qui l'interdirait n'a jamais été posée par les apôtres.

Si une telle règle avait existé de leur temps, nous en trouverions la trace dans l'Épître à Tite, ou dans la première Epître à Timothée. Au contraire, il n'y a pas là un seul mot qui indique la renonciation à lavie ordinaire comme une des conditions imposées aux anciens. Il faut que les anciens soient vigilants, hospitaliers, propres à enseigner, irréprochables ; il faut qu'ils gouvernent bien leur propre maison : sont-ils

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cultivateurs, marchands, médecins ou faiseurs de tentes Personne ne s'en informe.

Je reconnais là cette simplicité d'allures, cette largeur, cette liberté qui caractérisent l'Evangile. Les anciens auraient-ils été préservés du contact des occupations vulgaires, quand les apôtres ne l'étaient pas et s'en faisaient gloire ? Ce n'était pas le travail spirituel qui manquait à Paul, cependant le travail manuel occupe une place dans sa vie. Que personne ne soit obligé d'imiter son exemple, je le veux bien, pourvu qu'on m'accorde aussi que tout le monde a le droit de le suivre. Or cela suffit pour que le principe de la séparation entre la vocation ecclésiastique et la vocation séculière ne puisse pas être posé. Sous peine d'avoir un clergé, maintenons ceci.

N'y a-t-il pas quelque chose de profondément ridicule, même d'odieux, dans la crainte que nous éprouvons souvent d'être évangélisés par de simples artisans. L'horreur des mains calleuses nous va bien, à nous dont la religion a été fondée par des ouvriers et par des pêcheurs ! Soyons sûrs que lorsque Pierre prêchait à Jérusalem, les messieurs de la ville se détournaient avec dédain ; et quant à Paul, les raffinés de Gorinthe se souciaient fort peu, sans doute, d'un docteur à vêtements grossiers, et qui sentait le cuir.

Me dira-t-on que les apôtres étaient soutenus, en dépit de tout, par les dons extraordinaires et miraculeux dont Dieu les avait revêtus ? Mais prenez, à côté d'eux, des vies que rien ne distingue, sinon l'activité chrétienne ; prenez un Aquilas, par exemple. Certes, il a joué un grand rôle dans la propagation de la vérité révélée, cet homme qui, secondé par Priscille, sa femme, fournit un centre et un abri au travail évangélique, tantôt à Ephèse, tantôt à Gorinthe, tantôt à Rome ; certes, aucun ancien de notre temps ne se plaindrait d'être comparé à cet homme qui donnait asile à l'apôtre Paul et qui, au travers de sa vie errante avait toujours une Eglise dans sa maison; certes, aucun docteur de notre temps ne se sentirait humilié d'un rapprochement avec cet homme qui redressait l'éloquent Apollos, et qui, le prenant chez lui, « lui expliquait plus particulièrement la voie de Dieu. » Cependant Aquilas travaillait

du même métier que Paul, et ceux qui s'assemblaient chez lui devaient bien se résigner à y voir un établi, des aiguilles et des peaux.

Sachons remonter à nos origines et n'en ayons pas honte. « Regardons au rocher duquel nous avons été taillés, au creux de la citerne d'où nous avons été tirés. » Les Eglises primitives, leurs fondateurs, leurs pasteurs n'étaient en général pas plus distingués que cela. Les faiseurs de tentes ont vaincu le monde, et le temps des victoires sur le monde ne reviendra pas, je le crains, tant que nous ne voudrons pas des faiseurs de tentes. — « Ils feraient mauvais effet, » nous dit-on ! Mais Paul et Aquilas faisaient mauvais effet, « et Dieu a choisi les choses folles de ce monde pour rendre confuses les sages ; Dieu a choisi les choses faibles de ce monde pour rendre confuses les fortes ; Dieu a choisi les choses viles de ce monde, et les méprisées, et celles qui ne sont point, pour abolir celles qui sont. »

J'ai parlé des faiseurs de tentes ; est-ce à dire que je veuille exclure les professions libérales ? Pas plus que ne les proscrivaient les apôtres. S'il n'y avait dans leurs assemblées « ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles, » il y en avait toutefois, et ils étaient certainement appelés comme d'autres aux charges de diacres ou d'anciens. Dans le corps des évêques de chaque Eglise, on devait trouver, à côté de simples ouvriers, des hommes parcourant une carrière plus élevée, ou n'ayant pas besoin de travailler pour vivre. Et c'était ainsi, j'emprunte la remarque à M. Saladin, que les évêques pouvaient être « les modèles du troupeau. » S'ils avaient occupé une position cléricale tout exceptionnelle, en dehors de la vie commune, ils n'auraient pas été en mesure de montrer à leurs frères ce qu'est la fidélité dans les transactions commerciales, ce qu'est le travail courageux de l'artisan, ce qu'est l'administration du riche et sa lutte contre les tentations si redoutables qui l'assiègent.

En résumé, la question du ministère a donné lieu à trois solutions : la solution romaine, qui a transformé tous les anciens en clercs; la solution protestante, qui, avec des diversités d'application, a partagé les anciens en deux classes, les anciens-clercs et les anciens-laïques ; enfin la

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solution scripturaire, qui n'admet que des anciens-laïques.

Les Eglises évangéliques s'arrêteront-elles à moitié chemin ?

Elles auront, je ne l'ignore pas, une crise à traverser ; mais rien au monde ne peut empêcher que cette crise n'éclate : il ne s'agit pas de l'éviter, il s'agit d'en sortir. — Le recrutement du clergé, — pour employer l'expression convenue, souvent trop juste — est déjà, sera de plus en plus compromis; le nombre des candidats au ministère ira diminuant. Et cela doit être, car le ministère considéré comme carrière, comme gagne-pain assuré, comme profession, a perdu sa sécurité par cela seul que la question d'Eglise est posée. Adieu ces positions commodes et inébranlables, s'ouvrant régulièrement à tout porteur de diplôme, formant aux yeux des familles, aux yeux des jeunes gens eux-mêmes, un des principaux attraits des écoles de théologie ! Il y a encore des places semblables, il y en aura toujours dans les Eglises nationales ; néanmoins, qui peut répondre des Eglises nationales? Qui sait si les secousses politiques ou religieuses, si les démissions, si des événements pareils à ceux dont nous avons été témoins ne viendront pas bouleverser les existences et rendre précaire ce qui paraissait certain ?

A mesure que ces préoccupations prévaudront, le chiffre des élèves des facultés théologiques baissera. Alors aussi, on commencera à comprendre que la véritable Eglise ne marche pas longtemps sans le véritable ministère, sans les anciens-laïques, mêlés à la vie commune, étrangers aux prétentions cléricales.

Ces anciens-là, on les aura toujours, pourvu qu'il y ait de la vie. Non-seulement les Eglises, en obéissant à l'Ecriture, assureront le recrutement de leurs corps d'évêques, mais elles échapperont aux difficultés pécuniaires qui reparaissent trop souvent, pour notre honneur. Avec le système des clergés, il faut pourvoir à la subsistance entière d'un homme, d'une famille ; avec le système des anciens apostoliques, il ne faut que combler une lacune : ï ancien, simple pasteur, donne une partie de son temps, et doit trouver dans son salaire une indemnité convenable ; l 'ancien, pasteur et

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prédicateur, donne une partie plus considérable de son temps, et doit recevoir un double honoraire ; ni l'un ni l'autre ne renonce aux ressources de sa profession civile et ne compte exclusivement sur la caisse de l'Eglise.

On obtient ainsi un pastorat beaucoup plus actif et une diminution marquée dans le chiffre du budget. Il n'est pas besoin pour cela de supposer que la plupart des anciens refuseront leur salaire, ou d'admettre, avec M. Saladin, que le salaire des anciens n'est pas un principe et ne figure guère dans l'Ecriture qu'à titre d'exception. Une Eglise au sein de laquelle le salaire n'apparaîtrait pas comme règle et comme fait dominant serait, ou très-aristocratique, ou très-portée au darbysme ; peut-être l'un et l'autre.

Ce qui aura presque, un jour, le caractère d'une exception, c'est l'appel de docteurs qui, absorbés par leur œuvre de prédication et d'enseignement, ne pouvant s'adonner à aucun autre travail, ne compteraient pour vivre honorablement que sur le traitement qui leur serait alloué. Qu'il y ait de tels docteurs, je le trouve naturel et bon, mais leur place est marquée dans les centres principaux, dans les Eglises de villes, plus exposées que d'autres au contact de la controverse romaine et de la philosophie incrédule. Là aussi on réunira plus aisément les ressources nécessaires.

J'aurais négligé un des côtés importants de la question, si je n'avais examiné l'influence que doit exercer ce changement sur les rapports entre les anciens et l'Eglise. Un des reproches qu'on adresse au principe de l'Eglise et surtout au principe congrégationnel, le seul qui suive le modèle apostolique, c'est que les pasteurs ue se trouvent pas placés, vis-à-vis de l'assemblée, dans une situation de complète indépendance et de dignité. — Ne peut-on pas augmenter ou diminuer leur salaire ? Ne dépendent-ils pas de leurs paroissiens, surtout des plus riches d'entre eux, pour une foule d'avantages et de faveurs sans lesquels l'existence de leur famille se trouverait compromise ou gênée ? Ne se laissent-ils pas entraîner ainsi à flatter les passions des troupeaux, à ménager les vices des principaux membres, à prêcher l'Evangile avec une prudence tout humaine ?

Ces accusations sont singulièrement exagérées, et nous

LE MINISTÈRE

le savons bien, nous qui avons depuis plusieurs années le privilège d'appartenir à de véritables Eglises. La vraie dignité a ses garanties au dedans et non au dehors ; la vraie indépendance est fondée sur la foi ; on peut être très-indépendant en recevant son salaire de l'Eglise, et fort dépendant en recevant son salaire de l'Etat. Nous traitons avec nos pasteurs des questions d'argent, sans qu'elles causent le moindre embarras à leur délicatesse ou à la nôtre.

Cependant, il suffit que l'inconvénient signalé existe parfois dans une certaine mesure, pour que nous soyons tenus d'y pourvoir. Or, il disparaît à cette seule condition de revenir à l'imitation du modèle apostolique.

Qu'est-ce qui crée les difficultés du pasteur actuel ? Ceci : il est seul. Du moment où la question du salaire, au lieu d'une affaire personnelle devient une affaire collective, elle perd son caractère fâcheux ; les indemnités dues aux évêques à simple honoraire et aux évêques à double honoraire seront donc réglées, sans que la dignité de personne soit mise en jeu. De plus, le pasteur actuel suit une vocation qui est ou paraît être une profession ; or, la rémunération d'un pastorat professionnel, peut soulever dans les esprits des pensées que ne provoquera jamais l'indemnité accordée en échange du temps plus ou moins long consacré au ministère.

En définitive, les vocations sincères se font respecter et laissent bien loin derrière elles, au-dessous d'elles, ces misérables débats. Le grand profit de la réforme qui se prépare, sera de mettre un terme au métier de ministre ; on ne fera plus un de ses fils ministre, comme on fait l'autre avocat et le troisième négociant. Dès lors, ne craignez plus qu'on suppute avec malignité l'indemnité reçue par les anciens à simple honoraire et par les anciens à double honoraire. Ne craignez pas même que le traitement plus considérable alloué à quelques docteurs fasse naitre de tristes contestations ; les docteurs, eux aussi, auront obéi à une vocation incontestable, et cela suffira pour imposer silence aux malveillants.

