ET LA
SÉPARATION DE i/ÉGLISE ET DE L'ÉTAT1.
(Conférence donnée à Genève, au cirque de Plaïnwlais, le 9 mars 1869.)
On me demande d'écrire et de publier mon discours. Je *ens que cela est devenu indispensable. De nouvelles assemblées populaires ont été convoquées au cirque ; M. Catalan, M. Oltramare y ont pris la parole pour me réfuter, et peut-être ne sommes-nous pas au bout. Il importe par conséquent que le sens précis de mes paroles soit fixé, afin de prévenir les malentendus.
Je dis le sens des paroles, je ne dis pas les paroles elles-mêmes. A défaut de sténographie, par quel moyen réussirais -je à me rappeler, après plusieurs jours, la forme exacte que ma pensée a revêtue? Quiconque improvise, sait qu'il arrive toujours, en présence d'un public ému et sous l'impression du moment, qu'on appuie v.;r des points qu'on ne voulait qu'indiquer, qu'on res-
l. Réponse à M. le professeur Buisson,
serre ce que Ton comptait exposer à loisir, qu'on ajoute et qu'on retranche.
On retranche surtout. Le temps marche, il ne faut dépassera aucun prix la limite des cinq quarts d'heure. Ces cinq quarts d'heure se tiennent en face de l'orateur et le régardent d'une façon terrible. Plus tard il prend sa revanche, il se moque d'eux, trop peut-être, quand il a la plume à la main.
Je n'affirme donc pas, comment le pourrais-je? que ces pages reproduisent littéralement le discours que j'ai prononcé ; j'affirme, et cela suffit, qu'elles le reproduisent fidèlement. Comme j'ai parlé sous une impression de responsabilité et de devoir, que jamais peut-être je n'avais ressentie au même degré, je suis sûr d'avoir dit certaines choses et de n'avoir dit que ces choses-là. L'ordre des idées, les arguments essentiels, les principaux développements, tout cela est resté fixé dans mon souvenir. Pour moi d'ailleurs, il n'y avait pas deux manières de répondre au manifeste qui, rejetant sans ambages toutes nos croyances chrétiennes, prend soin de constater les adhésions nombreuses qui lui viennent du sein de plusieurs églises nationales. Question de dogme, question d'église, je ne parviens pas à les distinguer ici, tant elles se confondent à mes yeux dans la question unique de vérité.
Au Rivage, le Î2 mars 1869.