LA GON VOCATION DE L'ÉGLISE ANGLICAN
Le mouvement puséiste s'accélère en Angleterre... et ailleurs. Le protestantisme muititudinisie, qui pressent la réforme ecclésiastique et qui veut l'éviter, se demande ce qu'il pourra mettre à la place de YÊglise ; car il y a là un vide, et il faut absolument trouver quelque chose qui puisse le combler Or, ceux qui craignent de retourner au modèle apostolique, n'ont d'autre ressource que de retourner vers le modèle romain. Ou 1 Eglise selon l'Ecriture, ou l'Eglise selon la tradition : ou 1 Église distincte du monde et appuyée sur son Chef, ou l'Église identique au monde et appuyée sur des formes et sur un c!erge ; voilà comment la question se pose et se posera de plus en plus, pour quiconque n'est pas résigné à se contenter brutalement de la suprématie spirituelle d'un prince, d'un grand conseil ou d'un peuple souverain.
Il n'est donc pas surprenant que l'on propose ici des li-
turgîes, là des institutions cléricales, une autorité humaine en matière de foi. Il n'est pas surprenant que des corporations fondées sur le célibat couvrent déjà 1 Allemagne, et qu'elles envahissent les autres pays protestants. Il n'est pas surprenant que l'Église mondaine la plus livrée aux tendances, aux doctrines et aux organisations catholiques, soit aussi la plus prompte à céder au courant des idées qu'elle couvait depuis longtemps dans son sein.
Certes, il eût mieux valu ne pas dénoncer au parlement les évêques du pape, et combattre les principes du pape, les alliés du pape dans le cœur même de l'anglicanisme. — Mais une église de multitude est-elle en état de combattre quelque chose? A-t elle une force qui lui soit propre? Le monde a-t-il jamais résisté au monde?
Pour le multitudinisme, il y a un clergé, il y a un État; il n'y a pas d'Église. A qui recourir quand. le clergé est infecté de grossières erreurs? l'État seul offre une force à opposer aux hérésies cléricales. On tourne donc ses regards vers l'État, vers la notion, vers ses représentants, vers le prince qui la gouverne.
Tel est le spectacle profondément triste que vient de présenter la Convocation du clergé anglican. La résurrection de ces assemblées, supprimées en fait depuis plus d'un siècle, est le résultat d'une victoire remportée par le parti puséiste sur le parti évangélique, et voici quelle a été 1 attitude des deux partis :
D'un côté, l'évêque d'Exeter et ses amis, pleins deconfiance et d'ardeur , demandant la discussion, reclamant le retour aux assemblées représentatives de l'anglicanisme, obtenant, la majorité, à Londres, pour le vote d'une adresse à la reine et pour la nomination d'un comité qui siégera jusqu'à la prochaine convocation; de l'autre côté, l'archevêque de Cantorbéry et ses amis, craintifs, redoutant la discussion, cherchant à empêcher le retour des Assemblées, subissant un double échec, et tournant leurs regards suppliants vers la reine, chef de l'Église !
La reine a protégé les évangéliques, en faisant sonner bien haut « sa prérogative. » Les puséibtes ont attaqué la prérogative, en faisant appel à 1 autonomie de l'église anglicane.