On ne saurait trop le redire, quand il n'y aura plus de carrière pastorale dispensant des autres occupations, quand la carrière doctorale aura trop peu de positions à offrir pour qu'on s'y prépare à tout hasard et sans avoir en soi

un don particulier du Seigneur, quand nous n'aurons [Jus devant nous ni candidats, ni proposants, ni jeunes gens montant dans les chaires par cela seul qu'ils ont soutenu leur thèse dans une faculté, nous verrons tomber et disparaître les mille misères qui, se rattachant à la pratique actuelle en dépit du dévouement pieux d'un très-grand nombre de ministres, font, bon gré mal gré, cortège au pastorat professionnel.

Si l'Eglise doit traverser la crise de la transformation du ministère, la même crise se fera sentir, bien entendu, dans toutes les œuvres chrétiennes. Il faut qu'elle s'y fasse sentir, car les œuvres ont besoin d'être transformées. A voir leurs difficultés sans cesse renaissantes, leurs appels de fonds, la lenteur de leur développement, la peine qu'elles ont à trouver de l'argent et des ouvriers, on ne saurait douter qu'elles ne soient encore éloignées de l'état définitif et normal.

Dans ma profonde conviction, et elle ne date pas d'hier, le temps viendra où les sociétés feront place aux Eglises, où la méthode bruyante des rapports, des estrades, des listes de souscription, fera place à la vraie méthode chrétienne où chacun donne joyeusement sans proclamer sa générosité, où la main gauche ne sait pas que ce que fait ia main droite.

Alors aussi le personnel de l'évangélisation et des missions subira une modification profonde ; les faiseurs de tentes reparaîtront ; on ne se croira plus obligé d'envoyer des clercs, des ministres ; alors de simples frères, pieux, capables, iront au nom du Seigneur et dans sa force, porter sa Parole au près et au loin.

je ne veux pas faire d'utopie; je sais qu'il est certains postes où les missionnaires artisans, comme le sont ceux des Moraves, ne sauraient entièrement suffire. Mais rien au monde ne nous oblige à mettre partout des missionnaires artisans ; le discernement chrétien servira à reconnaître ces nécessités exceptionnelles et à y pourvoir. Il n'en demeure pas moins certain que, dans le plus grand nombre des cas, l'Eglise pourra employer des hommes humbles et fidèles qui, ayant un métier et continuant à l'exercer, n'au-

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ront pas besoin de recevoir un salaire aussi considérable. On dépensera moins, ou plutôt on dépensera mieux ; on sera en état d'entretenir beaucoup plus de missionnaires, et on en trouvera beaucoup plus autour de soi ; l'œuvre admirable du premier siècle sera reprise d'après les principes du premier siècle.

C'est surtout l'évangélisation, cette mission première et fondamentale, qui retrouvera ainsi son énergie, sa facilité d'allures, son élasticité. Chaque Eglise rayonnera autour d'elle en pays connu ; il suffira que quelques-uns de ses membres pieux lui prêtent de temps en temps un certain nombre de journées. Allant ainsi deux à deux, n'abandonnant ni leurs occupations ordinaires, ni leurs familles, ils agiront dans des conditions nouvelles, qui ne sont pas celles de l'évangéliste de profession. Une fois revenues à cette voie simple et naturelle, les Eglises ne se verront plus réduites à déplorer sans cesse une double pénurie : la pénurie d'argent et la pénurie d'ouvriers.

Je n'écris pas ceci sous la dictée de mon imagination, mais les yeux fixés sur les faits. L'expérience est à nos portes, chacun peut la consulter. Les Eglises évangéliques du Piémont suivent la méthode que je viens d'indiquer ; avec quel succès, nul ne l'ignore. Il y a toujours chez elles des chrétiens bien qualifiés qui donnent volontiers une portion de leur temps à la mission intérieure, et les indemnités qui leur sont votées ne sont pas de celles qui rompent l'équilibre d'un budget.

Il me reste à dire quelques mots d une question grave, étroitement liée aux précédentes : la question des études théologiques.

A la prendre dans sa généralité, les considérations présentées par M. Merle d'Aubigné sont frappantes de vérité et de justesse. C'est ce que M. Saladin n'a pas assez senti, selon moi. Préoccupé des faits actuels, il est devenu quelque peu soupçonneux à l'endroit de la science. Remarquant avec raison que l'enseignement est très-mal organisé aujourd'hui, M. Saladin en a conclu qu'il fallait le réduire autant que possible et le renfermer dans le cercle le plus étroit.

Je ne saurais m'associer à ces craintes, dont j'honore d'ailleurs le principe. Je n'ai pas peur de la science, parce que j'ai foi en la vérité. Loin de trouver qu'on nous fait des pasteurs trop savants, je trouve qu'ils le sont en général trop peu ; rien ne me paraît accuser les défauts du système en vigueur, comme le défaut d études profondes et de vues originales. Je ne dirai pas avec M. Saladin qu'il faut proscrire la critique sacrée et l'histoire du dogme; je dirai qu'avec des études plus indépendantes et plus sérieuses, les chrétiens puiseraient dans les énormités de la critique et dans cette honteuse succession d'erreurs qui composent presque exclusivement l'histoire du dogme, une invincible horreur pour toute théorie contraire à l'autorité absolue des Ecritures. La critique sacrée nous rejette vers la foi à la formation providentielle du canon : l'histoire du dogme est la condamnation expresse de la formation du dogme.

Nous sommes « enfants de la lumière, » ne repoussons jamais la lumière; n'écartons ni les livres qui nous contredisent, ni les questions qui nous gênent, certains que la vraie science finira toujours par soutenir la vraie religion. Tout obscurantisme est de l'incrédulité. Celui qui craint d'examiner, n'est pas sûr de croire.

Non-seulement la transformation qui doit nous rendre les anciens bibliques ne restreindra pas le domaine de la science, mais elle aura pour effet de l'accroître, et de l'accroître beaucoup. Quel sera, en effet, son caractère essentiel? Elle sécularisera le ministère, elle fera rentrer tous nos évêques dans la vie commune, elle les rendra pleinement laïques; en conséquence, l'enseignement deviendra lui-même plus large, plus laïque, plus

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universel. 11 s'étendra à tous et à tout : il ne se cloîtrera plus, à titre de mystère, dans le cercle étroit des initiés; il ne se renfermera pas davantage dans la vieille tradition des études professionnelles. Ainsi tombera la distinction funeste par laquelle on dérobe aux troupeaux la connaissance des problèmes qui les intéressent le plus, par laquelle on prépare et nourrit dans l'ombre les erreurs qui, une fois grandes et fortes, surgissent à la lumière du jour; on ne sapera plus au nom de la théologie ce que Ton prétend maintenir au nom de la religion, on ne niera plus en qualité de savant ce que l'on fait profession de prêcher en qualité de pasteur.

Il nous faudra des docteurs qui puissent revoir les textes, achever l'œuvre des versions — bien moins parfaites que ne le suppose M. Saladin — discuter avec les controversistes romains; des docteurs qui sachent en même temps ce qu'un homme éclairé doit savoir en histoire, en philosophie; qui ne soient étrangers ni aux sciences positives, ni à la littérature, ni aux jouissances artistiques. Puis, à côté de ces docteurs, d'autant plus humbles devant l'Écriture quïls auront mieux sondé la vanité des systèmes humains, il nous faudra un progrès général dans le développement intellectuel des simples fidèles.

C'est ici le point capital par lequel nous nous séparons des tendances cléricales et des exemples du catholicisme romain. On avait des théologiens plus ou moins savants, et des troupeaux plongés dans l'ignorance ; nous ne voulons pas diminuer la science des uns, mais nous voulons faire cesser l'ignorance des autres. Il est temps que la science chrétienne se vulgarise. S'il y a une mauvaise démocratie, il y en a aussi une bonne : celle qui nivelle en relevant ce qui est bas, et non en abaissant ce qui est haut. Nous sommes les partisans déclarés de cette démocratie; nous ne nous contentons pas de vouloir des lumières, nous en voulons pour tout le monde, et par là même, nous nous sentons médiocrement attirés vers les éducations de séminaires, vers la théologie réservée à quelques-uns.

Aujourd'hui comme au temps des apôtres, nous pen-

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sons que c'est « l'Eglise » et non tel ou tel docteur qui est la colonne de la vérité. Nous n'éprouvons pas cette terreur maladive qui fait qu'on tremble à l'idée de porter certaines questions devant l'Église, devant les femmes, devant les simples. Allez ! ils en jugeront mieux que les savants de profession, leur résistance au mal sera autrement puissante et invincible.

Informez les troupeaux! instruisez les troupeaux! voilà le cri du vrai libéralisme en matière de religion. La foi des troupeaux détruira bien des erreurs et déchirera bien des toiles d'araignée. Placés à la noble école de l'étude et de la réflexion, arrachés aux tentations de l'étroitesse qui ne voit rien au delà de son horizon borné, les troupeaux connaîtront les luttes de la vie, les négations de l'incrédulité, les difficultés de l'Écriture : ils se développeront à l'air libre, au lieu de végéter sous la protection d'une sainte ignorance et d'un silence de convention.

Avec un tel régime, il y aura des chutes sans doute; comment n'y en aurait-il pas? c'est la vie. Mais aussi quels progrès! Dès longtemps on l'a reconnu, la piété fait tout grandir en nous. Chez l'homme pieux, des facultés, des aptitudes se réveillent, que personne n'aurait soupçonnées. Ouvrez hardiment les portes de vos sanctuaires théologiques, mettez les Églises en mesure de connaître — dans une proportion convenable — les grands problèmes où leur foi est intéressée, et vous serez étonnés de voir quelles lumières jailliront d'un tel contact; renoncez à l'artificiel, retournez au vrai, et vous verrez combien d'âmes s'affermiront, combien d'intelligences s'éclaireront. Les hérésies, qui ont toujours rencontré leurs meilleurs alliés au sein des écoles, viendront se briser devant la résistance du peuple chrétien.

On s'est souvent demandé avec angoisse, comment Dieu avait permis à l'erreur de triompher si vite et si longtemps? — La réponse est aisée : Les hommes s'étaient hâtés de supprimer ou d'affaiblir le grand adversaire de l'erreur, l'Église. En même temps qu'ils la confondaient avec le monde, ils inventaient la spécialité ecclésiastique, le clergé,

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la vie à part des clercs, leur science à part, la théologie distincte de la religion.

Une fois cette séparation opérée et l'étude des choses saintes devenue un monopole, les ténèbres se répandirent sur la terre. Quïmportait dès lors l'éclat momentané répandu par certaines écoles et par certains docteurs? Nous marchons vers un ordre de choses entièrement contraire; il faut que la science devienne laïque comme le reste ; il faut qu'il y ait de la lumière pour tous ; ce qui n'empêchera pas, certes l'expérience le prouve, quïl n'y ait beaucoup plus de lumière pour quelques-uns : les savants ne sont jamais plus savants, que lorsque chacun sait quelque chose.

