E V 0 T R A REMPLIR
Vous savez, mesdames et messieurs, quel est le rloubîe litre de cette conférence. Le christianisme d'abord, la séparation ensuite ; ou plutôt, le christianisme toujours. Repousser les violentes attaques dirigées contre lui, c'est mon unique but. Ceux qui me connaissent, ne m'en ont certes pas attribué d'autre. Je me mépriserais, s'il pouvait m'arriver de faire de la tactique aux dépens de la fidélité, de poursuivre la réalisation d'un système au risque de compromettre la foi. Il n'y a ici, grâce à Dieu, ni système, ni tactique, ni mauvaise habileté; il y a un témoignage rendu à la vérité, qui est une, dogmatique et ecclésiastique en même temps. Cette unité, j'ose l'affirmer, sera évidente pour chacun de nous avant que nous nous quittions ; je ne
î. Je nie sens tenu d'être très-clnir. Aussi me suis-je décidé à marquer par des titres particuliers les diverses parties de mon discours. L'effet oratoire peut en souffrir ; mais il s'agit bien de cela!
veux pas qu'un seul d'entre nous s'éloigne sans avoir vu, de ses propres yeux, la connexité étroite qui unit, aujourd'hui surtout, la question d'église à la question de dogme. Nous n'introduisons pas la question d'église, nous la trouvons devant nous : elle ne se pose pas seulement, elle s'impose.
Je ne sais comment m'y prendre pour vous dire, sans trop céder à mon émotion, la douleur que me font éprouver les manifestations dont nous sommes témoins. Je ne me charge pas d'en parler froidement. C'est de grand cœur, sans doute, que je place les intentions et les personnes en dehors du débat ; mais quant aux doctrines, j'ai besoin de leur dire leur fait. Si jamais, pour notre malheur et pour celui de leurs partisans, elles parvenaient à prévaloir, ne fût-ce qu'un jour, ce jour-là serait sombre entre tous les jours de l'humanité. Les plus à plaindre, alors, ce ne seseraient certes pas ceux qui, vaincus et moqués, conserveraient dans leur cœur la foi au Père céleste et au Sauveur, aux grandes consolations de la vie présente et aux grandes promesses de la vie à venir ; ce seraient ceux qui auraient remporté une effroyable victoire.
Il y aurait là, messieurs, une victoire remportée sur la vérité, sur l'indépendance, sur la dignité, sur le progrès, sur tout ce qui est digne d'être aimé ici-bas. Figurez-vous ce que seraient ces christianismes sans Christ, ces églises sans adoration, ces cultes sans prières, ces religions sans Dieu. Demandez-vous ce que seraient ces égalités sans fraternité, ces démocraties sans libéralisme, ces libertés politiques sans liberté morale. Quel caractère prendraient les conflits des classes, quand il ne s'agirait plus que d'intérêts matériels ? Quel souffle animerait la philosophie, quand l'au delà lui serait fermé ? A quel niveau descendrait la science, quand elle serait réduite aux cornues, au scalpel et à la statistique ? A quelles proportions se réduirait la morale, quand le perfectionnement aurait remplacé le renouvellement, et quand la vertu, à son tour, serait devenue raisonnable? J'ose à peine poser ces questions. Notre monde moderne tout entier étant sorti de l'Evangile, il est impossible de ne pas entrevoir ce qu'on nous ôterait, en rous ôtant l'Évangila.
SÉPARAION DE LÉGLISE ET DE L'ÉTAT 301
On ne nous l'ôtera pas, je le sais ; et j'ai trop bien senti depuis quelques jours, je sens trop bien en ce moment même le frémissement de Genève, pour douter de l'accueil qui sera fait, ici du moins, au christianisme libéral. Pourtant, ne nous le dissimulons pas, les négations peuvent avoir leur heure, et un nuage — cela s'est déjà vu — peut passer devant notre soleil. Il se peut que, dans l'enivrement de la fausse science, dans la haine du surnaturel, dans la passion de se délivrer du divin, répétant le vieux cri de révolte : « Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous ! » un très-grand nombre d'hommes soient entraînés à se détourner du Christ. Il se peut que l'édifice des croyances tombe pierre à pierre sous les pioches des démolisseurs.
L'édifice se relèverait plus grand et plus beau , mais en pensant à l'heure de la ruine, on sent une immense tristesse monter au cœur. Ah! qu'on a besoin alors de protester, d'adorer, de rendre publiquement hommage à ce que l'ennemi insulte! Comme ils reviennent alors à la mémoire, ces vers du poète qui vient de s'éteindre :
Temple où j'ai tout reçu, temple où j'ai tout appris, J'embrasserais encore ta dernière colonne, Ous9é-je être écrasé sous tes sacrés débris !