C'est donc la cause de la vraie science dont je me fais le champion, et je ne saurais qu'applaudir en ce sens aux paroles excellentes que M. Merle d'Aubigné a publiées :

« Quoi! tandis que chacun étudie pour se rendre propre à sa vocation, tandis que l'artisan même apprend à travailler le métal, la pierre, le bois, faudra-t-il que l'ouvrier de Dieu... se mette seul à cette œuvre importante sans études, sans préparation? — Plus l'Église s'est éloignée de ses modestes origines, plus elle s'est étendue dans la classe éclairée de la société, plus aussi la culture littéraire et théologique est devenue nécessaire à ses conducteurs. Sans doute toute espèce de religion ne la réclame pas également ; une religion rituelle, symbolique et cléricale n'a pas besoin d'instruction spéciale pour ses sacerdots... serait-ce à un tel idéal que l'on voudrait nous ramener, en prêchant une croisade générale contre les études ? »

Oui, je le déclare avec M. Merle d'Aubigné, l'ignorance qui peut convenir à des grecs ou à des catholiques-romains ne saurait nous convenir; notre honneur est de croire en la lumière, de marcher dans la lumière et vers la lumière. J'en conclus que nous devons commencer par éclairer nos troupeaux: rien ne saurait être plus contraire aux traditions des Églises rituelles et cléricales. Mais j'en conclus également que les conducteurs doivent être plus éclairés encore ; j'en conclus qu'il doit y avoir des moyens d'instruction exceptionnelle, à l'usage des chrétiens qui se sentent la vocation du doctorat.

<c Les choses, écrivait Paul, que tu as entendues de moi, au milieu de beaucoup de témoins, expose-les à des hommes fidèles qui seront capables d'en instruire aussi d'autres... » Je ne ferai aucune difficulté d'admettre qu'on peut trouver là l'autorisation d'organiser des moyens d'études à l'usage des futurs docteurs. Si les Églises sorties de tutelle, vivant d'une vie complète, sondant l'Écriture, examinant les questions, mises au fait des problèmes du jour, sont une pépinière toute préparée d'anciens « propres à enseigner, » il n'en est pas moins certain que les docteurs ont, en général, besoin de rencontrer d'autres ressources. Or, je l'ai reconnu, la Parole de Dieu marque la place des docteurs au sein de l'Église. On tiendra toujours, avec raison, à avoir des docteurs dans certains presbytères, sans compter ceux qui resteront en dehors.

Quelle différence toutefois, entre cette instruction supérieure qui ne donne entrée dans aucune charge, et les facultés actuelles de théologie qui font des ministres ! Je sais bien que théoriquement, les brevets académiques ne confèrent aucun droit, et que la nomination des pasteurs en reste indépendante; mais pratiquement, la dépendance est étroite, et c'est là un immense mal. Gomme on ne nomme pasteurs que les porteurs de diplômes, et comme le nombre de ceux-ci est en proportion exacte avec les vacances probables, il demeure certain que tout jeune homme qui a passé sa thèse, ne tardera pas à prêcher l'Évangile. En réalité, les étudiants en théologie deviennent tous pasteurs ; je le répète, le brevet académique les fait pasteurs.

Et que sont-ils, ces jeunes gens appelés aux fonctions d'anciens en vertu d'une méthode qui ressemble si peu à celle des apôtres? Un bon nombre de ceux qui sortent des facultés nationales ne sont pas même chrétiens, car ils ont été admis sans qu'on se soit enquis de leur conversion; or on m'accordera qu'il ne suffît pas toujours, pour se convertir, de faire de la théologie pendant quelques années, avec la perspective d'entrer ensuite de plain-pied dans un clergé.

Il n'y a donc souvent là ni conversion, ni vocation, ni la foi qui doit caractériser les membres de l'Église, ni les quaiités spéciales que doivent posséder les membres du prps-

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bytère. Dans les écoles de théologie qui correspondent aux Églises évangéliques, les choses se passent autrement sans doute, et l'on s'informe des sentiments pieux d'un jeune homme, avant de l'accepter comme élève; toutefois, la conversion ne garantit pas la vocation, et il n'est assurément pas dit que tout chrétien soit apte à devenir conducteur d'un troupeau, parce qu'il a suivi certain cours d'études.

Je vais plus loin : d'ordinaire, au moment où l'élève vient de terminer ce cours d'études, il n'est pas apte à devenir conducteur. Les conditions principales du pastorat lui font défaut : il manque d'expérience, et sa jeunesse est en contradiction directe avec la signification naturelle du mot ancien.

Ai-je besoin de le dire, il s'agit ici des principes et non des personnes ? Je connais beaucoup de pasteurs dévoués ; je connais plus d'un jeune homme qui, à peine sorti des bancs de l'école, a rempli avec zèle et même avec une certaine maturité les devoirs de son ministère; j'en connais d'autres, et en grand nombre, qui, incrédules ou peu s'en faut, à l'entrée de leur carrière pastorale, ont fini par se convertir pendant sa durée et ont compris l'Évangile à force de le prêcher. Mais tenterons-nous Dieu ? Persévéreronsnous dans une voie que notre conscience réprouve, comptant sur la grâce du Seigneur qui fera sortir le bien du mal? Il n'y a pas deux manières de répondre à ces questions.

Je suis moins hardi que M. Saladin, je ne propose pas de plan. Quelle organisation faudra-t-il substituer à celle d'aujourd'hui? C'est une question d'avenir qui demandera un sérieux examen, et dont les éléments ne sont pas encore assemblés. Dès que l'unité de la charge des anciens ou évêques aura été reconnue, le lien entre les études et les fonctions se trouvera rompu. La réforme fondamentale s'opérera ainsi d'elle-même. Il restera à fournir aux Églises les moyens d'instruction générale qui permettront de recruter dans leur sein des anciens capables d'enseigner; il restera à fournir aux pasteurs-docteurs des moyens d'instruction supérieure.

Le problème ne sera pas insoluble; les études pourront

se maintenir très-fortes, sans conserver la couleur clcricale qui les distingue. On sait, lorsqu'on rencontre un jeune mi nistre, qu'il a passé par le séminaire, qu'il a été mis à part et destiné à faire partie d'une classe mise à part. Il ne pense, ni ne s'exprime, ni n'agit comme tout le monde. Il a déjàreçu cette empreinte indélébile qui signalela caste.

En dépit de son originalité naturelle, il a revêtu le costume distinctif du corps auquel il appartient depuis son plus jeune âge. Je me suis donné la tâche de lire avec beaucoup de soin plusieurs centaines de thèses écrites par les étudiants de Montauban et de Strasbourg; eh bien, au travers des qualités vraiment distinguées qui les signalaient parfois, un vice capital me gâtait ma lecture : ce vice, c'était l'uniformité. Je sentais que j'avais entre les mains des produits de fabrique, que tout avait été coulé dans le même moule, qu'une même tradition, la tradition de l'école, avait pétri toutes ces intelligences à son image.

Qui ne le connaît, ce style de la chaire, ce ton prévu et convenu, cette déclamation solennelle qu'aucun laïque ne trouvera et qui n'appartient qu'au clerc? Encore si l'éducation ecclésiastique n'influait que sur le langage, il n'y aurait que demi-mal; mais les thèses d'étudiants sont aussi semblables par le fond que par la forme, et c'est de là que naît un péril dont on ne saurait trop se préoccuper.

Rien comme les facultés, telles qu'elles existent, pour propager et rendre universelles les grandes erreurs du jour. Je tremblais en parcourant tant d'écrits dont les auteurs allaient être chargés de prêcher la Bible, écrits dans lesquels l'autorité absolue de la Bible était presque toujours méconnue ou contestée. Si ç'avait été l'indépendance fougueuse de quelques jeunes esprits! Mais non, cela était régulier, discipliné, conforme au modèle; ni plus ni moins que la tendance à la mode : la nuance de Néander ou de Tholuck. Personne qui se fût mis en frais d'hérésies nouvelles ou d'arguments nouveaux.

Errer selon la routine, c'est errer doublement. Or, voilà le grand mal que produit l'éducation cléricale. Dans cet enseignement séparé de l'Église et soustrait aux influences de la vie ordinaire, se préparent et se transmettent des énormités que les troupeaux auraient arrêtées au passage.

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Pour concevoir la corruption si prompte du christianisme, S on a besoin de se rappeler que le clergé se formait dès les ' premiers temps, et que dès lors, il accaparait le monopole de la doctrine. Ce que la doctrine est devenue entre ses mains, chacun le sait! L'histoire des dogmes se charge de nous montrer où l'on arrive en suivant un tel chemin.

Quelle que soit l'organisation de l'instruction ordinaire et supérieure, qui un jour, devra remplacer les écoles théologiques, elle s'en distinguera en ceci qu'elle agira au grand soleil, dans les Églises, avec les^ Églises. La théologie se fera laïque. Il le faut bien, car l'Église vivante balayera tous les vieux débris du moyen âge, et comme il n'y aura pas de place chez elle pour un clergé, il n'y en aura pas non plus pour un apprentissage de clergé.

Son culte d'ailleurs, se renouvellera comme le reste. Sans retrancher la prédication proprement dite, qui répond à un besoin réel et sérieux, nous en viendrons àneplus nous réunir dans le seul but d'entendre un^sermon. Le centre du service divin se cherchera ailleurs : dans la célébration de la Cène, dans l'adoration, dans le chant des cantiques, dans la prière.

Les jours du sermon, du beau sermon, sont comptés; à côté des évêques laïques, des docteurs laïques, de la théologie laïque, nous verrons paraître la prédication laïque. — Et ici, qu'on ne me fasse pas dire ce que je ne dis pas. Personne n'est plus ennemi que moi de ce puritanisme grossier, qui se croit bien spirituel parce qu'il est ignare, qui se croit bien apostolique parce qu'il écarte le soin delà forme et la beauté du langage. Je ne crois pas qu'il y ait un mérite dans la platitude ou un péché dans l'éloquence. Je crois que nous devons consacrer à Dieu tous les dons qu'il nous a faits. Science, méditation, travail, logique, poésie, rien de ce qui est beau en soi, n'est déplacé chez le prédicateur de l'Évangile.

Il existe, à l'heure où je parle, un énorme malentendu sur ce point. Parce qu'il y a par malheur bon nombre de chrétiens qui expliquent médiocrement un chapitre, reproduisant des idées communes sous une forme prévue, on leur oppose d'un ton de triomphe l'ancien sermon. L'explication du chapitre, c'est l'ignorance, c'est la négligence, c'est la

vulgarité et c'est l'ennui ! Le sermon, c'est la profondeur, c'est la science, c'est le be«au langage, c'est le talent!

Voilà, certes, une question mal posée. Je ne tiens pas du tout à ce qu'on procède par chapitres; j'admets parfaitement qu'un discours très-médité peut s'occuper d'un seul texte, d'une seule idée; mais je déclare qu'en fait de platitude, de médiocrité, d'ignorance et d'ennui, je connais peu de choses à comparer au sermon tel que nous l'avcns tous entendu: àl'éternel sermon, orthodoxe, irréprochable, bien distribué,tirant à hauteur de poitrine et n'atteignant personne.

Élevons-nous contre la faible improvisation, je le veux bien; avertissons ceux de nos frères qui croient pouvoir parler en négligeant l'étude et le travail ; mettons un terme aux paraphrases qui ne sont que de vaines redites ; mais, avouons-le, presque toujours la prédication cléricale descend au-dessous de ce niveau, et si, dans un culte d'édification mutuelle, il se dit quelque parole pleine de sel, cette parole vient ordinairement d'un chrétien qui n'a jamais été que laïque, ou d'un pasteur qui l'est redevenu.

Je crois maintenant avoir assez expliqué ma pensée, pour que le lecteur saisisse l'unité fondamentale des considérations que je lui ai soumises. A ceux qui nous conseillent de conserver un peu de clergé, nous répondons que nous n'en voulons plus du tout, et cela par une raison bien simple : parce qu'il n'y en a ni peu ni beaucoup dans les Églises apostoliques.

Ce principe posé, je l'ai appliqué aux trois questions qui se débattent au milieu de nous : — Le pastorat se divise-t-ii en deux charges, celle des anciens et celle des ministres? — Les pasteurs doivent-ils vivre de la vie commune et conserver des vocations temporelles, ou doivent-ils être mis à part pour ne s'occuper que de religion? — Faut-il maintenir l'organisation actuelle des études théologiques destinées à former les futurs pasteurs?

Une seule charge, des anciens vivant tous de la vie commune, organisation laïque des études de théologie, voilà ma réponse.

C'était en partie celle de M. Saladin. Si celle de M. Merle d'Aubigné en diffère, il nous a cependant montré la bonne

LE MINISTÈRE

voie, en attaquant le système qui refuse aux anciens le salaire et l'imposition des mains.

J'ai donc l'espoir que nous ne tarderons pas à nous entendre Qu'est-ce qui retient, au fond, M. Merle d'Aubigné? Un sentiment d'honorable prudence, la crainte de voir l'Église entraînée du côté du nivellement darbyste ou de la grossièreté puritaine. Sentant — et il ne se trompe pas — qu'une forte impulsion est donnée dans ce sens, il s'efforce de peser dans le sens contraire, au risque même d'appuyer trop.

Qui ne respecterait une telle sollicitude? Ah! il est beau de voir ceux qui n'ont pas craint de s'associer au mouvement ecclésiastique, qui lui ont livré sans hésiter leur situation acquise et leur haute renommée, s'inquiéter des excès, des périls, des écueils, avoir l'œil toujours ouvert, recommander la modération après avoir prêché d'exemple la fidélité.

Je voudrais rassurer M. Merle d'Aubigné et ses amis. Autant qu'eux, je déteste le radicalisme religieux et tout ce qui s'en rapproche; autant qu'eux, je veux conserver à l'Église ces conditions de bon ordre, de marche régulière, de vraie largeur, de vraie science, sans lesquelles nous tomberions bientôt dans l'anarchie et dans la secte. Mais à mes yeux, le seul moyen sûr de combattre l'esprit sectaire et niveleur, c'est de nous placer sur le terrain de l'Écriture, c'est d'en revenir au modèle apostolique, purement et simplement.

Là, nous trouverons des charges, des conducteurs établis au sein des Églises, une présidence, un enseignement. — Qu'est-ce qui a donné des chances au darbysme? notre persistance à conserver chez nous les vestiges du cléricalisme romain. Le darbysme a pu attaquer nos écoles de théologie, nos diplômes, nos ministres, nos anciens — simples conseillers d'Église — notre pastorat professionnel ; en cela, il a eu raison. Il ne faut pas permettre aux fausses doctrines d'avoir quelquefois raison. Elles vivent de nos fautes ; pourquoi n'essayerion s-nous pas de n'en plus commettre?

ENCORE LE MINISTÈRE1

J'ai lu le travail de M. Merle d'Aubigné avec l'attention respectueuse que méritent toujours ses écrits, avec la gratitude que devait exciter en moi le caractère si bienveillant de sa discussion. — Me sera-t-il permis maintenant de rappeler, en aussi peu de mots que possible, les termes de la question qui nous occupe ? 11 est peut-être plus urgent de la poser de nouveau que de la débattre, car les lettres de mon honorable adversaire me semblent avoir longuement démontré ce que je ne contestais pas, et à peu près omis ce que je contestais. Il m'est donc permis de l'espérer, nous sommes plus rapprochés en réalité qu'en apparence, et il y a entre nous moins d'opposition que de malentendu.

Voici ma thèse, telle que je l'ai établie :

« Indépendamment de la charge des diacres et des diaconesses d'église, charge sur laquelle tout le monde est d'accord, y a-t-il une charge ou y en a-t-il deux? Les apôtres n'ont-ils établi que des anciens, dont quelques-uns sont plus spécialement chargés de la prédication, ou ont-ils établi, en outre, des ministres ?

1 Béponse à M. Merle d'Aubigné.

ENCORE LE MINISTÈRE

« Des ministres ! En bonne conscience, je ne sais pas ce que c'est qu'un ministre. La Parole de Dieu reconnaît des ministères, et, dans un sens général, le ministère, c'està-dire l'ensemble des ministères ; mais, quant à donner à une charge particulière la dénomination de ministère, quant à donner à une classe particulière d'officiers de l'Église le titre exclusif de ministres, elle ne le fait nulle part. Autant vaudrait prétendre que le service, dans le langage des militaires, désigne autre chose que l'ensemble deservices, qu'il désigne un emploi, un grade particulier

On le voit, il ne s'agissait pas de me prouver la légitimité du ministère, ou des ministères ; et lorsque M. Merle d'Aubigné a bien voulu me présenter les différents personnages

i qui ont exercé ces ministères, notamment le mini&tère de

1 la Parole, il a pris une peine inutile. Je n'ai jamais eu ni

| exprimé le moindre doute sur ce fait.

Ce qu'il fallait démontrer, c'était l'existence, au temps des

i apôtres, d'une charge spéciale et distincte : la charge des ministres. Or, là-dessus, j'en suis encore, après avoir lu l'étude développée de mon savant contradicteur, au point où je me trouvais lorsque j'ai posé ma thèse. Force m'est

! donc de répéter la phrase qui lui a paru si scandaleuse : « En bonne conscience, je ne ►.ais pas ce que c'est qu'un

i ministre. »

Lorsque les ministres existent, on n'éprouve nul embarras , à le dire ; le langage reçu les désigne sans aucune ambi- ! guïté. Interrogez le premier membre venu d'un& Église quelconque, il vous parlera de M. le ministre, et ne le confondra : nullement avec MM. les anciens. Consultez la constitution de l'Église évangélique à Genève, vous y verrez aussi la

mention successive des anciens et des ministres. Quoique les uns et les autres fassent partie d'un même presbytère, quoique les ministres soient aussi des anciens, quoique les notions vulgaires, en un mot, aient été répudiées et qu'on s'avance résolument vers un ordre de choses scripturaire, cependant on n'y est pas encore tout à fait parvenu. Les ministres ne sont là que le moins possible ; toutefois, on peut soutenir qu'ils y sont.

Si j'ouvre au contraire le nouveau Testament, il n'en va plus de même. Les ministères s'y rencontrent, le ministre n'y paraît nulle part. Lorsque Paul salue les officiers d'une Eglise, il ne mentionne pas, comme aujourd'hui, «les anciens, les ministres et les diacres ; » il mentionne seulement « les anciens et les diacres. » Etrange omission, on en conviendra, si la charge des ministres existait alors au sein des Eglises !

On soutiendra peut-être que cette charge avait, au premier moment, un caractère général ; qu'elle ne s'est localisée que plus tard, qu'il faut la chercher dans l'énumération de la première épître aux Corinthiens ou de l'épître aux Ephéstens, et non dans les énumérations qui concernent les Eglises particulières. — Examinons, en commençant par la première épître aux Corinthiens (chap. XII.)

L'Apôtre nous a prévenus qu'il existe « diversité de ministères. » L'un de ces ministères sera-t-il le ministère par excellence, le ministère charge officielle, le ministère des ministres ? Le ministre nous apparaît-H ici ? — C'est en vain que je le cherche. « Dieu a mis dans l'Eglise d'abord des apôtres, ensuite des prophètes, en troisième lieu des docteurs. » Voilà tout. Le reste du passage est consacré aux miracles, aux dons de guérison, etc.

L'énumération fournie par l'épître aux Ephésiens (chap., IV.) sera sans doute plus complète : « Lui-même a donné les uns comme apôtres, d'autres comme prophètes, d'autres comme évangélistes, d'autres comme pasteurs et docteurs. » Cette fois, tout ce qui est important doit s'y trouver, car il y a là en même temps, et les ministères généraux et les charges locales. Bien plus, l'ensemble se rapporte à un but commun : « Il a donné... pour l'œuvre du ministère. » Fait étrange ! Il s'agit du ministère, et l'apôtre ne

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nomme pas les ministres ! Ne serait-ce point par hasard, qu'ayant à s'occuper du ministère, c'est-à-dire du service, il étendrait à tous les officiers de l'Eglise le titre de serviteurs ou de ministres, sans le réserver d'une manière exclusive à aucun d'entre eux ?

Ainsi donc, que nous interrogions les listes qui ne concernent que l'Eglise en général, ou que nous consultions celles qui regardent aussi les Eglises particulières, nous arrivons au même résultat : partout les ministères et le ministère ; nulle part une classe distincte, celle des ministres, qui ne seraient ni les apôtres, ni les prophètes, ni les évangélistes, ni les pasteurs, ni les docteurs, ni les diacres.

Sur aucun de ces ministères, en effet, ne s'élève la moindre objection ; celui des ministres est seul contesté, parce que, seul, il ne figure jamais dans la Bible. Nous voulons tous, d'ailleurs, des évangélistes qui aillent de lieu en lieu pour la mission intérieure et étrangère ; nous voulons tous des pasteurs, évêques ou anciens, qui paissent les troupeaux; nous voulons tous des docteurs qui, soit en qualité d'anciens, soit en qualité de professeurs ou d'écrivains, mettent leur science au service de l'Evangile ; nous voulons tous des diacres et des diaconesses d'église.

Ce que nous voulons tous aussi, et j'ai eu soin de l'écrire, c'est qu'on mentionne parmi les anciens la distinction essentielle établie par l'apotre dans sa première épître à Timothée. Il y a les anciens « qui président bien..., surtout ceux qui prennent de la peine dans la parole et dans l'enseignement. » Ceux-là ont droit à « un double honoraire. » Au sein des Eglises primitives comme au sein de nos Eglises, les dons étaient divers, et quoique chaque ancien dût être « propre à enseigner, » il n'était assurément pas dit que chaque ancien dût être un orateur. Quelquesuns, parles facultés que Dieu avait mises en eux et par les connaissances qu'ils avaient acquises, se trouvaient plus capables ou de bien présider ou de se consacrer à la parole et à l'enseignement. Ces distinctions sont conformes à la nature des choses et aux voies du Seigneur dans son Eglise. Je n'ai jamais, certes, proposé de les abolir. Tel ancien, excellent pasteur, serait prédicateur pitoyable. Maintenons

donc les principes si simples et si harmonieux que les apôtres ont établis : une seule charge locale — à part celle des diacres — mais au sein de cette charge unique, répartition intelligente des diverses fonctions, en sorte que chacun fasse ce à quoi il est propre, et que les anciens à double salaire soient principalement chargés de la présidence et de la prédication.

Si nous ajoutons à cela les évangélistes et les docteurs, qui, tout en se rattachant parfois aux presbytères des Églises locales, peuvent exercer une action plus étendue, nous aurons épuisé rénumération des ministères, sans avoir rencontré une seule fois un seul ministre !

Aucun des fonctionnaires ecclésiastiques dont nous venons de parler n'est ministre, dans le sens distinctif qu'on prétend donner à ce titre ; mais tous le sont dans le sens général et scripturaire.

Ne nous étonnons donc pas si les mots « ministre, » « ministère, » reviennent sans cesse dans le Nouveau Testament, s'ils y sont beaucoup plus fréquents que le mot «ancien». Les anciens ou pasteurs n'exercent qu'un des ministères : le dernier en date, puisqu'il se rattache à l'organisation et non à la fondation de l'Eglise ; la partie ne saurait occuper autant de place que le tout. Combien de ministères, en effet î celui des anciens et des diacres, celui des docteurs, celui des évangélistes, celui des prophètes, celui des apôtres, celui des anges, celui de Jésus- Christ ! Combien d'activités différentes rappelées par cette seule expression : le ministère de la Parole ! Combien de grâces accordées dans ce seul but et aux fonctionnaires, et aussi — ne les oublions pas — aux simples membres (Je l'Eglise.

Ce qui me surprend, en vérité, c'est d'être appelé à dé fendre cette grande et sainte idée du ministère, tel que l'entend l'Ecriture, contre la misérable invention des ministres, tels que les a créés la tradition cléricale. De quel côté sont ici, je le demande, les vrais défenseurs du ministère?

Le ministère ! voici ce qu'on en a fait :

Presque partout on a aboli les diverses charges instituées

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par les apôtres, et on les a remplacées par une charge que les apôtres ne connaissaient pas. Les ministères ont disparu, mais en échange, le ministre a été introduit. Plus de diacres, plus d'anciens — j'entends plus d'anciens, pasteurs et évêques, ayant le salaire et l'imposition des mains — en revanche, la direction de l'Eglise remise à un homme ; et cet homme, consacré, revêtu d'un caractère qui n'appartient qu'à lui, est M. le ministre ou M. le pasteur î

Telle est l'organisation adoptée dans les Eglises nationales et dans un nombre immense d'Eglises indépendantes. — Çà et là on tend sans doute à se rapprocher un peu du modèle apostolique ; toutefois, ne nous exagérons pas la portée d'un semblable mouvement ; les idées au sujet du ministère sont encore trop confuses pour amener un progrès sérieux. J'ai été curieux de consulter sur ce point un bon ouvrage publié chez nous il y a deux ans à peine : le Dictionnaire des Parallèles, et j'y ai vu que les ministres étaient pasteurs, anciens, évêques, messagers de l'Evangile; que tous les titres leur appartenaient, que tous les ministères se concentraient en eux. L'article qui les concerne se termine par la liste, très-étonnante, des « ministres mentionnés dans l'Evangile. » Elle s'ouvre par les douze, continue par les soixante-dix, et comprend ensuite chacune des personnes dont il est dit : qu'elles ont été employées à l'œuvre du Seigneur, depuis la lettre A (Andronique, Apollos), jusqu'à la lettre Z (Zénas).

Ce sont bien là les notions populaires, les notions reçues. Admettre cela, c'est, dit-on, maintenir le ministère.

Calvin n'a-t-il pas établi, dans ses Institutions, que ministre, ancien, pasteur, évêque, c'est tout un ; et n'a-t-il pas achevé de préciser sa pensée en imaginant l'ancien-laïque, l'ancien étranger au pastorat, l'ancien simple conseiller d'Eglise!

C'est sur cette théorie que nous vivons.

Mais enfin, qu'est-ce que le ministère selon l'Ecriture? — il importe de répondre avec plus de détail à cette question, et de montrer ainsi jusqu'à l'évidence que les ministres abondent dans le Nouveau Testament, bien qu'ils n'y figurent jamais comme classe spéciale et distincte.

Le ministère, c'est le service ; les ministres, ce sont les serviteurs.

On se récrie : « L'Ecriture ne fait-elle pas mention d'un ministère particulier, le ministère de la Parole ? »

Oui, dans un petit nombre de textes ; et, en vérité, il serait bien surprenant qu'il n'y en eût aucun, que le service de Dieu ne portât nulle part le nom du ministère de la Parole! Ce nom lui appartient donc incontestablement, ainsi que les noms suivants : ministère de l'Evangile, de l'Esprit, de la réconciliation, de Jésus-Christ, du Seigneur, du véritable tabernacle, de la nouvelle alliance.

En vain s'efforcerait-on de réduire cette large et magnifique mission du ministère aux proportions exiguës d'une charge de prédication ; les textes y résistent.

Comment voir le ministère de la parole dans celui des anges (Hébr. I, 14), dans celui du souverain sacrificateur (Hébr. VIII, 6), dans celui des diacres (Actes VI, 1) ? Et notez, sur ce dernier point, que les apôtres instituèrent les diacres précisément afin de ne pas abandonner la parole pour le ministère : « le ministère des tables. » Sans vouloir abuser ici de l'opposition fortuite des mots — qui d'ailleurs se concilient et se réunissent un peu plus loin,v. 4, — nous nous permettons d'en conclure qu'on a tort de nous ci-

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ter tous les passages qui parlent du ministère, en supposant que ces passages désignent le ministère de la Parole.

Il en est, et en grand nombre, qui ne comportent pas une pareille interprétation. Je ne demanderai point si « les ministres de Satan » (2 Cor. XI, 15) sont ministres de la parole ; mais je demanderai si les ministres mentionnés par le texe grec de 2 Cor. VIII, 20, et de 1 Pierre IV, 11 ne réveillent pas une idée purement administrative. Gela est d'autant plus évident que, dans ce dernier verset, le minisière se trouve derechef mis en contraste avec la parole : « Si quelqu'un parle, que ce soit comme les oracles de Dieu ; si quelqu'un administre ! — Staxoveî, exerce le ministère, — que ce soit comme par la force que Dieu fournit. »

J'exprimerai ici un regret. Pourquoi nos versions de la Bible ne nous ont-elles pas rendu, à propos du mot ministre, le service qu'elles nous ont rendu pour le mot prêtre ? Si le prêtre est devenu ancien, pourquoi le ministre n'est-il pas devenu serviteur ? Même dans la traduction de Lausanne — si fidèle d'ailleurs, et qui, combinée avec la restitution du texte, contient peut-être en germe la version définitive de l'avenir — même dans la traduction de Lausanne, la Sia*ovîx et la XstToupyca sont souvent interprétées dans le sens de ministère, sens qui n'est pas inexact, mais qui prête cependant aux malentendus.

Ce qu'il y a là de plus fâcheux, à mon avis, c'est l'arbitraire inévitable avec lequel, et ces deux termes grecs et ceux qui en dérivent, reçoivent tantôt le sens de service, tantôt celui de ministère. Dans l'original, les choses ne se présentent pas ainsi : le ministère, si l'on tient à cette expression, y apparait beaucoup plus souvent, beaucoup plus largement que ne le donnent à penser nos traductions.

« Quand est-ce que nous t'avons vu avoir faim... et que nous n'avons pas accompli le ministère envers toi ? » (Matth. XXV, 44.) — « Or, maintenant, je me rends à Jérusalem pour le ministère des saints. » (Rom. XV, 25.) — « Il a été désigné par les assemblées pour notre compagnon de voyage, avec cette grâce au ministère de laquelle nous sommes employés. » (2 Cor. VIII, 19.) — « Pour ce qui regarde le ministère qui se fait en faveur des saints, il est

iï

superflu de vous en écrire. » (2 Cor. IX, 1.) — « J'ai dépouillé d'autres Eglises, en recevant une solde pour votre ministère. » (2 Cor. IX, 8.) — « Vous savez que la maison de Stéphanas est les prémices de l'Achaïe, et qu'ils se sont donnés pour le ministère des saints. » (1 Cor. XVI, 15.) — « Ne sont-ils pas tous des esprits qui exercent un ministère, envoyés pour être ministres en faveur de ceux qui doivent hériter le salut ? » (Hébr. I, 14.)

Tout cela paraît bien gauche, n'est-ce pas, et le mot « service » conviendrait bien mieux ! — Je suis de votre avis ; osons donc le mettre partout ; ce sera le vrai moyen de conserver dans nos versions l'impression produite par l'original, et de maintenir la puissante uniformité du langage apostolique. » Le service! » Y a-t-il, je le demande, une expression plus exacte et plus belle ? Quel est le fonctionnaire de l'Eglise, qui ne se sentirait honoré du titre de « serviteur de Dieu ? »

L'unité du langage rétablira l'unité de l'idée. Sous l'ampleur de ce vaste mot : « service, » la diversité des services apparaîtra. Les serviteurs de Dieu se montreront alors, appliqués chacun à son œuvre : prédication, administration, présidence, pastorat, charité, science, et parmi tant de serviteurs, l'idée ne viendra plus à personne de découvrir le serviteur.

Le serviteur ou ministre par excellence, s'il faut absolument le trouver quelque part, c'est, sans aucun doute, le diacre. — Aiaxovdç signifie « serviteur. » Le diacre est le ministre, ou il n'y en a point. Et qu'on ne se rejette pas sur une discussion gratuite entre le Siaxovdç et le XeiToupydç, puisqu'on traduit indifféremment par « ministère » Siaxovia et XsiToupyta. Ecrivez donc hardiment : « Que les ministres soient graves, » et n'oubliez pas, qu'après avoir adressé à Timothée cette recommandation relative aux diacres, Paul ajoute : «En exposant ces choses aux frères, tu seras un bon diacre — ou serviteur, ou ministre — de Jésus-Christ. »

On me pardonnera de m'être donné ici des airs d'helléniste, qui ne m'iraient en aucune façon. 11 fallait bien mon

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trer qu'en présence du texte original, qui ne met les ministres nulle part — ou qui les met partout, c'est tout un — la prétention de découvrir un ministère spécial ne peut pas même se concevoir, à moins que ce ministère ne soit le diaconat.

Aussi, voyez l'embarras de M. Merle d'Aubigné 1 II lui est beaucoup plus facile de trouver quatre ou cinq classes de ministres que d'en trouver une. Or, c'est cette une qu'il s'agit de trouver, car personne ne conteste les quatre ou cinq. Sur les apôtres, sur les prophètes, sur les évangélistes, sur les pasteurs et les docteurs , nous sommes tous d'accord.

Voilà bien : des ministres ; mais où est : le ministre ? — M. Merle d'Aubigné nous indique Etienne, comme ayant été revêtu d'une charge qui ne se confondait pas avec les autres ; il nous montre en lui, un ministre de la Parole de Dieu ! Viennent ensuite, Epaphras, Luc, Marc, Apollos, Tite, Timothée, tous ceux enfin dont il est écrit qu'ils ont été « ministres de Christ, » qu'ils ont été « utiles dans le ministère, » tous ceux qui ont pris part à la grande œuvre missionnaire dirigée par les apôtres.

Qu'est-ce à dire ? Y a-t-il là un seul mot qui établisse que la charge spéciale de ministre de la Parole ait été fondée ? — Une Eglise sans ministres, mais ayant des évangélistes, des pasteurs, et par-dessus tout du zèle missionnaire, ne pourrait-elle pas signaler bon nombre de ses fonctionnaires et de ses simples membres, comme bons ministres ou serviteurs de Jésus-Christ, comme distingués dans le ministère ou service de la Parole ? — A supposer qu'Archippe, par exemple, ait été un des anciens, un des évêqnes de Colosses, l'Apôtre perdra-t-il le droit de lui écrire : « Considère le ministère que tu as reçu du Seigneur ? »

ni

On le voit, tout nous ramène à la question essentielle que j'ai posée dès le début, à la question dont il faut maintenir les termes avec fermeté : Les églises apostoliques avaientelles deux charges ou une seule, indépendamment de celle des diacres? Outre les anciens, y avait-il là des ministres ? Pouvait-on dire, en parlant d'une de ces églises : « Ses ministres et ses anciens ? »

Pour parler avec plus de clarté : Existait-il un ministère distinct des ministères? Tout en admettant — qui les nierait ! — les ministres de la Parole et le ministère de la Parole, peut-on se représenter un ministère de la Parole qui ne soit ni celui de l'apôtre, ni celui du prophète, ni celui de l'évangéliste, ni celui du pasteur ou du docteur, ni celui du simple chrétien que ses dons rendent capable d'annoncer l'Evangile1.

1. J'emprunte ici presque textuellement les expressions employées par une brochure très-remarquable qui vient de paraître sous ce titre : le ministère selon le Nouveau Testament, Dissertation présentée à la Faculté de théologie de l'Eglise libre du canton de Vaud, par Charles BYse, candidat au diplôme de licencié. Malgré quelques réserves graves que j'aurais à faire, je suis heureux de constater que, sur beaucoup de points, les opinions de M. Byse sont les miennes. Ici en particulier, et sur cette théorie étrange qui imagine un ministère indépendant des ministères, je ne saurais qu'adhérer à sa conclusion, si bien formulée : « Le ministère de la Parole est le genre, qui n'apparaît historiquement que spécialisé dans les ministères en question. » — Encore un imprudent qui répète à sa manière : En bonne conscience, je ne sais pas ce que c'est qu'un ministre !

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Voici comment M. Merle d'Aubigné cherche à démontrer la dualité des charges au sein de chaque presbytère :

Avant tout, il y voit des ministres proprement dits, car le ministère proprement dit , celui qui ne se confond avec aucun autre, qui n'est pas une abstraction de langage; représentant l'ensemble des ministères ou le service de la Parole en général, a été institué comme charge spéciale . Son institution remonterait même à Jésus-Christ, tandis que celle des anciens ne remonterait qu'aux apôtres.

Je l'avoue quant à moi, ces deux origines me semblent égales ; il me serait aussi impossible de mettre les institutions du Seigneur au-dessous de celles des apôtres, que de déclarer l'Evangile plus infaillible que les Epîtres. Ce sont partout les ordonnances de Dieu, comme c'est partout la Parole de Dieu. — Mais laissons cela, et examinons ce fait extraordinaire : rétablissement du ministère par Jésus- Christ !

Cet établissement aurait été répété par trois fois : d'abord, quand le Seigneur choisit les Douze afin de les envoyer prêcher ; ensuite, quand il les envoya prêcher de fait ; enfin, quand il renouvela avec solennité le grand commandement qui les concernait : » Allez par tout le monde, et prêchez l'Evangile à toute créature. »

Que Tordre de prêcher ait été donné alors, que les Douze aient été appelés les premiers à ce grand ministère de la prédication auquel tant d'autres chrétiens, revêtus ou non des charges de l'Eglise, devaient prendre part, c'est ce qui ne sera contesté par personne. Il faut prêcher, il faut baptiser, notre Maître Ta prescrit; qui donc en doute ? Reste à savoir si une classe distincte, si une charge distincte a été créée.

Je l'ai cherchée avec beaucoup de soin dans les articles de M. Merle d'Aubigné. Or, je le dis à son honneur, il m'a été très-difficile de l'y découvrir. M. Merle d'Aubigné est trop attaché aux Ecritures pour altérer leur témoignage ; même quand il se trompe, sa fidélité le garde contre son erreur.

Aussi quels sont les ministres qu'il nous montre ? — Des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des docteurs.

Sentant toutefois que cela ne suffit pas à sa thèse, M. Merle d'Aubigné fait effort pour trouver des hommes s'acquittant d'un autre ministère, revêtus d'une autre charge. Alors, comme je l'ai déjà dit, il cite Etienne.

Etienne aurait-il donc reçu officiellement une charge de ministre, outre celle de diacre qui lui avait été conférée par l'église de Jérusalem? — Non, notre loyal antagoniste ne cite pas un texte, pas un mot auquel il attribue ce sens. Qu'a-t-il démontré, par conséquent ? Ce que chacun accorde : que le diacre Etienne a pris part au saint ministère de la Parole, ainsi que Font fait après lui tous les simples chrétiens et tous les fonctionnaires ecclésiastiques appelés au privilège de parler, d'agir, d'exposer leur vie en qualité de ministres de Jésus-Christ.

Mais si Etienne n'a été ministre de la Parole que dans ce sens général, d'où Ton ne peut tirer une institution particulière, Tite et Timothée ne fourniront-ils pas un argument plus solide ? Ne découvrirons-nous pas en eux de vrais ministres, appelés à cette charge-là et non à une autre? Tite et Timothée ne seront-ils pas les ancêtres légitimes du ministère actuel, ceux à partir desquels on s'est succédé de ministre en ministre, comme on se succédait aussi d'ancien en ancien ?

M. Merle d'Aubigné semblerait le penser. En effet, après avoir rappelé les qualités exigées d'un ancien, il ajoute : « Mais quand Paul écrit à un ministre de la Parole, il lui demande bien autre chose! » Et le ministre, c'est tantôt Tite, tantôt Timothée. M. Merle d'Aubigné termine ainsi : « N'en résulte-t-il pas une différence très-positive entre la charge de ministre attribuée par Paul à Timothée et à Tite, et la charge d'ancien ? »

Il eût été plus naturel, selon moi, de dire : « N'en résulte-t-il pas une différence très-positive entre la mission confiée à tel délégué apostolique, appelé à exercer dans beaucoup d'églises une action considérable, revêtu pour cela d'une autorité exceptionnelle , et la mission restreinte confiée à chacun des anciens ou évêques d'une Eglise locale ? »

Pour ce qui est de la charge de ministre, on ne saurait

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trouver un seul mot, ici ou ailleurs, qui justifie une pareille expression.

Cependant il faut bien que les ministres finissent par se rencontrer quelque part. Quel parti prendre? Où placer les successeurs prétendus de Tite et de Timothée ? Quelle position attribuer à leur charge ?

Sur ce point délicat, M. Merle d'Aubigné, qui écrit si bien l'histoire, se résigne à composer un roman. Il suppose — car je ne saurais employer d'autres termes — que des ministres itinérants ont d'abord édifié les églises, qui, pendant leur absence, se contentaient d'une lecture de l'Ecriture sainte avec service d édification mutuelle. Il suppose ensuite qu'à une époque postérieure, les églises étant devenues plus nombreuses et plus exigeantes, de nouveaux besoins se sont manifestés* Les anciens, qui avaient pu édifier dans les chambres hautes, ne se trouvaient plus en état d'enseigner en présence de telles assemblées. C'est alors qu'on voit se former une distinction dans le presbytère : il y a dès ce moment un anciennat supérieur et un — inférieur. Les ministres, qui jusqu'alors étaient allés de lieu en lieu et s'étaient consacrés àu service de l'église générale, se fixent et se localisent en quelque sorte au sein des églises particulières ; ils forment la classe des anciens à double honoraire.

Si les choses s'étaient passées ainsi, s'il y avait là mieux qu'une hypothèse absolument dépourvue de preuves scripturaires, les conséquences ne se feraient pas attendre. Les anciens à double honoraire ne seraient plus de simples anciens semblables aux autres, ne s'en distinguant que par l'accomplissement habituel des devoirs de la prédication auxquels les rendent particulièrement propres, et les dons qu'ils ont reçus, et les connaissances qu'ils possèdent, et le le temps qu'ils consacrent au service de l'Église. Non , ils s'en distingueraient par leur origine. Ils représenteraient une classe différente, celle des ministres, celle des collègues ou des successeurs de Tite et de Timothée, qui, après avoir rempli un rôle plus vaste, auraient daigné prendre place dans les presbytères, mais à la condition de ne pas s'assi-

miler aux simples membres et de continuer à former une catégorie à part.

En pareil cas, il y aurait réellement deux charges au lieu d'une ; le langage ordinaire, qui finit toujours par être l'image exacte des faits, ne se tromperait pas en réservant aux seuls anciens à double honoraire le titre de ministres, et même celui de pasteurs : la théorie que soutient M. Merle d'Aubigné serait justifiée.

Elle le serait, si l'Ecriture prêtait le moindre appui aux suppositions ingénieuses qu'on nous présente ; si une phrase, un mot des Apôtres faisait l'allusion la plus lointaine à la révolution intérieure subie, dit-on, par les presbytères ; si nous apercevions quelque part une preuve quelconque indiquant que les presbytères, après avoir été composés d'abord de simples anciens, ont reçu un jour l'adjonction importante des ministres, transformés en anciens d'un rang supérieur.

Gomme ce changement n'a laissé aucune trace dans l'histoire, on nous permettra de ne pas nous y arrêter plus longtemps et de maintenir notre thèse fondamentale : une seule charge, et non pas deux.

Avec une seule charge, la distinction intérieure, qui porte sur la répartition intelligente des fonctions et sur le règlement du salaire, demeure une distinction sans devenir une séparation. Il n'y a pas là des non-ministres et des ministres, des laïques et des clercs. Il y a des évêques, tous sortis du choix de l'Eglise, tous établis par l'imposition des mains, tous salariés, tous pasteurs, tous capables d'enseigner. Quoique quelques-uns soient appelés d'une manière spéciale à donner l'enseignement public de la prédication — auquel ils consacrent plus de temps, et dont ils sont plus capables de s'acquitter convenablement — néanmoins il n'en est aucun sur qui pèse à cet égard une incapacité essentielle et spécifique, comme celle qui résulterait de la dualité des charges.

Nous n'en sommes pas réduits d'ailleurs, à proscrire les discours étudiés, voire les sermons ; à ne plus vouloir des grandes prédications adressées aux vastes assemblées, à réduire l'enseignement public aux simples méditations de

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chapitres ou à l'édification mutuelle. Rien ne nous force a repousser les études si clairement justifiées par Timothée II, 2. Ces excès-là n'entrent pas plus dans notre pensée qu'ils ne résultent de notre principe. Sans avoir des ministres — comme on les entend — nous aurons des docteurs parmi nos anciens, et il peut se manifester chez tel ou tel, qui n'est pas docteur, un don de parole remarquable. Aucune des mesures propres à maintenir ou même à élever le niveau de l'enseignement n'est en contradiction, qu'on le sache bien, avec l'unité du presbytère.

Ce qui est en contradiction avec son unité,c'est la prétention de réserver l'a prédication aux uns dans un sens tel et dans une mesure telle, qu'il y eût une sorte de scandale à voir remplir quelquefois parles autres, par un simple ancien, ces fonctions de prédicateur qu'exercent habituellement les anciens à double honoraire. Lorsque ceux-ci sont ministres, lorsqu'ils ont une origine distincte, lorsqu'ils forment une classe à part, lorsqu'il sont là — eux seuls — en vertu d'un diplôme, lorsque l'imposition des mains qu'ils ont reçue — la leur seulement — s'appelle une consécration, lorsqu'il y a pour le gros du public cent fois plus de différences que de ressemblances entre eux et les anciens ordinaires, alors on ne peut plus voir un ancien ordinaire prêcher, sans crier au scandale, à l'usurpation!

Les gens qui cherchent à distinguer si profondément au sein du presbytère la classe des pasteurs et celle des docteurs, se préoccupent beaucoup d'interdire la prédication aux premiers, et pensent très peu à interdire le pastorat aux seconds ; tout au contraire, ils en font ordinairement les pasteurs par excellence. Il faudrait pourtant se mettre d'accord avec soi-même, et ne pas plus autoriser un empiétement que l'autre, lorsqu'on admet deux charges .

Quant à moi, qui n'en vois ici qu'une seule, je serais aussi choqué d'entendre promulguer contre les uns une défense d'administrer que d'entendre promulguer contre les autres une défense d'évangéliser.

Revenons à l'organisation apostolique, qui établit la sage répartition des emplois habituels, en ayant soin que l'unité prédomine.

Avec elle, tous les anciens doivent paître le troupeau, et tons

aussi doivent enseigner ; voilà le principe fondamental que pose la Parole de Dieu.

Tous doivent paître le troupeau. — On ne me contestera guère cette première assertion. N'y a-t-il pas d'ailleursdes textes positifs : Actes XX, 28 ; 1 Pierre V, 2, 3 ? Ceci est une règle sans exception.

Tous doivent enseigner. — La condition si connue : « propre à enseigner, » n'est-elle pas exigée de chaque ancien ? Ceci est pareillement une règle sans exception.

M. Merle dAubigné rappelle, il est vrai, qu'enseigner ce n'est pas prêcher. Il fait remarquer avec raison que les femmes âgées dont parle Tite, sont appelées à enseigner, quoiqu'il leur soit interdit de prêcher. — Rien n'est plus certain, et l'idée d'enseignement n'emporte pas nécessairement l'idée de prédication.

Mais est-ce à dire qu'elle l'exclue ? Il s'en faut tellement, que les fonctions spéciales des anciens à double honoraire sont désignées ainsi : « la parole et l'enseignement. » Notons, en outre, que ces anciens-là ne se distinguent des autres anciens, que par la part plus considérable et plus habituelle qu'ils y prennent. — Ceux « qui se donnent de la peine, » xomôvTeç, dans la parole et dans l'enseignement. — Si la part principale se métamorphose en attribution exclusive, ce ne sera pas seulement pour la parole, ce sera aussi pour l'enseignement. Or, nous savons que tout ancien est appelé à enseigner.

Donc,tous les aaciens paissent le troupeau, et tous les anciens enseignent. Donc, il n'y a pas deux charges dans le presbytère, et si quelques-uns de ses membres, docteurs ou non, sont appelés à la présidence habituelle ou à la prédication habituelle, à cause de leurs lumières et de leur consécration plus entière au service de l'église, il n'en résulte aucunement pour leurs collègues une incapacité essentielle de remplir parfois ces mêmes fonctions.

La large unité de l'organisation apostolique se concilie avec toutes les mesures d'ordre : avec l'intelligente répartition des ministères, avec la distinction des anciens qui s'occupent surtout de la présidence ou de la prédication ; mais elle ne saurait se concilier avec le système traditionnel, qui voit d'un côté des ministres et de l'autre des anciens.

ENCORE, LE MINISTÈRE

Lorsqu'il y a d'un côté des ministres et de i'autre des anciens, il arrive forcément que les uns paraissent fort supérieurs aux autres. Ce n'est plus une différence de degré, c'est une différence spécifique.

Ecoutez M. Merle d'Aubigné lui-même. Quoiqu'il soit bien plus éclairé sur la question que ne le sont la plupart des hommes dont il défend les idées, quoique les anciens soient à ses yeux de vrais pasteurs, de complets évêques, quoiqu'il demande pour eux le salaire et l'imposition des mains, cependant il est entraîné à établir entre eux et les ministres une comparaison peu flatteuse. On ne l'accusera pas d'être épiscopai, à voir la façon dont il traite les évêques. Nonseulement ceux-ci lui paraissent de tout point inférieurs aux ministres, et par la nature de leur office, et par leur origine inconnue, et par l'obscurité d'une institution qui ne remonte pas au Seigneur ; mais il les écrase par la longue énumération des ministres cités dans le Nouveau Testament. Après les avoir présentés au lecteur, il se déclare incapable de lui présenter un seul ancien. Que dis-je ? Il en est un que M. Merle d'Aubigné a découvert : cet unique ancien se nomme Diotrèphe!

Pourqnoi Diotrèphe serait-il pasteur, plutôt que docteur, plutôt que simple membre de l'église ? En vérité, je n'en sais rien. Ce que je sais, c'est que la reproduction fréquente du mot « ministre » ou « ministère, » prouve tout uniment que les auteurs sacrés s'occupaient du service et des serviteurs de Dieu. Cette circonstance ne peut nuire à aucune classe particulière de. serviteurs, pas plus aux anciens qu'aux évangélistes. D'ailleurs, au point de vue du nombre, les anciens n'auraient certes aucun rapprochement h redouter, puisqu'on avait établi des anciens dans toutes les églises.

Je cherche en vain sur quel point pouvait se montrer l'infériorité de ces serviteurs ou ministres, que l'Ecriture appelle « conducteurs, » envers lesquels elle prescrit l'obéissance et le respect, qui « veillent sur les âmes, comme devant en rendre compte, » auxquels l'apôtre Paul dit : « Prenez garde à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour paître l'Eglise de Dieu, qu'il a

acquise au moyen de son propre sang ; » cette classe de serviteurs ou ministres, dont les fonctions sont comparées à celles du Seignenr : «L'agneau qui est au milieu du trône les paîtra ; » dont le nom même est porté par Jésus-Christ : « Lorsque le souverain Pasteur aura été manifesté, vous recevrez la couronne inflétrissable de gloire . » (Hébr . XIII, 7 et 17 ; Actes XX, 28, ; Apoc. VII, 17 ; 1 Pierre V, 4.) ^

Calvin, lui, n'hésite pas à mettre les pasteurs au-dessus des docteurs ; c'est-à-dire, selon M. Merle d'Aubigné, les anciens au-dessus des ministres. — Quant à nous, qui maintenons l'unité du ministère et celle du presbytère, nous n'avons pas, grâce à Dieu, à régler les rangs entre ces divers serviteurs du même Evangile.

i II serait superflu, sans doute, de démontrer l'importance du débat. Toute la question du cléricalisme y est engagée. — Aurons-nous, dans une certaine mesure, un clergé et des laïques ? Voilà, au fond, ce qui se discute entre nous.

Ce grand problème a reçu trois solutions différentes. Parmi elles, il faut choisir. Il faut, ou vouloir tout à fait le clergé, comme l'Eglise romaine ; ou le vouloir un peu, comme la Réforme ; ou ne le vouloir à aucun degré, comme les apôtres.

Comparons ces trois solutions.

Le catholicisme romain a voulu résolument le clergé. Disons mieux : la formation du clergé a logiquement enfante le catholicisme. Les deux faits, à parler vrai, n'en font qu'un. Pour Rome, Y ancien scripturaire a disparu, sans qu'il en

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reste aucune trace. Elle l'a remplacé par son ancien h elle, par son prêtre, consacré, mis à part, étranger au siècle, doué d'une sainteté spécifique, revêtu d'un caractère indélébile, se distinguant du commun des mortels par son éducation, par la langue qu'il parle, par les habits qu'il porte : tonsuré, célibataire, médiateur entre Dieu et les hommes.

La Réforme a rejeté le prêtre sans revenir à Y ancien. Elle a inventé le ministre ; c'est à-dire le prêtre, moins le célibat, moins la sainteté spécifique ; c'est-à-dire l'ancien, plus la consécration et la renonciation aux habitudes de la vie commune. Nous n'avons plus eu de sacerdoce, mais nous avons eu des ecclésiastiques. — L'ecclésiastique, voilà ce qu'on tient à conserver ; et pour le conserver, il importe de supposer deux charges dans le presbytère, en sorte qu'on ne puisse confondre avec le simple ancien — cet homme encore plongé dans la vulgarité de l'existence ordinaire — le ministre, dont l'origine est bien plus haute et dont la mission est bien plus grande! le ministre institué par Jésus-Christ, le ministre qui compte Timothée et Tite parmi ses ancêtres, le ministre qui seul est digne d'évangéliser et de prêcher la Parole, le ministre que souillerait le contact d'une profession civile ou d'un métier!

Reste l'organisation apostolique. Avec celle-là, l'idée de clergé est tellement retranchée, qu'on ne peut même plus concevoir la distinction des laïques et des clercs. Sont-ils clercs ou laïques, ces anciens établis dans chaque église, appelés à des fonctions diverses selon leur aptitude et le temps qu'ils donnent au service de l'Evangile, recevant en conséquence des salaires différents, mais tous salariés, mais tous soumis aux devoirs et aux conditions de la vie commune, mariés, pères de famille, fidèles aux recommandations de l'Apôtre : « Vous savez que ces mains ont servi pour mes besoins... je vous ai montré qu'en toutes choses c'est ainsi qu'en prenant de la peine il faut secourir les faibles?..» (Actes XX, 34, et 35.) Point de caractère. indélébile, pas de consécration ! L'imposition des mains, cette bénédiction solennelle, leur a été donnée, comme elle l'est à tous ceux qui entreprennent une œuvre au nom du Seigneur.

l'église selon l'évaxgile

Serait il vrai cependant, qu'à force de fuir le cléricalisme, nous tombions dans le darbysme ou dans îe $emi-darbysmc> expression modérée que la charité de RI. Merle d'Aubignô invente à notre intention ?

On pourrait nous adresser ce reproche, si nous retranchions quoi que ce soit des institutions apostoliques, si nous supprimions ou le ministère ou un ministère quelconque. Or, nous les maintenons tous, au sein du presbytère comme en dehors. Nous conservons les docteurs et les évangélistes, aussi bien que les évêques.

Ce que nous conservons aussi, c'est l'étude, c'est la science, c'est la prédication. Amis de l'ordre tel que les apôtres l'ont établi, nous respectons le classement naturel des anciens, d'après lequel les uns se consacrent habituellement à la présidence ou à la parole et à l'enseignement. Nous ne permettons à personne de venir faire le docteur quand il ne l'est pas, et d'entreprendre étourdiment ce à quoi il n'est pas appelé.

Je ne crois pas que ce soit là du darbysme ou du semidarbysme. Le semi-darbysme avec des charges, avec des conducteurs d'Églises, avec des évêques établis, n'effrayera jamais beaucoup les disciples de l'Évangile.

Avant de poser la plume, je tiens à constater une fois de plus le caractère de ce débat. — Nous discutons comme on le fait quand on s'aime, quand on s'estime, quand on se sent mille fois plus unis qu'on n'est opposé, quand on sent que l'union doit croître et que les oppositions doivent s'évanouir.

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De tels débats sont un grand privilège, une véritable bénédiction. Ils manifestent à la fois cet attachement à la vérité qui ne permet pas d'accepter Terreur, et cette conscience du lien ecclésiastique qui ne laisse entrevoir aucune chance de rupture. Avec nos frères, membres comme nous des églises du Seigneur, nous sommes décidés à tout dire et nous sommes certains de tout supporter. Nous savons que nous sommes un, que nous demeurerons un.

Quelques adversaires se réjouissent : — « Ces gens-là ne sont qu'une poignée, s'écrient-ils, et déjà leurs divergences se montrent. » — Oui, certes, elles se montrent, et nettement, résolument, au grand jour. Et ce qui ne se montrera pas moins, ce sera notre patience. Entre la discussion et l'application, savez-vous ce qu'il y a ? Il y a le travail intérieur des consciences et des esprits. On discute, précisément parce qu'on veut se mettre d'accord : le conflit des pensées prépare l'harmonie des actes. En tous cas, et je ne crains guère d'être démenti par M. Merle d'Aubigné, la discussion ne compromet pas un seul instant la sympathie des cœurs.

Cette heure est une heure de crise, une heure de transition. Sur le ministère, sur le baptême, sur la discipline, s'élèvent des questions obscures encore, qui veulent être résolues. Je plaindrais profondément les sociétés religieuses au sein desquelles on n'oserait pas aborder de tels sujets.

Avec M. Merle d'Aubigné je suis tranquille, car nous reconnaissons l'un et l'autre la même autorité : celle des Écritures et du modèle apostolique. Lorsqu'on est d'accord, réellement d'accord sur ce point, le reste ne saurait inspirer aucune inquiétude sérieuse. Plus j'avance dans la vie, plus je reconnais qu'il n'y a de dissentiments irrémédiables que ceux qui remontent à la source : à la valeur de la Parole écrite et de l'exemple des apôtres. J'ai désespéré du darbysme, le jour où j'ai vu qu'il récusait le témoignage rendu par la première épître à Timothée. Grâce à Dieu, M. Merle d'Aubigné ne récuse rien; sa déclaration à cet égard est d'une loyauté, d'une énergie qui ne sauraient être surpassées.

Je suis d'autant plus heureux de signaler cet accord fondamental, que d'autres adversaires se sont placés sur un terrain bien différent. Je citerai surtout l'auteur d'un article sans signature, inséré dans le Chrétien évangélique du 25 avril. Ceux qui connaissent ce morceau, comprendront le sentiment de douleur que j'ai éprouvé en le lisant. Pour ne rien dire de la forme, il y a là une profession de foi, en face de laquelle tous nos- débats ecclésiastiques deviennent fort ridicules et fort puérils : « Nous sommes, écrit l'auteur, du nombre de ceux qui ne respectent pas ces prétendues ordonnances ecclésiastiques, par la raison toute simple que nous estimons que la Parole de Dieu n'en renferme point. »

— « L'esprit n'est plus enchaîné aux formes ; il les

domine bien plutôt toutes ; il peut les transformer et les modifier à son gré, suivant les peuples, les circonstances et les besoins particuliers des églises. » — « Les institutions de droit divin ne sont pas les seules bonnes, comme on le suppose trop à la légère ; tout établissement humain, d'ailleurs conforme à l'esprit chrétien, est parfaitement légitime et respectable, dès qu'il est réclamé par les besoins et les circonstances. »

Les besoins, les circonstances, voilà donc la véritable règle ! Et nous sommes naïfs, nous qui cherchons avec anxiété si les apôtres ont établi l'office spécial des ministres, s'il y avait une charge ou deux au sein des presbytères primitifs I Qu'importe ? Les besoins et les circonstances ont changé, et pourvu que L'esprit chrétien — qui est accommodant — ne proteste pas, on a parfaitement bienfait de remplacer les institutions de droit divin par des institutions de droit humain ! Les secondes valent les premières, ou plutôt, il n'y a pas d'institutions de droit divin, il n'y en a jamais eu, car les prétendues ordonnances ecclésiastiques n'existent pas dans le Nouveau Testament î

On le démontre, en affirmant qu'elles ne peuvent pas y exister : ce serait nous replacer sous le Lévitique ! « C'est toujours l'application rigoureuse de cette funeste idée préconçue, en vertu de laquelle Dieu aurait tout réglé dans son Église, sans qu'il fût permis d'introduire la moindre modification dans le moindre détail ! »

Je réponds à cela que les ordonnances des apôtres diffèrent

ENCORE LE MTNTSTKRE

précisément de celles de Moïse, en ce qu'elles n'ont pas « tout réglé. » La part faite à la liberté et à la diversité est immense, et les formes du culte, en particulier, peuvent varier sans que personne soit autorisé à en appeler à une forme consacrée et obligatoire.

Mais si les règlements apostoliques sont peu nombreux, est-ce à dire qu'ils soient méprisables ? Si les apôtres établissent partout que les membres des églises font profession d'être convertis et enfants de Dieu, déclarerons-nous que les circonstances ont changé, que les besoins ont changé, que le principe de l'Église a dû changer aussi et que, par conséquent, le multitudinisme est devenu légitime ? Si les apôtres établissent partout des anciens et des diacres, déclarerons-nous que les circonstances nouvelles ont dû amener des organisations nouvelles, qu'il nous faut des ministres, et que nous avons le droit d'en avoir ?

Alors, pourquoi d'autres ne déclareraient-ils pas qu'il leur faut une hiérarchie, d'autres encore qu'il leur faut un pape? La papauté de droit humain, ne l'oublions pas, était acceptée par Mélanchton à Augsbourg. Plus d'un réformateur, toujours en vertu de la théorie qui refuse de voir dans l'Écriture des règles obligatoires au sujet de l'Église, conservaient à titre d'usages indifférents, une foule de traditions romaines dont le puséisme anglican et luthérien fait maintenant son profit.

— « Mais enfin, nous dit-on, les ordonnances ecclésiastiques des apôtres n'existent pas. »

J'ai toujours été surpris que cette thèse, soutenue autrefois par M. Bost, et propre à tranquilliser ceux qui adoptent et veulent conserver une situation antiscripturaire, ait été acceptée par quelques-uns des hommes que semble animer un sentiment opposé ! On nous demande par quel texte les apôtres ont transformé leur exemple en commandement, et l'organisation de leur temps en organisation normale pour tous les temps ? Le texte se trouve dans la portion même de la première lettre à Timothée, où Paul règle en détail les charges de l'Église, celle des anciens et celle des diacres. C'est après avoir exposé cette organisation si simple et si peu lévitique, qu'il ajoute : « Je t'écris ces choses, espérant aller vers toi bientôt, afin que, si je tarde, tu saches com-

ment il faut se conduire dans la maison de Bien, qui est l'Église du Dieu vivant, colonne et appui de la vérité, » On aura beau tourner et retourner ces paroles, on ne parviendra pas à en changer le sens. Il s'agit ici de l'Église visible, des églises locales ; il s'agit de leur organisation, d'une organisation reposant sur les anciens et les diacres, d'une organisation obligatoire pour l'Église de tous les pays et de tous les siècles : « Je t'écris afin que tu saches comment il faut se conduire dans la maison de Dieu, qui est l'Église du Dieu vivant. »

Ce sont donc les Écritures, et non les circonstances ou les besoins, qui nous fournissent les règles principales et indestructibles de l'organisation des églises. Il y a donc des ordonnances ecclésiastiques, et si notre liberté commence au delà des limites fixées par elles, elle ne commence pas en deçà. Nous ne sommes ni libres d'être multitudinistes, ni libres d'avoir une hiérarchie ou d'inventer des ministres, sous prétexte que dix-huit cents ans se sont écoulés depuis les apôtres.

Ceci, au reste, se lie à la grande révolte contre l'autorité de la Bible. Continuez la lecture de l'article contre lequel je m'élève ; vous y verrez que « les questions de canonicité sont toujours soumises à révision. » En d'autres termes, le recueil des Écritures n'est jamais certain, et la critique est toujours maîtresse de le modifier par ses arrêts.

Voilà ce qu'on signifie aux gens arriérés qui ont la faiblesse de tenir à la certitude de leur Bible. On daigne leur apprendre que les livres dont elle se compose ne s'y trouvent pas « sans la moindre intervention humaine, » que l'Église a elle-même formé le canon, » que « sa formation a une histoire. »

Pour ignorants qu'on nous suppose, nous savions cependant cela. Mais nous savons aussi que l'intervention humaine n'exclut pas l'infaillibilité divine : pas plus en ce qui concerne la formation du recueil, qu'en ce qui concerne la composition des écrits sacrés. Et nous savons encore une chose : lorsqu'on nous propose de remplacer la certitude divine du recueil par le témoignage intérieur du Saint-Esprit, nous nous sentons lancés en plein rationalisme

ENCORE LE MINISTÈRE

mystique. Le témoignage intérieur ne nous dit rien sur une foule de portions de la Bible : en particulier sur les anciens et les diacres. Ceux qui nous renvoient à ce témoignage ont beau jeu pour conclure ainsi : La règle des institutions ecclésiastiques n'est pas dans l'Écriture, elle est dans les circonstances et dans les besoins.

M. Merle d'Aubigné aurait eu droit de se plaindre, si je n'avais pas profondément distingué entre son attaque, fondée tout entière sur l'autorité des Écritures, et celle qui nie d'une façon absolue les institutions de droit divin. Entre lui et nous, il n'y a qu'une question d'interprétation. Ces questions-là finissent toujours par se résoudre avec clarté, quand on n'y mêle ni rationalisme ni traditionalisme, quand on n'ajoute rien à la parole de Dieu, quand on n'en retranche rien.

Aussi, n'ai-je aucune inquiétude. Ou je me trompe fort, ou notre débat a porté quelques fruits. Certaines préventions ont disparu. M. Merle d'Aubigné sait mieux, que nous ne rejetons pas les ministères de la Bible ; nous savons mieux, qu'il ne veut qu'à demi le ministère de la tradition. Que dis-je? C'est sa prudence qui le veut, ce n'est pas lui. Obéissant à un sentiment qui l'honore, il craint d'aller trop vite sur une pente où plusieurs se sont brisés. Il met le sabot, mais il avance, et, tôt ou tard, nous arriverons au même but.

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